Le monde des Possibles

Plus le temps passe, 

plus je trouve qu’il est difficile 

de répondre à cette question. 

Cette fameuse question que j’entends depuis que les Jujutrépides sont en âge d’aligner trois mots : “Maman, pourquoi papa, il est pas là ?!”

Naturellement, il existe de nombreuses réponses à cette interrogation :
Version Rambo
C’est la vie. C’est comme ça. ‘Vous plaignez pas, vous vivez au soleil et au bord de l’océan. Cela a un prix. Soyez reconnaissants. Et que je ne vous entende plus. 
Version éducation du 19ème siècle
Les enfants, votre papa adore son métier. Il est important de respecter ce choix courageux qui devrait être un modèle pour vous : travailler dur pour offrir à sa famille une magnifique existence au soleil et au bord de l’océan. 
Soyez reconnaissants. 
Version éducation du 21ème siècle
Les enfants, je sais que votre papa a choisi un métier qui le fait beaucoup voyager, et que ça n’est pas idéal pour notre famille, mais le pauvre n’a pas trouvé d’autre solution pour nous assurer une vie merveilleuse au soleil et au bord de l’océan. C’est très dur de faire ce qu’il fait.  
Soyez reconnaissants. 
Quand ce sera votre tour de travailler, tâchez tant que possible de trouver un meilleur équilibre que lui, si vous le pouvez. #GoodLuck

Version Marie, sainte mère de dieu
Votre papa est un homme formidable mes chéris. Son travail l’oblige à beaucoup voyager, il n’aime pas ça et ça le rend triste d’être loin de nous, mais il sue sang et eau à longueur de journées et de soirées pour nous offrir une vie ici, au paradis, au soleil et au bord de l’océan. 
Soyez reconnaissants. 
Version mère hystérico-dépressive
Votre père adore son métier et sa carrière. Celle-ci est sa priorité, on ne peut pas le changer. De toute façon, on vit très bien tous les trois sans lui, ici au soleil et au bord de l’océan. 
En revanche, essayez de ne pas oublier, si possible, de le faire chier au maximum dans dix ans, avec une bonne crise d’adolescence bien carabinée. En vous remerciant. 

Version mère bouddhiste sous amphet’
Les enfants, ne prenez pas tout cela tellement à coeur ! La vie est belle, regardez où nous vivons : au soleil et au bord de l’océan ! Nous passons des moments de qualité les jours où papa est là, c’est bien cela l’essentiel ! Soyez reconnaissants de ce que la vie nous apporte !

Il est possible, naturellement, de croiser et mixer ces différentes réponses…

Je tentais, l’autre soir que mes Jujus chéris ruminaient, moroses dans leur lit au moment d’aller se coucher, de leur remonter le moral au mieux. 

C’est alors que Tancrède a poursuivi sur sa lancée : 

– “Mais maman, pourquoi papa y’ pourrait pas changer d’métier ? Hein !?”

– “Mais enfin mon amour, pour faire quoi !? Il aime et il est bon dans ce qu’il fait, pourquoi changerait-il ?!”

– “MAIS POUR RESTER AVEC NOUS !!”

Argument imparable, s’il en est. 

– “Oui mon coeur, mais ça n’est pas si simple.”

Intervention comme toujours rationnelle de Trystan : 

– “Si c’est TRÈS simple. Il choisit un job où il a pas b’soin d’voyager. Et voilà.”

#Bim
#PrendsÇaDansLaFigure

– “Oui… Enfin… Ça ne marche pas comme ça, le monde du travail mon fils. Tu ne décides pas comme ça pouf-pouf de devenir médecin par exemple. Sinon tu ne sais pas soigner les gens et tu finis par les tuer. Il faut faire de longues études pour apprendre.”

– “Oui, d’accord, mais pour vendre des bonbons par exemple, t’as pas b’soin de faire de longues études !”

– “Non, tu as raison. Mais vendre des bonbons… A moins de t’appeler monsieur Ferrero, ça ne te fait pas gagner assez de sous pour vivre au soleil et au bord de l’océan, Trystan… Enfin j’me comprends…

Le môme ne se laissant pas démonter pour autant, décide de passer la vitesse supérieure : 

– “Et bin, il a k’a dev’nir constructeur de maisons, papa. C’est pas dur de coller des briques et de peindre des murs, et tu risques pas de tuer des gens !”

Je passe sur les détails pratiques et les conséquences fâcheuses des vices cachés et autres défauts de construction d’un point de vue pénal, et décide de m’intéresser au fond :

– “Ah ? Et pourquoi tu penses à ce métier chéri ?”

