Je t’aime ! Je sais.

Nous étions en tête à tête 

en train de déjeuner dimanche 

avec mon fils Trystan.


Assis au bar de la cuisine. 

Il dévorait ses brochettes de poulet aux cacahuètes lorsqu’il me dit : 

– “Hum. Tro’ bon, m’an, tes brochettes. Merci pour le repas.”

Entre nous, j’ai faillit tomber de ma chaise. 

Pas de couinement quant à la recette ET des remerciements.

C’est un coup à faire tomber la neige sur le Cap, ai-je alors pensé. 

Mais touchée par son attitude et sa gratitude – sept ans de bataille pour son éducation qui finissent semble-t-il par payer – j’ai laissé de côté mon ironie habituelle et n’ai trouvé à lui répondre qu’un petit mot dégoulinant d’affection maternelle :

– “… Je t’aime Trystan.”

Ce à quoi il a répondu le plus placidement du monde, levant vers moi ses yeux calmes 

– “… Je sais, maman.”

J’ai d’abord souri intérieurement, en pensant machinalement à la fameuse et fabuleuse réplique d’Harrison Ford à Carrie Fisher dans l’épisode V du cultissime film Star Wars*.
* “I love you.” “I know”. Pour ceux qui auraient réussi à rater cette scène mythique de cinéma.

Puis, comme souvent, j’ai été prise d’un doute épouvantable :

Il le sait… Car je le lui dis tout le temps. Il a confiance en mon amour pour lui. 
On démarre mieux dans la vie lorsque l’on est profondément et sincèrement convaincu que nos parents nous aiment… 
L’information est passée et ancrée dans son petit cerveau reptilien, pour toujours. 
C’est donc une excellente nouvelle. 
Ou bien…

Il le sait… Car je lui ai déjà beaucoup, beaucoup (beaucoup) (trop) dit. 
Il est blasé, ça ne veut plus rien dire pour lui. 
Je l’étouffe. Il n’en peut plus. Mais comme nous sommes liés affectivement et qu’il est trop petit, il n’ose pas ou ne sait pas me l’avouer. 

J’ai bien réfléchi. 

Et, comme j’étais dans un bon jour, j’ai décidé d’opter pour la première. 

Voilà.

#EtreMère
#JeDouteDoncJeSuis




On reprend pour les deux du fond

Le GROS avantage 
des grands-parents, 

c’est qu’ils ont pris du recul,
eux.


Donc quand ils passent du temps avec nos gosses, ils partagent et leur apprennent des trucs auxquels nous, parents, ne pensons pas forcément, et qui nous dépassent généralement totalement. 

Les Jujutrépides étaient attablés au bar de la cuisine la semaine dernière avec leur papy. 
Celui-ci avait décidé de faire leur instruction diététique. Après leur avoir longuement expliqué les dangers de la malbouffe, il s’appliquait à leur montrer la différence entre les produits naturels, industriels et leur entre-deux : les produits faits maison. 

Si depuis leur naissance, le sujet est omniprésent dans leurs assiettes par le soin quotidien que j’apporte à la qualité nutritive de leurs repas, j’avoue n’avoir jamais pensé à en parler à mes fils sous cet angle.   

Les plans de travail de la cuisine ressemblaient donc à un vaste marché paysan du samedi matin, le frigo et les placards vidés de la quasi totalité des victuailles périssables de la baraque. 
Un petit tas de sucre en poudre ornait également le bar, grandissant à vue d’oeil, leur grand père ayant visiblement décidé de leur démontrer in situ la rapidité à laquelle les petites cuillers, apparemment sans conséquences, mine de rien, finissaient par s’accumuler et former une véritable dune au fil des jours et des mois de consommation. 

J’observais, désespérée et impuissante, les grains collants glisser sur le sol, écoutant d’une oreille le quizz infernal auquel les garçons étaient soumis, réfléchissant déjà à la meilleure manière de nettoyer ce carnage :

– “… Et donc, les garçons, dorénavant, les chips, est-ce qu’on va encore en manger ?!?”

