Fugace Miracle

J’ai bien cru 

que je ne m’en remettrais pas.


Jusqu’à présent, lorsque j’allais chercher mes fils à l’école l’après-midi j’entendais surtout : 

– “Maaaaaaaaaaaaiiiiieuuuuuuh !!!! C’est toi qui m’a amené ce matin à l’école alors c’est CHACUN SON TOUR. Ce soir c’est PAS TOI !!!! Moi je voulais que ce soit papaaaaaa qui vient me chercheeeeeeeer ! PAS TOIIIII !!!”

– “Euuuh. Ok. Bonjour mon amour. Moi aussi je suis heureuse de te revoir. Bon. Monte dans la voiture, s’il te plait.
Et sinon comment était votre journée aujourd’hui ?”

– “Bien.”

Voilà. 


Du coup l‘autre jour, habituée à cet accueil charmantj’ai d’abord cru à une plaisanterie. 

Une blague, savamment orchestrée par leur père qui aurait répété ça depuis des mois, par exemple.
Une caméra cachée pour une reportage sur les jumeaux. 
N’importe quoi. 
Vraiment. 

Ça a commencé dans la cour, lorsque je suis arrivée :
Trystan m’est tombé dans les bras, en m’embrassant. 
Tancrède est arrivé sur ses talons, tout sourire, avec leurs DEUX SACS A DOS, en me disant : 

– “Bonjour maman ! Tiens voilà nos sacs, comme ça t’as pas besoin d’aller les chercher là-bas.”

J’ai cru collapser sur le gazon. 

– “Et t’as vu j’ai pas perdu mes chaussettes aujourd’hui, j’ai fait bien attention ! T’es contente ?”

– “Euuuuhh ??!!??!!! Oui mon amour c’est merveilleux !… Je…”

– “Aller maman, on y va.”

– “??????????”

Une fois dans la voiture, nous nous sommes mis à rouler.

En silence. 

Intérieurement, j’ai commencé à douter de moi-même et de ma santé mentale : 
“On est début mars là, oui ? C’est sûr ? Donc ça ne peut pas être mon anniversaire… La fête des mères c’est en mai j’crois bien….”

Et là, j’entends Tancrède qui m’achève : 

– ” Et toi maman, qu’est ce qui c’est passé pour toi aujourd’hui, alors ? Ça va ?”

“Ça va ?”

Vraiment ? 

Nous étions presque arrivés à la maison.
Heureusement, car j’aurais probablement dû m’arrêter sur un parking pour reprendre mon souffle. 

Sidérée qu’il s’intéresse à ma personne aussi activement, je l’ai remercié de sa question et ai commencé à lui raconter ma journée : 

– “Alors aujourd’hui chéri j’ai été au yoga, j’ai écrit des histoires sur toi et Trystan – tu sais, quand Trystan a coupé ses cheveux tout seul – j’ai fait les courses, j’ai rempli plein de papiers, j’ai préparé ton dîner, tu sais la soupe thaï au poulet, que tu aimes…”

Pendant que j’égraine ma journée, j’entends alors Trystan qui murmure un “Hum, ah oui !?” à chaque nouvelle action.
Et un “Aaaaaah super !”, après l’info culinaire du jour.  

A cet instant, je suis intimement convaincue que quelque chose de terrible va m’arriver. 
Le garage va exploser quand je vais appuyer sur la télécommande pour l’ouvrir. 
La maison va s’effondrer cette nuit. 
C’est astrologico-scientifique. 
C’est pas possible autrement. 

Ou alors leur ironie naissante et leur humour déjà décapant atteignent un stade inégalé : en fait, ils se FOUTENT de ma tronche. 

Au cours de la soirée, j’ai encore eu droit à :

– ” Tu sais, je suis content de te voir…”, prononcé les paupières papillonnant de leurs longs cils, lorsque je tendais la première cuillère de soupe…
… Que j’ai laissé dégouliner au sol, sans m’en apercevoir.

– “Huuum ! Yummy ! Il était bon le poulet maman !”, à la fin du dîner. 


– “Maman je peux sortir de table ?
(???!!!???!!!!????!!!!???!!!???)
En fait, je veux sortir dehors dans l’jardin s’il te plait. (???!!!???!!!!????!!!!???!!!???)
Ouvre la grille. 
Et t’inquiète pas, je sais on a déjà pris le bain, mais je vais pas me salir les habits. Juste les pieds et après on lave, c’est facile.”



