Franchement, au début,
je me suis sentie coupable :
Scène classique de fin d’après-midi avec les Jujus :
– “TRYSTAN !!! Arrête tes caprices !”
– “Ouiiii Trystaaaaan, mon frèèèèère, arrête tes KAPRIIIISSSSSS. Ça nous fatigue.”
– ” Tancrède, j’ai pas besoin que tu fasses la stéréo, d’accord ?!”
– ” D’accord mama…“
– ” JE FAIS KESKE ZE VEUUUUUUX !!!!!”
– “Non Trystan, tu ne fais pas CE QUE tu veux. Tu décides seulement sur certaines choses. Le reste pour le moment c’est maman et papa qui décident, tu comprends ? Tu décideras quand tu seras grand ET SI TU CONTINUES A ME RENDRE DINGUE COMME ÇA, JE… JE… JE… VAIS TE DONNER EN DEJEUNER AUX REQUINS, T’AS COMPRIS !!!!”
…
Enfin.
J’obtiens le silence.
Je me dis que j’aurai dû proférer cette menace bien avant.
Et tout de suite après, que je suis probablement en train de traumatiser mon rejeton, et que je ferai mieux d’aller chercher tout de suite la carte de cette merveilleuse psychologue qui a fait des miracles sur moi… Enfin bref.
Malgré tout, j’avoue avoir souris – INTERIEUREMENT uniquement, n’est-ce pas, car sinon, on perd la face avec un Jujutrépide – lorsque j’ai cru déceler dans les yeux amusés de son frangin une sorte d’étincelle de provocation mi malicieuse, mi sadique qui semblait dire :
” Oooh ouaiiiiiis, vas-y vas-y mama, qu’on voit ce que ça donne !!”
Bref, c’est pas l’propos.
Pourquoi je vous disais ça ?
Ah oui : une fois la progéniture couchée, ce soir là, je me suis dit qu’en fait, aller voir les requins blancs, ce serait pas mal.
Patrick avait envie de plonger en cage depuis longtemps et moi… Je suis toujours à l’affut d’un nouvel endroit à découvrir.
Ni une ni deux, voici donc, mes amis, le compte-rendu de nos aventures pascales, livrééééé pour vous :
Pas d’agneaux ni d’oeufs en choco’, mais une magnifique escapade le long de la côte sud de la province du Western Cape.
Depuis le Cap, en suivant la N2 sur 60 km, vous bifurquerez sur la petite “route des baleines”. Elle porte logiquement ce nom car les baleines australes pullulent dans la région de juin à octobre, venues se reproduire le long de cette côte protégée, avant de repartir en Antarctique.
Vous pouvez faire un premier arrêt à Betty’s Bay, minuscule station de villégiature calme et isolée, entourée d’un parc naturel botanique protégé, et qui donne sur un site de reproduction des manchots du Cap.
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“Mamaaaaaaa ! Les 3 pingouins de AYLAÏKTOUMOUVIT !!!!” (traduction : “maman, les 3 pingouins du film Madagascar.” Donc.) |
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| “Atteeeeeeends Tancrède, j’prends la photo leur fais pas peur !” |
La route qui mène ensuite à Hermanus, l’un des grands postes mondiaux d’observation des baleines, est splendide : elle serpente le long de la côte, à flanc de colline et sur le bord de l’eau. Elle est complètement sauvage et la vue sur l’océan y est magnifique.
Hermanus, ancien village de pêcheurs, est aujourd’hui une ravissante petite station balnéaire et de retraite un peu désuète, mais très prisée lors de la saison des baleines, puisque celles-ci sont alors observables à même le port.
Apparemment on peut aussi les admirer depuis des petits avions qui proposent leur services, vue du ciel. Ou en bateau, évidemment.
Le musée de la baleine, dans le vieux port, est très bien fait et apprend aux petits comme aux grands, tout un tas de choses sur ces magnifiques cétacés.
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| Pour surmonter leur déception de ne pas en avoir vu en vrai ! |
Il existe des dizaines d’espèces et de sous-catégories différentes :
Minute le saviez-vous 1 ? :
Quelle est la différence entre un poisson et un cétacé ?
Les poissons avancent par mouvement latéral de leurs nageoires tandis que les cétacés s’en servent de façon verticale.
Noooon ? Bah si.
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| Les Jujus, fascinés. |

Leur taille, leur alimentation, leurs parcours…
Minute le saviez-vous 2 ? :
Les baleines sont infestées de petits nuisibles qui restent accrochés à elles… Les poux marins ! En réalité, ils sont bienvenus, puisque ce sont eux qui font le ménage en permanence sur leur épaisse peau, rapidement recouverte de bactéries potentiellement dangereuses.
La réplique d’un mini sous-marin permet aux enfants de se prendre pour le Capitaine Nemo et de partir à l’aventure !
