Découvrir Marrow

Vraiment, 

vous m’en direz des nouvelles.  


Cette semaine, je vous ai dégoté… Un bar à bouillons !

Si,si, je suis très sérieuse. 

Et non, je vous arrête tout de suite : ça n’est pas que pour les nanas vegan, adeptes de méditation et de machines extractrices de jus bio.
Vous aussi les gars, vous pourrez y trouver votre compte. Largement. 

Ouvert il y a peu au 83 Loop Street, au centre ville du Cap, Marrow – qui veut dire moelle, mais aussi courgette et “essence” des choses en anglais – est niché au creux d’un très petit local qui offre tout au plus douze places assises le long des murs – raison pour laquelle ils ne prennent pas les réservations – ouvert aux amateurs d’une proposition culinaire saine, originale et savoureuse. 

Au menu : 5 bases de bouillons différents, d’inspiration asiatique, auxquels s’ajoutent des compléments de votre choix.

Un consommé de poulet, accompagné de blanc de poulet grillé, d’une julienne de carottes, de petits oignons et de chorizo. 

Un potage de légume au lait de coco et à la citronnelle, auquel se rajoutent du tofu, des petits navets grillés, de l’aubergine rôtie et du basilic.

Un dashi (une soupe japonaise à base de bonite) au persil et aux brocolis, son poisson blanc, ses poireaux et zestes d’orange. 

Un bouillon de boeuf, relevé à la harissa, au vin rouge et au poivre coréen, accompagné de lentilles, d’abricots confits, d’amandes, de courgettes revenues et de tranches de roti de boeuf.  


Et enfin un consommé asiatique avec de la quinoa, de la patate douce et de l’avocat. 
A ces grands bols de soupe, vous pouvez rajouter de nombreux ingrédients de votre choix : oeuf dur, chorizo, boules de riz, portion supplémentaire d’aubergine, de poulet ou de boeuf. 

Pour le dessert, un tout petit carré d’un loukoum version japonaise : tout doux, à peine sucré et plein d’arômes subtils de fruits. 

Niveau boissons, pas d’alcool, on s’en doute, mais des sirops de prune et d’aromates faits maison, accompagnés d’eau gazeuse, originaux et rafraichissants. 

La décoration est japonisante : épurée et simple. 
Elle n’est pas dénuée d’humour, un bréchet de poulet stylisé dessiné sur le rideau qui accueille les clients et sépare le restaurant de la rue. 
Idéal quand vous décidez de faire un peu attention à votre ligne mais que vous n’avez pas envie d’avoir le sentiment de vous priver. 
Ou pour un diner de bonne heure. 
Ou pour un déjeuner entre filles. 
Bref, à peu près n’importe quand. 

Les prix sont ultra doux. 
Attention les horaires sont spéciaux : le restaurant n’est ouvert que le midi les lundis et mardis et le midi et le soir jusqu’à 20:00 seulement du mercredi au vendredi. Ils sont fermés le weekend. 


Bon appétit !

‘Chui pas ta bonne !

Dans des moments 

comme ceux-là 

j’hésite toujours. 



Entre leur coller un aller-retour ou m’émerveiller de leur petit esprit retors. 


– “Trystan…”

– “Non.”

– “TRYSTAN ! REVIENS IMMEDIATEMENT !”

– “NON !”

– “TRYSTAN ! MAINTENANT !”

– “NOOOOOON !!!!”

– “ATTENTION TITI, ÇA VA BARDER !”

– “‘FAÇON’, J’M’EN FIIIIIICHE !”

– “TRYSTAN ! C’EST LA DERNIÈRE FOIS QUE JE TE LE DEMANDE !

Je sais, chez nous, on monte vite dans les tours. 
C’est horrible. 
Ça hurle tout le temps, c’est la maison des fous…

Le pire, c’est que leur père n’était pas comme ça de nature, et qu’il l’est devenu, à force de me côtoyer, je le sais bien. 

Je m’en veux terriblement d’ailleurs. 

Il est même arrivé que les voisins sonnent à la porte, s’inquiétant du sort de l’un(e) d’entre nous. 
Ils sont gentils, nos voisins. 