Réponse collégiale de la marmaille : 

– “Naaaaaaaaaaaaan-papyyy-pass’que-c’est-un-produit-indutrieeeeeel-horriiiib’-et-qu’c’est-vraiment-déééégoûûûtaaaaant…” 

– “Très bien les p’tits.”

C’est alors que Trystan se dirige vers un énorme paquet de gâteaux, ouvrant consciencieusement la boite et plongeant tranquillement, mais avec beaucoup de sérénité, les doigts à l’intérieur, avant d’en sortir un biscuit et de le porter à sa bouche. 

Médusé, son grand-père lui dit alors :

– “M’enfin Trystan ! Qu’est ce qu’on vient de dire à l’instant ?!?!?”

Réponse du gosse : 

– “Oui Papy, mais r’garde c’qui y’a marqué dessus !!!”

En me penchant sur l’emballage je lis alors à voix haute : “so … good … and delicious*.”
*Si bon et délicieux

– “TU VOIS MAMAN !!!! C’EST ECRIT EN GROS QU’C’EST BON !!!”

#SaintePatience
#OnReprendPourLesDeuxDuFond
#EnMêmeTempsCesSalopardsLesEnduisentDerreur


Les wondermamas

Y’a des jours 

comme ça. 


Des jours où tu arrives à penser à tout

Si,si. 

Des jours où tu te rapproches – crois-tu – de l’idéal d’exigence irréaliste et irréel que tu t’es fixé – on se demande bien pourquoi, d’ailleurs – ou plutôt que tu as pris l’habitude de t’imposer, les longues années de ta vie de femme-mariée-mère-de-famille passant.  

Tu as racheté les gâteaux préférés des gosses juste avant qu’ils ne rentrent de l’école en hurlant à la mort car il ne peuvent pas vivre sans leur goûter feuilletés-noix-de-coco-pistache qu’ils aiment tant. 

Tu as appelé le plombier. Il est venu. Il a réglé le problème. Tu as déjà classé la facture. 

Tu as mitonné un petit plat maison original pour ce soir.
Tu sais que les morveux vont encore couiner qu’ils zaiiiiment pôôô çaaaa. 
Mais tu te dis que c’est néanmoins la bonne chose à faire. 

Tu as acheté des blocs de bouffe-pour-poissons-rouges, qu’on ne trouve qu’à l’autre bout de la ville, histoire qu’ils ne crèvent pas quand tu les auras abandonnés après-demain, dans leur bocal plein de flotte – ‘vaut mieux, notez-bien – pour les trois semaines de grandes vacances qui viennent. 

Tu as arrosé les plantes, coupé les feuilles mortes et tu leur a mis des vitamines. 
Histoire qu’elles tiennent le coup, elles aussi. 

Tu as épuré les soixante douze mails en attente qui restaient dans ta boite mail.
Y compris les quarante trois demandes de la complémentaire-santé qui te réclamait des copies d’ordonnances depuis mars. 
2017.  

Tu as écrit les deux chapitres que tu t’étais fixé d’écrire aujourd’hui. 

Tu as déposé la bagnole chez ce connard de garagiste qui a trouvé amusant de débrancher les phares – si,si, c’est possible – en oubliant de les reconnecter durant le contrôle technique la semaine dernière. 

Tu as emmené les lardons à leur leçon de natation. 
Tu leur a même bien séché les cheveux – qui leur arrivent sous les épaules maintenant – pour pas qu’ils tombent malades. 
(C’est l’hiver ici).
Vingt minute chacun. 
Au bas mot.  
Tu as recousu les deux peluches qui attendaient leur opération à coeur ouvert depuis trois mois. 
Un carnage. 
Mais bon. C’est connu, les cicatrices, ça donne un charme fou. 

Tu as détartré la machine à café pour que ta tendre moitié puisse à nouveau s’en faire couler un demain matin. 

BREF. 
Il ne reste plus RIEN sur ta to-do list de la journée. 

RIEN. 

Dans ce bas monde où la vie est semble-t-il une longue suite de combats, tu te sens fière et productive. Tu as l’impression d’avoir été utile et efficace. 

Dans tes bons jours, tu t’imagines même que les membres de ta famille ont un peu de chance de t’avoir sous la main, pour faire tout cela pour eux. 