Un instant – FUGACE – j’ai cru que ces 3 longues années d’aventures jujutrépidesques n’avaient été qu’un vilain songe. 
Que je les même avais rêvées, dans un lent cauchemar qui n’en finissait plus, et que j’étais subitement en train de me réveiller…
Je m’imaginais une fée comme celle de Pinocchio, qui aurait donné un coup de baguette magique la veille sur mes Jujus alors subitement et miraculeusement transformés en petits-garçons-parfaits…
Ceux que tous les parents fantasment sans oser se l’avouer, mais qui naturellement – et heureusement ? – n’existent pas. 

Naaaan. 

Mais en fait, non. 

Ça va. 

Le lendemain, tout était redevenu “normal”. 
(On s’comprend.)

J’ai alors réalisé que c’était la journée d’avant… 
Que j’avais dû rêver.

Le kiki de tous les kikis

En ce moment, 
les garçons sont un peu 
obnubilés par leurs zizis.

Ça doit être l’âge, probablement. 

D’ailleurs Tancrède a décrété récemment que son zizi était “mazique” (magique). 
Il est en effet très impressionné par… Ses changements d’aspect. 

L’autre jour, il est même allé voir son papa de lui-même. En chuchotant presque, il s’est lancé : 

– “Papa, z’ai une question !

– “Oui Tancrède je t’écoute.”

– “Papa pourquoi mon zizi le matin quand ze me réveille, il est grand et après il devient p’tit ?”

– “??? Euuuuh. Oui. Alors, voyons. Euh. Disons… Voilà Tancrède : C’est tout à fait normal. Les garçons, ils ont un zizi. Et le zizi, il change souvent de taille. C’est comme ça, t’inquiète pas, c’est pareil pour tous les garçons, en fait. Et tu verras, plus tu deviendras grand, plus ça arrivera souvent. Ok ?”

– “Ah. D’accord, alors.”


Un après midi de la semaine passée, en rentrant de l’école, j’ai senti à leurs silences pesants dans la voiture que quelque chose les turlupinait. 
Une fois arrivés à la maison, Trystan est venu vers moi, très sérieux : 

– “Mama, ‘ssieds toi. Z’ai une question.”

– “Euh oui Trystan. Je t’écoute.”


– “C’est quoi la différence entre les filles et les garçons, en fait ?”

Mais avant même que j’ai eu le temps de réfléchir à la réponse qu’il convenait d’apporter à son interrogation, s’en est suivi un dialogue totalement surréel entre nos deux Jujus, comme si j’avais brusquement disparue de l’équation et de l’échange. Tancrède qui s’était posté juste à sa gauche pendant qu’il posait la question s’est empressé de répondre : 
– “C’est les ch’veuuuux Trystan. C’est sûr. Chez les filles ils sont longs.”

– “Mais noooon, y’en a qu’ont les ch’veux courts mais c’est des filles quand même.”

Tancrède, ne se laissant pas démonter par cet argument somme-toute assez logique, enchaîne alors  : 

– “Non mais c’est la barbe, en fait, j’crois.”

– “Mais Tancrède, on a pas d’barbe nous. Alors on est des filles ?”

– “Ah bah non. C’est vrai.”

Je vois Trystan au comble de la réflexion, se tenant le menton de sa petite main et qui ouvre la bouche pour dire, un peu péremptoire : 

– “Alors c’est le kiki et le zizi Tancrède, c’est tout.”


J’ai jugé bon d’intervenir, à ce stade : 

– “Oui mes chéris, Trystan a raison, vous vous souvenez : les filles elles ont des kikis, et les garçons des zizis. C’est ça, la différence.”

Subtil, Tancrède s’est alors écrié : 

– “Mais alors pourquoi les kikis, on les voit pas comme les zizis, alors ? Pourquoi ils sont tout cachés ?”

Et là, placide, Trystan répond : 

– “C’est à cause de la fourrure Tancrède.”

??????????
LA FOURRURE ?!?!?
QU-QUELLE fourrure ???
Mon sang de mère ne fait qu’un tour. 
Passablement paniquée intérieurement par ce qu’ils auraient pu voir qui les conduisent à dire un truc pareil, je hurle malgré moi : 

– “Mais QUELLE FOURRURE Trystan ?!?!?….”

Et là, Trystan, étonné par mon air tourmenté, répond : 

– “Bah, comme dans Tic et Tac maman : ils ont la fourrure partout, alors on voit pas si c’est des filles ou des garçons ! C’est caché. “

Je n’ai pas cherché à comprendre la logique qui l’a poussé à imaginer une telle réponse

Je n’ai pas non plus voulu casser le mythe en lui disant que Tic et Tac, en fait, c’est 2 garçons. 

Bref, j’ai plus rien dit. 

Et j’ai éteint l’ipad.


Découvrir Imhoff Farm

Si un samedi ou un dimanche, 

vous avez vraiment envie de faire plaisir 

à votre progéniture…

Emmenez-la à Imhoff Farm. 


