La fête à la grenouille

Les enfants sont implacables.

Absolument sans pitié. 

C’est effrayant. 


Cela fait quelques jours que l’automne s’est vraiment installé à Cape Town. 

Réjouissez vous, amis du reste du monde, passablement agacés par nos belles photos de cieux bleus et de lumières éblouissantes sur fond d’océan azur !

Couic. 

Terminé. 

Et l’hiver à Cape Town, de ce qu’en disent les initiés, c’est pas du gâteau. 
De fait, si l’avant-goût que nous en avons actuellement est représentatif des trois prochains mois… On est mal :

Bye Bye, vue sur mer !

C’est sûr, après 8 mois d’été, vous allez me dire, c’est bien normal. 
Voire même souhaitable.

Mais il est vrai que l’on prend vite de très mauvaises habitudes, notamment vestimentaires : 
A la belle saison, il suffit d’ouvrir le placard et de sortir n’importe quelle nippe et le tour est joué. 
Revenir à cette saison grise et maussade appelée l’hiver – qui fut pourtant notre lot parisien quotidien durant de longues années – semble subitement… très désagréable. 

C’est la raison pour laquelle ce matin, pour la première fois de mon existence (non, VRAIMENT), je me suis habillée pour la journée… EN JOGGING. 
Cette tenue sportive bien ouatée m’avait semblé particulièrement recommandée en cette journée triste, humide et morose, une sorte de “tenue doudou”, pour faire face. 

Réponse IMMEDIATE de l’engeance gémellaire, l’air horrifié et effaré, qui me croise à la sortie de la salle de bain : 

– “MAIS ???!?!? MAIS ???!?!? MAMA ??!?! 
TU VAS PAS NOUS AM’NER A L’ECOLE EN PYJAMA, QUAND MEM’ ?!?”

Pas une fois. 

Aucune. 

Avec les enfants, tu n’as JAMAIS droit au relâchement. 

De toute ta vie. 

Les enfants, c’est l’antidote absolu au laisser-aller, en fait.

Ebranlée, je lui réponds : 

– “???!!!… Euh, Tancrèèèèède… Je suis pas en pyjama, je suis en jogging.”

– “En dzogin’ ?? C’est quoi ça ?”

Là, tu réalises qu’il serait temps de familiariser tes fils avec la notion d’exercice physique.

– “M’enfin chéri, c’est la tenue qu’on met pour aller faire du sport. C’est confortable. C’est pratique.”

– “Meuuuh… Moi j’préfère les robes. Et de toutes façons, les mamans, ça doit être en robe.”

– “Mais voyons Tancrède qui t’a dit un truc pareil !?”

– “Bah toi !”

– “MOIIIII ?!?”

– “Bah oui, tu t’habilles tout l’temps avec des robes.”

Là, je réfléchis… Effectivement… En 3 ans et demi, mon fils ne m’a jamais vue sortir en jogging. Et ces derniers mois, je n’ai pas dû porter plus de deux ou trois fois le pantalon. 

– “Bon Tancrède j’ai jamais dit que les filles, ça ne portaient QUE des robes. Moi, j’en porte beaucoup parce que j’aime bien, mais on a le droit de porter aussi des pantalons ou des shorts quand on veut ! 
Et même des joggings. 
Donc.

Et là, Trystan surgit de nulle part, comme à son habitude et m’assène la désormais cultisme phrase :

– “Bah d’accord, mais le dzogin’, c’est MOFF, pour l’école.”


Nette, propre, sans bavure. 
Létale.

Faites des jumeaux. 

Pourquoi il faut visiter Langa, le plus vieux Township de Cape Town

Franchement, 
je voulais pas la faire… 

Cette visite. 


Aller passer 4 heures dans l’un des Townships de Cape Town, à la rencontre des gens qui y vivent… Et à la découverte de leur habitat… Comme on va au zoo regarder des animaux en cage… 
Et pourquoi ne pas leur balancer des cacahuètes, pendant qu’on y est… ?

Vraiment, j’étais réticente face à ce que je considérais comme une intrusion malsaine, aussi inutile que violente. 
Ce petit frisson voyeuriste et indécent que s’offre le touriste étranger pour aller observer ces millions de personnes en souffrance dans leurs ghettos.  
Seulement voilà :
Comme rarement dans ma vie, en quelques heures, j’ai changé d’avis et ai même fait volte face.

Aujourd’hui, je veux absolument partager avec vous ce que j’y ai vu et le cheminement intellectuel qui m’a conduit à ce revirement :

Actuellement, 2,5 des 3,5 millions d’habitants de Cape Town vivent dans des Townships, soit 70% de la population de la ville. 


L’attitude qui consiste à visiter ces quartiers en coup de vent depuis un mini bus est effectivement ressentie comme insultante par les populations qui habitent là.

A l’inverse, se positionner contre ce tourisme social, comme je l’ai toujours fait jusque là, revient à exclure toutes ces personnes de l’accès aux retombées touristiques. Alors même qu’ils sont ceux qui en ont le plus besoin. 
Cela revient également d’une certaine manière à nier leur existence, ou à la marginaliser, alors qu’ils sont pourtant une majorité. 
C’est aussi entretenir une défiance réciproque née de l’ignorance de l’autre, une division définitive entre les différentes catégories sociales de personnes vivant pourtant dans la même cité.
C’est enfin les priver de micro-financements et d’opportunités : African Eagle, l’un des plus grands Tour Operators Sud africains qui organisent ce type de tour, reverse par exemple 30% du prix de la visite aux artisans et personnes qui reçoivent les voyageurs de passage, ainsi qu’à un fond de développement actif dans la construction de logements et la formation de nouveaux guides, issus du Township. 
Faire venir les touristes à l’intérieur des habitations permet aussi à certaines personnes ayant les moyens financiers de découvrir des besoins spécifiques. 
Et parfois, l’histoire est belle : cette dame suisse qui offre une machine à laver à la guide qui nous a accompagnée dans le Township durant toute la matinée. 
Cette Suédoise, émue par le sort des femmes battues, qui lance une entreprise de réinsertion professionnelle pour elles, dans le quartier.
Ce monsieur Espagnol qui a offert plusieurs stages rémunérés à des étudiants du Township dans son entreprise. 
Souvent, c’est le petit montant d’argent, l’opportunité professionnelle ou l’objet qui va donner à une famille entière l’occasion de commencer un nouveau business et qui va permettre de briser le cercle de la pauvreté. 

