Jujufiction

En ce moment, 

mes fils ont du mal
à faire la différence 

entre la réalité et la fiction. 


Dès qu’ils regardent un dessin animé ou lisent un conte avec nous, ils les intègrent comme si ces histoires faisaient réellement partie de leurs vies.

Surtout Tancrède. 

Il DEVIENT littéralement chaque personnage. 

Chaque jour nous avons donc droit à une nouvelle histoire, à laquelle il croit dur comme fer :

– “Mamaaaaaan ? Tu saiiiiis, moiiiii, je suis SHERE KHAN le tiiiigre !!!”

Là, on entend en background-dolby-surround-digital-full-stéréo le frangin, qui émet des feulements stridents, tout en moulinant bien des bras, mains crispées, toutes griffes dehors, postillonnant consciencieusement sur tout ce qui bouge : 

– “Ouaiiiis : krrrrrrrrrrccchhhhh !!!!”

– “Et tu saiiiiiis, après on a accroché une branche avec du feu sur ma queue et ça fait maaaaaaaal !!!!”
(Pour ceux qui ont du mal à suivre : Le Livre de la Jungle)

Comme il se met à vociférer de douleur, faisant trembler les murs de la maison, il faut mettre le holà :

– “Euh chéri, c’est pas vraiment vrai ton histoire, alors arrête d’hurler, ça fatigue mes oreilles, okay ?”

– “MAIS SI C’EST VRAI !!!!” 

SURTOUT, ne pas le contredire. 
Il prendre tout cela très à coeur. 

Deux heures plus tard, le frérot s’y met : 
– “Mamaaaaaan ? Tu saiiiiis, moiiiii, si je veux, je rentre dans la télé et Jafar, ze lui met une ‘ross’ BAFFE, si j’veux !”
(Référence, pour les deux du fond dont la culture Disneyienne n’est pas encore au niveau : Aladdin)
– “Mouiiiii…. Mon amour, tu as compris que ce qui se passe dans la télé, c’est des histoires, oui ? Comme celles qu’on raconte avant d’aller faire dodo le soir, tu sais ? Ça n’existe pas vraiment dans la réalité, d’accord ?”
Trystan m’examine. 
Entre ses beaux cils XXL, je ne sais pas trop quoi lire. 
D’ailleurs, j’hésite encore :
Est-ce un regard de tristesse, face à l’information objectivement déprimante que je viens de lui donner ?
Ou sont-ce plutôt des yeux de consternation, déçus que je le prenne pour un beubeu et ne veuille pas jouer le jeu avec lui ?
Toujours est-il que la réponse fuse : 
– ” Si tu m’crois pas, ET BIN J’VAIS T’MONTRER !!!”
– “Baaaah… Okay, montre-moi, alors !”
– “Euuuuh… Non. Demain.”
– “Ah.”
Voyant son frère chéri en difficulté, Tancrède déboule en trombe, à la rescousse, faisant diversion :
– “Mamaaaaaaaaaan ? Tu saiiiiis, moiiiii, hier, je me suis transformé en dragon Maléfiiik’ (La belle au Bois Dormant), mais comme l’épée est venue dans mon coeur.. Je suis mooooort !!!”
– Euuuh… Chéri mon amour, tu n’sais pas ce que tu dis…”
” Alors après ça, je me suis transformé en Bêêêêêêête !!!! (La Belle et la Bête, donc) j’avais plein de fourrure autour du cou comme ça, là, et j’étais tellement fort que j’ai TUÉ Gaston !!!!”
– “Non mais Tancrède, arrête maintenant, on ne tue personne, on ne colle pas de baffes, on est gentil, et on fait des bisous aux princesses maintenant OKAY !!”
Et là, je le vois qui s’approche de moi avec un grand sourire, qui se penche, me prend dans ses bras, et qui dépose un énorme bisous baveux sur mes lèvres : 
– “Voilà ! T’es ma princesse qu’est BIEN réveillée maintenant !”

Faites des fils, hein.

GentleJujuDisagreement

Il y a du progrès, 

c’est incontestable. 


Depuis leur naissance, et actuellement encore, lorsqu’ils divergent de point de vue, nos Jujutrépides ont tendance à régler la question à coups de guitare sur le crâne. 

Tancrède disposant d’un avantage concurrentiel de taille – sans mauvais jeu de mot – avec ses 1m04 pour pour 17 kg (soit 1 petit kilo de plus que le frangin) il parvient plus facilement à faire “entendre” son point de vue. 

Mais voilà, depuis quelques jours, il y a du nouveau. 
Trystan ayant bien compris que le rapport de forces n’était pas forcément en sa faveur, il semble avoir décidé d’expérimenter une nouvelle méthode : 
La communication. 
Retour d’école, un après midi, dans la voiture :

Tancrède, sur un ton mi goguenard, mi sadique : 
– “MamaaAAAA !!!!”

– “Ne crie pas Tancrède, steuplé, je t’entends.”

– “Oui mais tu sais quoiiiIIII ?!!!!  Auzourd’hui, Trystan il a encore eu son nom au tableau. Même qu’il a encore été PUNI sur la sèze rouze !!!”

Lorsqu’elle doit sévir, leur brillante maîtresse use de cette technique : 
Le fautif a droit à son nom écrit au tableau avec un premier avertissement noté par un ✔︎
Au troisième tic, c’est vol direct pour un séjour de quelques minutes d’ostracisation humiliante sur LA chaise rouge. 
Après cela, elle ne répond plus de rien, et c’est direction le bureau du dirlo.
Quel dommage que le procédé ne soit pas applicable à la maison… 
(Sauf à demander au Directeur de venir faire des heures sup’ chez nous ?)

