Ces derniers temps,
je m’interroge :
Y’a-t-il de beaux et de mauvais mensonges à raconter à ses enfants ?
Genre le Père Noël, la P’tite Souris, les princes et les princesses, tout ça ?
Et Abracadabra-la-tétine ?
Je vous explique :
Que les choses soient claires : jamais je n’ai regretté, ne serait-ce qu’un centième de seconde – oui, oui, j’assume – d’avoir commencé à utiliser cet engin de malheur.
Ce bout de caoutchouc nous a sauvé la vie à maintes reprises depuis la naissance des petits : hurlements-de-faim-simultanés-à-3-heures-du-mat’-quand-Patrick-est-en-voyage, crises de coliques, grosses colères, caprices…
Bref, son utilité est infinie.
Je pense néanmoins que je m’en voudrais s’ils la portent encore pour leurs 18 ans.
Ça ferait moche, sur les photos.
Malheureusement, cela semble bien parti puisque depuis bientôt 1 an et demi – l’anniversaire de leur deux ans – je tente sans succès de la leur retirer.
J’ai tout essayé :
L’Altruisme :
– “Tu es un grand maintenant, c’est ton anniversaire, elle doit retourner au pays des tétines, la tétine, pour aller consoler d’autres petits enfants qui auraient besoin d’elle…”
– “Silence…
Euuuh non non mama, nous on est encore petits et on a besoin aussi.”
Leur égoïsme naturel les rend absolument insensibles à cet argument.
La reconnaissance :
– “Aaaah mes chéris pour Noël il va falloir laisser la tétine au Papa Noël, hein ! Il va faire teeeeellement de chemin pour venir vous apporter touuuus vos cadeaux, vous pouvez bien lui donner les tétines, en retour, hum !?”
– “Silence…
Euuuh non non mama, nous on prend les cadeaux mais on laisse pas la tétine.”
‘Sont pas à moitié libanais pour rien, mes fils.
Des négociateurs hors “père”. (Noël, donc.)
La menace :
– “Bon, mes chéris, il faut vraiment arrêter maintenant avec la tétine : vous allez avoir les dents toutes cassées à force, et après vos copines de l’école, elles vont plus vous trouver beaux.”
– “Silence…
Euuuh non non mama, Eva (oui, c’est la nouvelle chérie de Tancrède), elle m’aime et en plus tu te souviens tu nous as dit que bientôt elles vont tomber nos dents et qu’on va avoir des nouvelles toutes neuves qui vont venir avec les souris ! Donc on peut garder la tétine.”
Ou comment se faire chopper en flagrant délit et se prendre les pieds dans son propre tapis de mensonges…
La confiscation discrétionnaire d’office :
– “Mamaaaaaa, elle est où not’ tétiiiiiine ???”
– “Elle est repartie au pays des tétines, chéri, elles en ont eu marre de se faire mâchouiller. Aller, montes dans ton lit.”
“NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Etc.”
3 jours.
De Hurlements.
J’avoue.
Je n’ai pas eu la force physique.
Le mental n’a pas suivi non plus.
J’ai craqué.
Et par la même, me suis discréditée pour les 3 ou 6 prochaines années.
Naturellement, maintenant, elle est réservée à la nuit et, durant la journée, “va faire dodo à son tour pour se reposer”.
Elle demeure ainsi introuvable jusqu’à 20 heures, lorsqu’elle apparait subitement comme par magie sous l’oreiller.
Nous avons même développé un rituel : pendant qu’ils se brossent les dents, je vais les glisser discrétos dans leurs lits.
Quand ils arrivent, ils s’écrient alors “ABRACADAAABRAAAAA !” et les découvrent ensuite sous les coussins.
On n’est plus à un mensonge près, n’est-ce pas !?
Mais ce qui me fait dire que finalement, tout cela n’est peut-être pas si grave…
Qu’on va finir par y arriver, et que chaque chose vient en son temps…
C’est que l’autre après midi, j‘ai surpris par hasard mon Tancrède assis par terre, tout seul, en tailleur devant son oreiller, les mains accrochées aux barreaux de son p’tit lit.
Mon coeur a alors suspendu ses battements quelques instants lorsque je l’ai entendu murmurer, comme pour lui même :
“Abracadabra !
Tétine…
S’il te plait …
Viens main’nant…
Mais, pourquoi tu viens pas…?
Ah oui je sais, c’est pas encore le dodo du soir…”