– “Pass’que le papa de Rocco, y’ fait ça dans la vie, et Rocco et bin il amène toujours des jouets incroyab’ à l’école comme l’hélicoptère que j’lui ai échangé l’aut’ jour
VOILÀ, C’EST PAS COMPLIQUÉ LA SOLUTION MAMAN. 
IL A K’A CONSTRUIRE DES MAISONS A CAPE TOWN, PAPA.” 


Bouh qu’elle est vilaine !

C’est bas, 

mais c’est tellement bon !


Je déteste – et j’adore, tout à la fois – ces moments qui surgissent de temps en temps, durant lesquels j’ai parfaitement conscience de la mesquinerie de mes sentiments, un peu honte évidemment, un peu triste de ne parvenir à m’élever au dessus d’eux… Mais surtout très amusée par l’ironie mordante de la situation. 

Dimanche dernier, j’ai été prise d’une flemme colossale et ai décidé de paresser dans mon canapé, entre moi, mon bouquin et moi-même, faisant fi de l’heure qui tournait, des bains à donner, du diner à préparer, des sacs à garnir et de cette pénible routine qui précède invariablement le premier jour de la semaine. 

Apercevant, avec reconnaissance, ma tendre moitié qui s’activait – une fois n’est pas coutume – j’ai donc choisi de profiter de l’occasion pour le laisser faire, me faisant toute petite, roulée en boule dans mon sofa. 

Le fatidique moment du couché arrivant, j’ai décidé de quitter ma tanière pour aller embrasser mes fistons et leur souhaiter bonne nuit. 
Avant d’avoir atteint leur chambre, ceux-ci m’avaient repérée dans le couloir et s’accrochaient affectueusement à mon cou.

C’est alors que mon cerveau pavlovo-reptilien envoie un message à la mère consciencieuse et organisée que je suis. Je gère alors immédiatement l’information : 

– “Ah mes chéris, je n’ai pas préparé vos habits pour demain, venez on va le faire ensemble.”

Réaction immédiate de mon fils Trystan : 

– “Nan mais c’est pas la peine maman, papa l’a d’jà fait !”

J’ai dû faire montre, malgré moi et mon silence, d’un certain étonnement involontaire car mon garçon s’est alors écrié, sans malice aucune, et visiblement du fond de son petit coeur : 

– “OUI HEIN ! C’EST DINGUE ! C’EST LA PREMIERE FOIS D’PUIS K’ON EST NÉS, J’PENSE !”

Devant la mine déconfite du papa qui venait justement de passer sa soirée à s’occuper d’eux, et nonobstant une forme assez malsaine de jubilation – ou pour le moins de satisfaction intérieure – mon affection pour lui a malgré tout rapidement repris le dessus, riant gentiment pour faire passer la pilule.
#QuellePesteQuandMême
#CesPetitesMesquineriesDeCouple
#CommeCestVilain

Ce que les mecs savent faire (beaucoup) mieux que les nanas

Bon, 

les gars, 

perso, 

je vous recommande 

de lire ce post.


Pour UNE FOIS, j’explique pourquoi c’est VOUS qui avez raison, et pourquoi nous, les nanas, ne savons pas nous y prendre.

Ça n’arrive pas souvent, alors je serais vous, j’en profiterais. 

Oui, il faut l’avouer avec humilité et sérénité : sur certains trucs, les mecs savent beaucoup mieux y faire.

Je veux dire par là qu’ils se prennent en général moins la tête, notamment en terme d’éducation.
Naturellement, il s’agit de maintenir une forme d’équilibre entre les solutions de facilité et le devoir parental.

Mais je me disais l’autre jour en écoutant ma tendre moitié moquer mes obsessions maternelles diverses, qu’à bien y réfléchir, nous pourrions peut être effectivement nous en inspirer plus souvent. 
Histoire de nous alléger et de nous faciliter l’existence. 

Laisser, tôt, les gosses se laver ou s’habiller seuls, par exemple. 
Bon, bien sûr, il s’agira de ne plus trop regarder derrière les oreilles ni sous les doigts de pieds… Il faudra assumer l’étrange dégaine de notre progéniture… 
Mais quel temps gagné ! Quelle économie d’énergie ! 
Avec en prime, une responsabilisation plus forte des enfants. 

Cesser de s’agiter les neurones pour trouver de nouveaux menus toutes les semaines, chacun étant – cela va sans dire – parfaitement équilibré entre les fibres, les féculents, les légumes et les fruits frais, le laitage et les protéines. 
Certes, tout cela est et reste valable sous peine de finir avec une obésité infantile et des carences à gérer, mais enfin, deux fois par semaine (au lieu d’une fois par mois), bouffer de la pizza ou des pâtes n’a jamais tué personne, même sur le long terme. 
Enfin, j’crois. 