– “C’est paaaaaas vraiiiii !!!”

– “Bah si ! T’as encore fait des bêtises !”

– “C’est paaaaaas vraiiiii !!!”

Je sens alors qu’il serait avisé de réagir avant que la situation ne dégénère : 

– “Alors Trystan, pourquoi elle t’a mis des tics, Sandrine ? Qu’est ce qui c’est passé ?”

– “… gruuumphff…”

– “J’ai pas bien compris Trystan.”

– “… J’ai un peu mis l’bazar. Et pi’ z’ai couru dans le couloir. Et z’ai déchiré des papiers aussi. Mais c’était un ACCIDENT tu comprends ? Ze voulais pas tellement en fait.”

Tancrède, décidé à en découdre, en rajoute une couche : 

– ” T’fassson, toi et Samuel, c’est tout le temps VOUS qu’avez les tics !!!! Et des fois Eva aussi… Mais c’est ma copine Eva…

A cet instant, je jette un rapide coup d’oeil dans le rétroviseur, m’attendant à découvrir les mains de Trystan accrochés au col de Tancrède, par dessus le siège-auto, avec les p’tits doigts qui tentent d’atteindre la joue du frérot pour le griffer au sang. 
Anticipant ce futur sentiment de déjà-vu, je suis au bord de lever le ton et m’apprête à mettre un coup d’arrêt à cette scène mille fois répétée. 

Mais à ma grande surprise, je vois Trystan bien calé dans le fond de son siège, qui regarde silencieusement le paysage par la vitre, d’un air las. 
Je l’entends alors murmurer à l’attention de son frère : 

– “De toute façon, tu m’écoutes zamais Tancrèd’. J’te dis k’c’est pas touzours moi qu’ai des tics.”

– “…”

Silence du frangin. 
Je sens bien que Tancrède fait face à un dilemme. 
Visiblement, la nouvelle technique l’a déstabilisé. 

Il hésite à lui balancer une nouvelle vacherie. 

Mais c’est là, je crois, que leur gémellité refait surface. Je l’entends alors qui lui dit le plus gentiment du monde : 

– “Mais si j’técoute Trystan. Boah, sois pas faffé, c’est une blague… Demain à la maîtresse z’vais lui dire d’me mett’ le tic à moi, d’accord ?”

Sacrés zuzus. 
Je t’aime moi non plus. 


Comprendre l’esclavage à Cape Town

Ça n’est pas pour rien 

que l’on utilise souvent la périphrase

“nation arc-en-ciel”

en parlant de l’Afrique du Sud. 


Une Sud Africaine, c’est pas forcément un top-model blond d’1m82 qui nage très bien le crawl, genre Charlène. 
(Pas ma p’tite nièce, l’autre, de Monaco.) 

Et un SudAf’, c’est pas toujours un grand Black athlétique. 

En vrai, le peuple sud africain est incroyable. Il passe par toutes les couleurs de peaux, d’yeux, tous les physiques, toutes les tailles. 
Et cette diversité a une origine : la mixité très ancienne de la population, qui remonte aux débuts de l’instauration de l’esclavage dans la région. 

Pour cette raison, visiter les musées et monuments de Cape Town liés à cette thématique m’a semblé être une démarche essentielle pour comprendre l’histoire du peuplement de cette ville. 

La balade peut commencer au Slave Lodge Museum

On y découvre que les premiers esclaves furent déportés en 1654, deux ans  seulement après l’arrivée du premier gouverneur hollandais Jan Van Riebeeck, envoyé là par la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes Orientales) pour fonder une station de ravitaillement à mi chemin entre l’Europe et l’Asie. 

En effet, les Khoi aborigènes bushmen de la zone étant tout petits, frêles, et assez vindicatifs, les Hollandais ont rapidement compris qu’ils ne pourraient pas compter sur eux pour le gros oeuvre. 
Ils seront de toute façon rapidement décimés par le choc microbien… 
Le Fort de Bonne Espérance où logeaient la petite centaines de colons Hollandais, accueille bientôt le même nombre d’esclaves, empruntés à la VOC des Indes Orientales, cette région d’Asie du Sud-est qui couvrait une zone qui s’étendait de l’est de l’Iran à l’Indonésie actuelle.  

Rapidement, il faut plus de main d’oeuvre : des bateaux, spécialement conçus pour ce commerce, affluent tous les mois pour acheter aux marchands arabes et africains de la côte est de l’Afrique et de Madagascar les malheureux qui seront ramenés enchainés au fond des cales des navires. 
Du fait des conditions de voyage, à peine la moitié des esclaves arrivent vivants à Cape Town. 

Après 3 jours accordés aux déportés pour se “remettre” du voyage (et surtout pour vérifier qu’ils ne sont pas porteurs de maladie contagieuses), ils sont mis au travail : débroussaillage du bush autour du fort, plantations pour les potagers, charriage des blocs de pierres pour les constructions, depuis les carrières de la Montagne de la Table…

La durée de vie moyenne oscillait entre 6 et 12 mois. 

