En ce moment,
à faire la différence
Les Folles Aventures d'une Mère de Jumeaux
– “C’est paaaaaas vraiiiii !!!”
– “Bah si ! T’as encore fait des bêtises !”
– “C’est paaaaaas vraiiiii !!!”
Je sens alors qu’il serait avisé de réagir avant que la situation ne dégénère :
– “Alors Trystan, pourquoi elle t’a mis des tics, Sandrine ? Qu’est ce qui c’est passé ?”
– “… gruuumphff…”
– “J’ai pas bien compris Trystan.”
– “… J’ai un peu mis l’bazar. Et pi’ z’ai couru dans le couloir. Et z’ai déchiré des papiers aussi. Mais c’était un ACCIDENT tu comprends ? Ze voulais pas tellement en fait.”
Tancrède, décidé à en découdre, en rajoute une couche :
– ” T’fassson, toi et Samuel, c’est tout le temps VOUS qu’avez les tics !!!! Et des fois Eva aussi… Mais c’est ma copine Eva…“
A cet instant, je jette un rapide coup d’oeil dans le rétroviseur, m’attendant à découvrir les mains de Trystan accrochés au col de Tancrède, par dessus le siège-auto, avec les p’tits doigts qui tentent d’atteindre la joue du frérot pour le griffer au sang.
Anticipant ce futur sentiment de déjà-vu, je suis au bord de lever le ton et m’apprête à mettre un coup d’arrêt à cette scène mille fois répétée.
Mais à ma grande surprise, je vois Trystan bien calé dans le fond de son siège, qui regarde silencieusement le paysage par la vitre, d’un air las.
Je l’entends alors murmurer à l’attention de son frère :
– “De toute façon, tu m’écoutes zamais Tancrèd’. J’te dis k’c’est pas touzours moi qu’ai des tics.”
– “…”
Silence du frangin.
Je sens bien que Tancrède fait face à un dilemme.
Visiblement, la nouvelle technique l’a déstabilisé.
Il hésite à lui balancer une nouvelle vacherie.
Mais c’est là, je crois, que leur gémellité refait surface. Je l’entends alors qui lui dit le plus gentiment du monde :
– “Mais si j’técoute Trystan. Boah, sois pas faffé, c’est une blague… Demain à la maîtresse z’vais lui dire d’me mett’ le tic à moi, d’accord ?”
Sacrés zuzus.
Je t’aime moi non plus.
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| Le plus vieil arbre du Cap : un poirier Safran de 1652. |
Il écrivait d’ailleurs de nombreux courriers depuis cet emplacement :
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| Pas encore totalement au point la dactylo mon chéri… ! |
Mais depuis, l’air s’est rafraichi.
Et nos Jujus ont fatalement dû migrer vers l’intérieur, à la recherche d’un nouvel abri pour leurs activités illicites.
Ainsi débuta… La guerre des bureaux !
Car, naturellement, nos deux moutards ne savent pas jouer calmement à nos pieds, comme les enfants des images d’Epinal sur lesquelles de nombreux parents – comprendre : NOUS – soupirent régulièrement d’un air las, imaginant ce que serait leur vie s’ils avaient eu la chance de tirer au sort ce type de merveilles : les p’tits garçons et les petites filles modèles.
Bref, c’est pas l’propos.
Lorsque nos monstres débarquent dans le bureau, c’est donc Hiroshima.
Après de nombreuses semaines de bataille acharnée de part et d’autre de l’étage pour tenter de les maintenir à distance, leur papa a réussi – la technique m’échappe encore – à leur faire comprendre que l’endroit lui était globalement assez utile, notamment pour passer ses appels professionnels et finalement, pouvoir mériter ses sous à la fin du mois.
Il a, semble-t-il, brillamment réussi à passer un accord verbal avec eux, basé sur le compromis suivant : ils ont le droit de retourner son bureau, à condition qu’ils le fassent en silence.
Pauvre poussin, s’il savait… Que la majorité des adultes rêvent principalement du jour où ils pourront enfin cesser de bosser.
La vie est parfois mal faite.
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| Source http://www.crimestatssa.com |
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| Bon, bien sûr, faut s’accrocher un peu au début, mais en fait, c’est plutôt bien conçu. |
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| Voiiiiilà. FIAT LUX. |
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| La fameuse lumière dans les narines ou derrières les oreilles… |
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| Les animaux qu’on peut faire en jouant avec les ombres |
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| Les histoires de loup qui font super peur, juste avant d’aller se coucher ! |
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| Et même les sorcières imaginaires qui font toc toc à la vitre. |
– ” Tancrède, mon amour, tu ne veux rien manger, rien boire…
Qu’est ce que je peux faire pour toi mon pauvre coeur ?”