Tu penses que tu adorerais, toi aussi, qu’un jour, maintenant que tu es adulte, quelqu’un le fasse pour toi. Allège ta vie et te la facilite comme ça…

Et puis, sur ces entre-faits, les mômes rentrent. 

Ils foncent vers le placard à gateaux. 
Ils l’ouvrent. 
Ils attrapent leurs biscuits et vont les boulotter devant leur dessin animé préféré. 

Sans même te regarder.
Comme si de rien n’était. 

Ils n’ont rien vu. 

Et c’est bien normal. 
Puisque c’était ce que tu voulais. 

Mais bon. 

#CoupDeSpleen
#LesMèresDelOmbre

https://www.facebook.com/MargauxMotinillustratrice/

Gorille dans la brume

Je déposais les enfants 

au centre aéré hier. 


Oui, je sais. 

Encore le centre aéré. 

Mais j’assume.

Bref, c‘est pas l’propos. 

Je disais donc au revoir aux Jujutrépides devant le portail de l’école, encore un peu dans les brumes de mon sommeil, à cette heure matinale. 

C’est alors que l’une des petites copines de mes fistons, qui arrivait également avec sa maman, s’est figée à mes pieds, son adorable petit visage relevé vers moi, avant de me dire de son plus beau sourire : 

– “Bonjour Pom’ ! Dis donc’, tu t’es coiffée avec un fil électrik’ c’matin !?”  
Franchement, j’ai hésité. 

Pour plein de raisons. 

Réponse a, vexée 
“Nan-mais-dis-donc-petite-morveuse-on-n’a-pas-encore-sept-ans-et-on-veut-déjà-faire-de-l’humour-?-Alors-écoute-moi-bien-la-vraie-blague-c’est-t’as-mis-les-doigts-dans-la-prise-ce-matin-okay?-Quitte-à-te-foutre-de-ma-gueule-fais-le-bien,vu?
Réponse b, ironique 
“Hum. T’as fait l’école du rire, ma biche ?”

Réponse c, rationnelle 
“Ma petite chérie. Je fais repousser mes cheveux après les avoir eu très courts, du coup, pendant quelques temps, je dois supporter de les avoir un peu de toutes les longueurs sur la tête. C’est pas très agréable, mais c’est ainsi.”  

Réponse d, coupable 
“Mon petit chat, tu sais bien que c’est l’hiver au Cap maintenant, donc il n’est plus possible de laisser les cheveux sécher naturellement comme en été. L’option brushing tous les deux jours est, tu t’en doutes, relativement irréaliste. Reste donc la solution sèche-cheveux, vite-fait – certaines petites personnes rajouteront mal-fait – pour un résultat version Jackson-Five. Tu verras dans quelques années, quand tu seras grande, c’est pas facile d’avoir l’air toujours bien coiffée, je t’assures…” 
Réponse e, parentale & politiquement correct
Je souris et je la prends dans mes bras. 
Parce que, entre nous – en fait… En vrai… – c’était vraiment mignon.

Résiste, prouve que tu existes !

Evidemment, 

aucun parent ne peut 

vraiment résister…


Je parle de ce moment suspendu, lorsque nos enfants viennent le soir à pas de loup nous rejoindre dans notre lit, leurs yeux de cockers dépressifs implorant tous les dieux et autres divinités de bien vouloir les accepter, tout contre notre coeur, au creux de notre sanctuaire nocturne, pour un dernier câlin… 


Je connais peu de papas ou de mamans, dont la force de caractère est suffisamment puissante pour refuser l’offre et renvoyer manu militari le pleurnicheur dans ses pénates. 


Si, naturellement, les premières minutes de ces indescriptibles instants de tendresse durant lesquels notre petit moutard réfugié – et bientôt endormi – dans nos bras 
sont indiscutablement merveilleux – notre nez snifant avec délectation son petit cuir chevelu qui embaume le shampoing pour bébé – la réalité prend rapidement le pas sur le rêve, mettant sérieusement en danger notre qualité de sommeil. 