Rapidement le Fort de Bonne Espérance devient trop petit pour loger ces nouveaux arrivants.
En 1679, le bâtiment qui abrite aujourd’hui le musée est construit, afin de les héberger durant la nuit, après leurs longues journées de travail harassant.
Pour les femmes esclaves, l’enfer continue avec la présence dès 19 heures des marins en quête de compagnie…
Lorsque d’aventure un enfant naissait, il était automatiquement la propriété de la VOC et son statut était également celui d’esclave, même né d’un père colon. A ses 6 ans, il était formé aux métiers manuels : maçonnerie, couture, vannerie, cordonnerie…

Bâti de plein pied, au toit de chaume qui laissait passer l’eau et l’humidité durant la saisons des pluies, les “fenêtres” étaient en réalité des meurtrières de 10 cm de haut et 4 cm de large. La nourriture était essentiellement constituée de poisson et d’eau. 
Dans ces conditions, la VOC épuise rapidement le filon de la côte africaine, où les chefs de tribus apprenant le sort réservé à leurs compatriotes, commencent à refuser les ventes. 
Débute ainsi le trafic vers l’Asie, où la VOC locale, riche en Sri lankais, Indiens, Chinois enrôlés de force pour travailler à Java, vend ou prête de plus en plus de main d’oeuvre, souvent plus résistante et déjà formée à la langue Hollandaise.  

De même, les membres de la Compagnie de retour définitif en Europe passaient-ils par le Cap pour se ravitailler en chemin, profitant de l’escale pour vendre leurs domestiques avant de revenir en Hollande où l’esclavage était interdit. 

Arrivés au Cap, ces hommes et ces femmes perdaient leur nom de naissance et prenaient celui qu’on leur donnait, en fonction du lieu où ils avaient été achetés ou du mois durant lequel la transaction avait eu lieu. 
Il y a ainsi encore de nombreuses personnes au Cap qui portent le nom de January ou October… 
Les noms de quelques uns de ces esclaves ont été immortalisés sur une colonne lumineuse très émouvante :


Certains, notamment ceux qui avaient été désignés comme échelon intermédiaire entre le commandement hollandais et les esclaves, étaient rétribués pour “surveiller” leurs compatriotes. 
Ils pouvaient ainsi, à terme, racheter leur liberté et devenir des “Free Blacks”.  

C’est ainsi qu’est née la communauté (improprement) appelée “Cap Malay”, -puisqu’en réalité bien plus diverse dans ses origines – installée ultérieurement à BoKaap, notre visite du mois dernier. 

De rares histoires ont tout de même connu des fins heureuses, telle celle d’Eva, “slave Mother”, responsable des femmes au Lodge, qui a pu racheter sa liberté et se marier à un soldat hollandais, avant de fonder avec lui le plus vieux vignoble du Cap : Groot Constancia !

Juste derrière le musée, au 6 Spin Street, se trouve l‘”Old Slave Tree” :
Aujourd’hui une plaque commémorative discrète, à l’endroit où se trouvait jusqu’en 1916 un gigantesque pin parasol : du lundi au vendredi se vendaient aux enchères sous ses branches le surplus d’esclaves dont la VOC n’avait pas besoin, déchirant et séparant des milliers de familles pour toujours. 

En face, sur la grande place, ont été installées des stèles de granit noir de la région, évoquant symboliquement les épitaphes de tombes mortuaires, et sur lesquelles sont gravés des mots. 
Chaque bloc à son thème : les noms de quelques esclaves, les noms des bateaux qui les ont déportés, les traitements qu’ils ont subi lors des rébellion ratées de 1687, 1808 et 1825, leurs métiers…

A quelques pas de là se trouve le GreenMarket Square, le principal marché de denrées de la ville durant des siècles. 
Depuis le balcon de l’Old Town House, l’ancienne mairie, était régulièrement proclamé le Règlement des Esclaves : 
Interdiction de parler entre eux en-dehors du Lodge et de rire en public. 
Couvre-feu à 22 heures avec détention obligatoire d’un laissez-passer à leur nom. 
Interdiction des regroupements, soit plus de 3 personnes. 
Interdiction de porter des chaussures ou de monter à cheval (pour s’assurer qu’ils ne fuiraient pas).
Pour les femmes, interdiction de porter des bijoux, de la soie ou des chapeaux ornés…


La balade se termine dans les jardins de la Compagnie :

De nombreux arbres contemporains de ce lourd passé témoignent encore aujourd’hui de cette époque mouvementée : 

Le plus vieil arbre du Cap : un poirier Safran de 1652.

Tout en haut des jardins, se trouve également un joli potager reconstitué selon les plans d’époque, tel qu’il était cultivé par les esclaves de Kaapstaad. 

Diviser pour mieux régner, instauration de castes, hiérarchie des “races”, laissez-passers spéciaux… Comme un écho du passé qui raisonnera encore, presque 300 ans plus tard, lors de la mise en place de l‘apartheid.

On estime a plus de 60 000 personnes déportées au Cap entre 1654 et 1834, date de l’abolition de l’esclavage dans le pays… 
Et autant de mélanges ethniques qui donnent du sens aux visages d’aujourd’hui.  

Tancrède & Associés

“Laiiiiiiisse-moi 

travaiiiiiilllllleerrrrrrrr !!!!”


En ce moment, c’est le leitmotiv de Tancrède.

Tout a commencé il y a quelques mois :

Son papa et moi avons la chance de profiter chacun d’un bureau, au premier étage de la maison. 

Ces pièces ne leur sont pas interdites à proprement parler, mais nous tentons d’éviter qu’ils n’y baladent trop souvent leurs p’tites menottes : 
La proximité de trouilloteuses, agrafeuses et autres perforeuses pourrait – grâce à leur incontestable créativité, aisément se transformer en séjour hospitalier inopiné. 
Aux yeux de nos chers Jujutrépides, ces endroits sont donc des Espaces à Haut Potentiel de Désirabilité.

