Plus le temps passe,
Les Folles Aventures d'une Mère de Jumeaux
Les mecs qui ont fondé une tribu et que l’on retrouve quotidiennement aux fourneaux, avouons-le, c’est assez rare. Dans la très grande majorité des cas, leur contribution culinaire familiale se résume à quelques incursions annuelles. Et pourtant, tous ont tendance à se précipiter et à proposer – imposer ?! – leur aide à la seconde où les beaux jours arrivent, ou lorsque le mot magique – barbecue – est prononcé.
Je crois fermement que cet empressement soudain et ciblé a tout à voir avec le rituel qui l’accompagne : des fils ou une bande de potes, autour d’un feu, avec une bestiole fraichement découpée qui grille sous leur nez, un verre de quelque chose dans une main – je dis ça pour éviter les poncifs… Mais tout le monde s’accordera probablement sur la bière ou le rosé – et la pince dans l’autre.
Avec le chef opérant sous les yeux de ses pairs, qui tantôt l’encouragent, tantôt le charrient, tous liés par le feu sacré qui les réunit et qui ne manque pas de nous rappeler certains rites de passage ancestraux.
D’ailleurs, cette affaire les remet tellement bien en selle dans leur masculinité, qu’ils se sentent soudain capables d’assumer de porter un tablier – symbole féminin par excellence, qu’il soit rose ou à dentelle n’y change rien – et des gants-moufles protecteurs qui les font ressembler à Winnie l’Ourson plus qu’à un féroce Grizzli des plaines enneigées du Canada…
Peu importe : ils ressortent de l’aventure rassurés et apaisés.
Alors on essaye d’éviter de s’emballer trop vite.
On prend de la distance.
A force, on finit par se figer un peu en soi.
Et ça donne l’impression qu’on est dur.
Alors qu’en fait, on est juste fatigué de ressentir les choses.
Il suffit d’un baiser ou d’un mot gentil, d’un jeans taille 38 qui (re)ferme (enfin), d’une fleur d’orchidée qui éclos après des mois de soins, d’un message ou d’un coup de fil qui nous rappelle qu’on n’est pas tout seul face à l’adversité du quotidien, et la vie devient subitement magnifique.
Un refus inattendu, un papillon mort sur le balcon, une réponse un peu sèche, une soeur qui a autre chose à faire qu’à nous parler cette semaine-là, et c’est la fin du monde.
Mais au fil des jours qui passent, et aussi à force de regarder les couples autour de moi, je m’aperçois que tous ces accrochages proviennent décidément souvent de terribles malentendus.
Et le tout premier d’entre eux tient, j’en suis certaine maintenant, à nos modes de communication radicalement différents.
Comme l’italien et l’espagnol par exemple. Deux langues étrangères qui se ressemblent mais qui sont assez distinctes pour demander à chacun un effort d’apprentissage (considérable).
J’ai pensé à partager avec vous quelques-unes de mes découvertes, faites au prix de nombreuses années d’un travail acharné :
1 – “Laisse-moi tranquille !”
Ce qu’ELLE veut dire :
Je vous l’accorde, ce n’est pas forcément hyper clair, comme ça, à première vue. Mais en fait, la traduction de ce rejet sans appel est en réalité : “Prends-moi dans tes bras, je me sens triste, énervée et vulnérable. J’ai besoin d’un câlin.”
Ce qu’IL veut dire :
Foutez-lui donc la paix, puisqu’il vous le demande.
Il a besoin de calme, de temps pour lui.
C’est quand même clair, non ?
2 – “Oh mon dieu”, chéri j’ai grossi !”
(Variante : “Chériii… J’ai rien à me mettre…”)
Ce qu’ELLE veut dire :
Avant de vous proposer une traduction, mieux vaut donner l’information essentielle : en AUCUN cas, elle ne vous demande de confirmer – cela va sans dire – ni d’infirmer cette affirmation.
Rentrer dans un débat sans fin du type :
“Mais non mon amour, bien sûr que non, tu es très jolie”
Ou bien : “Bin t’as qu’à faire plus de sport, non ?”
Ou encore “M’enfin chérie, t’as 42 paires de chaussures, 12 jeans et deux piles de 1,2m de hauteur remplies de t-shirts et autres chemisiers, tu plaisantes j’espère ?” s’avérerait terriblement inutile.