Nan, mais je sais… Ils en ont TELLEMENT ras la frange… Qu’ils essayent de nous le dire en maquillant leur exaspération par un faux intérêt poli… 

Bref. 

L’autre jour, je courais après mon fiston pour lui faire ramasser ses chaussures et son sac qu’il avait jugé acceptable de balancer dans l’entrée de la maison. 

Oui. 
On est si peu de chose. 
Et il faut tant d’énergie pour élever les enfants…

Enfin… c’est pas l’propros.

Malheureusement cet après-midi là, au lieu de ramasser silencieusement ses affaires comme il le fait habituellement chaque fois que je lui rappelle de le faire – soit, tous les jours – mon garçon a décidé de me tenir tête :


– “TRYSTAN ! SI TU NE DESCENDS PAS RANGER TES AFFAIRES, JE MONTE TE CHERCHER, ET LÀ, ÇA VA MAL SE PASSER, TU ENTENDS !

C’est alors que j’ai perçu le pas léger de mon fiston dans l’escalier.
Il est passé en silence devant moi, à ramassé ses baskets et son sac-à-dos, s’est dirigé vers sa chambre sans oublier avant cela de relever la tête et de me regarder dans les yeux d’un air de défi en me disant : 

– “Ouiiii maman… M’enfin… ‘CHUI PAS TON BON, hein…”

Le masculin du “Je ne suis pas ta bonne”, vraisemblablement. 

Si, comme vous l’avez peut-être lu hier, le pluriel des mots est toujours un problème, le genre a vraisemblablement bien été intégré, lui. 

Il parait que l’une des clefs du bonheur, est de savoir se réjouir des choses simples…

#RetenezMoi
#UnMojitoVite
#LesAdolescentsDe6ans

Un ponal, des poneys ?

Nan, mais si. 
Il faut dire ce qui est :

ça s’est nettement amélioré ! 


Je parle de la grammaire jujutrépidesque. 

Celle-ci a eu tendance ces trois dernières années à avoir raison de mes tympans et de mes p’tits nerfs. Je vous en ai déjà parlé ici et .

Mais depuis quelques temps, les garçons ont beaucoup progressé, et les écouter débiter leurs énormités syntaxiques tient désormais moins de l’exploit que de la performance tranquille. 

L’une de leurs faiblesses demeure le maniement du pluriel, difficulté assez classique semble-t-il chez les enfants. 

Discussion enflammée samedi après-midi sur le sujet équestre, dont ceux qui nous suivent régulièrement se souviendront qu’il revient assez souvent sur la table. 

– “… Nan mais pass’que avoir des cheval, ce serait tellement genial papa !”

– “Tancrède… ?”

– “Oui papa ? “

– “Combien de fois est-ce qu’on te l’a répété… ?”

– “Quoi papa ?”

– “Des cheval, Tancrède ?!?!?”

Continuant la conversation comme si de rien était, notre fiston enchaine : 

– “Oui, c’est vrai que ce serait VRAIMENT GENIAL si on pouvait en avoir à la maison tu sais, dans le jardin, ce serait tellement BEAU et… !”

– “Tancrède… Je ne te parles pas de ça. On ne dit pas des cheval, on dit des… ?”

– “Des ch’val ?”

– “TANCRÈDE !”

– “Des… Des… Des…”

– “M’ENFIN Tancrède… C’est pas possible ! Le pluriel de CHEVAL !?”

– “Des… Des… Des…”

Sentant mon fiston sincèrement décontenancé par l’insistance de son papa, je m’apprêtais à lui venir en aide, lorsque celui-ci a hurlé, comme une délivrance : 

– “… DES PONEYS ! VOILÀ !”

#AllezOnYestPresque
#DuCoupAuSingulierOnDitQuoi?
#UnPonalDesPoneys?

Des coccinelles et des hommes

J’ai longuement hésité

avant d’écrire ce post. 


D’abord parce que le thème en est extrêmement personnel. 
Et aussi parce que, même si je vous ai habitués à une certaine liberté de ton, voire une forme de loufoquerie de points de vue, celui-ci est probablement assez carabiné. 