Tant qu’il a fait beau, nous avons réussi à jouer la diversion et les avons subtilement encouragés à trouver leur espace propre ailleurs.
Sous-entendu : DEHORS. 

Tancrède avait ainsi décrété que lui aussi disposait d’un bureau personnel, sous l’arbre à écureuils. 
Il s’agit d’un petit muret d’où dépasse une grande pierre plate : 
Son “DINATEUR”. 

Il écrivait d’ailleurs de nombreux courriers depuis cet emplacement :

Pas encore totalement au point la dactylo mon chéri… !

Mais depuis, l’air s’est rafraichi.
Et nos Jujus ont fatalement dû migrer vers l’intérieur, à la recherche d’un nouvel abri pour leurs activités illicites. 

Ainsi débuta… La guerre des bureaux !

Car, naturellement, nos deux moutards ne savent pas jouer calmement à nos pieds, comme les enfants des images d’Epinal sur lesquelles de nombreux parents – comprendre : NOUS – soupirent régulièrement d’un air las, imaginant ce que serait leur vie s’ils avaient eu la chance de tirer au sort ce type de merveilles : les p’tits garçons et les petites filles modèles. 


Bref, c’est pas l’propos. 

Lorsque nos monstres débarquent dans le bureau, c’est donc Hiroshima.  

Après de nombreuses semaines de bataille acharnée de part et d’autre de l’étage pour tenter de les maintenir à distance, leur papa a réussi – la technique m’échappe encore – à leur faire comprendre que l’endroit lui était globalement assez utile, notamment pour passer ses appels professionnels et finalement, pouvoir mériter ses sous à la fin du mois. 

Il a, semble-t-il, brillamment réussi à passer un accord verbal avec eux, basé sur le compromis suivant : ils ont le droit de retourner son bureau, à condition qu’ils le fassent en silence. 

Pour ce faire, il a équipé Tancrède d’un DINATEUR (un vieux laptop qui a rendu l’âme l’année passée), et lui a accordé 1 m2 de surface où installer son “bureau” provisoire (en attendant le retour de la belle saison) :

Depuis, il contribue chaque jour à la déforestation planétaire en faisant dangereusement baisser notre stock de papier, et produit chaque après-midi – silencieusement, donc – son lot de dessins de bonhommes et autres gribouillis, qu’il glisse ensuite avec amour dans un sac qu’il appelle sa “valiz'”.
(Pour partir en business trip, sans nul doute.) 



Dès lors, chaque soir, au moment d’aller prendre le bain, c’est le DRAME :
Je m’égosille au rez-de-chaussée, au pied de l’escalier, l’exhortant à descendre se faire récurer les oreilles. 

Naturellement, il refuse. 
J’insiste. 

Evidemment, il se met à brailler. 

L’affaire se termine immanquablement lorsque je monte le chercher pour le traîner par le slip jusqu’à la baignoire, au milieu de hurlements stridents qui pourraient laisser croire aux voisins que ces enfants sont quotidiennement victimes d’épouvantables violences domestiques :

– “Tancrèèèèèèède, mon namouuuuur ! Viens prendre ton bain chéri.”

“Gnoooon.”

– “Tancèrède, c’est l’heure du bain, viens maintenant s’il te plait.”

“J’peux pas.”

– “?? Comment ça tu peux pas ?”

– “Ze TRAVAIIIIIIIILLE mama.”

– “Bah tu retravailleras après le bain. Aller, viens.”

– “Nooooooooonnnnn !!! C’EST TRES ZIMPORTANT !!!!!!!”

– “Tancrède, TU COMMENCES À ME CHAUFFER LÀ, VIENS ICI IMMEDIATEMENT !!!”

– ” OUUUUUIIIIIIIIIIINNNNNNNN !!!!! PAPAAAAAAAAAAAAA !!! MAMA ELLE EST MECHAAAAAANTE ELLE VEUT M’EMPÊCHER DE FAIRE MON TRAVAIIIIIIL !!!!”

Bref. 

La crise s’achève invariablement par papa qui console fiston, en lui expliquant que trop travailler c’est pas bon pour la santé – l’ironie de la situation est assez savoureuse – qu’il faut sécher ces grosses larmes et vite aller faire trempette. 

Pauvre poussin, s’il savait… Que la majorité des adultes rêvent principalement du jour où ils pourront enfin cesser de bosser.

La vie est parfois mal faite. 

Better safe than sorry

Je vous en avais déjà un peu parlé

La question de la sécurité.


Vous êtes quelques uns à m’avoir écrit des petits mots ces derniers mois, partageant votre inquiétude de nous savoir habiter en Afrique du Sud. 

La sécurité est effectivement un problème, ici. 
Les statistiques le prouvent. 

Une cinquantaine de meurtres sont recensés chaque jour en Afrique du Sud, qui détient malheureusement l’un des taux d’homicides les plus élevés du monde (36 pour 100 000 habitants en 2014.) : plus de 160 000 personnes ont ainsi été assassinées dans le pays au cours des 10 dernières années. 