Et là, la réponse tombe, déchirante :
– “Bah me SOIGNER…”
Avant de me tourner le dos, las.
Lorsque je tente de le raisonner, je m’enfonce en réalité dans une discussion psycho-métaphysique, borderline psychiatrique, qui m’apporte assez peu de réconfort :
– “Chéri, je te vois, je t’aime, je sais que tu es là. Mais Tancrède à besoin d’aide il est malade, lui, okay ? Donc sois gentil : reste patient, le temps qu’il se soigne.”
– “Non mais moi aussi je sens que je tomb’ balade.”
– “Trystan t’es pas malade, arrête ton cirque.”
– “Mais siiiii, regarde, TOUCHE MA FIEEEEVRE !!!”
– “Trystan. Tu vois combien de maman, là ?”
– “Bah toi ! une seule !”
– “Bravo, une seule. Et là, tu vois combien de petits garçons ?”
– “Bah un seul.”
– “Ah ! Trystan et Tancrède, ça fait un seul ?”
– “Bah oui, un seul.”
A ce stade, tu as bien compris que tu ne vas pas t’engager dans une discussion psychologique sur la différenciation-identitaire-chez-les-jumeaux-monozygotes.
Le soucis, c’est que ce qu’il raconte ne sert pas le propos ni la démonstration.
– “Trystan, moi je vois 2 petits garçons : Tancrède et Trystan. Et maman, elle est toute seule. Donc elle ne peut pas se diviser en deux. Quand je m’occupe de toi, Tancrède attend, et quand je m’occupe de Tancrède, tu dois attendre, vu ? Ça fait bientôt 4 ans qu’on fonctionne comme ça, t’as dû remarquer quand même, non ?”
– “Bon, d’accord, mais alors donne-moi des bonbons. Pour attendre. Tu sais, les roooonds, là.”
Cette petite peste profite éhontément – mais néanmoins fort habilement – de la Règle n°743 qui stipule que quand on est BÂLADES, on a exceptionnellement droit aux pires sucreries : tartines de Nutella, glaces Haagen Dazs, petits gateaux secs 100% pur beurre, KatKet (comprendre KitKat), etc.
Naturellement cette loi ne concerne que les sujets atteints d’horribles miasmes.
Mais comme apparemment, les deux ne font qu’un – cf. ci-dessus – CQFD :
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| Apprendre à calculer l’âge d’un arbre. |
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| Trystan qui reconnait ses amis de Nemo |
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| Le Grand Cachalot, 20m de long, 1 tonne de calamars au menu chaque jour. |
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| “Chuuuuut papa, y’a la baleine qui parle !” |
Dissimulée derrière mon piller, je sors, remontée, en criant :
– “Les garçons !!!! JE VOUS AI DEJA DIT DE NE PA FAIRE CA CE MATIN. DESCENDEZ IMMEDIATEMENT !!!!”
– “Mama arrête.”
– “PARDON ???!!!“
– “Maman, c’est important. Avec Tancrèd’, on charge not’ bateau.”
– “… Vous chargez votre bateau ???…”
– “Oui on va partir en voyage pour visiter. Alors on prend les bagages. On revient bientôt, okay ? Byyyeee !”
– ” Euuuuh non, pas okay chéri. Quand on est petit comme vous, on ne voyage pas tout seul. Et d’abord c’est même pas un vrai bateau. Descendez de là nom de nom de nom de DIEU !”
– “ET BIN ALORS JE VAIS PAS VOYAGER !! JE VAIS JUSTE ALLER VOIR Où PAPA IL EST Né, parce que LUI il est gentil avec nous !”
– “???????!!!!!!?????”
C’est QUOI le rapport avec le sujet ?
Pourquoi tant d’ingratitude et d’où vient cet odieux chantage ?!?
Mais que peut-il bien se passer dans ces petites têtes ??!?
Autant de toupet et de malhonnêteté intellectuelle… Ca dépasse l’entendement.
Je ne sais pas QUI est parti du postulat que les enfants étaient des petits anges tombés du ciel.
En fait, je me suis trompée : plus le temps passe, moins ça s’arrange.