Mais l’essentiel est presque ailleurs : 
Le tropisme qui consiste à voir dans cette expérience une intrusion malvenue est basé sur une méconnaissante et une incompréhension de la culture des communautés qui vivent là :
Tous ces habitants sont ici imprégnés du concept typiquement africain d'”UBUNTU”, sans traduction exacte en français, et qui réunit plusieurs notions différentes : 
“solidarité”, “Humanité”, “fraternité”, “ouverture”, “disponibilité et dévouement aux autres”, “pardon”, “estime de soi-même”, “confiance”, mais aussi “conscience d’appartenir à quelque chose de plus grand, de faire partie d’un tout”. 
Pensée sans laquelle la politique de réconciliation nationale menée à la chute de l’apartheid par Nelson Mandela et Desmond Tutu, notamment avec la “commission vérité et réconciliation” n’aurait peut-être pas pu réussir. 
C’est semble-t-til ce qui a permis à l’Afrique du Sud de faire figure d’exception mondiale et d’éviter le bain de sang auquel toute la communauté internationale s’attendait. 

Se déplacer pour venir visiter leur quartier est donc une forme de respect. 
Refuser de s’y rendre est une marque d’indifférence. 
Qui l’eut cru. 

Le Township de Langa est le plus ancien de Cape Town.
Il signifie “soleil” en langue Xhosa l’idiome le plus parlé dans la zone.
Il date de 1927, est situé à l’est de la ville et a été créé suite au Urban Aeras Act passé en 1923 qui désignait cette région comme zone pour les Noirs, préfigurant la future politique d’apartheid mise en place en 1948. 

Aujourd’hui près de 60 000 personnes vivent dans ce quartier, selon les estimations officielles. 45% ont moins de 20 ans, 40% des personnes en âge de travailler sont au chômage et 70% gagnent moins de 3 200 rands par mois (250€). 

Globalement, il existe plusieurs niveaux de logements, chacun accessible selon le niveau économique et l’ancienneté de la famille dans le quartier.  

Tout commence par les shacks, sortes de cahutes de taule, ouvertes à tous vents et posées à même le sol de terre, illégalement.
Et même dans ce dénuement absolu, il y a des niveaux : 


Puis viennent les “Hostels” (100 rand par famille et par mois, soit 7,5€), dortoirs communs insalubres mais bétonnés avec accès à l’électricité.
3 familles par chambre de 7 m2. Soit environ 12 personnes. 

Lorsqu’une famille est en mesure de payer 275 rand par mois et justifier d’une personne travaillant dans le foyer, elle peut espérer, lorsque son tour arrive sur la liste d’attente, emménager dans un “Old Flat”, sorte de grand studio avec accès à l’électricité et l’eau froide. 


Viennent ensuite les Newflats. 
En général plus modernisés au niveau des infrastructures et avec l’eau chaude, le cable. 

L’objectif final étant de pouvoir s’acheter sa propre maisonnette entièrement équipée, qu’ils appellent  les “Beverly Hills.” (300 000 rands, soit 23 000€)



Les gens n’ayant pas les moyens de se déplacer en ville ni même d’avoir accès  financièrement aux supermarchés et autres magasins, tout est adapté et organisé localement. C’est une ville dans la ville : 

Le supermarché.
Les grilles ont été installées surtout pour se protéger des drogués, pas vraiment des voleurs :
Les vols avec effraction n’étant, selon la guide, pas si nombreux.
La boutique de téléphonie. 

Le coiffeur. 15 rand la coupe. 
La boucherie et le foyer de préparation des “Sheep Heads” :
les têtes de moutons préparées au charbon.
Le plat du dimanche.
Moins chère que la viande. 
 
Le petit déjeuner : foies et gras de mouton. 
L’école, qui scolarise et nourrit gratuitement les enfants leurs assurant ainsi au moins 2 repas par jour.

Les foyers de prévention des grossesses des filles de moins 15 ans.
Et du Sida qui fait des ravages pour 30% d’entre elles. 
Le médecin guérisseur… 70% des habitants du Township ont encore recours à lui.

Le bar à bière.
La Nmqombothi, cette bière africaine au nom imprononçable pour les non initiés au Xhosa,
avec le cliquetis typique des descendants des bushmen au niveau du 1er “M”,
3% d’alcool, interdite aux moins de 30 ans et normalement aux femmes non enceintes,
autour de laquelle se construit un véritable rituel de boisson.
La maîtresse brasseur qui la produit à base de maïs, de sorgho et d’eau.
Elle se boit à même le seau, boire seul étant inconcevable.
D’ailleurs, dans leur vocabulaire,
les hommes ne vont pas “se boire une bière”, ils vont “partager une bière”.
Franchement, c’était dur, à cause de l’odeur de fermentation très prononcée.
Mais bon.
Le premier Bed & Breakfast, côté Khayelitsha, Township voisin qui réunit plus d’1 million d’habitants.
Créé en 1998 par Vicky, depuis assassinée par son mari
et tenu aujourd’hui par ses filles.
Pour 250 rand par personne la nuit, le petit-déjeuner et le diner. 
Education. 
Emploi. 
Lutte contre la violence domestique et la drogue. 
Les 4 défis majeurs des Townships. 

Merci à African Eagle, qui organise de nombreux autres tours à la journée dans et autour de la ville de Cape Town, pour cette expérience. 