Il est difficile d’échapper aux informations et aux nouvelles glauques qui occupent la première page des journaux chaque jour. 
Mais cette terrible réalité cache de nombreuses nuances qu’il est, je crois, important de signaler. 
Certaines régions sont plus touchées que d’autres. 
Certaines agglomérations plus sûres ou plus dangereuses. 
D’un quartier à l’autre d’une même ville, les choses changent du tout au tout : 

Source http://www.crimestatssa.com 

Lorsqu’on a la chance d’habiter dans l’un des quartiers relativement épargnés de Cape Town, une fois la surprise des grilles et barbelés passée, et l’art du “barricadage” perpétuel intégré dans les gestes machinaux du quotidien… Finalement, on s’y habitue. 

Et c’est le danger ! Répètent à l’envi les sociétés de surveillance et de réponse armée qui foisonnent dans la région, et encouragent les habitants à rester sur le qui-vive en permanence. 
“Better safe than sorry”, comme disent sagement les Sud Africains avisés : chacun s’efforce donc de rentrer dans le système sécuritaire et de respecter les consignes de prudence. 

Mais toutes les nuits où les radars extérieurs déclenchent les sirènes hurlantes, car un mulot ou une fourmi a eu l’audace d’approcher à moins de 15 mètres des murs de la maison…
Toutes les fois, avant de partir en weekend, où il nous faut passer 10 ou 15 minutes à faire le tour de la baraque à la recherche de cette fenêtre mal fermée repérée par le transmetteur électronique, et qui nous empêche de mettre l’alarme en route… 
On finit parfois par se demander si tout ceci est bien raisonnable. 

Mais ce qui me perturbait vraiment, c’était surtout la manière dont les Jujus se sont adaptés à cette réalité : 
Ils ont développé un amour immodéré pour les trousseaux de clefs, qui pèsent pourtant presque aussi lourds qu’eux. Ouvrir et fermer les portes ou les portails est devenu le jeu le plus excitant de la journée.
Ils sont capables de s’étriper pour obtenir la garde de la sublime “télékomand’ d’la maison” (comprendre le boitier de contrôle). 

Après avoir testé une fois le “panic button” de leur chambre et vu débarqué dans les soixante secondes la marine nationale dans le jardin, Tancrède a bien compris :
– “Y faut ‘zamais ‘zamais ‘zamais appuyer sur l’bouton rouge, là, sauf si y’a un méchant dans la maizon.”
Nous faisons nous-mêmes probablement plus de fausses manipulations qu’eux.

En voiture, c’est souvent Trystan qui me rappelle de fermer les vitres : 
– “Maman, ferme vite cette fenêtre, sinon quelqu’un peut venir nous attraper !”

Ces réactions sont étonnantes car nous ne leur avons jamais rien dit de spécial à ce sujet. 
Mais ils nous observent et nous voient faire. 

Je suis rassurée qu’ils se soient approprié si vite et facilement les notions de sécurité. 

Mais lorsque j’entends mon petit garçon, le matin en partant à l’école qui me demande du haut de ces 3 ans et demi, si je n’ai pas oublié de fermer la porte de la maison à clef… Je me sens triste. 
J’ai le sentiment qu’à cet âge, normalement, on ne pense pas à des choses aussi sérieuses.
Je m’interroge sur les conséquences que ce style de vie instille dans la tête de nos petiots, bien malgré nous, baignés que nous sommes tous dans ce tourbillon sécuritaire. 

Comme souvent, c’est l’un de mes fistons chéris qui m’a apporté une réponse et permis de relativiser : 
– “Mama, t’es en train de fermer la porte avec la clef là ?”

– “Bah oui Trystan, tu vois bien.”

– “Nan mais tu sais si y’a un méchant qui vient, moi, j’vais l’batailler, et après il va tomber parterre, et après je vais lui mettre un gros coup d’poing sur la tête et après il va avoir peur et il reviendra jamais.”

– “?!?!?!?”

#Monfilscehéros
#KungFuJuju
#Enfaitonseprendsouventlatêtepourrienquandonestparent. 

Les Jujus dans l’noir

Il existe une étrange coutume 

en Afrique du Sud, 

qui s’appelle :

le LOAD SHEDDING. 


En français, ça se traduit par “délestage électrique”. 

En GROS, c’est quand l’EDF local – ESKOM, qui produit et fournit 95% de l’électricité SudAf et 50% de l’électricité en Afrique – décide de couper l’alimentation en courant pendant quelques heures, le temps de rétablir l’équilibre entre la production et la consommation. 
C’est de la prévention, pour éviter que le réseau ne craque. 

Trop de corruption, pas assez de moyens pour moderniser le système qui était pourtant l’un des plus à la pointe du continent il y a quelques décennies, mais qui mal entretenu et non modernisé, donne depuis quelques années des signes de faiblesse inquiétants. 

C’est relativement bien planifié, y’a tout plein de tableaux pour savoir, selon le quartier où l’on habite, les horaires durant lesquels on se retrouvera sans ju(ju)s.
Bon, bien sûr, faut s’accrocher un peu au début,
mais en fait, c’est plutôt bien conçu. 
Ca permet de s’organiser pour savoir quand cuisiner ou repasser, par exemple. 

Et cela nous rappelle surtout à quel point tous ces privilèges confortables – l’eau courante, l’électricité – qui sont considérés dans d’autres pays comme des constantes immuables et inébranlables, peuvent pourtant disparaitre d’un instant à l’autre. 
BREF, pourquoi je vous raconte tout ça, en dehors d’un éventuel intérêt pour votre culture générale sur la situation politico-électrique en Afrique du Sud ? 

Parce qu’évidemment, nos super Jujus naturellement riches en tension Ω, et bien, les coupures, ça les éclate !