Sorte de petit hameau au charme campagnard et situé à Kommetjie, une heure au sud de Cape Town.

Cet emplacement est une ferme depuis l’installation de la Compagnie Hollandaise des Indes Orientales et porte le nom du Baron d’Imhoff, membre de la Compagnie, qui en fit cadeau à la veuve Rousseau. 
Celle-ci fit fructifier la ferme qui est maintenant un petit centre bucolique et très bien pensé pour les familles avec enfants : 
Restaurants, cafés, aires de jeux, fermes d’animaux nains, boutiques de petits producteurs locaux, centre d’équitation, de paint-ball…

Évidemment, il y a beaucoup de monde le week-end. 
Mais c’est vraiment un chouette pour les petits. 
Le restaurant du Blue Water Café est très convivial et bon : 
La terrasse donne directement sur un arbre-à-cabanes pour les enfants, qui s’en donnent alors à coeur joie et en toute sécurité, pendant que les parents mangent tranquillement. 
La vue sur Noordhoek, la réserve ornithologique et sa superbe plage de sable blanc est magnifique :

Yellow Tail grillé sur son p’tit risotto crémeux. 
Curry Malais bien relevé.
Moules à la crème. 
Tout cela arrosé d’un bon cidre local.
“Higgeldy Piggeldy”, la ferme de petits animaux, a eu beaucoup de succès auprès de nos Jujutrépides : 
Lapins, poussins, cochonnets, tortues, émeus, chèvres… 
Presque tout est à leur taille et ils ont même le droit de jouer avec, et de les nourrir. 
Entre nous, je subodore que chaque soir, ces pauvres petites bêtes décèdent des conséquences d’attaques foudroyantes post-traumatiques, et soient remplacées au petit matin par une nouvelle fournée de cobayes sacrifiés…
Mais enfin. 
Elles s’acquittent dignement de leur devoir et se laissent câliner par les enfants qui sont vraiment heureux de les approcher de si près.  
Pour info, parents du Cap, on peut y organiser des goûters d’anniversaire.
Qui peuvent en plus se coupler avec des séances de maquillage.

Trystan, RENDS la plume au coq tout de suite !!!
Et lâche cette pauvre tortue !


Bien caché, parmi les petites boutiques et le magasin central de la ferme…


… Se trouve une petite échoppe qui vent des fromages de chèvre À TOMBER : 



En sortant, si vous en avez encore la force, vous pouvez leur offrir un tour à… dos de chameaux, l’occasion de leur apprendre plein de nouveaux trucs rigolos : 
La différence entre chameau et dromadaire, ce que c’est que de marcher l’amble…


Sur la question du vocabulaire, nous avons d’ailleurs eu un peu de mal à convaincre Tancrède que le chameau ne “BLAGOTTE” pas… Mais qu’il “blatère”.
Allez, bon week-end à tous !

Babel twins

Franchement, 

le cerveau des enfants, 

c’est DINGUE. 


Il y a encore 7 mois, mes fils ne parlaient pratiquement que l’espagnol. 
C’est bien simple, je m’adressais à eux en français et ils me répondaient systématiquement dans la langue de Cervantes. 
C’était passablement agaçant, d’ailleurs. 
Et compliqué pour le reste de la famille, non hispanophone. 

En 2 mois passés à Paris en maternelle, ils ont subitement basculé au français et totalement cessé de parler en espagnol. 
Quelle surprise de découvrir un jour sur Skype qu’ils n’arrivaient même plus à sortir un seul mot dans cette langue, face à leur ancienne nounou, catastrophée devant une telle amnésie.  
7 semaines après avoir quitté Mexico, Tancrède refusait même clairement de s’exprimer en espagnol : 
“Moi je parle FRÔÔNÇAIS !” (à l’époque, ils avaient encore un accent !)

Dès notre installation au Cap, ils ont commencé à intégrer des mots d’anglais, indispensables pour communiquer avec leur nouvelle nanny mais aussi pour jouer avec la moitié de la classe – sud africaine – dans la cour de récréation. 
Depuis, une partie des cours à l’école étant dispensés en anglais, ainsi que leurs leçons de natation, ils ont progressé et arrivent maintenant à suivre ce qu’on leur demande et même à se faire comprendre dans cette langue. 

Les mois ont passé, nous avons emménagé dans la maison “‘finitive”, et tout le monde a repris en sérénité. 

Le hasard a alors mis sur mon chemin une jeune Franco-Espagnole, installée pour quelques mois à Cape Town. 
Triste de les avoir vu oublier leur première langue aussi vite, j’ai donc décidé de faire un petit test : j’ai proposé à cette jeune femme de venir jouer une heure avec eux un après-midi. 
Uniquement en espagnol, naturellement. 