Les Jujutrépides et leur Papylo

S’il y a un inconvénient 
à l’expatriation, 

c’est bien l’éloignement 
de la famille et des proches. 


Une sorte de prix à payer pour le bonheur de parcourir le monde et le plaisir de vivre l’aventure de l’étranger. 

Et forcément, les papys et les mamies, dans ces conditions, on ne les voit pas autant que l’on voudrait, même lorsque chacun fait l’effort de se déplacer à tour de rôle. 

Du coup, lors des retrouvailles, les relations prennent parfois un peu de temps à redémarrer, surtout chez les enfants en bas-âge dont la mémoire lorsqu’il s’agit des gros mots qui nous échappent est prodigieuse, mais qui présentent souvent au retour de nos chers aïeux, une soudaine timidité et une faroucherie digne des loups de Transylvanie. 

Avant notre charmante visite récréative à l’hôpital Christiaan Bernard la semaine dernière, Papylo, leur grand-père maternel, est venu de Madagascar passer un peu de temps avec nous. 

Naturellement au début, il a fallu s’apprivoiser. 
Logiquement, en tennisman rompu à ce sport depuis plus de 40 ans, leur fringuant grand-père a usé du premier outil qui lui tombait sous la main : une balle de tennis.

Malin. 

Le Jujutimide est recroquevillé à l’autre bout du canapé et guette le papy d’un oeil suspicieux mais néanmoins curieux, décelant chez son interlocuteur une potentielle et future victime des jujutrépidations. 

Il reste toutefois silencieux, ce qui n’est pas dans son habitude, dans l’attente d’un événement déclencheur. 

De son côté, le Papylo, d’une génération peu habituée à faire joujou avec des bébés, mais cependant particulièrement pédagogue, pressent le potentiel contenu dans cette jolie balle jaune fluo : d’un mouvement ample et lent, le geste sûr, ayant capté le regard du Juju, il lui lance la ba-balle.
Que celui-ci reçoit alors sur le nez. 

Contre toute attente, le Juju ne pleure pas, ne chouine pas, ne rouspète pas. 
Tout simplement, car le Juju a instinctivement compris la manoeuvre de son aïeul. Enthousiaste, il rétorque alors un “Vas-y papylo relance la baaalle j’vais l’attraper !!”

Une fois les re-présentations faites et la glace du premier jour brisée, les garnements ont pris l’habitude d’aller secouer vigoureusement leur papy chaque matin. S’il espérait faire la grasse matinée, loupé.  

“Mais alleeeeeeeer Papylo, WAKE-UP !!!”

Naturellement on a bien été se balader souvent, regarder les otaries barboter au port pendant qu’on découpe le poisson… Tout ça.

Mais ce qu’ils préfèrent les Jujus, c’est passer du temps à faire des trucs avec lui, genre remplir le “livre de mes 3 ans” : empreinte digitale, couleur préférée, ce qu’on veut faire plus grand, etc…

Et on recommence, avec le second Juju :

J’ai d’ailleurs à cette occasion découvert les animaux préférés de mes fistons chéris : entre l’escargot et la tortue… On n’est pas rendus !

Et aussi certaines informations pour le moins étonnantes, concernant leur avenir professionnel :

Papylo a également accepté de jouer la chèvre.
Comprendre Trystan l’attache puis le promène au bout de sa corde dans la maison. 
Franchement, entre nous, j’aurai demandé ça, moi, à l’époque, je me serais faite recevoir, tiens !


“Oh allleeeeeeeer Papylo, avaaaaaaaaance !!”
Mais le top du top, ça reste les histoires, parceque Papylo, les histoires il sait super bien les raconter :

C’est sûr, au bout d’un moment, il en a un peu ras le casque, m’enfin franchement, il a plutôt bien tenu le coup. 
“Ooooh aller, Papylo, encore la Chèvre-du-Monsieur-Seguiiiiiin !!!” 
Remarquez bien qu’il l’a connait tellement par coeur, à force, 
qu’il peut maintenant la raconter tout en lisant sur son Ipad.

C’est précieux les grands-parents.

Papaoutaiiiiii !!!

Pardon. 

Non vraiment. 

J’ai bien vu que certains avaient été 

un peu agacés de ne plus trouver 

leur petit billet du matin la semaine passée. 

Toutes mes excuses 
pour ces quelques jours de silence inhabituel. 


Mais, je jure, j’ai un VRAI alibi : 

J’ai pas eu le temps de prévenir, et après 5 nuits blanches, j’étais plus bien dans mon état normal. 

En fait, c’est là que je me suis rendue compte que j’avais perdu l’habitude :

A Mexico, grâce aux Jujutrépides, pas une semaine ne passait sans que nous n’allions rendre visite à nos p’tites copines, les dames en blanc des urgences du service pédiatrique de l’Hôpital Espagnol. 

Mais depuis que nous habitons à Cape Town, c’est terrible, il faut bien l’avouer : plus personne n’est malade. 
Ca doit être tout cet oxygène pur et l’air marin.
J’ai bien été une fois voir un généraliste – et encore, c’était surtout pour faire plaisir à Trystan et lui permettre de sauver la face – pour un petit rhume de rien du tout.  
Mais en dehors de cela, que dalle.
Heureusement, c’était sans compter sur TITI-la-malice, qui, désespéré devant tant de bonne santé, a réussi à remettre du piment dans nos vies saines et moroses :

La semaine dernière, leur papa est parti en voyage professionnel pour huit jours. 
La belle aubaine. 

(Ah oui, à ce sujet, cette fois je tiens à vous dire que le lien est désormais SCIENTIFIQUEMENT PROUVE entre le départ de leur bien-aimé papa et leurs épisodes maladifs.
C’est simple : plus l’absence du père est longue, plus le mal augmente. 
J’ai ainsi pu établir une gradation moyenne assez précise : 

– <1 nuit d'absence : aucune conséquence notable.