Bon c’est sûr, au début, ça grinçait des dents “passque y’a p’u d’téléééééé !!!!” ou “Noooooon, mes Tic&Taaaac !!!”
Mais ça a eu l’avantage de leur faire comprendre le lien entre le courant et les appareils électriques. 

Et puis, quand y’a plus de lumière, on peut quand même faire des tas de trucs rigolos. 

D’abord, on apprend à se servir d’une lampe tempête : 

Voiiiiilà.
FIAT LUX.
Pour la lampe torche en revanche, on n’est pas encore parfaitement au point : ils ont tendance à nous la coller directement dans le nez. 

Mais les pannes de courant c’est surtout génial pour développer l’imagination : 

La fameuse lumière dans les narines ou derrières les oreilles…

Les animaux qu’on peut faire en jouant avec les ombres 
Les histoires de loup qui font super peur, juste avant d’aller se coucher !
Et même les sorcières imaginaires qui font toc toc à la vitre. 

Et puis, il faut dire ce qui est, les load sheddings du soir, ça a un avantage MAJEUR pour les parents : on peut coller les monstres au pieu dès 19h00, sans qu’ils ne s’en aperçoivent. 


Mon fils, cette merveille

Si je m’efforce d’être honnête, 

j’avouerais que 
je ne m’en suis pas 
encore tout à fait remise. 


Joie.

Fierté.

Satisfaction. 

Mêlées à une pincée de honte et une demi cuiller à café de culpabilité (l’ingrédient bien connu qui assaisonne toutes les préparations maternelles) :

Hier soir, je donnais la douche à mon fils Trystan. 

Son frère, qui s’était déjà farci 3 bains dans la journée pour lutter contre la fièvre, agonisait dans son canapé en silence devant Pinocchio. 

Nous étions donc tous les deux dans la salle d’eau. 
Lui en train de barboter calmement dans sa marmite (il adore les bains très chauds) et moi l’esprit un peu dans le vague, fatiguée de ma journée-garde-malade. 

Tout d’un coup, je le sens qui cherche mon regard.
Ses grands yeux s’accrochent alors aux miens. 
J’arrête le récurage de l’oreille gauche sur laquelle j’étais négligemment en train de m’acharner :

– “Mon amour ? Tu veux me dire un truc ?”

– “Oui maman.”

– “Bah dis moi, je t’écoute.”

Et là, les cheveux tout dégoulinants d’eau, les yeux tout tristes, tout frêle dans sa baignoire, il me dit : 

– “Ce matin, tu as crié très fort quand t’as dit que j’avais fait plein de cacaboudin avec mon déjeuner. Après j’ai dû aller faire la sieste, même que j’avais pas sommeil. Et bin tout ça, ça m’a fait tout triste. 
Pourquoi t’as crié comme ça ? T’es toujours fâchée de moi ?”

Voilà. 

Pour la première fois, mon petit garçon de 3 ans et demi a su exprimer calmement, avec des mots, à froid, une peine qu’il a ressentie. 

Au lieu d’hurler, de trépigner ou de pleurer… Ou de ne rien dire, mon fils a réussi à me parler.  

J’ai pour la première fois eu le sentiment, d’avoir un être doté de raison en face de moi. Quelqu’un avec des sentiments profonds, au delà de ceux qui s’expriment dans le caprice, les rires ou les cris par exemple.

Quel événement merveilleux… Mon fils devient un vrai bonhomme. 

Je ressens alors une immense bouffée d’amour pour lui… 
Mais je ne vois que ses petits yeux tous malheureux… 

Second effet kisscool : c’est le moment du violent retour de culpabilité face à ma colère de midi…
(Le temps que j’aille vérifier que son frère allait bien dans la chambre, à mon retour il avait retapissé la cuisine en jouant à je-mets-de-la-purée-sur-le-manche-de-la-cuiller-et-ensuite-je-tape-sur-le-bout-rond-et-hooooop-la-purée-vole-sur-les-murs-et-le-plafond.)

Je regarde encore au fond de ses yeux, qui à cet instant, semblent attendre tellement de moi…
C’est terrible, je ne sais pas quoi lui dire. 

Si je m’excuse, c’est entériner que le jeu du lance-purée est tolérable.
Si je lui rappelle qu’il a fait une bêtise et méritait d’être enguirlandé, cela ne va pas le rassurer et apaiser sa peine.
C’est terrifiant la parentalité. 

Je n’y tiens plus et le prends alors dans mes bras, dans lesquels ils se jette à corps perdu. Je sens l’eau qui traverse mon pull, ça fait flic-floc maintenant, mais nous nous sentons beaucoup mieux. 

– “Trystan, je suis désolée si j’ai crié trop fort ce matin et si je t’ai rendu triste. Mais tu vois, quand tu jettes de la purée partout et qu’après je dois nettoyer derrière toi, moi aussi ça me fait de la peine. C’est pas gentil de balancer de la nourriture comme ça, tu comprends ?”

– “Oui j’comprends…”

Je vois qu’il a repris des couleurs. 
Son petit sourire coquin est revenu aussi.
Il me regarde par en dessous, genre façon Princesse Diana… 
Et me dit : 

– “Bah… T’as qu’à arrêter de faire d’la purée alors !”


A kitkat a day keeps the doctor away.

Oui, je sais, 
à force de vous narguer,

ça nous est revenu en boomerang : 


Rechute massive de Tancrède, cette fois-ci. 