Décider de ne ranger la maison qu’une seule fois par jour. 
De préférence le soir. 
Et supporter durant toute la journée de voir le sol jonché de jouets, de feuilles, de bouts de ficelle, de gouttes de peinture et de trognons maronnasses abandonnés là durant l’un de ces (nombreux) moments d’égarement… 
Oui, c’est dur-très-dur, mais pensons-y : ça fait bien moins mal au dos.
Et puis ça laisse du temps pour faire d’autres choses plus intéressantes.
Et ça nous évite d’avoir à nous complaire inconsciemment dans un rôle de Sisyphettes domestiques des temps modernes. 

Evidemment, je vous raconte tout cela le plus sérieusement du monde. 

Mais je suis toujours bien incapable de l’appliquer.


Les hommes & le barbecue

Bien. 

Les hommes et le barbecue, 

on en parle ? 


Qu’il s’appelle Barbecue sur le continent américain et en Europe, Braai en Afrique du Sud, Masheweh au Moyen Orient et dans les pays arabes, Mangal en Turquie, Chachlyk en Europe de l’est, Fatapera à Madagascar, Dibi en Afrique de l’Ouest, Assado au Brésil… Dans pratiquement tous les pays du monde, c’est une institution. 

Surtout pour les mecs. 

Quoi ? 
J’en vois déjà qui froncent le sourcil, genre “attention cliché”, c’est-pas-vrai-y’a-des-nanas-qui-utilisent-le-grill-aussi, toussa toussa. 

On peut quand même essayer d’être un tout petit peu honnête, et s’accorder sur la réalité, lorsqu’elle est aussi flagrante, oui ? 

Le barbeurk – pardon ! Je voulais dire barbeuk évidemment… – c’est quand même largement un truc d’hommes. 

Je le constate chez nous, je le remarque chez 100% des copains, je le vois chez les voisins… Impossible de refuser l’évidence : le barbecue, c‘est le rituel quasi thérapeutique grâce auquel les hommes re-connectent avec leur Moi. C‘est la cristallisation incandescente de leur masculinité dans tout ce qu’elle a de plus beau.  

Je ne peux pas vous dire mieux. 


Mais je peux vous expliquer mon point de vue : 


La reprise de contrôle
Les politiciens qui font vraiment n’importe quoi, le climat qui part en vrille, les patrons qui exigent toujours plus d’eux, les nanas qui Balancent-Leurs-Porcs et ‘font rien que de réclamer plein de trucs incompréhensibles, les gosses qui sont de plus en plus rebelles et mal élevés… Le monde leur échappe.
‘Y’a pas à dire, en ce moment, pour les hommes, c’est chaud. Sans mauvais jeu de mot. 
Donc lorsque l’occasion d’allumer des braises se présente, impossible de la refuser ! Il n’y a qu’à regarder le bonheur et l’apaisement qui s’affiche sur leur beau visage et sous leur jolie barbe de trois jours savamment entretenue : c’est l’instant jouissif durant lequel ils renouent avec leur nature profonde d’hommes des cavernes et leur fascination pré-historique pour le feu ! Ces moments-là leur rappellent qu’ils maitrisent encore (un peu) certaines choses.  

La régénération de la virilité  

Les mecs qui ont fondé une tribu et que l’on retrouve quotidiennement aux fourneaux, avouons-le, c’est assez rare. Dans la très grande majorité des cas, leur contribution culinaire familiale se résume à quelques incursions annuelles. Et pourtant, tous ont tendance à se précipiter et à proposer – imposer ?! – leur aide à la seconde où les beaux jours arrivent, ou lorsque le mot magique – barbecue – est prononcé. 
Je crois fermement que cet empressement soudain et ciblé a tout à voir avec le rituel qui l’accompagne : des fils ou une bande de potes, autour d’un feu, avec une bestiole fraichement découpée qui grille sous leur nez, un verre de quelque chose dans une main – je dis ça pour éviter les poncifs… Mais tout le monde s’accordera probablement sur la bière ou le rosé – et la pince dans l’autre. 
Avec le chef opérant sous les yeux de ses pairs, qui tantôt l’encouragent, tantôt le charrient, tous liés par le feu sacré qui les réunit et qui ne manque pas de nous rappeler certains rites de passage ancestraux.
D’ailleurs, cette affaire les remet tellement bien en selle dans leur masculinité, qu’ils se sentent soudain capables d’assumer de porter un tablier – symbole féminin par excellence, qu’il soit rose ou à dentelle n’y change rien – et des gants-moufles protecteurs qui les font ressembler à Winnie l’Ourson plus qu’à un féroce Grizzli des plaines enneigées du Canada…  
Peu importe : ils ressortent de l’aventure rassurés et apaisés. 