– Entre 1 et 2 nuits d’absence : attitude grognonne des sujets. Début d’une certaine forme d’agressivité sur les 12 dernières heures. Possible poussée de fièvre, légère, au demeurant.  

– Entre 3 et 4 nuits : déclenchement des symptômes maladifs. En général pulmonaires ou digestifs. Possiblement conjonctivite. 

– Au delà de 5 nuits : on est bons pour l’hosto.
Voilà.)


Sinon… Qu’est ce que je disais déjà ? 

Ah oui.
En résumé : découverte d’un nouveau virus, inconnu de mon spectre de notions médicales pourtant honorablement élargi ces dernières années : l’Adenovirus. 40 à 41 de fièvre pendant 5 à 8 jours.  
Rien de bien méchant. 
‘Faut juste pas avoir de gosses qui convulsent, quoi. 

Comme les nôtres par exemple. 

Sinon, ça devient sport. 

Bref, c’est pas l’propos. 

Le problème c’est que les médecins ont cru à une méningite, patati, patata… Et allez, en route pour les urgences.

– “mais-si-mais-si-maman-vous-restez-cette-nuit.”

– “Aaaaah-mais-non-mais-non-madame-l’infirmière-c’est-que-j’ai-son-jumeau-qui-attend-sur-le-péron-de-l’école-là…”

– “Bah-zavez-qu’à-demander-au-papa”

– “Bah-y’a-pas-d’papa-en-ce-moment”
Etc. 

Heureusement que j’ai de TRES bonnes copines qui m’ont sauvé la vie en faisant taxi pour mon grand gaillard de Tancrède ou en m’apportant des paniers-repas de survie durant la nuit…
(Je confirme, les plateaux d’hôpital, c’est dégueu’, n’importe où dans le monde.)

J’ai naturellement appelé Tancrède pour le prévenir : 

– “Tancrède mon amour ?”

– “Mama, c’est toi ?”

– “Mais oui mon chéri !!”

– “T’ES OUUUUUUUUUU ?!?” (l’air rageur)
– “Ah oui bien sûr : à l’hôpital avec Trystan chéri, il est bien malade et on va devoir rester là cette nuit pour le surveiller, tu comprends ?”

– “Ah oui ben-sûr. Bon ok.”

– “Tu t’inquiètes pas. Gloria va s’occuper de toi cette nuit et demain je serai là, d’accord ?”

– “Et Trystan ?” (genre MOI, sa mère, j’peux m’brosser !)

– “…Avec Trystan.”

– “Ah bon d’accord alors. Pas d’problem’, bonne zournée. Clic. Bip. Bip. Bip.”


Au moins un que l’affaire n’aura pas traumatisé outre mesure. 

Il ne me restait donc plus qu’à admirer le coucher de soleil depuis la chambre d’hôpital :
Franchement, je préfère la vue sur mer.
Et y’a pas à dire, la nuit, quand on dort pas, ça passe lentement. 

On a fini par rentrer à la maison. 

Trystan s’est remis sur pied grâce à un traitement exclusivement basé sur l’absorption en continu de fraises Tagada durant 48H. 

Naturellement, c’est lors de cette remontée héroïque que le frangin a succombé. 
Mais, pas folle la guêpe, cette fois, j’étais parée. 
(C’est l’un des rares avantages à avoir des jumeaux : tu demandes l’ordonnance en double, au cas où.)

Puis Superpapa est rentré – happé, pas forcément très frais, au saut de l’avion après 18 heures de voyage – les deux sangsues ont donc pu reprendre leur position fétiche : 

Et tout est rentré dans l’ordre. 
Nous pouvons donc tous allumer internet et reprendre une activité normale.

Découvrir Vergelegen

Les picnics de luxe, 

c’est vraiment sympa !


Pas la peine de se coltiner les sandwichs à tartiner, les carottes à peler et les oeufs durs à faire bouillir la veille… 
De ramener la nappe géante que les Jujus se feront un plaisir de piétiner dans les 10 secondes où elle aura été posée…
Ou même de se prendre la tête avec la glacière, afin que les boissons restent fraîches. 

C’est un peu une tradition, le picnic, en Afrique du Sud.
Et à Vergelegen, comme dans beaucoup d’autres vignobles de la région de Stellenbosch, on vous propose des paniers de luxe. 
Franchement, c’est drôlement chouette. 

D’abord parce que c’est beau :

Les jardins sont immenses, la roseraie ravissante, les bâtiments Cape Dutch magnifiques. On peut naturellement tester les vins et un restaurant gastronomique permet de déjeuner de façon plus conventionnelle. 
Partout, on marche sous des camphriers ou des chênes centenaires, c’est superbe. 

Mais le mieux, c’est lorsqu’on arrive à l’orée de cette forêt aménagée en immense canopé.
Irréelle, avec ses tables dressées comme dans les grandes maisons bourgeoises du 19ème siècle, trônant au milieu de gigantesques arbres…
Elles sont proches mais suffisamment éloignées les unes des autres pour garantir l’intimité des convives. 
Vraiment, c’est bien pensé. 


Et puis, c’est bien parce que les enfants sont absolument libres de s’ébattre dans un merveilleux terrain d’aventure, plein de souches d’arbres géantes et de branchages avec lesquels faire des cabanes. 

Ou un feu.

Oui, attention néanmoins, si les vôtres ont, comme nos chers Jujus, des tempéraments d’explorateurs : c’est GRAND. 
Il s’agit quand même de garder un oeil dessus. 

Les enfants ont leur propres paniers également, pleins de nuggets, boissons sucrées et autres horribles bonbons chimiques qu’ils aiment tant.
Ils n’ont toutefois pas droit au traitement de faveur et sont installés sur de beaux plaids, à même le sol. 
En même temps, QUI pourrait bien y voir à redire ?
(A part eux ?)
Les paons et autres pintades gambadent gaiment dans le parc, servant ainsi de souffre-douleur aux abominables morveux qui se font un plaisir de les courser. 

