Mon fils, ce Petit Spirou

En fait, tout a commencé 

il y a quelques temps. 

C’est là que j’ai découvert 

que mon fils Tancrède, 

en fait, 

c’est le p’tit Spirou.

Je vous explique : 

Depuis un certain nombre de semaines, l’après-midi, lorsqu’on allait les chercher à l’école, on trouvait Tancrède la plupart du temps confortablement installé dans les bras d’une charmante jeune… femme ! 

Jolie, blonde comme les blés, Sud Africaine de 18 ou 20 ans, au bas mot.
Elle s’appelle Simone, et c’est la fille au paire de la famille de Zalan, l’un de leurs copains de classe, le meilleur ami de Trystan. 

Elle vient chercher le petit garçon tous les soirs après la classe et comme il traine souvent avant d’accepter de rentrer, elle a un jour “fait la connaissance de Tancrède qui attendait sagement sur le banc” – c’est cela, oui… – m’a-t-elle raconté. 
Véritable coup de foudre réciproque entre un petit ver et son étoile, qui le trouve “tellement-irrésistible-et-craquant-ce-petit-chou”. 

La pauvre, si elle savait. 

Bref, c’est pas l’propos. 

Toujours est-il que Simone est donc le nouvel Amour de Tancrède.
(Chaque deux mois, ce petit déluré change de chérie et la nouvelle a en général 3 ou 5 ans de plus que la précédente. A ce stade, dois-je m’inquiéter devant l’engouement de mon fiston pour les cougars ?)

Et c’est donc en récupérant un soir mon Tancrède encore rêveur, les yeux rivés sur Simone, s’éloignant d’elle tragiquement silencieux dans mes bras, que j’ai fait le lien :
Ou encore :

EN FAIT, TANCRÈDE, C’EST LE P’TIT SPIROU.

Outre la ressemblance physique : la coupe, le gabarit, la démarche chaloupée…
(QUI A DIT “Ah ouais, les oreilles et le front c’est dingue !” ??)


Il y a les attitudes, et les nombreux points communs : 

Affection pour les sacs à dos et autres valises trop lourdes pour lui, ainsi que pour les escargots et les petits animaux :


Détestation persistante du coiffeur, depuis sa naissance, et calvaire chaque deux mois, pour réussir à le garder assis durant l’opération : 

Inclinaison somme-toute très modérée pour les marques de tendresse.
Et puis, à dire vrai, à part les talons aiguilles de 10 cm et la mini-jupe, je me suis moi-même découvert de nombreuses affinités avec sa maman. 

Notre fantasme commun de ramener la marchandise au magasin :

Notre lassitude face à ces travers typiquement masculins :

La même gestion judicièro-parentalo-managériale des – mêmes – bêtises :

En fait.. Nous menons une vie de bande dessinée, avec nos Jujutrépides…

Le Nombre d’or du voyage

Dans notre cas, faire les valises, 

c’est un peu comme pratiquer 
un sport à haut niveau :

l’entrainement joue un grand rôle dans la réussite, 

mais c’est surtout le mental qui compte. 


Oui, chers amis, sachez que le bagage parfait représente un challenge d’une complexité réelle :

Naturellement, la contrainte essentielle reste celle des kilos qui – comme pour la circonférence de nos popotins –  sont toujours moins tolérés et plus traqués par les compagnies aériennes. 
Néanmoins, elle n’est pas la seule astreinte de l’équation : il faut aussi savoir remplir les valises de vêtements et d’objets qui seront TOUS utilisés. Dans le cas contraire, ce serait du gâchis d’espace et de masse.

A l’inverse, il s’agit de ne rien oublier non plus, car si durant les congés le moindre gilet  gris ou la plus petite paire de chaussettes beiges venaient à manquer, c’est toute la finalité de l’exercice qui serait mise à mal. 

Comme si le casse-tête n’était pas complet, il faut aussi savoir anticiper sur l’espace qui sera nécessaire pour ramener les nouvelles affaires qui seront inévitablement achetées durant le séjour. 