Sans parler des mauvaises habitudes rapidement instaurées et fortement déconseillées par toutes les sommités du monde pédo-psychiatrique moderne – mais ne nous inquiétons pas, dans vingt ans, on nous expliquera le contraire – ni de la nécessité d’investir dans un équipement de bon niveau (minimum Queen Size, le lit), laisser nos moutards dormir avec nous présente de nombreux inconvénients qu’il est bon de se remémorer lorsque le lardon passe la porte de notre chambre :


1. Mieux que les chaudières à gaz… Les enfants ! 
Pour une raison qui m’échappe, et qui répond partiellement à mon questionnement de la semaine dernière, les gosses sont capables durant la nuit de générer un degré de chaleur – sans mauvais jeu de mots – assez surprenant. 
Si cela présente bien quelque avantage en hiver, j’avoue que le système gémellaire – en vigueur chez nous – de double bouillottes, finit par faire monter la température du lit au delà du raisonnable et de ce qui est médicalement tolérable pour la santé d’un parent normalement constitué.   

2. Mieux que les concerts philharmoniques dispendieux… Les enfants ! 
De même, nos Jujutrépides ronflant presque aussi fort que qui vous savez, le concert général ainsi produit dépasse de loin le niveau de décibels accepté par les autorités, compromettant très sérieusement l’endormissement de la dernière personne demeurée éveillée dans ce putain de plumard.
(Je vous laisse deviner de qui il s’agit.)  

3. Mieux que la lessiveuse… Les enfants ! 
Ceux qui en ont fait l’expérience le savent : les enfants, durant leur sommeil, c’est mobile. 
Très mobile. 
Pour les autres, vous avez bien dû tomber un jour sur cette pub d’une célèbre marque de couches pour enfants qui a filmé un morveux durant toute une nuit : en bonne machine à laver, le môme peut se retourner jusqu’à 1500 fois avant son réveil. 
Je sais, ça laisse rêveur. 
En revanche, ça empêche clairement les autres de dormir. 

4. La stratégie de l’étoile de mer
Je ne suis pas toute à fait certaine que cela ne soit pas le fruit d’une stratégie volontaire et consciente, murement réfléchie. Je leur laisse le bénéfice du doute, par pure bonté d’âme :
Le talon dans les côtes de maman, l’index gauche dans la narine de papa, la tête sur les fesses du frangin… Les enfants ont l’art d’occuper l’espace et de se répandre sur le matelas, pourtant restreint mais proportionnellement bien supérieur à la surface de leur propre corps, un peu à la manière des magnifiques échinodermes colorés que l’on ramasse sur les plages…

En général, le parent finit par renoncer sur les coup de 01:00 ou 02:00 heures du matin, et va terminer sa nuit… Dans le petit lit-une-place glacé abandonné par le gamin en début de soirée.

#SoyonsForts
#SavoirDireNon
#Résistons



Tous à poil

Pourquoi les enfants 

n’ont-ils jamais froid ?


En ce début d’hier austral au Cap, et devant le nombre chaque jour plus élevé de mères en furies que j’entends s’égosiller dans la cour de l’école, je me permets de soulever la question :


POURQUOI, malgré tous nos efforts pour les couvrir correctement, retrouve-t-on nos moutards systématiquement à moitié – voire entièrement – débraillés, 
en manches courtes ou pieds-nus alors qu’il fait 12° celsius dehors, chaque après-midi lorsque nous les récupérons ?

J’ai pensé rajouter plusieurs couches d’habits – le Damart, le sous-pull, le sweat, le pull et enfin le manteau ou le Kway – croyant atténuer ainsi la difficulté. 

En réalité, cela n’a fait qu’accentuer leur effeuillage pathologique. 

J’ai alors tenté de remonter à la source et d’identifier les raisons qui poussent nos lardons en chaleur – mouahaha… – à un tel rejet vestimentaire. 


Après réflexion,  je pense qu’il existe plusieurs explications, CUMULATIVES. 

Par pure bonté d’âme et solidarité parentale, et afin de calmer vos interrogations brûlantes – ok, j’arrête – je les partage aujourd’hui avec vous : 


1. Ils passent leur vie à sauter, courir, monter, descendre, crier, hurler, à se dépenser et à faire tourner la machine. Ils ont donc objectivement chaud. 