La restitution de leur raison d’être
C’est bien connu, beaucoup d’hommes se sentent encore et toujours responsables de subvenir aux besoins de leur clan. 
Et nous les en remercions, c’est tout à leur honneur.
(Quoi ? C’est vrai… Je ne suis pas toujours ironique…)
Le barbecue est donc le moment privilégié qui leur permet de sentir qu’ils mènent à bien cette mission
Il s’agit probablement de la raison principale pour laquelle ils demandent vingt sept fois à leur entourage si l’épaule de mouton était bonne. 

Alors, bien sûr, d’un point de vue féminin, cela peut prêter à sourire : 

Lorsqu’ils nous disent par exemple avec le plus grand sérieux, les yeux agrandis par l’incompréhension et une visible déception : “Mais chérie, pourquoi tu m’dis ça ? J’ai fait deux fois la cuisine cette semaine !”, parce qu’ils ont fait flamber deux morceaux de bois et vidé une barquette de viande sur une grille… 
Pendant que nous préparions la salade mélangée, le gratin dauphinois ou les frites maison et la tarte aux pommes qui accompagneront leur plat principal
(Désolée les gars, je vous jure, je ne dis pas ça pour vous faire de la peine.)

Quand ils nous expliquent aussi avec gravité – à nous qui cuisons, rôtissons, sautons, poêlons, faisons frire, bouillons, grillons, mettons en papillotes, pochons, blanchissons, caramélisons .. probablement plus de 200 jours par an ! – que la cuisson au barbecue… C’est tout un art
(Celui du CD² ? Le Crâmé-Dehors-Cru-Dedans ? Pardon… C’était drôle. Nan ?)

Ils ne manqueront pas non plus de mentionner à quel point ils savent, eux-aussi, cuisiner sainement, persuadés que la saucisse calcinée et quelques bonnes goulées de monoxyde de carbone n’ont jamais fait de mal à personne. 
Bref. Je ne me moque pas, je le dis même avec une tendre affection : le barbecue, c’est vraiment LE moment qui nous rappelle pourquoi nos hommes sont tellement attach(i)ants. 

La vie des mélancoliques

Mon mari 

me reproche souvent

(entre autres choses)

d’être lunatique. 


Je souhaite m’élever en faux contre ce qualificatif, comme celui de bipolaire d’ailleurs, dont on affuble souvent de façon abusive certaines femmes, sous prétexte d’un atavisme genré qui aurait tendance à nous prédisposer naturellement à une sorte de mélancolie hormonale alternative. 

Je ne nie pas que cela soit possible, certains jours. 

Mais je tiens aussi à rappeler que cet état n’est absolument pas propre aux femmes et touche tous les genres, ainsi que tous les âges. 

J’ajouterai qu’avoir la malchance d’être né(e) d’un naturel mélancolique… C’est pas facile à vivre tous les jours.


D’abord parce que je me permets de rappeler que le cyclothymique, avant d’infliger ses humeurs à sa famille et ses amis, c’est d’abord avec lui-même qu’il se lève chaque matin, vit sa journée et s’endort le soir. 
Et passer de la cave au grenier en l’espace de quelques heures, avant de redescendre à -3000 sous le niveau de la mer, c’est très fatiguant. 
Pensez à toute cette distance parcourue. 
Mais si. Faites pas semblant, vous m’avez très bien comprise.

Ensuite, parce qu’on le sait bien… Qu’on emmerde les autres. 
Avec nos hauts et nos bas. 
Avec notre tristesse subite, insondable, inexplicable, violente. Inexprimable. 
Avec nos éclats de rires excessifs, nos bonheurs minuscules, incompréhensibles, mais qui prennent une place immense dans nos vies. 
Et les ponts imperceptibles et mystérieux qui relient les deux, invisibles aux yeux des autres et qui nous semblent, à nous, pourtant larges comme des avenues. 
Alors on s’en veut d’être inégal, changeant… d’agir en intermittent des émotions. 

Aussi parce qu’avec le temps, on comprend qu’il est inutile de vivre de grandes joies, puisque d’immenses tristesses vont bientôt prendre leur place. 
Qu’il est insensé de se laisser entrainer dans des abimes de désespoir, puisque un rayon de soleil viendra tôt ou tard illuminer à nouveau notre existence : on le sait, c’est comme ça à chaque fois !