Bref, en résumé, la formule est simple : 

Vp = -P x Co x Ed
                  2

(Valise parfaite = moins de Poids x Choix parfait x Espace disponible, divisé par deux.)
Et c’est là que l’importance du mental prend tout son sens : 

Le moindre doute, la plus petite flemme, un minuscule instant de panique face à la date de départ qui se rapproche dangereusement et l’immensité du défi à relever… Et c’est le drame :
Oubliés les entrainements intensifs, les listes construites au cordeau et les réflexes d’optimisation. Le stress l’emporte, et c’est la totalité du contenu du placard qui migre sans réflexion et finit entassé tel-quel dans le sac, réduisant à néant tous nos efforts :
Jeu, set et match pour les pénalités de kilos supplémentaires, bonjour les couinements hystériques du type “chériiiiiiiiie, il est OÙ mon short noir, bordel !”… 
Bref. 
C’est LÀ que réside la différence entre les pros de l’empaquetage et les amateurs. 

Alors, voici, chers vous, quelques tips pour réussir votre prochaine valise.
Comme souvent dans la vie, c’est la stratégie des petits pas qui s’avère la plus efficace :

Etape 0 :
Plusieurs mois avant le départ, ne pas oublier de vérifier la validité des passeports et autres permis de conduire internationaux. 

Etape 1 : J-7
Réunir dans une pièce la totalité des bagages autorisés. 
Visualiser l’espace de rangement vide et donc disponible permet de faciliter le travail préparatoire de l’étape 2.

Etape 2 : J-7
Faire une liste des objets qui partiront. 
Pour cela, prévoir 7 jours d’avance.  

– Trouvez sur internet (tapez “Routard + ville de destination” dans google, c’est pas mal) les températures et niveaux de précipitations moyens du/des lieux de villégiature. C’est pas toujours 100% précis, mais ça donne une idée. Après y’a l’expérience naturellement, qui entre en ligne de compte.

– Faites ensuite une liste du type de vêtements ET accessoires dont vous aurez besoin, dépendamment des températures et des occasions qui se présenteront ou sports pratiqués (casual / soirée / plage / ski, etc.), par membre de la famille. 
Nota bébé : pour les enfants de – 5 ans, prévoir en double, pour les accidents (urinaires ou gastronomiques)

– Sauf départ pour moins de 10 jours (dans ce cas, prendre 1 tenue par jour et par occasion), établir une liste quotidienne sur 5 jours des vêtements portés par chaque membre de la famille (imaginez mentalement des pieds jusqu’à la tête. ‘Oubliez pas les yeux, avec les lunettes et/ou lentilles). Après ce délai, normalement, une machine à laver devrait vous permettre de réutiliser le stock disponible. 
Ah bah oui, on n’a rien sans rien.

– Faites enfin un liste dans votre tête des étapes de la journée (repas, bain, etc) et vérifiez que vous n’avez pas oublié d’objets du quotidien.  

– Une fois la liste complète, repassez là. 1 fois par jour pendant 5 jours. 
Vous allez voir que chaque jour apporte son lot de machins oubliés.  


– Pensez à l’administratifs : billets, passeports, reconfirmations, etc. 


– 36 heures avant le départ, checker la météo à 10 jours sur Euronews météo (pas Yahoo Météo, ils racontent n’importe quoi), ‘y sont hyper fiables. Rectifiez éventuellement.

– Attention, piège de débutants. 
1 bagage par personne de 22kg max autorisé. 
1 bagage supplémentaire si vous voyagez en business ou si vous être passager premium. 
La taille du bagage à main : 25×55 cm, 10kg max. 
Attention les compagnies lowcost c’est l’enfer : vérifiez toutes leurs données car elles sont toujours différentes de celles des compagnies aériennes classiques.  

Etape 3 : 
Remplir les bagages. 
Y’a des techniques d’optimisation de l’espace.
Genre les chaussettes et les slips dans les rainures pour ne pas gâcher de place. 
Bien scotcher les produits susceptibles de fuir. 
Eviter les piles mais plutôt placer tout en quinconce pour éviter la déperdition d’espace. 
M’enfin bon, je vais pas vous saouler avec ça. 
Sachez juste que si vous devez vous assoir dessus pour boucler la valise, c’est que vous avez échoué.