2. Ils n’ont pas encore été totalement formatés par les adultes : ils portent toujours en eux l’instinct pré-historique de liberté qui leur intime l’ordre de refuser les accessoires qui les engoncent, les limitent, les restreignent, les cantonnent.  


3. Ils s’en fichent. Ils sont concentrés sur autre chose. Sur les jeux avec les copains, leurs délicieux goûters, les lézards à torturer dans la cour de récréé… Ils ont juste plein d’autres trucs à faire bien plus intéressant qu’à penser à mettre leur pull.


4. On leur a dit d’enfiler leur petite laine deux cent fois durant les dernières 48 heures. 
Par définition, ils font le contraire de ce qu’on leur dit. 
Toujours. 
Ce sont des enfants. 
C’est leur job, de nous contredire
Tout le temps. 


5. En vrai, ils adoooorent tomber malades ! 
C’est l’excuse parfaite pour rester à la maison à glander devant la télé avec des bols de gateaux et des fruits-plein-de-vitamines, au lieu d’aller se fatiguer à apprendre les phonèmes et les syllabes sur les durs bancs de l’école. 
Franchement, y’a pas photo. 

Voilà. 

Entre nous, ça se tient. 

T’as qu’à changer de crèmerie

“J’EN PEUX PLUS D’TOI !! 

J’VEUX CHANGER D’MAMAN !”


Au début, ce genre de saillies verbales m’affectait. 

Non, vraiment. 

Un tressaillement au coeur, comme un coup dans l’estomac, la gorge qui se serre et l’air qui n’arrive plus aux poumons, le vieux complexe de l’abandon qui refait surface et plonge soudainement dans le brouillard ce qui me reste de cerveau depuis leur naissance…

Mais ça, c’était avant

Maintenant, avec le temps et l’entrainement jujutrépidèsque dont je suis l’objet depuis bientôt sept (longues, très longues) années, cela ne me touche (presque) plus. 

J’ai d’ailleurs pris l’habitude d’en rire.

Pourtant l’autre jour, alors que je lui appliquais consciencieusement sa lotion anti-poux et démêlais sa tignasse mouillée fraichement sortie de la douche, Tancrède avait l’air plus sérieux que d’accoutumé : 

– “J’VEUX PU’ D’TOI, MAMAN ! JAMAIS !!!!

J’ai donc adapté ma riposte.
Sourire aux lèvres, continuant tranquillement et inlassablement à brosser l’engeance, j’ai murmuré, comme pour moi-même :

– “Gnagnagna… Allez hop, t’es renvoyée mamaaaan !

– “?!?!?”

– “Bin quoi ? Tu veux bien me virer, mon amour, c’est ça ?”

– “EUH… hein.. QUOI !?!?”

– “Et bien disons-nous les choses franchement mon fils, si tu n’es plus satisfait du service, et que tu souhaites mettre fin à notre collaboration, il faut être clair !”

Les sourcils froncés, me regardant d’un oeil torve, mon trait d’humour a visiblement eu le mérite de calmer les prétentions syndicales de mon rejeton.

– “Mais… Je… J’ai pas compris, maman…”

– “Ah bah oui mon coeur, quand on se lance dans des doléances et autres quérulences intempestives, il faut assumer la probabilité que la situation dégénère au conflit, tu le comprends, j’espère ?”

– “?!?!?!?…”

– “Moui. Et donc, tu disais mon amour ?! Tu veux changer de maman, c’est ça ?”

Silence dans la salle de bain. 

– “Hummmpffff… Nan… Ça va. J’te… garde…

#JePréfèreÇa
#NanMaisDis
#ÇaVaBienMaintenant
#SansDec

Mieux vaut tard que jamais

La patience est décidément la qualité première de tout parent qui se respecte.


Vraiment. 

C’est valable pour tout. 

Y compris la tenue des cahiers de texte de nos lardons. 

Mais si. 

Je vous explique : 

Depuis septembre de l’année dernière, je m’échine à couvrir et recouvrir, encore et encore, les cahiers de mes fistons, en lambeaux depuis bien avant Noël. 
A racheter tous les trois mois des stylos bleus, des gommes rouges, des règles vertes et des ardoises blanches. 
A rembourser l’école du prix des livres de lecture, à qui les divers plongeons en piscine ainsi que les bains de mer n’ont vraisemblablement pas convenus. 