Alors on essaye d’éviter de s’emballer trop vite. 
On prend de la distance. 
A force, on finit par se figer un peu en soi. 
Et ça donne l’impression qu’on est dur. 
Alors qu’en fait, on est juste fatigué de ressentir les choses. 

Il suffit d’un baiser ou d’un mot gentil, d’un jeans taille 38 qui (re)ferme (enfin), d’une fleur d’orchidée qui éclos après des mois de soins, d’un message ou d’un coup de fil qui nous rappelle qu’on n’est pas tout seul face à l’adversité du quotidien, et la vie devient subitement magnifique. 

Un refus inattendu, un papillon mort sur le balcon, une réponse un peu sèche, une soeur qui a autre chose à faire qu’à nous parler cette semaine-là, et c’est la fin du monde. 


Alors on essaye de rester digne. 
On essaye de conserver le peu de grâce et d’élégance qu’il nous reste, entre deux vagues sinusoïdales. 

Mais c’est pas toujours de la tarte. 

Lost in Translation

Bon. 

La communication dans le couple. 

On en parle ? 
♀♂


Savoir bien s’engueuler, cela demande du temps et de l’expérience que seules de longues – très looongues années – de vie à deux peuvent enseigner. 
J’entends par là, se disputer de façon constructive
J’en ai déjà parlé, il y a de cela quelques mois.

Mais au fil des jours qui passent, et aussi à force de regarder les couples autour de moi, je m’aperçois que tous ces accrochages proviennent décidément souvent de terribles malentendus. 

Et le tout premier d’entre eux tient, j’en suis certaine maintenant, à nos modes de communication radicalement différents. 

Comme l’italien et l’espagnol par exemple. Deux langues étrangères qui se ressemblent mais qui sont assez distinctes pour demander à chacun un effort d’apprentissage (considérable).

J’ai pensé à partager avec vous quelques-unes de mes découvertes, faites au prix de nombreuses années d’un travail acharné :


1 – “Laisse-moi tranquille !”

Ce qu’ELLE veut dire :
Je vous l’accorde, ce n’est pas forcément hyper clair, comme ça, à première vue. Mais en fait, la traduction de ce rejet sans appel est en réalité : “Prends-moi dans tes bras, je me sens triste, énervée et vulnérable. J’ai besoin d’un câlin.”

Ce qu’IL veut dire :
Foutez-lui donc la paix, puisqu’il vous le demande. 
Il a besoin de calme, de temps pour lui. 
C’est quand même clair, non ?

2 – “Oh mon dieu”, chéri j’ai grossi !”
(Variante : “Chériii… J’ai rien à me mettre…”)

Ce qu’ELLE veut dire :
Avant de vous proposer une traduction, mieux vaut donner l’information essentielle : en AUCUN cas, elle ne vous demande de confirmer – cela va sans dire – ni d’infirmer cette affirmation. 
Rentrer dans un débat sans fin du type : 
“Mais non mon amour, bien sûr que non, tu es très jolie” 
Ou bien : “Bin t’as qu’à faire plus de sport, non ?” 
Ou encore “M’enfin chérie, t’as 42 paires de chaussures, 12 jeans et deux piles de 1,2m de hauteur remplies de t-shirts et autres chemisiers, tu plaisantes j’espère ?” s’avérerait terriblement inutile. 
Voire contre-productif. 
Vous pourriez même finir par vous retrouver responsable de ses maux. 
En effet, comme souvent, il ne s’agit pas de prendre l’information au premier degré, mais de trouver la signification profonde qui se cache derrière ce cri de désespoir. 
Ce qu’elle veut dire est simplement : “Prends-moi dans tes bras, je me sens triste, énervée et vulnérable. J’ai besoin d’un câlin.”
(Qui a dit que les femmes étaient compliquées, finalement, hum ?)

Ce qu’IL veut dire :
Il ne le dira pas. 
Il s’inscrira à la salle de sport. 

Ou il arrêtera jute le pain. 
Et en 48 heures, il aura perdu 12 kg. 


3. “C’est insupportable, tu ne fais RIEN.”

Ce qu’ELLE veut dire :
Sans tomber dans d’affreux clichés stériles, quand une femme vous dit ça, ça ne veut pas dire qu’elle a subitement oublié les 11 heures par jour que vous passez au boulot. Ni qu’elle n’a pas de respect ou d’admiration pour votre dévouement professionnel. Non. 
C’est juste qu’elle en a marre d’être prise pour la femme de chambre ou la gouvernante de la maison. 
Il n’existe pas de traduction littérale à cette phrase. Le sens le plus proche est en fait : “Aide-moi s’il te plait.” ou encore “Ce foyer est aussi le tien, merci à toi de participer à son bon fonctionnement, au même titre que tous ses habitants.”