Mais après mure réflexion, je me suis dit que le sujet pourrait vous toucher et vous amuser. 
Après tout, comme la parentalité et toutes nos interrogations existentielles, celles qui touchent à la mort concernent chacun d’entre nous… à moyen-long terme. 

(J’ai pas dit “court” pour ne stresser personne, vous l’aurez compris.)
Je tiens à préciser que mon athéisme religieux est assez convaincu et ma non-croyance en un dieu créateur relativement définitive. 

Ce fut d’ailleurs durant toute mon existence, le seul et unique sujet d’inquiétude me concernant, pour ma grand-mère paternelle dont j’étais très proche, et dont la foi chrétienne ne s’est jamais démentie durant ses 96 longues années de vie. 

Nous étions donc convenues il y a de cela très longtemps, sur le ton de la plaisanterie teintée de curiosité de ma part, et, pour elle, sur celui du défi tranquille qui lui permettrait enfin de me convaincre de la réalité d’une vie après la mort, qu’elle me ferait signe une fois installée de l’autre côté. 

Le jour tant redouté de sa disparition étant arrivé il y a de cela deux ans et demis, c’est l’esprit malheureux et le coeur en miettes que j’ai donc pris le vol du Cap vers la France, qui me permettrait de l’accompagner pour son dernier voyage. 

Durant l’enterrement, qui avait lieu par une froide journée d’automne dans l’est de la France, à l’un de ces moments où la peine empêchait l’air d’entrer dans mes poumons, une coccinelle – la fameuse bête-à-bon-dieu – s’est posée doucement sur mon pouce, qui enserrait alors ma gorge nouée. 

Ce pouce dont nous nous amusions, depuis ma plus tendre enfance, à le comparer au sien, nous étonnant de leurs similarités impressionnantes. 

Une jolie petite coccinelle rouge et noire. 

Etant donnée la température et la saison, j’ai trouvé cette apparition étrange, d’autant que la dernière fois que j’avais observé un spécimen de cet animal remontait à plusieurs décennies. 
Naturellement, je n’ai pu m’empêcher, perturbée par le chagrin, de penser l’espace d’un instant à la promesse de ma grand-mère. 

Depuis lors, je dois en convenir avec émotion et perplexité, des coccinelles n’ont cessé d’apparaitre dans mon existence, généralement à des moments de fatigue intense ou de grande tristesse, dans le jardin, mais également dans des endroits aussi incongrus que des sachets de salade prélavée, ou dans des musées. 

A chacune de ces surprenantes coïncidences, j’ai évidemment une pensée émue et appuyée pour ma chère disparue, mon esprit cartésien l’imaginant pourtant me narguant avec fierté et tendresse depuis son perchoir invisible.  
Je n’ai évidemment jamais directement parlé de ces informations à mes Jujutrépides, que le trépas de leur arrière-grand-mère n’a heureusement pas perturbé plus que de raison. 
Dimanche dernier, durant le weekend pascal  – passé presque tous les ans avec mon aïeule, la dernière décade de sa vie, sachant à quel point ma présence ce jour là comptait pour elle – mon fils jouait dans son trampoline sur la terrasse pendant que je préparais machinalement le déjeuner dans la cuisine.

Trystan est soudainement apparu devant moi, me tendant son petit index sous le nez… Sur lequel reposait… Une énorme coccinelle. 

D’une voix débordante d’enthousiasme et totalement surexcité, je l’entends alors qui me dit : 

– “TIENS, M’AN !!! Y’A TA MAMIE QUI VEUT T’PARLER !!!!

J’avoue.
Depuis.
Je fais pas ma maligne. 
#LigneDirecteArrièreGrandMerePetitFils
#BonAllezHopToutLeMondeAlEglise
#StageBouddhisteSpécialRéincarnation
#EtQueÇaSaute
#MerciMamieJeTaime
#PtiteCriseMystique

Découvrir Sea Breeze

Un p’tit coup de nostalgie ? 

Une folle envie d’huîtres 

servies sur un plateau de glace,

comme dans les brasseries à Paris ? 


On en trouve au Cap, des huitres, mais elles sont souvent un peu petites, vidées de leur eau de mer, souvent peu iodées et parfois mal écaillées. 

