Comme quoi,
avoir des enfants,
ça change vraiment TOUT.
L’autre jour, mon fils Tancrède est venu me voir dans mon bureau où je terminais d’écrire un article :
– “Maman ?!”
– “Chéri ?!”
– “Maman, j’ai bien réfléchi, j’veux courir…”
– “?!?!?!?”
– “…Avec toi !”
Silence.
Je tente de processer l’information du mieux possible.
Mon fils veut courir.
Je m’interroge : mais Pourquoi donc ? Qui a bien pu lui mettre une idée pareille dans la tête ! Ni son père ni moi, en tous cas, ça c’est certain.
– “Euh… Courir, mon amour… T’es sûr ?!”
– “OUI maman. En plus, j’ai vraiment envie qu’on fasse ça ensemble, tous les deux. Toi et moi.”
Ah. Okay.
Je vois.
Mon fils chéri réclame un moment de qualité.
Impossible, donc, de lui opposer les traditionnels arguments anti-running qui font ma réputation, le sujet se situant ailleurs.
Je réfléchis.
La dernière fois que j’ai couru, ça devait être en 2011.
Quand j’ai découvert que j’étais enceinte, l’excuse parfaite pour arrêter ce supplice absurde.
Depuis, et malgré la pression terrible qui existe au Cap où le jogging est un véritable sport national, je suis tranquillement mais sûrement parvenue à éviter de le pratiquer.
Seulement voilà, impossible de refuser quoi que ce soit à mon fiston adoré, d’autant qu’une partie de mon cerveau de mère envisage déjà les bénéfices et possibles retours sur investissement qu’une telle dépense d’énergie pourrait engendrer chez lui.
– “Et bien… D’accord Tancrède ! Allons-y mon amour !”
En deux temps trois mouvements, mon fils est parfaitement habillé, baskets aux pieds, caquette sur le chef, tout cela sans la moindre aide de ma part, et m’attend en se dandinant devant la porte d’entrée.
Impressionnée, je prends quelques minutes pour lui rappeler les règles de la route et nous voilà partis autour du pâté de maison, sur le parcours de deux kilomètres que j’ai repéré. Descente sur la moitié, remontée – bien gratinée – au retour, histoire de finir en beauté.
– “Pfff Pfff Pfff…”
– “Maman ? Pourquoi tu souffles comme ça ?”
– “Tancrède. Si tu ne respires pas, tu ne peux pas courir.”
– “Ah oui ! Alors ‘Faut k’je souffle aussi moi ?”
– “Oui. Pfff Pfff Pfff…”
– “Comme ÇA !?!? PFFFFFFFFFFFF !!!!”
– “Oui. Pfff Pfff Pfff…”
– “Oh maman, t’as vu comme la montagne est jolie !”
– “Humff… Pfff Pfff Pfff…”
– Ooooh et les p’tits oiseaux, r’garde, maman !!”
– TANCRÈDE ! Arrête de parler, sinon tu ne vas jamais arriver à tenir le coup. Et ne cours pas si vite, ça va t’épuiser. Pfff Pfff Pfff…”
Au fur et à mesure des dizaines de mètres qui passent, je jette un coup d’oeil à mon fils : il n’est pas fatigué et tient la foulée, ne se plaint pas le moins du monde.
Il me regarde avec amour, en mettant régulièrement sa petite main dans le creux de la mienne.
Il est heureux.
J’en tombe des nues.
Les voitures ralentissent et les passagers se marrent sur notre passage.
Je fais celle qui n’a rien vu.
Mon garçon n’a même pas remarqué, tout à son bonheur.
Dix minutes que nous sommes partis.
Déjà un kilomètre de passé.
Je sens la sueur dans mon cou, mais me surprends à supporter relativement facilement l’épreuve. Il semblerait que les entrainements de tennis servent à quelque chose ?
C’est là que nous atteignons le bas du parcours, et que la montée s’engage devant nous.
– “Alleeeeez maman, plus vite !”
– “Vas y molo Tancrède, ça monte maintenant ! Pfff Pfff Pfff…“
Au bout de ce qui me semble une éternité – trois ou quatre minutes en réalité – je sens la pression dans ma poitrine et le sang qui reflux dans mes tempes, derrière mes yeux, les jambes lourdes et les fourmis dans les doigts, tous les symptômes collatéraux habituels de la course à pieds sur mon corps.
Rien n’a voir avec le tennis, donc.
Tout à voir avec la pente.
En descente c’est facile.
En montée, c’est dur.
Rien n’a changé, je ne suis décidément pas faite pour ça.
– “Euuuh ! Tancrède, vient ICI Pfff Pfff Pfff…! Tu ne pars pas comme ça devant sans… môâââ… Pfff Pfff Pfff… Pfffffff !”
– “Mais mamaaaan ! T’es trop lente !”
Le morveux est frais comme un gardon.
Il trottine sur place, en attendant que je le rejoigne.
– “Ooooh maman ! T’as vu ?”
– “K…K…Quoi ?! Pfff Pfff Pfff…“
– “T’es SUPER rouge, tu sais !”
Intérieurement je fulmine.
– “Nan mais… Ça va, maman ?!?!“
Heureusement qu’il ne peut pas entendre ce que mon cerveau prononce en cet instant précis.
– “Oui Tancrède, je commence juste à… fatiguer… Pfff Pfff Pfff… un peu.”
– “Ah oui maman, c’est normal. C’est dur de courir quand on est vieux.”
N’ayant visiblement plus beaucoup d’oxygène dans ma cage thoracique, je décide alors qu’il est plus prudent de ne pas rebondir sur le commentaire hautement désobligeant de mon fils.
Je me dis aussi qu’il ne perd rien pour attendre – ce petit merdeux ! – la route étant maintenant extrêmement raide. C’est une affaire de quelques secondes, avant qu’il ne s’avoue vaincu, c’est certain.
Concentrée sur le chemin devant moi pour tenir le coup, je perçois son insupportable petite voix dans mon oreille gauche :
– “T’as vu maman !! C’est DINGUE ! J’arrive à courir aussi vite que toi sur un seul pied, tu vois ?!?!”
Le moral franchement atteint, c’est avec un soulagement indicible que je retrouve les dernières centaines de mètres de terrain plat qui doivent nous conduire à la maison.
Mon fils hurle alors :
– “Alleeeeeeez maman !!!! On fait la course !!!???”
Arrivée une bonne minute après lui, en nage, le visage oscillant entre le bleu nuit et le violet clair, après seulement deux kilomètres et vingt et une minutes de course, je manque m’effondrer sur les marches du perron où Tancrède m’attend, alerte et détendu :
– ” Maman, tu sais, j’aime VRAIMENT ça, courir avec toi ! ‘Faut qu’on fasse ça TRÈS souvent, d‘accord ?!?! Tu PROMETS ?”
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#MayDayMayDay
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PS : j’ai jugé préférable, pour des questions de respect et d’estime de moi-même de n’illustrer ce post qu’avec la photo d’avant la course.
#SelfRespect
#LhumiliationAsesLimites