Mais aussi à chercher, chaque jour qu’il nous est donné de vivre, les foutus devoirs-du-lendemain, inscrits sur un morceau de papier découpé par l’enfant et supposément collé à la page du jour concerné, à la fin de sa journée de cours. 

Outre le fait que cette méthode me parait d’une absurdité écologique et organisationnelle majeure – pourquoi ne pas faire écrire aux enfants les devoirs, à la place ? Ce qui aurait le mérite de les entrainer, d’éviter de gâcher une quantité effrayante de papier et accessoirement de faciliter la vie des parents – elle a en plus le merveilleux effet de nous faire perdre un temps précieux chaque soir, à-la-recherche-du-devoir-perdu.

J’ai donc évidemment mis un point d’honneur, durant ces neuf derniers mois, cinq soirs de la semaine – un rapide calcul vous aura vite permis d’arriver au chiffre mirobolant de cent-quatre-vingt fois par enfant – à rappeler à ma progéniture gémellaire de bien vouloir coller ses feuillets, afin d’éviter que ceux-ci ne se perdent.

En vain. 

Arrivés au 15 de ce mois de juin, j’avoue avoir décidé de lâcher prise, et de ne plus relever ni insister sur la question. 

Mais comme souvent, curieusement, c’est lorsque l’on renonce à ce que l’on attendait désespérément, qu’il a tendance à se présenter à nous : 

Trystan se déshabillait l’autre jour pour prendre son bain, empilant ses affaires sales sur son sac d’école lorsqu’il me dit soudain : 

– “Ah tiens maman ! ‘Faut k’j’te raconte quelk’ chose !”

– “Je t’écoute mon coeur…”

Je le vois alors, nu comme un ver, se précipiter sur son cartable pour y extirper son cahier de texte, avant de pointer son petit index dessus et de crier l’air enflammé par la passion : 

– “J’ai compris un TRUC INCROYAB’ aujourd’hui !!!”

– “Ah oui !?”

– “MAMAN ! J’ai ENFIN COMPRIS c’qu’elle nous demandait la maitresse !”

– “???”

– “Les p’tites feuilles de devoirs, à coller dans l’cahier d’texte !”

– “Et bien ?!”

– “EN FAIT, Y’ FAUT LES COLLER CHAQUE JOUR POUR LE LENDEMAIN !”

– “?!?!?…”

#14JoursAvantLaFinDesCours
#IlEtaitTempsNoteBien
#SaintePatience
#ToutArriveAPointAQuiSaitAttendre


Merci qui ?

Comme quoi, 

la honte internationale, 

parfois,

pas besoin de nos lardons pour la vivre :  

on se l’inflige à nous-même. 


Je prenais un tea chaï latte rapide ce matin là, avec une maman d’école – dont je tairais assurément le nom, mais qui se reconnaitra – dans le café à côté de l’établissement où sont  scolarisés nos Jujutrépides.

Nous venions de passer commande à la serveuse. 

08:00 venaient à peine de s’afficher sur nos téléphones et ni ma copine ni moi n’étions encore bien réveillées. 

Nous nous autorisions donc, selon l’accord tacite qui unit toutes les mamans-d’école du monde entier, quelques secondes de silence avant d’embrayer sur la première conversation de notre journée, en dehors des seules injonctions à s’habiller ou à petit-déjeuner-plus-viiiiite, que nous avons proférées depuis notre levé. 

Nous venions à peine d’entamer notre discussion, lorsque la gentille demoiselle s’est approchée de notre table, un plateau dans les bras, chargé des précieux breuvages fumants, sensés nous réchauffer en cet humide matin d’hiver austral. 

Penchée au dessus de nous, elle a alors déposé mon thé devant moi. 
Je venais de la remercier doucement, lorsque la jeune fille a ensuite placé le cappuccino de ma copine, bien en évidence devant elle. 
Se redressant, elle la regardait l’air souriant, comme si elle attendait quelque chose. 
Mon amie, encore dans les vapes, visiblement inconsciente de la situation, restait silencieuse. 