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| Trystan, inséparable, après cela, de son ticket-de-la-baleine ! |
De nombreux Bed & Breakfast ou guesthouse peuvent vous héberger dans la ville.
Je vous recommande le Whale Rock Lodge, très légèrement à l’écart de l’activité du port, mais à quelques minutes de marche de là. Une magnifique et très authentique propriété au toit de chaume, typique de la région. Tout est décoré avec goût et l’accueil y est vraiment charmant.
A une petite heure de là, au bout d’une route sauvage et sinueuse le long de la côte, se trouve Gansbaai, petit port connu pour son “Shark Alley”, un chenal bourré de grands requins blancs, entre les îlots. La plongée en cage s’y est donc développée et de nombreuses agences proposent cette expérience.
Bateaux homologués et sécurisés, équipe sur-expérimentée (Lance, qui mène les visites a dépassé sa 3000ème sortie), équipement de plongée et de sortie entièrement fourni, boissons chaudes et snacks, éthique de plongée et reversements à la protection des requins dans le monde…
Ils proposent même un service de baby sitting pour garder vos enfants pendant que vous êtes sur le bateau et fournissent une vidéo de l’aventure.
(La vôtre, pas celle des morveux qui vous ont attendus au salon de l’agence, hein.)
Ils acceptent de faire plonger les enfants à partir de 10-12 ans.
L’éternel débat divise ceux qui estiment que ces plongées en cages, avec les appâts balancés à l’eau pour attirer les squales, sont une abomination écologique à l’origine de l’augmentation des attaques sur les humains ces dernières années. Les animaux faisant mécaniquement le lien entre les hommes et la nourriture.
Mais de nombreux scientifiques et spécialistes des océans pensent au contraire – surtout si les appâts se limitent à de l’eau macérée de poissons plutôt qu’à des vrais morceaux, comme c’est le cas ici – que cette activité est un formidable outil pédagogique pour réhabiliter ces animaux victimes d’un véritable génocide depuis 30 ans.
Sans vouloir plomber l’ambiance, sachez que chaque année, ce sont plus de 100 millions de ces pauvres bêtes qui sont pêchées, amputées de leurs ailerons et remises à l’eau agonisantes, incapables de nager, pour y mourir asphyxiées on fond de l’océan…
Tout cela pour le plus grand plaisir des délicatessen asiatiques… Et pour le plus grand drame écologique moderne.
Si la question vous intéresse, c’est là.
La sortie dure 3 heures. Je ne vais pas vous mentir, l’eau est froide, très froide.
12 degrés en ce moment (8 ou 9 en hiver). Armez-vous de courage !
Et fermez bien votre combinaison…
(Oui, oh ça va hein, j’avais pas vu les zipers sur les poignets.)
Je vous recommande également VIVEMENT de vous bourrer de Nautamine ou d’une quelconque substance anti-nausée, car une fois ancré, le bateau vogue au gré des vagues durant plus d’une heure et demie, le temps que tout le monde puisse descendre et remonter. Il faut avoir le coeur bien accroché.
Sinon, l’expérience est magnifique :
Vous restez une bonne trentaine de minutes immergés, le visage à fleur d’eau pour respirer, dans la cage. Lance et son équipe attirent ensuite les animaux et vous hurlent “Gooooo !” quand le(s) requin(s) passent le long de votre prison protectrice. Chacun se propulse alors sous l’eau en apnée pour observer les squales passer. Les regarder depuis le bateau est aussi une expérience passionnante car on voit bien leur gueule, hors de l’eau, lorsqu’ils essayent d’attraper la tête de poisson lancée par le capitaine. On dirait presque des chiens qui jouent avec leur maître à attrape-et-ramène-la-balle…
On les voit aussi tourner autour du bateau, telles de grandes taches noires qui glissent sous l’eau à une allure vertigineuse.
On aperçoit très rarement l’aileron sorti.
(Ça, c’est pour les films de Spielberg, QU’ON NE REMERCIERA D’AILLEURS JAMAIS ASSEZ d’avoir bousillé la réputation de ces animaux.)
Il y en avait 8 cette fois-ci.
Entre 3 et 4 mètres de long chacun, des petits spécimens, donc.
Impressionnant, émouvant… Pas si effrayant, finalement.
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| Euuuuh t’es sûr on y va chéri ? |
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Une fois de plus, je ne ferai pas de commentaire mais c’est PATRICK QU’A PRIS LA PHOTO !!! Mais siiii, là, on voit les dents, au dessus de la corde jaune. Et l’oeil en haut à droite. |
Après cela, vous serez sûrement affamés :
Ne ratez pas le petit restaurant Rosemary, en face de la station de police dans le village. Cuisine roborative sud africaine délicieuse, servie dans un cadre magnifique : quelques tables installées dans une maison, décorée comme celles des Afrikaners du 19ème siècle ! Insolite et délicieux.
Nous vous retrouvons demain pour la seconde partie des aventures jujutrépides ques au Cap Sud !