Sur le moment, un peu perplexe, Tancrède me dit : 

– “Mais ? La dame là pourquoi elle me parle pas français, je l’ai entendu parler avec toi !”

(P’tit malin.)

– “Mais parce que avec les enfants elle ne sait parler qu’espagnol, mon amour.”

– “Ah…”

Trystan a alors commencé par répéter ce qu’elle lui disait. 
Puis tout a lentement redémarré. 
Nous avons alors découvert que s’ils ne s’exprimaient plus dans cette langue… Ils l’a comprenaient toujours !

Après son départ, j’ai interrogé les garçons sur ce qu’ils avaient pensé de Marina. 
Trystan m’a fait remarqué qu’elle était très “zolie” et Tancrède très “zentille”.

Je leur ai alors demandé s’ils avaient envie de la revoir les vendredi après-midi ou s’ils ne préféraient pas.
Comme un seul homme ils m’ont répondu “sisi, on VEUT !”

Depuis, je ne m’attendais à rien de spécial. 
Mais, comme souvent, les enfants sont plein de surprises :

Retour d’école, dans la voiture, lundi après midi.
(Je ne sais pas pourquoi, mais l’habitacle automobile les inspire.)

Silence dans le véhicule, petit fond musical schubertien, les enfants qui regardent calmement le paysage.  

Et tout à coup, venu de NULLE PART, Trystan qui prend la parole : 

– “Tu sais, maman, moi je parle TROIS LANGUES : le français, l’anglais… Euh le français… Et… Et… Et… (vous savez, quand ils bégayent pendant 12 minutes en répétant le même mot)… Et… L’espagnol aussi.”

Légèrement surprise et prise de court par cette saillie un chouilla prétentieuse et totalement impromptue, je lui dis : 

– “Oui mon amour, tu es un petit garçon formidable et très courageux de faire tout ce travail, mais il y a encore beaucoup de choses à apprendre, tu sais, avant de dire qu’on sait parler 3 langues.”

– “Ah. Oui. Mais tu sais, je parle.”

– “Oui oui mon amour, je sais que tu parles, d’ailleurs parfois j’aimerais… – mais je réfrène le cri du coeur – que tu parles… encore PLUS, bien sûr.”

– “Oui, tu vois par exemple je sais tous les mots pour la pomme. En anglais on dit “aaaapple”, en espagnol on dit “manzaaaana” et en français on dit… On dit… On dit… On dit…

Je souris intérieurement et tente de l’aider en lui disant : 

– “Bah mon amour, tu viens de le dire, le mot !?”

Et là Tancrède qui suivait la conversation de loin, s’écrie alors : 

– “Bah POMME Trystan ! T’es bête ou quoi ?”



CÉ MAAAAAA TÉLÉKOMAAAAAND’ !

Il fallait bien que cela arrive un jour :

Ça y est, Trystan sait 

mettre et allumer le lecteur DVD tout seul. 


Il sait également se servir de la télécommande. 
Surtout pour monter le son. 

Et “cacher la pub.” 

Mon âme d’ancienne dealeuse d’espaces publicitaires se brise à chaque fois que je le vois fulminer – à 3 ans donc – devant les interstitiels de pub sur l’ipad, avant ses Tic&Tac… 
Formats publicitaires qu’il a d’ailleurs appris à faire disparaître illlico grâce à la “Ross’ croix” en haut à droite…
Ou les bandes-annonces des Disney à la télévision, qu’il sait maintenant passer à l’aide du bouton “fast forward”.
Comme quoi, la réclame, ça emmerde même les gosses. 

Bref, c’est pas l’propos. 

Cette nouveauté est, à bien des égards, merveilleuse.
Surtout le dimanche matin, lorsqu’il s’agit de les planter devant la Reine des Neiges, nous laissant ainsi dormir – libéréééés, délivrééééés – une heure de plus…
(Jusqu’à 7h00. Donc.)
Seulement voilà : Trystan entretient actuellement une relation très fusionnelle et passionnelle avec sa télécommande. 
Certaines fois, je l’entendrais presque marmoner “My Preciouuuus !!“, pendant qu’il la tripatouille et la fait tourner dans ses p’tits doigts !

“IT’S MINE !”
“My preeeeciouuuus….”
Bref, tout cela pour dire qu’il a dorénavant du mal à s’en séparer : 
Sentiment de toute-puissance et de contrôle, outil magique pour rendre le frangin à moitié neuneu à côté… Que des avantages, évidemment.

