Il faut dire ce qui est :
l’année des trois ans est assez usante.
A cause des caprices, de l’affirmation de soi
et autres réjouissances dont ils font preuve à cet âge.
Mais c’est aussi une période vraiment sympathique en terme de surprises !
Chaque jour, ils nous en sortent des bonnes qui font sourire, voire même rire.
Parfois, ils sont carrément bluffants, les enfants.
D’abord du fait de leur considérable mémoire et de leur capacité à ressortir plusieurs mois après les faits, parfois insignifiants, des mots, phrases ou réflexions oubliés par les adultes depuis belle lurette…
Cette aptitude qui leur est très spécifique, à faire des liens entre les choses, même longtemps après.
Démonstration :
Il y a quelques jours, Tancrède s’est accidentellement griffé jusqu’au sang sur le nez.
Naturellement, il me sort sa phrase fétiche en pareille situation :
“Mama, il faut mettre un pansemeeeeeent !”
“Chéri, à cet endroit, sur l’aile du nez, ça va être compliqué, il ne collera pas, tu comprends.”
“Si.”
“Non mon amour, je suis désolée, je t’assure que c’est impossible.”
“Alors mets du fil.”
“??? Tu veux dire recoudre ? Quand même, pour une égratignure, ça ne sera peut-être pas nécessaire mon trésor !”, dis-je en riant.
“Du FIIIIIL !!”, a t-il alors répété, un peu agacé devant mon ironie.
“Tancrède pardon mais je ne comprends pas.”
“Comme Monsieur Cahuet’, tu vas RACCOMMODER !”
Il faisait référence à la comptine Pirouette Cacahuète – probablement écoutée pour la dernière fois en juin dernier – avec le pauvre facteur qui se casse le bout du nez, que l’on “raccommode avec du joli fil doré”.
Donc.
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| Là. |
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| Lààààààààà ! |
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| Tu vois bien quand même ? |
L’autre jour, nous leur racontions, comme chaque soir et pour la 307ème fois depuis que leur grand mère leur a offert ce livre, l’histoire “des P’tites Poules”.
Et quand vient le moment ou Carmela la p’tite poulette refuse de pondre son oeuf, Tancrède nous sort alors négligemment :
“Et comment il va faire alors, Papylo ? Il aura pas d’zeeeeux ?”
Un peu interdite, j’ai mis un certain temps avant de percuter :
Trois jours avant je lui avait dit dans la voiture, en rentrant de l’école, alors qu’il me parlait de Noël :
“Tu sais qui tu vas voir pendant les vacances de Noël ? Ton Papylo !”
S’en est alors suivit une discussion vaguement structurée au cours de laquelle je lui avait raconté ce que mon père m’avait dit quelques temps avant : il a maintenant plein de poules dans son jardin à Madagascar, qui lui assurent une jolie récolte quotidienne.
Ce cher petit s’inquiétait donc pour le menu de son grand père, la vilaine gallinacée faisant des siennes !
Lors de notre aventure en téléphérique, sur la Table Mountain la semaine passée, nous avons croisé des Damans, ces grosses marmottes locales. Tancrède s’est alors écrié : “Ooooh ! c’est Mignon Mignon !”En référence à cette chanson pour enfants à succès, entendue pour la dernière fois il y a probablement un an !
Mais les enfants sont aussi impressionnants pour leur vivacité d’esprit :
Sans surprise, Nelson Mandela est toujours un dieu ici en Afrique du Sud.
Sa photo trône d’ailleurs dans la classe de l’école.
L’autre jour, nous nous baladions dans un centre commercial, et sommes passés devant une boutique de décoration, avec la statue géante du grand homme.
Je leur dis : “regardez les enfants, Nelson Mandela !”
Et là, ils me répondent en coeur : “Non c’est MADIBA !”, le surnom affectueux que tous les Sud Africains lui donnent.
Ils sont décidément drôlement efficaces dans cette école !
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| Ooooh ! |
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| Madiiiiibaaaaa !!! |
Evidemment, parfois, cette acuité naturelle est légèrement pervertie par une malhonnêteté intellectuelle très précoce, qui force l’admiration :
La semaine passée, en allant les chercher à l’école, j’ai retrouvé mes deux loustics couverts de gribouillages de feutre, partout sur les bras.
Bien évidemment, je leur ai immédiatement faire part de mon grand mécontentement devant cette créativité artistique fort malencontreuse :
“M’enfin !! Vous êtes devenus fou ! Comment vais-je réussir à faire partir tout ça moi !”
“Mais mama, c’est pas pour partir, c’est des TATOUAAAAAAZZZZ !!”
Je souris intérieurement mais garde mon masque extérieur de sérieux.
“Des tatouages ? Mais vous n’y pensez pas ! A votre âge !”
“Mais siiiiiii, comme POPEYE, on prend le bateau nous ! Alors on a des tatouaz !”
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| “Regarde ! On a écrit not’ nooooom !” |
Tu vas voir le bateau, tiens !
COUIC ce weekend, le voilier !
Non mais.
Enfin bref, ‘faut savoir se réjouir des petites choses :
Au moins, ils n’ont pas exprimé leur inventivité débordante sur leurs fringues.
C’est déjà ça.