Et puis c’est bien, aussi, parceque c’est bon. 
Roti et saumon froids, salades, fromages, pana cota… C’est chic et à peine sophistiqué, mais cela reste sympathique et convivial. 

Attention il faut réserver, comme tout le temps ici, assez en amont. 
Bon appétit !

Ze crie pas, ze parle

Tancrèèèèèède !!

Arrête de crier, bon sang. 


Franchement, ils sont tous comme ça. 
Les gamins.

Jusqu’à un certain âge – avancé – ils ne savent pas s’exprimer autrement qu’en hurlant. 

Je le sais, car j’entends toutes les mamans beugler régulièrement après leurs mômes avec la phrase la plus amusante et la plus incohérence de l’histoire de l’éducation parentale : “MAIS ARRÊTE DE CRIEEEEEEER !”

Ce qui me fait toujours beaucoup sourire quand je regarde les autres… 

Un peu moins lorsque je prends la place du parent vociférant et quand ce sont mes propres rejetons qui me défoncent les oreilles à longueur de journée :

– “MAMAAAAAAAAAAAAAA !!!! Y’a un papillon LÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀ !!!!!” 

– “Oui Tancrède, j’ai vu il est très beau. Tu veux bien baisser le ton s’il te plait ?”

– “MAIS MAMAAAAAAAAAAAAAA !!!! J’ai soif.”

– “Euuuh oui chéri, pas la peine de crier pour demander. Voilà ta gourde.”

– ” MAMAAAAAAAAAAAAAA !!!!??”

Et là, le calme et la sérénité de n’importe quel parent normalement constitué commencent imperceptiblement à se fissurer. 
C’est mathématique. 
C’est physique. 
C’est psychologique. 
C’est physiologique, en fait, car les tympans commencent à vibrer trop fort. 
On n’y peut rien, instinctivement, le ton monte. 

“QUOIIIIIIIIII !!!!????”

– “CHUI fatigué !!!!”

– “BAH VAS TE COUCHER !!!!!”

– NOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !!!!”

– “TANCRÈDE arrête de CRIER !”

La réponse qui tue : 

– “ZE CRIE PAS, ZE PÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂÂRLE !!!!”

– “M’enfin TANCRÈDE tu entends bien que tu CRIES LÀ, QUAND MÊME, NON ?!”

Sans surprise, le gosse – perfide créature – connait l’exact moment où sortir la carte maitresse de son jeu de petit pirate d’eau douce :

– “ET BIN TOI AUSSI TU CRIES MAIN‘NANT ALORS HEIN !!!!!”

Et là…
Là, tu te dis que TOI, adulte mature de 35 ans, shootée aux enseignements yogistes de maîtrise de soi, et surentraînée par la créativité sans limite de la paire de Jujutrépides la plus enquiquinante de l’histoire de l’humanité… 
Tu t’es ENCORE faite avoir comme une bleue par un morveux de 3 ans et demi.

Tu respires alors profondément (par le nez, donc), tu oxygènes ton cerveau reptilien encore en surchauffe, tu essayes de te souvenir de tes stages de CNV, tu baisses volontairement le son, et tu lui réponds, presque en murmurant : 

– “Tu as raison Tancrède. Mais tu sais, parfois, j’ai du mal à rester calme quand tu parles fort comme ça. Ça me tape sur le système, ça me fatigue, tu comprends ? Est-ce que tu voudrais bien essayer de faire un effort et parler tout doucement, de CHUCHOTER, comme je fais maintenant, tu vois ?”

– “OKAY mama ! Chuuuuuut ! Je vais parler tout dou-ce-ment !” 


Sur le moment, tu penses que tu as gagné une bataille. 
Que c’est formidable. 
Que ton fils n’est finalement pas complètement sourd, qu’il peut même entendre raison, sans mauvais jeu de mot. 

Et puis quelques jours plus tard, tu es dans ta bagnole en train de conduire, quand tu sens derrière toi les 2 Jujus se marrer comme des bossus. 

Tu tentes alors un : 

– “Et bin mes chéris ! Je peux rigoler aussi ? De quoi vous parlez ?”

– “pchtchtp pstcht pssssscht pchhhtt !!!! Hihiiiiiihaaaaaa !!!! 

– “J’entends pas mes trésors !? Qu’est-ce que vous dites ?”

– “MAIS MAMAAAAAAAN CHUUUUUUUUUUT !!!! ON SUSSSOTTE !”

Jeu, set et match. 
Jujus 127 – maman 0. 


Découvrir Bo-Kaap, le quartier Cap-Malay de cape Town

Cela faisait un moment 

que j’apercevais depuis ma voiture, 

en passant, 

les jolies couleurs des maisons de ce quartier. 


Aujourd’hui, je m’y suis arrêtée, et je l’ai visité : vraiment c’est ravissant. 
Cape Town est si divers, chaque pas mène vers une nouvelle surprise. 

Voici, les amis, de quoi vous donner peut-être envie d’aller vous y balader, si vous ne l’avez déjà fait :

“Bo-Kaap” signifie “Le haut du Cap” en afrikaans, et désigne aujourd’hui une toute petite zone géographique de Cape Town, coincée entre la colline de Signal Hill et La rue Buitengragt, à l’architecture absolument typique et aux habitants essentiellement Cap Malay. 


La toute première maison fût construite en 1657 pour loger une douzaine d’esclaves – trublions condamnés de droit commun dans les colonies de Madagascar et de Malaisie, déportés à Cape Town – qui travaillaient à la culture des jardins de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales.  
C’est aujourd’hui le petit Musée de Bo-Kaap qui propose quelques clichés historiques du quartier. 



