J’ai bien cru
Et sinon comment était votre journée aujourd’hui ?”
– “Bien.”
…
Voilà.
Du coup l‘autre jour, habituée à cet accueil charmant, j’ai d’abord cru à une plaisanterie.
Une caméra cachée pour une reportage sur les jumeaux.
N’importe quoi.
Vraiment.
– “Euuuuhh ??!!??!!! Oui mon amour c’est merveilleux !… Je…”
– “Aller maman, on y va.”
– “??????????”
Une fois dans la voiture, nous nous sommes mis à rouler.
En silence.
Intérieurement, j’ai commencé à douter de moi-même et de ma santé mentale :
“On est début mars là, oui ? C’est sûr ? Donc ça ne peut pas être mon anniversaire… La fête des mères c’est en mai j’crois bien….”
– ” Et toi maman, qu’est ce qui c’est passé pour toi aujourd’hui, alors ? Ça va ?”
“Ça va ?”
Vraiment ?
Nous étions presque arrivés à la maison.
Heureusement, car j’aurais probablement dû m’arrêter sur un parking pour reprendre mon souffle.
– “Alors aujourd’hui chéri j’ai été au yoga, j’ai écrit des histoires sur toi et Trystan – tu sais, quand Trystan a coupé ses cheveux tout seul – j’ai fait les courses, j’ai rempli plein de papiers, j’ai préparé ton dîner, tu sais la soupe thaï au poulet, que tu aimes…”
Pendant que j’égraine ma journée, j’entends alors Trystan qui murmure un “Hum, ah oui !?” à chaque nouvelle action.
Et un “Aaaaaah super !”, après l’info culinaire du jour.
A cet instant, je suis intimement convaincue que quelque chose de terrible va m’arriver.
Le garage va exploser quand je vais appuyer sur la télécommande pour l’ouvrir.
La maison va s’effondrer cette nuit.
C’est astrologico-scientifique.
C’est pas possible autrement.
Ou alors leur ironie naissante et leur humour déjà décapant atteignent un stade inégalé : en fait, ils se FOUTENT de ma tronche.
Au cours de la soirée, j’ai encore eu droit à :
– ” Tu sais, je suis content de te voir…”, prononcé les paupières papillonnant de leurs longs cils, lorsque je tendais la première cuillère de soupe…
… Que j’ai laissé dégouliner au sol, sans m’en apercevoir.
– “Huuum ! Yummy ! Il était bon le poulet maman !”, à la fin du dîner.
(???!!!???!!!!????!!!!???!!!???)
En fait, je veux sortir dehors dans l’jardin s’il te plait. (???!!!???!!!!????!!!!???!!!???)
Ouvre la grille.
Et t’inquiète pas, je sais on a déjà pris le bain, mais je vais pas me salir les habits. Juste les pieds et après on lave, c’est facile.”
…
Que je les même avais rêvées, dans un lent cauchemar qui n’en finissait plus, et que j’étais subitement en train de me réveiller…
Je m’imaginais une fée comme celle de Pinocchio, qui aurait donné un coup de baguette magique la veille sur mes Jujus alors subitement et miraculeusement transformés en petits-garçons-parfaits…
Ceux que tous les parents fantasment sans oser se l’avouer, mais qui naturellement – et heureusement ? – n’existent pas.














































