Cela donne donc lieu à quelques empoignades, Tancrède ayant du mal à gérer sa frustration : 

PAF.
Encore une bonne torgnole assénée par son frère pour récupérer l’objet de leur désir mutuel.
Il résiste étonnamment bien à ces séances de tortures.
Il ne lâche rien.
Au sens propre et figuré.
Mais comme Tancrède ne s’est pas autant familiarisé avec la technologie, il est bien obligé de mettre de l’eau sans son ju(ju)s et de coopérer avec Trystan. 

De guerre lasse, il a semble-t-il décidé de reporter son énervement sur le choix éditorial de la programmation cinématographique. 
La bataille se joue donc entre :

– Les classiques que Trystan veut voir et revoir jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Essentiellement : Horton, Ice Age et “AYLAYKTOUMOUVIT”. 
(Madagascar, pour ceux qui auraient du mal à suivre.) 

– Et les “nouveautés” que Tancrède tente d’imposer, entre deux chantages au préavis-de-grève-à-la-télécommande. 

Moui, bon d’accord.
Vas pour Le Roi Lion.
Fidèle à mes principes éducatifs, je les laisse bien évidemment s’écharper entre eux – tant qu’ils ne rayent pas les DVDs – en estimant que ces situations sont de MERVEILLEUX prétextes à l’apprentissage de cet insupportable mais incontournable épreuve de la vie quotidienne des adultes, que l’on nomme : 
Le compromis. 


Quelle heure il eeeeest ?

La dernière obsession 
de mon fils Trystan : 

L’heure qu’il est.


Ça vient de sortir, c’est tout frais. 
Comme nous n’avons jamais évoqué le sujet à la maison, que ni son père ni moi ne portons de montre, je pense donc que c’est à l’école qu’il a développé cette nouvelle manie : tous les quarts d’heure, il pose la question.


LE : “Mamaaaaaaa? Quelle heure il eeeeest !?”
Alors, au début, je répondais consciencieusement. 
J’ai même commencé à lui expliquer le cadran, tout ça. 
Avant de réaliser l’absurdité de ma démarche : il n’a aucune conscience du temps. 

J’ai aussi compris que la réponse que je donnais à sa question, avec des chiffres d’heures et de minutes n’avait aucun sens.
De fait, en ce moment, quand je leur dis :

– “Allez les enfants dans 5 minutes, on va faire dodo !”
Ils répondent : 

– “Noooon nonnnn s’il te plait ! Encore 3 minutes !
Alors j’ai changé mon fusil d’épaule et ai commencé un jeu avec lui. 
Quand il me demande l’heure, je répond qu’il est “l’heure de.”

– “L’heure de partir à l’école.”

– “L’heure du bain.”

– “L’heure du diner.”

– “L’heure du dodo.

– “L’heure de faire un bisou à maman.”

– “L’heure d’arrêter de taper son frère.”

La super montre Spiderman que nous lui avions offerte pour ses 2 ans est même ressortie du placard et ne quitte désormais plus son petit poignet. 
Il sait d’ailleurs la mettre tout seul.

Le seul problème c’est que maintenant, ce jeu l’amuse. 

Il me faut donc me renouveler souvent. 

Et au bout d’un moment, sur les coups des 19h49, quand la jauge de patience de la journée commence à tirer gravement sur la réserve de secours, j’ai trouvé la parade ultime : 

– “Maintenant, chéri, c’est l’heure de se taire. 
Cric-crac-on-ferme-la-bouche.”

Voilà.

I see dead people…

J’vous explique

la référence :


En ce moment à la maison, c’est un peu ambiance “The 6th Sense”. 
(Pour ceux qui ne connaissent pas ce thriller cinématographique culte de 1999, c’est .)

Le matin les garçons se réveillent vers 6 heures – le weekend, essentiellement, car en semaine, c’est nous qui devons les secouer à 7 heures passées – et se glissent subrepticement dans notre chambre. 
Nous ne les entendons jamais arriver, plongés que nous sommes dans notre sommeil. 
Ils se placent le long du lit, à approximativement 5 cm de notre nez, et se mettent alors à nous fixer, silencieusement. 

C’est dans des moments comme ceux-là qu’on réalise que nous portons toujours en nous certains gènes néandertaliens : on s’éveille alors en sursaut, percevant inconsciemment un regard posé sur nous. 
On découvre ainsi deux p’tites paires d’yeux grands ouverts, qui nous observent, comme dans dans tout bon film d’horreur qui se respecte. 
Genre la gamine blonde de 6 ans aux cheveux filasses et à la chemise de nuit en lin blanc toute tachée, qui apparait subitement en face de vous, tel un fantôme. 

Effrayant.  

Et le soir, c’est encore pire : 

Les vents violents, typiques de Cape Town, soufflent inlassablement dès 20 heures, faisant claquer ou grincer les portes, et craquer la structure de la maison. 