Chez Sea Breeze, restaurant de poissons et crustacés assez récemment ouvert au 211-213 Bree Street, en plein centre ville, elles sont magnifiques, ultra fraiches, et si vous le précisez bien, ils évitent ici de vous les récurer au savon avant de vous les servir ! 


En plus, si vous passez entre 17:00 et 18:00, c’est Happy Hour : elles sont proposées au prix imbattable de 10 rands l’huitre, soit deux à trois fois moins cher que partout ailleurs au Cap. 
Le reste du temps, vous pouvez profiter du cadre tout simple, de bois clair et de blanc, dans cette jolie maison coloniale de plein-pied, pour déguster tout ce qui vient de la mer, notamment des moules aux curry, des gâteaux de poisson, des ceviches ou des poissons grillés juste à point. 

Mention spéciale au burger de thon et aux crevettes parfaitement cuits. 

Attention également, risque d’écart majeur si vous vous laissez tenter par leur cheasecake au crumble de pommes, assez irrésistible. 


Sans être bon marché, les prix restent néanmoins raisonnables pour ce type de restaurant.
Ouvert du lundi au samedi. Attention réservation obligatoire le soir, c’est toujours pris d’assaut. 

Bon appétit !

La revanche d’une mère

Parfois ça fait du bien.

Non, mais vraiment.

Comme une espèce de pause rassurante qui nous rappelle que malgré tous nos efforts pour bien faire, malgré cette pression que notre statut de parent et de modèle pour nos enfants nous incite en permanence à tenir, nous restons terriblement humains et finalement… Attendrissants. 

Comme si nous octroyer à nous-même, durant quelques fractions de secondes, le droit de se comporter de façon bête-et-méchante, nous permettait d’arrêter le temps quelques instants, de retrouver un peu de cette (très soutenable) légèreté de l’être qui caractérise souvent les gens sans enfants… 

Fin d’après-midi à la maison. 

Devoirs des Jujutrépides faits, sacs et goûters du lendemain chargés, bains donnés, diner sur le feu… Je venais de me poser dans le canapé du salon lorsque j’entends la douce voix de mon fils, venue du fond de sa salle de bain :  

– “Mamaaaaaaaaaan ? Tu-viens-m’essuyeeeeeeer ?…”

Silence. 

– “MAMAN ?!”

Silence. 

– “MAMAN !!”

Silence. 

– “MAMAN !!

Silence. 

– “MAMAN !! MAIS TU VIENS ?!

J’ai longuement hésité. 
Entre mon ras-le-bol intérieur et mon devoir de mère…
Mais finalement j’ai décidé : je ne me lèverai pas. 
Cela fait maintenant plus de six années que ça dure.
Six.  

Mais c’est fini. 
Là, maintenant, tout de suite, pour une raison qui m’échappe, je n’en peux plus. 

Je ne le ferai plus. 
Jamais. 

Je décide donc de briser le silence : 

– “Non mon chéri, je te l’ai déjà expliqué plusieurs fois ces derniers jours, tu es en âge de te débrouiller maintenant. Arrange toi tout seul s’il te plait. Je ne serai pas là pour m’occuper de toi toute ta vie. Tu dois t’en sortir par toi-même.”

– “MAIS MAMAN, M’ENFIN !! 

Sa voix laisse filtrer un mélange d’exaspération courroucée.
Comme une injustice insoutenable. 
Une incompréhension rageuse. 

En très clair, le môme est visiblement hors de lui. 

C’est alors que, l’imaginant sur le bord de sa cuvette, les jambes ballantes, s’époumonant comme un forcené, monte en moi un fou-rire absolument inextinguible. 

De ces rires qu’on ne peut pas arrêter, qui durent des minutes entières, qui font mal au ventre et couler de petites larmes aux coins des yeux, plissés d’hilarité. 

Une sorte de rire effrayant, mi sadique mi hystérique. 

Comme si toutes ces années de servitude humiliante, tolérées et surmontées grâce à la tendresse et l’amour maternel indéfectible que nous leur portons, s’échappaient enfin de mon corps et de mon souvenir.