Ce qu’IL veut dire :
Techniquement, cette phrase n’a jamais été prononcée par un être humain de genre masculin. Donc je ne peux pas vous dire. 
Oooh, ça va, on peut en rire, oui ? 


4 – “De toutes façons, t’es jamais là…” 

Ce qu’ELLE veut dire :
En fait, sous le reproche, messieurs, se cache un mot d’amour – bien planqué il est vrai – qui veut dire : “tu me manques”. 
Si, si. Honnêtement, si vous y réfléchissez bien, ça devient évident, non ? 

Ce qu’IL veut dire :
Attention, Mayday-Mayday-Mayday, l’heure est grave. Vous le négligez. Il file du mauvais coton. Il faut intervenir rapidement. 


5 – “A quoi tu penses ?”

Ce qu’ELLE veut dire :
La plus simple de toutes. La véritable question sous la question est en réalité : “Tu m’aimes ?”

Ce qu’IL veut dire :
Il s’attend à ce que vous proposiez une solution à son problème. 

Voilà voilà… Vous devriez avoir de quoi entamer une discussion efficace, avec ça. 

Bisous. 

https://www.facebook.com/MargauxMotinillustratrice

Qui se ressemble s’assemble ?

L’autre jour, j’observais les portes 

de l’armoire de ma chambre… 

Et je me demandais un truc.

Finalement, un couple a-t-il plus de chance de fonctionner lorsque les conjoints se ressemblent ou, au contraire, lorsqu’ils sont hyper différents l’un de l’autre, et donc – disons-le de manière à le formuler positivement – éventuellement complémentaires ?

Je regardais les costumes de ma tendre moitié alignés au cordeau le long des poignées, prêts à partir dans leur housse avec lui en déplacement, et me disais avec résignation que j’avais semble-t-il épousé un psychopathe qui s’ignore.

Avant – dans un élan de lucidité – de constater avec un sentiment de fatalisme intérieur éprouvant, que j’étais probablement toute aussi dingue que lui… 

De fait, décider de partager la vie d’une personne qui a les mêmes fonctionnements et qui fait preuve des mêmes obsessions ou déséquilibres psychologiques que soi, présente de nombreux avantages :

Il est agréable de vivre dans un espace ordonné où l’on retrouve aisément ses affaires lorsqu’on en a besoin. 
Finis les “Chériiiie, j’trouve plus mon permis de conduiiiiire !!!”
Terminés les “Baaabe, tu sais où t’as vu les ciseaux pour la dernière fois ???”
Oubliés les “Mon amouuur, où t’a rangé mes chemises ???”
Toussatoussa.  

Et puis, entre fous, on s’comprend. 
Lorsque l’autre repasse derrière soi car il estime que le lit n’est pas parfaitement au carré, on ne s’en étonne que moyennement et l’on ne s’en formalise pas outre mesure. 

On trouve même parfois un plaisir étrange voire névrotique, une sorte de soulagement à contempler l’autre ranger la fourchette qui traine ou redresser le stylo posé de travers sur la pile de journaux : on n’est pas seul à voir ses petits détails insupportables du quotidien. 
Et ça, c’est rassurant. 
Quand on est un peu toqué, s’entend. 

Si l’on sait que le bordel et le chaos sont souvent sources de toute vie – les champignons poussent dans les assiettes sales, laissées à l’abandon dans l’évier, par exemple – mais que nos prédispositions nous orientent vers l’ordre et l’organisation, l’association inverse devient rapidement invivable, pour le coup.
On réalise qu’il est préférable de s’associer à la personne qui peut comprendre

Enfin, on pourrait penser que les risques, pour deux psychorigides du rangement, d’engendrer une progéniture aux tendances sérieusement pathologiques, sont probablement plus élevés que la moyenne. 
Et pourtant, tous les parents SAVENT qu’il n’en n’est rien. 
Mais vraiment rien. 

Non, vraiment, parfois les dictons ont du bon. 


Le couple et le sport

La compétition dans le couple, 

on en (re)parle ou pas ? 


Bien sûr, nous avons toutes et tous été pris un jour en flag’ de jalousie, le plus souvent non assumée :

Une feuille de paye qui commence à décoller quand l’autre plafonne, et le coeur se serre.