A cette heure là, les enfants sont couchés dans leur lit. 
Mon Tancrède ronfle comme un bienheureux.

Patrick est souvent en voyage, la maison est donc vide, dans la pénombre, et seules les pièces où je suis sont éclairées. 


Bref, un peu glauque tout ça, j’avoue.
M’enfin je ne peux pas non plus jouer à Versailles-Petit-Trianon chez nous. 
Et franchement, jusque là, je n’y avais même jamais prêté attention !

Seulement voilà :
Depuis quelques semaines, Trystan a pris l’habitude de ressortir de son lit, longtemps après que je l’ai couché. 
Le délai n’est jamais vraiment le même. 
Cela peut prendre 15, 20 ou même 30 minutes, parfois.

Sa technique est bien rodée : je ne l’entends pas arriver. 
Ces petits petons tous nus glissent imperceptiblement sur le sol en marbre, il me cherche (cuisine, bureau, etc.), et une fois qu’il m’a localisée, il débarque, silencieusement, lentement… Apparaissant ainsi dans une encoignure de porte.
En réalité il se passe probablement quelques dizaines de secondes, je pense, avant que je ne remarque sa présence, souvent dernière moi ou sur le côté : 
En fait, je ne l’entends pas venir, je SENS juste un regard peser sur moi. 



ET À CHAQUE FOIS, JE FROLE L’ATTAQUE CARDIAQUE !

Coeur qui saute dans la poitrine.

Paluche qui vole dans les airs et retombe pour écraser le boitier du panic button. (Oui, en Afrique du Sud, ça ressemble au paradis, mais on vit quand même un peu tout le temps sur ses gardes.)
Et là, comme dans le film, mon fils s’approche tout doucement de moi, et se met à murmurer dans un souffle, presque inaudible : “Je voudrais 5 minutes avec toi…”
Bref, je pense qu’un jour, je vais y passer. 

Découvrir le Bay Harbour de Hout Bay

C’est vraiment sympa, comme endroit.

Le Bay Harbour de Hout Bay.


Ouvert tous les vendredis soir de 17h à 21h, ainsi que le samedi et dimanche midi (de 9h30 à 16h), au bout du petit port de Hout Bay, c’est un marché local couvert très agréable. 


Hout Bay qui se remet doucement des incendies…
Mi bobo, mi authentique, on y trouve toutes sortes d’artisanat sud africain, et aussi un vrai bric-à-brac de petites antiquités (bijoux, objets…) :

Mais c’est surtout beaucoup de petits stands gastronomiques délicieux : viande grillée, tapas, kebabs, salades géantes, sandwichs, biltong, quiches, chocolats, gâteaux, tartes…

Idéal pour une soirée entre copains. 
Ou même en famille. 
(Mais attention à vos gnomes, c’est vite bondé.) 

A l’intérieur, l’ambiance est très agréable : musique live, beaux tatoués qui passent et mime qui a l’art de vous surprendre, au beau milieu d’une conversation :

Il est pratiquement impossible de trouver à s’assoir sur les tables communes. 
Mais ça n’est pas très grave car dehors, sur la terrasse, s’il ne fait pas trop froid ou qu’il n’y a pas trop de vent, c’est encore mieux :



L’important, c’est juste d’être bien équipés.
Echarpes et pulls, mais aussi de quoi lutter contre les fraiches températures du soir :


Bref, merci Céline
Et ENJOY les amis du Cap !

Les baleines-rocher

Evidemment, depuis notre arrivée,

je guette inlassablement les flots océaniques 

devant lesquels je passe et repasse chaque jour, 

à la recherche … 
Des baleines. 


Enfin, une déjà, ça serait bien. 

Naturellement, cet espoir est assez vain actuellement, puisque la saison de la migration de ces magnifiques cétacés, de passage à Cape Town, est plutôt comprise entre juin et octobre. 

Mais enfin, je dis toujours qu’on n’est pas à l’abris d’un spécimen dissident qui aurait décidé de sortir des courants battus… 
Et de fait, il arrive assez souvent que j’entende les copines me dire : 

“OOOOOhhhh bah mince alooooors ! Mais COMMENT t’as fait pour la rater : elle a passé 3 HEURES dans le golf de Fresnay !!! Dommaaaaage !” 

Bah oui dommage. APPELLE-MOI la prochaine fois, hein !!!

Bon. 

Bref. 

En vrai, je suis tellement à l’affut, qu’à chaque fois que nous prenons la voiture avec Patrick – id est : c’est lui qui conduit – j’ai le nez collé à la vitre et les yeux rivés sur l’eau. 

Peu après notre arrivée ici, j’ai d’ailleurs un jour manqué de nous faire dévaler le ravin de Camps Bay lorsque je me suis mise à hurler – sans même m’en rendre compte – “CHERIIIIIIII !!!! LÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀ !!! UNE BALEINE !!!!!!”