#TuTeDémerdes
#6Ans
#SansDéconner

Le monde des Possibles

Plus le temps passe, 

plus je trouve qu’il est difficile 

de répondre à cette question. 

Cette fameuse question que j’entends depuis que les Jujutrépides sont en âge d’aligner trois mots : “Maman, pourquoi papa, il est pas là ?!”

Naturellement, il existe de nombreuses réponses à cette interrogation :
Version Rambo
C’est la vie. C’est comme ça. ‘Vous plaignez pas, vous vivez au soleil et au bord de l’océan. Cela a un prix. Soyez reconnaissants. Et que je ne vous entende plus. 
Version éducation du 19ème siècle
Les enfants, votre papa adore son métier. Il est important de respecter ce choix courageux qui devrait être un modèle pour vous : travailler dur pour offrir à sa famille une magnifique existence au soleil et au bord de l’océan. 
Soyez reconnaissants. 
Version éducation du 21ème siècle
Les enfants, je sais que votre papa a choisi un métier qui le fait beaucoup voyager, et que ça n’est pas idéal pour notre famille, mais le pauvre n’a pas trouvé d’autre solution pour nous assurer une vie merveilleuse au soleil et au bord de l’océan. C’est très dur de faire ce qu’il fait.  
Soyez reconnaissants. 
Quand ce sera votre tour de travailler, tâchez tant que possible de trouver un meilleur équilibre que lui, si vous le pouvez. #GoodLuck

Version Marie, sainte mère de dieu
Votre papa est un homme formidable mes chéris. Son travail l’oblige à beaucoup voyager, il n’aime pas ça et ça le rend triste d’être loin de nous, mais il sue sang et eau à longueur de journées et de soirées pour nous offrir une vie ici, au paradis, au soleil et au bord de l’océan. 
Soyez reconnaissants. 
Version mère hystérico-dépressive
Votre père adore son métier et sa carrière. Celle-ci est sa priorité, on ne peut pas le changer. De toute façon, on vit très bien tous les trois sans lui, ici au soleil et au bord de l’océan. 
En revanche, essayez de ne pas oublier, si possible, de le faire chier au maximum dans dix ans, avec une bonne crise d’adolescence bien carabinée. En vous remerciant. 

Version mère bouddhiste sous amphet’
Les enfants, ne prenez pas tout cela tellement à coeur ! La vie est belle, regardez où nous vivons : au soleil et au bord de l’océan ! Nous passons des moments de qualité les jours où papa est là, c’est bien cela l’essentiel ! Soyez reconnaissants de ce que la vie nous apporte !

Il est possible, naturellement, de croiser et mixer ces différentes réponses…

Je tentais, l’autre soir que mes Jujus chéris ruminaient, moroses dans leur lit au moment d’aller se coucher, de leur remonter le moral au mieux. 

C’est alors que Tancrède a poursuivi sur sa lancée : 

– “Mais maman, pourquoi papa y’ pourrait pas changer d’métier ? Hein !?”

– “Mais enfin mon amour, pour faire quoi !? Il aime et il est bon dans ce qu’il fait, pourquoi changerait-il ?!”

– “MAIS POUR RESTER AVEC NOUS !!”

Argument imparable, s’il en est. 

– “Oui mon coeur, mais ça n’est pas si simple.”

Intervention comme toujours rationnelle de Trystan : 

– “Si c’est TRÈS simple. Il choisit un job où il a pas b’soin d’voyager. Et voilà.”

#Bim
#PrendsÇaDansLaFigure

– “Oui… Enfin… Ça ne marche pas comme ça, le monde du travail mon fils. Tu ne décides pas comme ça pouf-pouf de devenir médecin par exemple. Sinon tu ne sais pas soigner les gens et tu finis par les tuer. Il faut faire de longues études pour apprendre.”

– “Oui, d’accord, mais pour vendre des bonbons par exemple, t’as pas b’soin de faire de longues études !”

– “Non, tu as raison. Mais vendre des bonbons… A moins de t’appeler monsieur Ferrero, ça ne te fait pas gagner assez de sous pour vivre au soleil et au bord de l’océan, Trystan… Enfin j’me comprends…

Le môme ne se laissant pas démonter pour autant, décide de passer la vitesse supérieure : 

– “Et bin, il a k’a dev’nir constructeur de maisons, papa. C’est pas dur de coller des briques et de peindre des murs, et tu risques pas de tuer des gens !”