Voire contre-productif.
Vous pourriez même finir par vous retrouver responsable de ses maux.
En effet, comme souvent, il ne s’agit pas de prendre l’information au premier degré, mais de trouver la signification profonde qui se cache derrière ce cri de désespoir.
Ce qu’elle veut dire est simplement : “Prends-moi dans tes bras, je me sens triste, énervée et vulnérable. J’ai besoin d’un câlin.”
(Qui a dit que les femmes étaient compliquées, finalement, hum ?)
Ce qu’IL veut dire :
Il ne le dira pas.
Il s’inscrira à la salle de sport.
3. “C’est insupportable, tu ne fais RIEN.”
Ce qu’ELLE veut dire :
Sans tomber dans d’affreux clichés stériles, quand une femme vous dit ça, ça ne veut pas dire qu’elle a subitement oublié les 11 heures par jour que vous passez au boulot. Ni qu’elle n’a pas de respect ou d’admiration pour votre dévouement professionnel. Non.
C’est juste qu’elle en a marre d’être prise pour la femme de chambre ou la gouvernante de la maison.
Il n’existe pas de traduction littérale à cette phrase. Le sens le plus proche est en fait : “Aide-moi s’il te plait.” ou encore “Ce foyer est aussi le tien, merci à toi de participer à son bon fonctionnement, au même titre que tous ses habitants.”
Ce qu’IL veut dire :
Techniquement, cette phrase n’a jamais été prononcée par un être humain de genre masculin. Donc je ne peux pas vous dire.
Oooh, ça va, on peut en rire, oui ?
4 – “De toutes façons, t’es jamais là…”
Ce qu’ELLE veut dire :
En fait, sous le reproche, messieurs, se cache un mot d’amour – bien planqué il est vrai – qui veut dire : “tu me manques”.
Si, si. Honnêtement, si vous y réfléchissez bien, ça devient évident, non ?
Ce qu’IL veut dire :
Attention, Mayday-Mayday-Mayday, l’heure est grave. Vous le négligez. Il file du mauvais coton. Il faut intervenir rapidement.
5 – “A quoi tu penses ?”
Ce qu’ELLE veut dire :
La plus simple de toutes. La véritable question sous la question est en réalité : “Tu m’aimes ?”
Ce qu’IL veut dire :
Il s’attend à ce que vous proposiez une solution à son problème.
Voilà voilà… Vous devriez avoir de quoi entamer une discussion efficace, avec ça.
Bisous.
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Il est agréable de vivre dans un espace ordonné où l’on retrouve aisément ses affaires lorsqu’on en a besoin.
Finis les “Chériiiie, j’trouve plus mon permis de conduiiiiire !!!”
Terminés les “Baaabe, tu sais où t’as vu les ciseaux pour la dernière fois ???”
Oubliés les “Mon amouuur, où t’a rangé mes chemises ???”
Toussatoussa.
Et puis, entre fous, on s’comprend.
Lorsque l’autre repasse derrière soi car il estime que le lit n’est pas parfaitement au carré, on ne s’en étonne que moyennement et l’on ne s’en formalise pas outre mesure.
On trouve même parfois un plaisir étrange voire névrotique, une sorte de soulagement à contempler l’autre ranger la fourchette qui traine ou redresser le stylo posé de travers sur la pile de journaux : on n’est pas seul à voir ses petits détails insupportables du quotidien.
Et ça, c’est rassurant.
Quand on est un peu toqué, s’entend.
Si l’on sait que le bordel et le chaos sont souvent sources de toute vie – les champignons poussent dans les assiettes sales, laissées à l’abandon dans l’évier, par exemple – mais que nos prédispositions nous orientent vers l’ordre et l’organisation, l’association inverse devient rapidement invivable, pour le coup.
On réalise qu’il est préférable de s’associer à la personne qui peut comprendre.
Enfin, on pourrait penser que les risques, pour deux psychorigides du rangement, d’engendrer une progéniture aux tendances sérieusement pathologiques, sont probablement plus élevés que la moyenne.
Et pourtant, tous les parents SAVENT qu’il n’en n’est rien.
Mais vraiment rien.
Non, vraiment, parfois les dictons ont du bon.
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