L’un des gamins qui se jette de façon un peu trop appuyée dans les bras de l’un plutôt que de l’autre, et nos yeux lancent des éclairs.

Un kilo durement perdu quand l’autre en gagne un, et il devient difficile de camoufler ce petit coin de sourire ironico-sarcastico-sardonique ignoble qui s’affiche malgré nous sur notre visage. 

Tout cela est bien vilain. 

On le sait, d’ailleurs, et c’est la raison pour laquelle on ne l’avoue pas. 

Mais j’ai remarqué que cela n’est RIEN, comparé à notre attitude durant le SPORT.

Si vous faites partie des couples qui pratiquent une activité sportive ensemble – quelle drôle d’idée, franchement – pensant ainsi profiter de ces instants en commun pour partager des moments sympathiques en dehors de la routine et renforcer encore votre amour… Oubliez.


Enfin, je dis ça… Si ça se trouve, c’est juste chez nous ?


D’abord parce qu’il n’est pas absolument certain que votre moitié ait véritablement envie de découvrir l’aspect écarlate et transpirant de votre personne. 


A bien y réfléchir, de votre côté, souhaitez-vous vraiment dévoiler à cette occasion – non pas votre épouvantable caractère qu’il a déjà remarqué depuis bien longtemps – mais votre propension à une certaine mauvaise foi, voire votre effroyable gestion comportementale de l’échec, hum ? 


Pensez aussi que si le prof de tennis vous plait, ramener le conjoint n’est probablement pas l’attitude la plus maline à adopter. 


D’autant qu’au bout d’un certain temps, y’a forcément l’un des deux qui réussira mieux que l’autre avec autant, voire moins, d’heures de cours.

C’est rageant. 
Très énervant. 
Vraiment. 

Parce que si par miracle l’un parvient à maigrir grâce à l’entrainement – et pas l’autre – et bin… Cf. paragraphes du dessus. 


Enfin, j’ajouterais que perdre contre une sombre connasse que vous ne connaissez ni d’Eve, ni d’Adam, c’est pas trop dramatique. 

Mais perdre contre votre partenaire de vie, qui va vous rabâcher les oreilles et vous reparler jusqu’à la fin de l’année du meeeeeerveilleux lob qui vous a coûté la partie… C’est tout de suite beaucoup plus pénible. 

Non, à bien y réfléchir, je ne suis pas sûre qu’il faille absolument s’adonner au sport à deux.


Vraiment.

https://www.facebook.com/MargauxMotinillustratrice

Arbitrage gémellaire : jumeaux 2, parents 0.

Nous roulions 

de retour vers la maison.


Il faisait déjà noir : la nuit tombe si vite en ce moment sur Cape Town en hiver.

– “Attention chéri, y’a un radar dans deux rues à gauche. “

Silence. 

– “Chéri, ralentis, y’a un radar !”

– “Ouiiii chérie, je suis pas sourd.”

Vraouuuum. Flash ! ✨ Flash !✨

Il vient de se le prendre.  
Bien comme il faut. 

– “?!?!?!?!? Mais ?!?!? JE TE DIS Y’A UN RADAR, ET TOI TU ACCÉLÈRES  !? MAIS T’ES CON OU QUOI !?!?!?

C’est sorti plus violemment que je ne l’aurais voulu. 
La colère a pris le dessus. 

J’entends alors la voix de Trystan, venue du fond du véhicule :

– “MAMAN ! On ne parle pas comme ça à son amoureux ! En plus, t’as dit un ‘ro mot !’

Je rumine d’agacement. 
Mais son intervention fait mouche. 
Je m’en veux d’avoir mal parlé à leur père devant eux. 

– “Chérie, même ton fils te le dit ! Tu ne me PARLES PAS COMME ÇA !”

Il vient de se prendre volontairement un radar que je lui avais pourtant signalé, et c’est moi qui suis en tort. 
Pour faire bon poids, il utilise notre fils pour retourner la situation à son avantage.  
J’enrage de colère contenue. 

Tancrède intervient alors, d’un ton calme et serein, mais dont la fermeté et l’assurance me prennent de court :

– “NAN MAIS, LES PARENTS ! J’ai les moustaches ‘ki frisent ! Si vous continuez, j’viens et j’vais m’fâcher ! On est une famille ! On est gentil ! Arrêtez de vous disputer.”

Naturellement, j’aurai pu faire preuve d’autorité et remettre ce petit présomptueux dans ses vingt-deux. 
Arguant d’une réflexion déplacée pour un enfant envers son parent. 

Mais je sais bien qu’au fond, il a raison. 

Eduquer, c’est d’abord donner l’exemple. 