Je passe sur les détails pratiques et les conséquences fâcheuses des vices cachés et autres défauts de construction d’un point de vue pénal, et décide de m’intéresser au fond :

– “Ah ? Et pourquoi tu penses à ce métier chéri ?”

– “Pass’que le papa de Rocco, y’ fait ça dans la vie, et Rocco et bin il amène toujours des jouets incroyab’ à l’école comme l’hélicoptère que j’lui ai échangé l’aut’ jour
VOILÀ, C’EST PAS COMPLIQUÉ LA SOLUTION MAMAN. 
IL A K’A CONSTRUIRE DES MAISONS A CAPE TOWN, PAPA.” 


Le Roi du Silence

Nous étions tous en voiture 

le week-end dernier. 


Bien qu’on ne lui eût rien demandé, Tancrède se chargeait comme à son habitude de meubler le silence de l’habitacle. 

Comme toujours, le niveau sonore de ses réflexions diverses et variées frisait celui d’un Boeing747, au décollage. 

Je voyais donc son père, s’accrochant à ses pensées derrière le volant, qui tentait péniblement de se concentrer sur la route. 

Trystan, familiarisé à cet état de faits, regardait vaillamment le paysage au travers de la fenêtre : je subodore qu’avec le conditionnement mental dont il bénéficie depuis sa naissance, et avec les années d’entrainement, il parvienne maintenant à faire abstraction de la voix de son frangin. 

Les grands parents, toujours bienveillants, écoutaient religieusement ses élucubrations. 
Quant à moi, j’observais comme souvent la scène de ce joli théâtre automobile. 

C’est alors que même la mamie du gosse n’a pu s’empêcher d’intervenir : 

– “Tu parles beaucoup Tancrède ! Si on jouait au Roi du Silence ?”

Un soupir de soulagement ayant visiblement étreint tous les passagers du véhicule, je décide d’ouvrir la bouche pour encourager l’idée merveilleuse qui vient d’être émise :

– “Quelle bonne idée Téta !!! Allez Tancrède, tu crois que tu peux gagner à ce jeu ?!”

– “Pfffff…. Maman !”

– “Bon. Et si on disait que le gagnant peut venir faire les courses avec moi au supermarché, hum !?”

Enthousiasme général, y compris de la part de Trystan qui souhaite soudainement participer. 

Quelle railleries bon enfant fusent, au sujet de Tancrède et de son incapacité à rester tranquille plus de quelques secondes. 

Visiblement un peu vexé, je le vois qui serre ses petits poings sur sa poitrine, bras croisés, un peu vouté, visiblement décidé à rester silencieux coûte que coûte. 

Les kilomètres défilent. 

Plus les minutes s’écoulent, plus je vois mon fils en proie à une agitation intérieure grandissante : plusieurs fois, il a dû se reprendre in extrémis, dans un virage, en plaquant violemment ses mains sur ses lèvres. 
Remuant de plus en plus fort sur son siège, il n’a toutefois pas réussi à tenir sa langue jusqu’au bout : quelques secondes avant que son papa ne gare l’auto sur le parking, il a hurlé : “ÇA Y EST MAMAN !!!! ON EST ARRIVÉ, J’PEUX PARLER !!!!!”

Pauvre chéri. Il s’en est fallu de si peu. 

En fait, mon Tancrède, c’est l’Orphée de la tchatche. 





Découvrir Spek & Bone

Cette semaine j’ai envie de vous recommander

mon nouveau coup de coeur culinaire !


Je vous avais déjà parlé d’Overture, l’unes des meilleures tables du Cap, tenue par le talentueux chef sud africain Bertus Basson. 

L’année dernière, celui-ci à ouvert son bistrot gastronomique, plus simple et plus abordable : Spek and Bone, nommé d’après son cochon et son chien, élevés ensemble et inséparables… Comme le gras de l’os !

Situé au 84 Dorp Street, la très typique rue principale de Stellenbosch – coeur de la région viticole du Cap – c’est une vraie petite perle qui se cache au fond de cette discrète impasse, derrière la célèbre brocante Oom Samie Se Winkel. 