‘Rapport aux charmants virus de la semaine passée. 

C’est sympa remarquez, au moins mon fils a le bon goût de tomber malade durant les vacances scolaires. 

C’est qu’il est consciencieux, mon fiston. 

Bref, tout ça pour dire que le pauvre poussin est encore sub-claquant à 40 degrés de fièvre, allongé dans son lit ou effondré sur le canapé, comatant ostensiblement devant ses Disney…

– ” Tancrède, mon amour, tu ne veux rien manger, rien boire… 
Qu’est ce que je peux faire pour toi mon pauvre coeur ?”

Et là, la réponse tombe, déchirante :

– “Bah me SOIGNER…”

Avant de me tourner le dos, las. 



Oui, bon…

Dans ses rares moments de “lucidité”, lorsque le paracétamol diffuse au maximum de son efficacité, il se sent tout à fait obligé de me coller au plus près de la sphère ORL. 
Je sens littéralement les p’tits virus me sauter sur le nez.
Il insiste alors pour me couvrir de baisers bien baveux – ce qui, en temps normal, lorsqu’il est sain et bien portant, tient pourtant du miracle – et pour me chuchoter dans les oreilles sur le ton de la plus haute importance, des informations du type :

– “Tu SAIS, maman, hier je me suis transformé en renard et j’ai mangé les trois petits cochons !!!! Et après, je suis allé acheter des pommes, des amandes et d’la patafiiiiix !!!”

Là, tu en arrive à te demander si ton fils n’a pas snifé par erreur une substance illicite… En attendant de devoir toi-même te mettre aux inhalations d’eucalyptus. 

Naturellement, son frangin ne supportant pas de le voir aussi apathique – ou profitant de cette occasion inespérée ? – s’en donne à coeur joie pour lui coller des peignées monumentales, au milieu desquelles il faut s’interposer pour limiter le carnage.

Evidemment, après cela, Trystan se sentant obligé de prouver son existence bafouée par tant d’attention accordée à son frère, commence ses crises de nerfs et autres trépignements hystériques :


Lorsque je tente de le raisonner, je m’enfonce en réalité dans une discussion  psycho-métaphysique, borderline psychiatrique, qui m’apporte assez peu de réconfort : 

– “Chéri, je te vois, je t’aime, je sais que tu es là. Mais Tancrède à besoin d’aide il est malade, lui, okay ? Donc sois gentil : reste patient, le temps qu’il se soigne.”

– “Non mais moi aussi je sens que je tomb’ balade.”

– “Trystan t’es pas malade, arrête ton cirque.”

– “Mais siiiii, regarde, TOUCHE MA FIEEEEVRE !!!”

– “Trystan. Tu vois combien de maman, là ?”

– “Bah toi ! une seule !”

– “Bravo, une seule. Et là, tu vois combien de petits garçons ?”

– “Bah un seul.”

– “Ah ! Trystan et Tancrède, ça fait un seul ?”

– “Bah oui, un seul.”

A ce stade, tu as bien compris que tu ne vas pas t’engager dans une discussion psychologique sur la différenciation-identitaire-chez-les-jumeaux-monozygotes. 
Le soucis, c’est que ce qu’il raconte ne sert pas le propos ni la démonstration.

– “Trystan, moi je vois 2 petits garçons : Tancrède et Trystan. Et maman, elle est toute seule. Donc elle ne peut pas se diviser en deux. Quand je m’occupe de toi, Tancrède attend, et quand je m’occupe de Tancrède, tu dois attendre, vu ? Ça fait bientôt 4 ans qu’on fonctionne comme ça, t’as dû remarquer quand même, non  ?”

– “Bon, d’accord, mais alors donne-moi des bonbons. Pour attendre. Tu sais, les roooonds, là.”



Cette petite peste profite éhontément – mais néanmoins fort habilement – de la Règle n°743 qui stipule que quand on est BÂLADES, on a exceptionnellement droit aux pires sucreries : tartines de Nutella, glaces Haagen Dazs, petits gateaux secs 100% pur beurre, KatKet (comprendre KitKat), etc. 

Naturellement cette loi ne concerne que les sujets atteints d’horribles miasmes. 
Mais comme apparemment, les deux ne font qu’un – cf. ci-dessus – CQFD : 

Quand Tancrède agonise, c’est Trystan qui s’empiffre.

Les Jujutrépides au musée

C’est les vacances scolaires 
jusqu’à mardi. 

Donc, pour survivre,
on va au musée. 


Bah oui. 
Le Jujutrépide, ‘faut le stimuler intellectuellement. 

Sinon, il devient intenable. 
Insupportable. 

Il tourne en rond dans la maison comme un lionceau en cage. 
Il faut l’occuper. 

Si possible, dehors, ça donne moins de trucs à ranger/réparer.
Et avec des animaux, c’est mieux. 

Comme en plus il fait plutôt frais et/ou moche en ce moment, quoi de plus logique et évident que le musée d’Histoire Naturelle de Cape Town ?

Il est situé tout en haut des Jardins de la Compagnie, en plein centre ville. C’est un bâtiment typique du Cap, joliment placé juste devant la Montagne de la Table: 

Quand on a dit aux monstres qu’ils allaient voir des bestioles, évidemment, nous n’avons pas eu à beaucoup les pousser pour nous y rendre. Ce sont même plutôt eux qui nous ont tirés pour y aller : 

Sur trois étages, il retrace le peuplement animal et humain en Afrique du Sud depuis les premiers dinosaures jusqu’aux derniers bushmans, décimés par la colonisation. 