En 1806, environ 55 000 personnes vivent à Cape Town, dont 39 000 esclaves… Lorsque ceux-ci sont libérés grâce à la décision internationale d’abolition de l’esclavage en 1834, nombreux sont ceux de la communauté Cap Malay (Malaisie, Indonésie, etc.) a venir s’installer là. 
Toutes les habitations, pour la plupart datant des années 1850, respectent un style typiquement Victorien et Cape Dutch qui donne un charme très pittoresque au quartier. 
Les maisons sont construites de plain-pied et toutes peintes de couleurs très vives : la légende dit que, sans argent, les habitants ont récupéré les fonds de vieux pots de peintures utilisés au port pour en enduire les murs. 
En réalité, il semble plutôt que l’absence de numérotation des maisons aie poussé les gens à les différencier par leur couleur : de fait, dans la même rue, aucune n’est de la même teinte et donc facilement identifiable. 
Le résultat est magnifique : 

Les propriétaires sont très fiers de leur coloris, qui – pour chaque maison – n’a pas changé depuis plus d’un siècle, et entretiennent jalousement leurs murs afin qu’ils restent éclatants et perpétuent la couleur familiale historique

Aujourd’hui, 6000 personnes vivent dans le quartier, dont 90% de Musulmans et 10% d’Hindous, formant une communauté très soudée par leurs traditions et leur passé commun. 

Il est d’ailleurs pratiquement impossible d’acheter dans la zone lorsqu’on n’en est pas issu : l’unique agence immobilière traite en réalité directement avec les familles locales, souvent devenues riches et prospères au fil du temps, et qui  se rachètent les biens entre elles. 

10 mosquées sont réparties dans ce quartier classé monument historique national depuis 1975 :



Après cela, si vous avez eu l’idée d’y aller le matin et qu’il est bientôt midi, montez vite par Military Road jusqu’à atteindre le Noon Gun, sur la colline de Signal Hill, juste au dessus du quartier :

Vous y découvrirez une splendide vue sur la baie de Cape Town, mais aussi le centre ville et BoKaap :

Le fameux stade construit pour la coupe du monde de 2010…
Le Waterfront
La cicatrice jamais refermée de District 6
Ainsi que la curiosité du Noon Gun, véritable horloge parlante de Cape town qui retentit chaque jour à 12:00 précises (sauf les dimanches et jours fériés) depuis 1806 pour donner l’heure à la ville.
Historiquement organisé par les Anglais pour permettre aux marins fraichement arrivés de remettre leurs cadrans et leur chronographes à l’heure, c’est aujourd’hui la South African Navy qui gère cette attraction touristique amusante et qui marque aussi chaque jour une minute de silence pour les bataillons sud af’ morts en Europe lors des deux guerres mondiales. 

Déjà plus de 65 561 coups de cannons tirés depuis sa création !

Les canons qui datent de 1794 fonctionnent toujours à la poudre (1,5Kg pour chaque détonation). Ils sont tous les deux chargés à chaque fois et déclenchés automatiquement : le premier tire et, en cas de panne, est relayé par le second. Le lendemain, c’est l’inverse. 

Seulement deux incidents officiels ont été à déplorer en 210 années d’une régularité exemplaire : dans les années 1920 lorsqu’un goupillon oublié est parti se ficher en travers d’un pauvre cheval, dans le centre ville. Et en 2005 lorsque les 2 canons sont tombés en panne simultanément !

Après toutes ces émotions, allez donc déjeuner au Bo-Kaap Kombuis, ce restaurant de cuisine Cap Malaise où vous pourrez découvrir la cuisine traditionnelle de cette communauté : bobotie, currys d’agneau, de poulet, de poisson…
Le lieu offre probablement la plus belle vue de hauteur sur Bo-Kaap, avec la Montagne de la Table, visible dans le fond : 


Bonne balade !

Tancrède, Public Relations

L’autre jour, 

mon fils m’a collé 

la honte INTERNATIONALE 

à l’école. 


Ça fait un petit moment que j’ai remarqué un truc impressionnant : 

Tancrède connait – au bas mot – la moitié des élèves ET des parents d’élèves de son école. 
Et les noms de tous ceux des maîtresses et assistants scolaires, même ceux qui ne s’occupent pas de sa classe. 

C’est proprement hallucinant. 

Je me demande même comment c’est possible. 

Il me dit souvent le matin, quand on arrive à l’école : 
– “Oh maman t’as vu là bas, c’est la maman de Marc-Eliot.”

Ou encore :
– “Ah et ça, dans l’escalier, c’est le papa de Rocco !”

Quant à moi je souris, à la fois très heureuse devant tant d’extraversion naturelle de la part de mon petiot – ça va lui faciliter la vie – mais aussi légèrement penaude face à la découverte flagrante et insoupçonnée de mon manque de sociabilité : je ne suis globalement pas capable de faire la différence entre les gamins de sa classe… 
Ne parlons même pas de leurs parents. 

Sans rire. 

L’humiliation continue lorsque nous nous enfonçons dans les couloirs, pour aller déposer les cartables sous leurs noms, avant d’aller les amener dans la cour de récréé où tous les enfants se retrouvent avant la cloche de 08h30. 
Au fil des salutations enfantines, je fais mine de regarder le sol, un peu embarrassée par mes piètres talents physionomistes :

– “Bonzour Tancrède !”

– “Bonzour Ada, ça va ?”

– “Voui voui, t’as vu j’ai un noeud rose dans les cheveux.”

– “Euh oui.”
(lâche l’affaire ma poulette, c’est Eva qu’il kiffe maintenant, mon fils.)

– “Bonzour Tancrède !”

– “Bonzour Samuel. T’es pu’ malade ?”
Bref. 
Mon fiston superstar, et moi un peu dépassée par les événements.

Seulement voilà : l’autre matin, j’aurai eu une petite pelle sous la main, j’aurai probablement creusé sur plusieurs mètres de profondeur afin de me faire disparaître :

Nous étions quasiment arrivés au niveau de leur classe quand un papa et sa fille sont arrivés en sens inverse. 

Je souris alors au type et continue d’avancer. 
Et là, j’entends mon fils qui s’arrête ostensiblement devant la petite et me dit, agacé:

– “Non mais mama, tu dis même pas bonzour au papa de Aura-Blue ? C’est pas poli tu sais !”