Etape 4 : 
Peser. 
Rectifier. 
Re-peser. 

Voilà.
Vous zêtes bons. 
N’oubliez pas les xanax pour les gosses, dans le sac à main. 

Aller, c’est les vacances, on s’détend.

Bisous, hein !

PS : le blog passe en horaires d’été : 3 posts par semaine. 
?!QUOI ?! ‘Faut bien que je me repose, non ?

Voilà, SURTOUT pas comme ça, la valise.

Merci Madeleine

Voilà, on y est.

C’est la fin de l’année scolaire. 

Incroyable comme elle a pu passer vite. 


Déjà terminée, la Petite Section !


On a pris un peu de rab’ en partant 15 jours avant la fin officielle des classes. 

(Oooh ça va, hein, si on ne le fait pas maintenant qu’ils sont tous petits, on ne le fera jamais.) 

Bref, tout ça pour dire que nos Jujutrépides ont bien pigé qu’un truc allait bientôt changer :

– “Mamaaaaaa ? on va bientôt prendre l’avion, c’est ça ?”

– “Oui chéri, dans quelques jours, ce sont les grandes vacances. On va passer deux mois et demis tout le temps ensemble, 24h/24 ! C’est pas GENIAL ça, mes poussins des îles !!” (Coué, quand tu nous tiens.)

– “Oui…”

OKAAAAAAAAYYYY.
Bonjour la motivation. 
Ça fait plaisir. 

– “Mais alors on n’ira plus à l’école ?”

– “Non, mon Tancrède, c’est le principe des vacances.”

– “Mais alors il va falloir dire au’r’voir à Sandrine et aux maitresses.”

– “Bah oui mon amour, mais la bonne nouvelle, c’est que c’est temporaire et que tu les reverras bientôt, quand on rentrera.”

– “Bon alors on va leur offrir du champagne ?”

– “??? Hein ???!?!?”

– “Bah oui hein, pour NOYEL on a donné du vin-des-grands à TOUTES les maitresses alors … bin … On a qu’à ENCORE en donner ! Moi je sais où elles sont les bouteilles, elles sont là, r’garde’, dans l’placard ! On va toutes les prendre d’accord !?”

Et là, je le vois qui commence à ouvrir consciencieusement la porte, faisant signe au férot, genre “aller, rapplique, on va devoir charger du fret”,  attrapant la bouteille de Dom Perignon 2004 par le col…

Tel un bon joueur de foot, insensible à la douleur, je plonge littéralement sur le sol en marbre, lançant devant moi les paumes de mains dans l’idée de rattraper au vol ou d’amortir la chute du jéroboam Moët et Chandon qui menace dangereusement de glisser des p”tites mains non-expertes par lesquelles il a eu la malchance de se faire empoigner. 
– “EUUUUUUUUHHHHHHH ! MON TANCRÈDE, que je t’explique : on ne peut pas offrir tout le temps du champagne à tout le monde, mon amour, c’est pas possible, tu comprends.”

– “Pourquoi ?”

– “Et bien… Et bien parce que le champagne ça pousse pas sur les arbres tu vois, et papa il doit beaucoup travailler pour en acheter. Donc on en offre que pour certaines occasions, comme Noël par exemple.” 

– “Et bin là c’est-la-casion : on part !”

– “Oui bon… Regarde, je te propose qu’on fasse un petit cadeau à la place, d’accord !? A TOUTES tes maitresses. On va faire des madeleines et on va leur mettre dans des petits paquets que tu vas distribuer avec ton frère, okay ?”

– “Ah oui ! Moi j’aime bien les madeleines !”

Trop contente de le voir enfin retirer ses paluches maladroites du pauvre champagne en sursis, je n’ai pas jugé nécessaire de lui préciser que les-dites madeleines ne finiraient pas dans le fond de son gosier…

Aussitôt dit aussitôt fait :


Naturellement, il a fallu monter la garde pour éviter le chapardage nocturne intempestif, mais les pauvres madeleines ont malgré tout réussi à passer la nuit.