Le lieu est ravissant : une petite tonnelle entourée de plantes et de fleurs, en terrasse ombragée par une vigne centenaire, à l’abri de la chaleur torride qui frappe souvent la ville en été, avec un espace intérieur près du bar en hiver. 

Comme toujours, le chef signe une cuisine à base de produits locaux ultra frais, et propose ici des plats plus simples mais tout aussi délicieux que dans le restaurant gastronomique, souvent composés de 2 ou 3 ingrédients maximum, cette fois sous forme de tapas à partager – ou pas ! – avec le reste de la table. Ce système très convivial vous permet ainsi de goûter à presque tout.

Voici un petit assortiment pour vous donner une idée : 

Tempura de Kale, sauce crémeuse à l’aubergine. 
Gnocchis aux champignons
Poitrine de porc, purée de citrouille, moutarde maison
Tartiflette version sud africaine 
Poulet gingembre, cacahuètes, coriandre et citronnelle 
Mais vous pourrez aussi essayer le canard craquant au piment, les moules au curry, le filet de boeuf et son ail en chemise, le taco de poisson cru, la salade de légumes oubliés… Il y en a pour tous les goûts. 

Quant à leurs desserts… Leur glace au yaourt maison, à peine sucrée, sur son crumble… A tomber. 

Ouvert du lundi au samedi, déjeuner et diner. Des prix tous doux, pour un service au top : l’adresse décontractée de Stellenbosch, pour vous changer des vignobles. 

Bon appétit ! 

Who’s Who ?

Jusqu’à présent, 

cela nous avait été 

à peu près épargné. 


Nos Jujutrépides ont bien essayé il y a quelques mois de cela, en jouant sur leur voix depuis le fond de l’habitacle, de me mettre en porte à faux et de me pousser à la confusion : “non maman ! c’est Tancrède qui parle, voyons, pas Trystan !” 
Mais comprenant rapidement que celle qui les a portés, mis au monde et qui a su reconnaitre leurs cris lorsqu’encore nourrissons ils hurlaient au beau milieu de la nuit, ne pouvait que très difficilement les confondre… Ils ont changé leur fusil d’épaule. 

Malins, nos chers fistons ont donc décidé de taper là où ça fait mal : ma mémoire notoirement déficiente, carbonisée par la privation de sommeil liée à leur arrivée sur la planète, et au stress lié à leur manière de naviguer dans l’existence. 

Tout a commencé lorsqu’ils se sont aperçus que j’étais incapable de me souvenir, d’un jour sur l’autre, qui des deux avait eu le privilège de s’assoir devant en voiture. Réalisant le vide mémoriel total dont je faisais preuve, et ce malgré tous mes efforts, chacun a donc pris sur lui de tenter de me convaincre de son bon droit, jurant tous les dieux chaque matin, que son tour était arrivé. 
Qui, arguant du t-shirt rouge qu’il portait la veille – “Non maman, c’est MOI, Trystan qui le portais hier, pas Tancrède !” – qui, prétextant d’une double faveur supposément concédée au jumeau le lundi de la semaine précédente… 

Encouragés par l’impunité de leurs méfaits, ils ont ensuite étendu leur mauvaise foi aux menus du soir proposés à la maison – “Non maman, moi je déteeeeste la peau du poulet !”, “Mais enfin ! C’est MOI qui aime les carottes, pas Trystan ! Lui c’est les haricots ! “… – puis au tour-des-devoirs-du-soir, avant de s’attaquer au tour-du-cours-de-natation et au tour-de-la-leçon-de-tennis, rajoutant à chacune de ces activités un aspect assez cauchemardesque. 

Etant arrivée à un point de non retour nerveux, j’ai donc mis en place un système de post-it de couleurs (une pour chacun), collé sur le siège passager de la voiture en fin de journée, ou une note discrètement inscrite sur mon téléphone, mettant ainsi fin aux diverses – et habiles, disons-le – tentatives de déstabilisation gémellaire.  


#SansDec’
#PrenezMoiPourUnJambon
#BlagueDeJuju