Je sens le rouge cramoisi me monter aux joues. Piteuse, je sors un :
“Mais enfin si Tancrède, mais… Bonjour… Euh…” 
Je regarde ce grand blond athlétique d’1m90 et réalise que je ne connais pas son nom. Je reporte donc mon attention sur la gamine dont je gratifie la tête d’une petite tape affectueuse, en terminant ma phrase… 
“… Aura-Blue ! Comme tu es jolie aujourd’hui !”

Mais là, comme si cela ne suffisait pas, mon fils m’achève d’un : 

– “Et son papa, tu lui dis pas bonjour ?
Là, sincèrement, je suis au bord de l’apoplexie.
Je remercie le ciel de mesurer 20 bons centimètres de moins que le mec, remonte lentement les yeux jusqu’aux siens, me laissant ainsi le temps de réfléchir à toute vitesse à la manière dont je vais bien pouvoir me sortir de ce piège lâchement tendu par mon ingrat de fils. 

Je vois alors le gentil gars qui prend un air interrogateur en me souriant. 

– “????”

Et là, je réalise que, dieu soit loué, le type, sud africain, ne parle probablement par un mot de français. 
Il n’a rien pigé de ce qui vient se passer. 
Tout va bien. 
Donc.

Je pousse alors Tancrède fermement vers l’avant et lâche un “Have a niiiiiice daaaaaay!!” plein d’enthousiasme et de sympathie, avant de me pencher vers mon incorrigible rejeton et de lui dire : 

– “TANCREDE, qu’est-ce qui t’a pris ?! Tu sais chéri, moi je ne connais pas TOUS les gens de l’école comme toi. Alors quand tu me mets dans la situation où je dois montrer que je ne sais pas leur nom, c’est pas très gentil pour eux et pas très agréable pour moi, tu comprends ? Ne refais pas ça, steuplé. Ou alors, dis-moi les noms avant.”

Réponse simple, claire, saine que seuls les enfants de 3 ans peuvent donner : 

– “Bah mama c’est pas grave, son papa c’est Sven, t’avais qu’à lui d’mander ! Il est gentil, tu sais !”

….

Bah oui. En fait.  

Mais ce qu’il ne comprend pas, le pauvre poussin, c’est que chez les adultes, quand ça fait déjà 3 fois que tu interroges quelqu’un sur son patronyme, au bout d’un moment, il a l’impression que tu devrais consulter. 

Mais ça, un enfant de 3 ans ne peut pas le savoir.


Sacré Tancrède !

Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux

Je m’élève en faux contre 
cette insupportable phrase :

“Petits enfants, petits soucis.
Grands enfants, grands problèmes”


Genre, sur un ton pontifiant limite condescendant :

“Les gars, ce que vous subissez là en ce moment avec vos pauv’ mouflets débutants de 2 ou 3 ans, c’est du pipi de chaton vis à vis de ce que nous, parents d’ados hystériques, devons nous coltiner au quotidien.”

Je ne sais pas si c’est parce que nous avons eu le bonheur sans limite de recevoir en cadeau des dieux une paire de mouflets particulièrement coriaces d’un modèle spécialement enquiquinant… 
En lieu et place d’une mignonne petite fille (pardon, je m’égare…) 
Mais j’ai toujours dit que cette assertion borderline-désagréable des parents plus expérimentés que nous, était une ineptie. 

Et franchement, aujourd’hui, je crois pouvoir dire que mon analyse se confirme :
Ce qu’on vous rabâche n’est PAS (forcément) vrai : 

AVEC LE TEMPS, ÇA S’ARRANGE.

Enfin… On s’comprend. 

Je veux juste dire qu’un point d’inflexion semble exister, à partir duquel les choses cessent d’empirer. 

Je ne dis pas non plus que la courbe exponentielle du taux d’emmerdement et de stress parental stoppe sa progression DEFINITIVEMENT.
(J’ai pas encore assez de recul pour vous dire.) 
Je maintiens juste qu’il existe un stade où les choses semblent un peu se tasser.
Je ne sais pas si cela est lié au fait que les parents ont complété leur entrainement, et finissent par devenir compétents pour faire face aux bêtises et autres caprices de leur progéniture, ayant ainsi l’illusion de mieux contrôler ce qui leur arrive. 

Ou s’ils sont devenus aveugles et sourds, immunisés aux conneries de leurs rejetons.

Ou si, objectivement, la marmaille commence à se détendre. 

Toujours est il qu’au quotidien, les situations se gèrent de mieux en mieux. 
En ce qui nous concerne, j’ai surtout vu des améliorations concernant les quelques points suivants :

Pour commencer, ils jouent ENFIN seuls. 
C’est à dire qu’ils sont capables de rester 15 ou 30 minutes quelque part, calmement, sans que je ne sois présente NI que je doive m’attendre à découvrir un carnage sans nom une fois cette durée écoulée si je me suis absentée.
(Crayonnage aux murs, découpage de rideaux, “nettoyage” à grandes eaux des canapés ou autre décorticage du contenu de la poubelle sur le sol de la cuisine par exemple, souvenons-nous.) 

Ils font maintenant des puzzles, colorient sur DES FEUILLES, construisent des trains en lego. 
Comme des enfants normaux. 
Enfin ceux qu’on voit dans les magazines. 

Ensuite, et je l’avoue sans aucune forme de culpabilité, la télévision fait des miracles. 
Il y a encore trois mois, espérer les laisser devant durant plus de 5 minutes relevait de l’illusion psychiatrique. 
Aujourd’hui, ils regardent un Disney entièrement, sans sourciller. 

Il ne s’agit bien évidemment pas de les coller devant le poste à temps complet.  
Mais l’outil s’avère merveilleux lorsqu’on a vraiment besoin d’une heure de calme dans la baraque. 
Et franchement, elle a des effets notoirement bénéfiques sur leur anglais. 