Patrick a freiné comme si le sort du monde en dépendait. 
Nous sommes descendus de la voiture, hystériques de bonheur.
Pour nous rendre compte qu’il s’agissait… 

D’un rocher. 
Donc. 

Oui bin, c’est bon, ok, ‘chui devenue un peu myope maintenant et franchement parfois c’est à s’y méprendre : 

BAH VOILÀ, LÀ,… On dirait, non ?

En remontant dans la voiture, Patrick, silencieux mais légèrement remonté, s’est alors écrié, devant les petits : 
“Les enfants ! Maman, elle a vu une baleine d’une race spéciale. Retenez bien son espèce : la baleine-rocher. Assez courante ici à Cape Town, et présente toute l’année, c’est l’avantage. D’ailleurs, elles ne bougent pas des masses, c’est sympa pour aller les regarder.”

No comment. 

L’affaire en est restée là. 

Jusqu’à cette semaine. 

En rentrant un après midi de l’école avec les Jujus, mon téléphone sonne. 
Je décroche.
(Je sais c’est mal de faire ça en conduisant, mais c’est pour la bonne cause, vous allez voir.)
Ma super copine Céline : “Pouleeeeette, baleine en vuuuuuue JUSTE DEVANT chez toiiiiii! Gooooooo !!!!”

J’ai probablement dû dépasser un peu la limite de vitesse autorisée. 

Les Jujutrépides étaient au moins aussi hystériques que moi : “On va voir une baleine ! On va voir une baleine ! Viiite mama !!!!”

Arrivés à la maison on balance les sacs-à-dos dans l’entrée, les pompes valdinguent dans l’escalier, les gosses hurlent : “Gloriaaaaaa ! Come !! see the whale !!!!”
Et on monte tous à l’étage, histoire d’avoir le meilleur point de vue possible :

On scrute. 
On scrute, on s’excite, on tourne en rond. 
Rien.
On ne voit rien. 
Je sens les enfants très déçus et suis vraiment triste pour eux que nous l’ayons ratée…
Mais tout à coup, je vois un truc, au loin !
Mon coeur se remet à battre fort, j’y crois, je bafouille : 
“Nooonnn mes chéris regardez lààààà !!!”

Et là… Trystan me regarde… Mi déçu, mi amusé, mi ironique, et me dit : 

“Oui oui maman, c’est une baleine-bateau.”

#Sefairehumilierparungossede3ansc’estsuperdur
#Monfilsfaitdel’humour
#Commejelesaimecessalesgosses

J’en ai marre de vous !

Ça fait un moment déjà 

que nos fils affirment 

leurs caractères bien trempés. 

Mais là, ça dépasse l’entendement. 


L’autre jour, la matinée a été un peu mouvementée.

Pour la 2704ème fois, mes fils se sont castagnés à coup de carabine.
En plastique, hein… 
Mais un bon coup de crosse sur la tête, ça fait quand même saigner.

J’ai donc fini par me résoudre à mettre à exécution ma menace, maintes fois brandie durant les derniers jours : 
J’ai jeté au sol la carabine déjà bien mal en point à force de se frotter à la fontanelle de Trystan ou aux tempes de Tancrède. 
Elle s’est immédiatement délitée en deux. 
J’ai mis les deux bouts à la poubelle. 
Voilà. 

De rage de ne plus pouvoir fracasser la caboche de son frangin adoré, Tancrède a passé l’heure suivante à nous envoyer des coups de pieds et à taper. 
La fessée a fini par partir, elle aussi, pour faire cesser ce délire. 
(ROOOOOOO ELLE L’AVOUE !! Bah oui, je sais c’est mal et ça ne sert pas le propos éducatif. Mais y’a des fois… C’est trop dur. Heureusement qu’on est protégés par la loi française, hein…)
Bref, ce genre de samedi matin où tu te demandes comment tu vas survivre tout le week-end, et durant lequel tu comptes… 
Tu comptes combien d’années il reste avant leurs 18 ans et cet instant béni où tu pourras les foutre dehors de chez toi.

Une fois dans la voiture, Tancrède s’est mis à bouder ostensiblement, bien tassé dans son siège-auto. 
C’est pas nouveau, ça fait quelques mois qu’il excelle dans cette activité : 


– “Chéri, tu vas bouder longtemps ?”

Silence

– “Mon amour, franchement regardes ces magnifiques paysages dehors ! Tu rates vraiment quelque chose à faire la tête comme ça.”

Silence

– “Ok Tancrède, si tu ne veux plus parler, nous on ne peut pas te forcer avec papa. Tu n’as qu’à revenir quand tu ne seras plus fâché.”