Tout un étage est réservé à des reconstitution de la vie quotidienne des premiers humains de la région, et de leur art. 

Les autres étages sont consacrés aux fossiles, aux plantes, pierres et minéraux régionaux :

Apprendre à calculer l’âge d’un arbre. 
Et surtout à divers catégories d’animaux endémiques du pays, toutes plus intéressantes les unes que les autres. 


Beaucoup de reconstitutions en résine, mais aussi quelques bêtes empaillées. 
(“Répète après maman chéri : TA-XI-DER-MIE.”)

Animaux des océans : 

Trystan qui reconnait ses amis de Nemo 

Le Grand Cachalot, 20m de long, 1 tonne de calamars au menu chaque jour.

Un caisson.. à sons ! Permet d’écouter différents chants de baleines. 
Naturellement, les Jujus n’ont pu s’empêcher de nous interroger :

– “Pourquoi elles parlent pas les baleines ?”
– “C’est parce qu’elles chantent Trystan.”
– “Bin j’comprends rien à c’qu’elles disent.”

Oui, bon…

“Chuuuuut papa, y’a la baleine qui parle !”
Les autres étages sont réservés aux animaux terrestres, plus vrais que nature : 


Bien évidemment, le clou du spectacle : 

C’est gratuit pour les moins de 5 ans. 
Et en plus ils ont beaucoup d’humour : 



En sortant, vous pouvez facilement vous balader dans les jardins, histoire de bien achever la progéniture :

Vous les faites manger rapidos au ravissant et bucolique Company’s Garden Restaurant, et vous rentrez les pieuter pour la sieste.

Le crime parfait. 

Il était un petit navire

L’autre jour, j’ai surpris 

les Jujutrépides… 

… en train de “pêcher”. 


Comprenez : 
Sur la table de la salle à manger (1 bon mètre du sol), en train de laisser trainer les ceintures de leur papa, faisant semblant de taquiner le poisson :
– “Euuuh les garçons, vous faites QUOI là ?”

– “On pèss’.”

– Les garçons, descendez de là immédiatement. C’est DANGEREUX.”

– Boah non, nous on pèss’ pas d’requins.”

– “Trystan, c’est pas la question. Vous risquez de glisser avec vos pyjamas. Et la table est haute. Descends de là tout de suite.”

Et là, venu de nulle part, la REBELLION : 

– ET BIN C’EST MOINS GRAV’ QUE QUAND TOI TU VAS DANS LA CAZE’, AVEC PAPA.” 

– “… ?!?!… “

A ce stade, je ressemble à une carpe privée d’oxygène, qui regarde désespérément dans le vide.
Cette petite crevurette fait bassement allusion à notre plongée en cage du mois dernier, lorsque nous sommes allés observer les requins blancs…
…Et que nous les avons lâchement abandonnés à la babysitter du centre de plongée, leurs petits yeux mouillés de larmes car eux aussi voulaient “voir les ‘roo requins !”

Apparemment, y’a comme… Une arête qui semble restée en travers de la gorge. 

Je reprends doucement le dessus, sans réussir néanmoins à trouver de bon argument pour contrer cette réflexion somme-toute assez pertinente…

Je me résous donc à faire appel à l’autorité bête et méchante, celle où tout parent normalement constitué se réfugie lorsque son môme lui oppose un raisonnement censé, mais qui n’arrange pas des masses la cohérence de sa posture intellectuelle :

– “Trystan, ça n’a rien à voir, okay. On compare pas ce que font les grands et les petits. Descends de cette table avant que je ne te grignote les oreilles.”

J’obtiens gain de cause. 

Quelques heures plus tard, je repasse par la cuisine et retrouve… Mes deux moussaillons, à nouveau attelés à donner les meilleur d’eux-mêmes pour se briser le cou :
Je vois Tancrède perché en hauteur, en train de récupérer et d’entasser ses jouets, activement déménagés et ramenés par Trystan depuis leur chambre :


Dissimulée derrière mon piller, je sors, remontée, en criant : 

– “Les garçons !!!! JE VOUS AI DEJA DIT DE NE PA FAIRE CA CE MATIN. DESCENDEZ  IMMEDIATEMENT !!!!”

– “Mama arrête.”

– “PARDON ???!!!

– “Maman, c’est important. Avec Tancrèd’, on charge not’ bateau.”

– “… Vous chargez votre bateau ???…”

– “Oui on va partir en voyage pour visiter. Alors on prend les bagages. On revient bientôt, okay ? Byyyeee !”

–  ” Euuuuh non, pas okay chéri. Quand on est petit comme vous, on ne voyage pas tout seul. Et d’abord c’est même pas un vrai bateau. Descendez de là nom de nom de nom de DIEU !”

– “ET BIN ALORS JE VAIS PAS VOYAGER !! JE VAIS JUSTE ALLER VOIR Où PAPA IL EST Né, parce que LUI il est gentil avec nous !”

– “???????!!!!!!?????”

C’est QUOI le rapport avec le sujet ?
Pourquoi tant d’ingratitude et d’où vient cet odieux chantage ?!?
Mais que peut-il bien se passer dans ces petites têtes ??!?

Autant de toupet et de malhonnêteté intellectuelle… Ca dépasse l’entendement.

Je ne sais pas QUI est parti du postulat que les enfants étaient des petits anges tombés du ciel.
En fait, je me suis trompée : plus le temps passe, moins ça s’arrange.