A table au restaurant, c’est toujours chaotique, mais je peux dorénavant envisager d’échanger deux voire trois phrases entières avec mon mari. 
C’est une victoire. 
Naturellement, elle inclue un peu de puzzle digital sur l’Iphone (je sais…) et un équipement obligatoire en terme de crayons de couleurs et de carnets de dessins, mais finalement c’est si peu de chose pour 128 secondes de silence d’affilé…

Et puis maintenant, ils commencent à se passionner pour des trucs. 
Ce qui permet d’engager des conversations dignes de ce nom et de les laisser, très appliqués, se livrer à leurs activités… Et par la même, vaquer aux nôtres.

Trystan par exemple, en ce moment, s’est passionné pour les photos. 
On ne peut plus le séparer du vieil appareil qui nous sert encore pour les plongées sous-marines. 
Avec la boite submersible, c’est pratique en plus, il ne risque rien.
(L’appareil j’veux dire, pas l’gosse.)

Nettement mieux, également, pour mon pauvre I-phone qui était jusque-là victime d’abus et de maltraitances qui dépassent l’entendement. 

Chéri, enlève les doigts de la lentille de l’objectif.
Ça rendra mieux, sur les photos. 
Non, vraiment.
Sérieusement.
Bref.

Allez les amis, plus que 3 défis majeurs à relever : 
– leur faire prendre le bain seuls
– les entrainer à mettre les chaussettes à l’endroit seuls
– les rendre capables de manger SANS retapisser le sol. 

On y est presque. 

Découvrir le Cap Sud – Chapitre 2

Vous ne pouvez pas aller dans le Cap Sud

sans aller à Cape Agulhas !

Mythique !

Situé à 120 km d’Hermanus et 230 km de Cape Town, Le Cap des Aiguilles est officiellement le point le plus au sud du continent africain. 
C’est également le repère officiel où l’océan Atlantique et l’océan Indien se rejoignent. 
Et c’est vraiment le bout du bout du monde. 

Son nom viendrait des nombreux et terribles rochers très effilés qui l’entourent, et contre lesquels un nombre impressionnant de navires est venu se fracasser au fil des siècles. 
D’ailleurs, je ne sais pas vous, mais moi, j’ai tout de suite vu les visages des pauvres marins engloutis là et transformés en pierre ! 


Plus sérieusement, le nom de Agulhas pourrait également venir d’une constatation faite par les navigateurs portugais qui croisaient dans la région au tout début du 16ème siècle : le nord magnétique et géographique se rejoindraient à cet endroit… Apparaissant alors sur la même aiguille de la boussole. 

C’est seulement en 1849 qu’un énorme phare est enfin installé sur le rivage pour limiter le nombre de naufrages dans la région :



L’endroit est sublime, battu par les vents, intense et sauvage. 

On a quand même réussi à y croiser Ada, la copine de classe de Tancrède :

– “Mama, y’a Ada.”

– “Mais enfin chéri, on n’est pas à l’école là.”

– “Non mais elle est là, ma copine, mama.”

– “Arrête tes bêtises maintenant Tancrède !”

Et là, j’entends dernière moi le murmure d’une petite fille : 

– “Bonzour Tancrède !

Gloups.
Du coup, il s’est senti obligé de lui cueillir l’une de ces fleurs strictement protégées du parc :
“TIENS sé pour toi Adaaaa”
… que j’ai naturellement dû enfouir discrétos sous un rocher
avant que les gardes forêtiers ne nous voient…

Bref, un vrai sentiment d’infini et de liberté !



Sur le chemin du retour, histoire de clore le sujet, vous pouvez vous arrêter dans la bourgade de Bredasdorp pour visiter le Musée des Naufrages. 
Ravissante petite maison Cape Dutch à la décoration un peu surannée mais où l’on découvre à quel point venir s’installer dans ce pays au 17ème siècle était une aventure ! 
(20% des navires au départ de l’Europe n’arrivaient jamais à bon port.)
  

Origine multiculturelle des équipages !

La dépendance de la maison est adorable et donne sur une belle collection d’ancres récoltées au fur et à mesure des missions archéologiques aquatiques dans la zone, parmi les premières d’Afrique du Sud. 

Vous pouvez aller dormir à Arniston, minuscule village de pêcheurs situé à 25 km de là et d’une authenticité absolue : de toutes petites maisons au toit de chaume et aux murs blanchis à la chaux forment le pittoresque hameau de Kassiesbaai où vous pouvez aller déjeuner chez Willenes Restaurant : calamars, poisson, crevettes grillées et riz. Voilà.  

Après manger, vous pouvez aller vous dégourdir les pattes sur la plage de sable blanc immaculé, en face : vous serez peinards, ça ne se bouscule pas au portillon !


Il existe 1 seul hotel dans ce village, très familial, The Arniston Spa Hotel, où diner simplement et se faire masser après une longue journée de visite. 

Le lendemain, direction plein nord, faites absolument le tronçon de 100 km de route qui relient Arniston à Swellendam, plus ancien village d’Afrique du Sud après Le Cap et Stellenbosch :

Les immenses champs cultivés se suivent et ne se ressemblent pas. On croise des milliers de vaches et de moutons. Encore un peu, et l’on se croirait presque dans la province française…

Mais les autruches, lamas, antilopes et autres babouins qui surgissent parfois au détours d’un virage vous rappellent qu’on est bien en Afrique du Sud. 

Dans le village de Swellendam, visitez le Drostby (l’ancienne magistrature) et le musée de la ville, ainsi que le jardin bucolique attenant, et l’église principale, de toute beauté.

Avant de repartir, reposez vous à l’ombre des chênes centenaires au café Oppi Stoep pour boire un cidre frais et grignoter une salade ou un délicieux morceau de cheasecake :
La route du retour vers Cape Town est splendide, elle aussi, et les 230 km passent presque inaperçus ! 


Bon voyage !