Le respect est essentiel dans le couple et en famille. 

Il n’y a rien de pire que les altercations parentales qui ont lieu devant les enfants, je le sais.

J’ai eu tort de m’emporter ainsi. 

En fait, si je veux hurler sur le père, il va falloir attendre que les mômes soient à l’école. 

Les voyages forment le couple

Vous n’aurez pas été

sans remarquer 

que le voyage est l’un des meilleurs moyens

pour apprendre à connaitre quelqu’un. 


C’est notamment une excellente méthode à tester, pour savoir si l’on est fait l’un pour l’autre.

Naturellement, il y a les constantes. 
Désespérément sexistes et préconçues, mais malheureusement assez réalistes :
Non, madame, arrêtez d’insister.
Même si vous le sentez avec une certitude absolue à droite, en fait, c’est à gauche.
C’est ainsi. 
Le sens de l’orientation est généralement masculin. 
Probablement parce qu’au temps des mammouths, les mecs devaient marcher longtemps avant d’arriver à en choper un. Et savoir ensuite comment rentrer chez eux.
Alors que quand on reste chez soi à faire la tambouille et à tanner des peaux, bin on a moins l’habitude de chercher les directions. On connait donc moins bien son nord de son sud.  
Je sais. C’est rageant. Mais je ne vois pas d’autre explication possible. 
Donc c’est pas la peine de s’engueuler. 
Vaut mieux l’écouter. Surtout si le GPS dit comme lui.
Je sais, ça vous démange. Vous bouillonnez intérieurement. 
Il tourne en rond depuis 25 minutes. 
Visiblement, pour une fois, son sens inné des directions semble grippé. 
Alors vous hurlez “MAIS DEMANDE À QUELQU’UN, BORDEL (de merde)!”
Mais non. 
Pour eux, ce serait un échec. Personnel. 
Ils préfèrent chercher eux-mêmes. 
C’est probablement une question d’honneur. 
Je les soupçonne même de trouver le challenge amusant et stimulant. 
Sans doute aussi une (pré)histoire de chasse-au-bison inscrite dans leurs gènes.
Là encore, la meilleure solution est vraisemblablement de se taire et de plonger son esprit échauffé dans un bon bouquin – si vous n’êtes pas sujette au mal des transports – ou de mettre la musique à fond. En attendant qu’ils aient enfin trouvé.
Ça fait deux heures que vous couinez qu’à une vitesse pareille sur du gravier, “ON VA CREVER !!!! (merde.)”
Et quand arrive le moment de la-dite crevaison, vous entendez : 
“CHERIE TU ES INSUPPORTABLE. TU PORTES MALHEUR !!!”
Rien de sert de s’énerver.  
C’est une question de visions du monde différentes.
Irréconciliables.  
Ces constantes-là sont relativement universelles. 
Non, quand je dis “découvrir” la personne, j’entends prendre conscience de son individualité profonde : 
Sa gestion du stress et de l’inconnu…
Sa manière de s’organiser et de respecter – ou non – des horaires.
Sa conception des vacances : glandouille ou vadrouille, il faut choisir.
Ses goûts culturels et sportifs.
Sa débrouillardise.
Sa patience. 
Son esprit d’équipe.
Sa capacité d’émerveillement.
Etc. 
Je connais des couples qui sont toujours d’accord sur tout. 
Le programme – qu’ils ont potassé ensemble – l’organisation – ils se réveillent à la même heure, naturellement, sans sonnerie, le matin – les menus, la play-list musicale, le montage de l’album-photos du retour…
TOUT. 
Ils sont souriants, ils sont joyeux, ils sont sereins.
Leurs congés sont d’éternelles lunes-de-miel qui recommencent chaque année.
Même quand les moutards débarquent, d’ailleurs. 
Ça ne change rien. 
Ils adaptent avec bonheur et délectation leurs plans de vacances, passant sans broncher de trois semaines dans l’eau transparente de Polynésie sur un catamaran en amoureux, à 10 jours au Center Parc dans le Loire-et-Cher, à barboter dans la piscine pour bébé sous la pluie, refusant consciencieusement de coller leur rejeton au Club Mickey parce que c’est-tellement-important-de-passer-du-temps-de-qualité-avec-ses-enfants-nous-on-adore-ça-tu-comprends !
Je les trouve merveilleux. Vraiment. 
Ça doit être tellement plus reposant la vie dans ces conditions…
Chez nous, c’est différent. 
Ça l’a toujours été. 
Même avant d’avoir les gamins.  


https://www.facebook.com/MargauxMotinillustratrice