Hystérie le lendemain matin pour savoir qui porterait le sac et qui distribuerait les paquets : 


Evidemment, Trystan a exigé d’être le chef-porteur-du-sac… 
Jusqu’à ce qu’il s’aperçoive qu’être celui qui donne les cadeaux aux gens était finalement plus sympa. 
Heureusement, l’une des grandes qualités de Tancrède – uniquement avec son frère, toutefois – est de présenter un caractère particulièrement conciliant. 

Arrivée à l’école…


… Et la distribution des p’tites madeleines a pu commencer. 

J’ai souri intérieurement devant le manque TOTAL de scrupules de mon fiston chéri, qui n’a pas hésité à tirer ENTIÈREMENT la couverture du mérite à lui :

– “Nathaliiiiiiiie, voilà ton cadeau !!! C’est pour dire merci de t’èt’ occupée d’nous !!! ET C’EST MOI QU’AI TOUT FAIT !!!”

C’est son fond d’honnête intellectuelle qui l’a perdu, semble-t-il : 
Il n’a pas pu s’empêcher de me regarder du coin de l’oeil. 
Voyant mon sourcil gauche levé en signe de doute ironique, il a corrigé de lui même : 

– “Oui… Enfin… On a fait tous ensemble, avec maman !!!”


Tout allait bien jusqu’à Gladys, la dernière maitresse :

Je vois Tancrède se rapprocher d’elle tout doucement. 
Elle se penche vers lui et j’entends alors mon fils lui chuchoter à l’oreille : 
nous on voulait donner du s’ampagne, mais c’est ma maman k’a dit non !

Je ne sais pas où j’ai trouvé la dignité suffisante pour sortir de l’école sans courir et me couvrir la tête. 
Mais la vraie question maintenant, est de savoir si j’aurai assez de courage pour me pointer le 2 septembre prochain. 


Jujupotd’colle

C’est tout nouveau, ça vient de sortir,

TADAAAAAAA :

Trystan fait dans la décoration. 


Ou plutôt dans la redécoration.

Vous allez comprendre : 

Vous sous souvenez il y a quelques jours, je vous expliquais à quel point trystan vivait difficilement la récente prise d’indépendance de son frère Tancrède, face à leur “couple gémellaire”. 

Le coupage de cordon continue de la part de Tancrède, et Trystan ne se contente plus de contester la décision unilatérale du frangin en étant insupportable avec les adultes.

Son frère ayant fait mine de ne pas comprendre, il a semble-t-il décidé d’apporter encore plus de clarté à son propos en entrant dans une résistance officielle et affichée.  
Celle-ci se traduit régulièrement par des saillies verbales on ne peut plus limpides  :

– “Noooooon, tu JOUES AVEC MOI, MAINTENANT !”

ou encore :

– “T’es MON FRÈRE À MOIIIIIIIIIII, tu vas pas faire ça SANS MOI, OKAYYYYYY !”

Bref, vous avez compris. 

Mais aussi par des prises d’initiatives assez cocasses en apparence, mais au fond un peu désolantes et émouvantes…

La dernière en date : il a déménagé son lit en travers de la chambre pour aller le coller à celui de son frère. 


Chaque jour, en rentrant de l’école, sa première action est maintenant de foncer tête baissée vers leur chambre. 
D’hurler ensuite : “Mamaaaa !!!! JE T’AI DÉJÀ DIT DE LAISSER MON LIT A COTÉ DE CELUI DE MON FRÈÈÈÈÈÈRE !!!!!”
Puis de commencer le réaménagement. 

Il va jusqu’à changer aussi de place leur “peaudel’éléphant”, pour faire bonne mesure.

Exceptionnellement, je ne fais pas de commentaires et évite de relever l’insolence, sachant qu’elle tient plus d’un cri du coeur et d’un appel au secours que d’un véritable mauvais pli éducationnel…

La première fois qu’il a fait ça, j’ai pris soin de demander à Tancrède : 

– “Chéri, tu es ok, si Trystan vient s’installer à coté de toi ?”