Trystan a alors risqué un discret : “oooh aller Tancrèèède, arrête main’nant !”, initialement destiné aux seules oreilles de son frère, mais qui nous a bien fait sourire. 

Et là, Tancrède s’est lancé dans un monologue interminable qui nous a littéralement sciés. 
En substance : 

– “NON, moi, j’en ai marre de VOUS ! 
J’en ai marre de maman et de papa … De vous deux ! 
Pass’que mama elle a cassé ma carabine et papa il m’a mis une fessée. 
Il faut pas taper les amis. 
Je suis fatigué de vous, d’accord ! 
Je suis fatigué de tout le monde, même de Trystan. 
J’ai besoin de calme, D’ACCORD !
Alors je parle plus.”

Réfrénant un rire qui serait tombé bien mal à propos, je suis restée impassible et lui ai dit : 

– “Ok Tancrède t’as le droit d’être énervé mais réfléchis à ton comportement de ce matin. Tu vas voir que tu as vraiment exagéré. En tous cas, nous, on t’aime donc quand tu te sentiras calmé, tu nous diras. 

– “Et Bin moi je vous-t’aime-pas et tout le monde se tait MAINTENANT.”

Sympas, les trajets automobiles avec mes fils, n’est-ce pas ?


Trois jours plus tard, en allant les chercher à l’école l’après midi… Je découvre Trystan, qui avait à nouveau innové capillairement : 


– “MAIS … MAIS … MAIS !??!?!? MAIS…. CHERI ???!!! QU’EST CE QUE TU AS FAIT A TES BEAUX CHEVEUX !?!?!? ON SORTAIT DE CHEZ LE COIFFEUR avant-hier !!!!!!”

– “J’ai coupé mama.”

– “Cou… Coupés ??? MAIS… COMMENT ?!?!? POURQUOI ?!?!”

– “Bah on faisait le découpage et moi j’ai pas aimé comment elle m’a coupé les cheveux la dame du coiffeur. Elle avait bien coupé sur les côtés mais pas bien sur le d’sus…”

– “Mais TRYSTAN !!! C’était l’objectif !!!! rafraichir sur les côtés et laisser de la longueur sur le dessus !”

– “Oui bin c’était ça le problem’ : ‘y’avait des cheveux devant et moi j’arrivais plus à voir bien ma pâte à modeler… Alors j’ai enlevé, tu vois !”

– “AH OUI, ça je vois !!! Mais Trystan voyons, on ne fait pas ça !!!”

– “Mais… Pourquoi ?”

– ” ?!? Pourquoi ? Mais … mais… (Oui, pourquoi, après tout ???) 
Parce que … Parce que c’est pas bien fait ! 
Le coiffeur c’est son métier, lui, il sait faire ! “

– “Mais moi, j’trouve ça plus joli comme ça.”

– “TRYSTAN C’EST PAS joli ! T’as vu ta tête maintenant !”

– “Mama mais t’inquiète pas, bientôt ça va pousser encore ! Et moi je m’aime ma tête comme ça.”

– ” ?!?!? (mère bouche bée)”

Tancrède silencieux depuis le début de la discussion, décide alors d’y prendre part, calme mais ferme : 

– ” Mama, arrête d’embêter mon frère, il aime ses cheveux comme ça, il est beau, voilà.”

No comment.

La route du retour s’est faite en silence.
J’ai beaucoup réfléchi.

Et de fait, au delà du choc premier… 
Était-ce si grave que cela ?
Après tout, si on ne fait pas ce genre d’expérience étant petit, quand le fera-t-on ? 
Il a bien le droit aussi de se chercher un style. 

J’ai donc décidé de maintenir une ligne officielle contrariée, mais pas trop. 

Connaissant l’engeance, j’ai tout de même pris la peine de préciser : 

– “Dis donc Trystan, j’y pense, c’est TRES important.
Au cas où ça te passerait par la tête : tu ne coupe pas tes cheveux mais SURTOUT TU NE COUPE JAMAIS LES CHEVEUX DES AUTRES OKAY ? SURTOUT PAS CEUX DES FILLES T’AS COMPRIS ?! Valable pour toi aussi Tancrède. Promesse ?”
(Je vois déjà le drame en fujicolor s’il s’attaquait aux longues tresses blondes des p’tites Sud Af’ de sa classe…)

– “Ouiiii mamaaaaa… Promeeeeesse…”


Inutile de dire qu’on ne pouvait pas le laisser comme ça. 
Le papa a donc fait de son mieux pour égaliser…

Notez bien qu’à force, entre la patafix et les coups de ciseaux impromptus, on va finir par lui raser la tête, à ce gosse. 

Et au moins là, on serait tranquille.