C’est alors que la situation a dérapé. 

Comme ça, sans que je sache vraiment pourquoi. 

Indépendamment de ma volonté. 

Ma bouche – semble-t-il demeurée ce matin-là en pilotage parental automatique – s’est alors mise à prononcer sur un ton monocorde : 

– “QU’EST-CE-QU’ON-DIT-À-LA-DAME ?!”

C’est l’expression hébétée et ahurie de ma copine qui m’a fait réaliser l’énormité de ma remarque. 

Ou quand nos reflexes maternels deviennent un peu trop pavloviens.  

#MerciQui
#DisBonjourALaDame
#CestPourTonBien
#TuVeuxMonDoigt
#ToussaToussa


Carpe Diem

Etre expatrié, 

en fait, 

c’est accepter de vivre des cycles. 

Tout le temps. 


Des cycles de vie, des phrases de bonheur puis des périodes d’incertitude et d’emmerdements interminables, des instants d’espérance, d’autres de désespoir, des moments de solitude et, parfois, certains d’amitié. 

Pour ceux qui aiment un peu l’aventure, le mouvement et l’inattendu, il est vrai que c’est bien agréable, ce changement perpétuel et régulier, avec cette petite touche de “routine” cyclique excitante où rien n’est certain… Et où tout redevient donc miraculeusement possible.

Vous me direz, cela n’est pas spécifique à l’expatriation : quelque soit l’endroit du globe où l’on habite, l’existence se charge avec assiduité de nous apporter son lots d’imprévus. 

Sans doute. 

Sûrement. 

Sauf qu’en décidant de résider loin de chez soi, on multiplie les probabilités et l’on vit dans la certitude permanente d’une forme de finitude récurrente : savoir qu’au bout du contrat il faudra irrémédiablement repartir ailleurs pour rebâtir une nouvelle vie, conditionne la manière dont on se projette, dont on s’organise, dont on fait ses choix, dont on aborde le quotidien et les autres. 

Comme une sorte de rappel à l’ordre, jour après jour, qui nous oblige à nous souvenir qu’il s’agit de ne pas trop s’attacher, que rien ne dure, mais aussi qu’il n’y a pas de temps à perdre. Car chaque seconde compte. 

Souvent, on garde ce petit pas de recul. Cette minuscule distance qui nous protège et nous évite de plonger trop profondément dans les sentiments. 
Parfois on succombe. Et lorsque vient l’heure de s’en aller, c’est un déchirement. 

En expat’, on réalise vite qu’on n’a pas “tout le temps devant soi”. 
Une épée de Damoclès – en or massif ne manqueront pas de relever certains… – bien présente au dessus de nos têtes et qui nous incite à vivre et exister un peu plus intensément que d’accoutumé : visiter le pays d’adoption de fond en comble, se donner au maximum dans un sport ou une passion que l’on ne pourra plus pratiquer ailleurs, profiter des gens, aussi. 

Ceux que l’on croise, comme deux lignes fuyantes que l’on voudrait bien garder à l’intersection, mais qu’il faut savoir laisser filer vers l’inconnu, pour mieux les retrouver ailleurs, autrement. Ou pas. 

C’est amusant les liens d’expat’ ! Souvent, c’est un peu comme les promo d’école : on se lie avec ceux qui sont arrivés la même année que nous. 
On grandit ensemble, on découvre les mêmes choses à un rythme assez identique, avec le temps on essaye de profiter des coins ou des expériences plus originales ensemble, car on sait bien qu’il ne reste plus beaucoup de mois avant le départ. Et puis comme la plupart du temps, nous vivons tous loin de notre parenté, les copains, ça devient un peu notre famille du bout du monde. 

Alors forcément lorsqu’ils partent… Pour ceux qui restent encore un peu, ça laisse filtrer comme un courant d’air froid sur le coeur. 

Voilà. 

On est en juin. 

Comme chaque année, en juin, des copains s’en vont. 

Et comme chaque année, ça fout un peu le bourdon. 

#OuiJeSaisÇaRime
#LePostAnnuelPasFunQuiFaitPasRire
#DésoléePromisJeMeReprendsVite