Devant les yeux implorants de son frère, j’avoue avoir eu le coeur drôlement serré…
Heureusement, celui-ci l’a vu, et lui a répondu, impérial : 

– “Euuuuh, oui, okay ‘chui d’accord Trystan, viens, t’es mon frère.”

J’ai vu que cette réponse l’avais rassurée et un grand sourire s’afficher immédiatement sur le visage de mon Trystan. 

Entre le premier qui s’affirme et le second qui apprend à s’exister sans lui… 
On n’est pas sortis de l’auberge gémellaire.

Dr T. & Mr. Tancrède

Tancrède, en ce moment, 

il me fait un peu peur. 


Je vous avais dit il y a de cela quelques semaines qu’il avait du mal à faire la différence entre la fiction et la réalité. 

Et bien, les choses ont encore évolué depuis. 
Je dirais qu’il est maintenant borderline schizo, genre personnalités multiples. 

Il est dorénavant convaincu d’être la Bête (comme dans La Belle & La Bête), et rien de saurait le faire changer d’avis. 
Il exige d’ailleurs qu’on l’appelle par son nouveau patronyme.  

– “Tancrède arrête ce cirque tout de suite !”

– “JE NE SUIS PAS TANCREDE, JE SUIS LA BÊÊÊÊEEETE !!!!”

– “Euh non t’es un petit garçon, et tu t’appelles Tancrède.”

– “Mais maman, tu comprends rieeeeeeeeen ! Et VOILÀÀÀÀ, t’as énervé LA BÊTE !!!! La Bête est TRÈS énervée maintenant. Et c’est ta faute.”

– “Tancrède, si tu continues, c’est moi qui vais m’énerver, et va y’avoir d’la viande au plafond, t’as compris !”

– “Ouaiiiiiiiis !!!! Pass’que moi, Z’AIIIIIIIME LA VIAAAAAANDE !!!”

– “Mais enfin Tancrède, qu’est ce qui te prend, récemment !?”

– “Ouaiiiiiiiis !!!!! La Bêêêête elle PREND TOUUUUUUUT !!!”

– “Elle va surtout finir par prendre une énorme fessée, oui, la Bête.”

– “Ouaiiiiiiiis !!!!! PAF PAF PAF !!!!!”

Désemparée face à autant de provocation, je tente autre chose : 

– “Et alors Tancrède, explique-moi, pourquoi est-ce que tu es devenu la Bête, au fait ? “

– “Ah bah ze vais te dire. Mais c’est un secret. J’vais te le raconter dans l’oreille : C’est pass’que TOUT L’MONDE a PEUUUUUUR de la Bêêêêêête, tu comprends !!”

– “??? (voix de maman effrayée) : Mais… Mais… Pourquoi donc, veux-tu que les gens aient peur de toi, mon amour ?!”
#MonFilsCePsychopathe
– “Bah pass’que comme ça, ça sera MOI L’CHEF !!!”

“Oh mon dieu.”, me dis-je. 
J’ai engendré une terreur qui veut dominer le monde…
C’est épouvantable, c’est toorrible, c’est taffreux !!!
Comment vais-je faire pour rectifier tout cela, car je ne peux tout de même pas rester là, les bras croisés, à regarder mon fiston chéri devenir cet ignoble monstre sanguinaaaaaaire !

Mais là – heureusement – mon cerveau rationnel me chuchote : 
“Keep cool ma poule, c’est l’âge, sentiment de toute-puissance, Surmoi, Eros-Pathos, tout ça. No panique.”

Je reviens à une respiration normale et lui réponds : 

– “Et bin moi je trouve ça dommage mon poussin des îles. C’est sûr, tu fais comme tu veux, mais il me semble que c’est quand même plus chouette quand le gens t’aiment, que quand ils te craignent. Tu crois pas ?”

Tancrède me regarde alors de ses grands yeux un peu tombants… Je vois bien que je l’ai légèrement dégrisé… 
Il regarde alors ses pieds, l’air penaud et me dit : 

– ” Et bin voilà, maint’nant, et bin… la Bête, elle est TRISTE…”

Pfffiiiiiou.
Tout n’est pas perdu. 

Les Jujumarins patrouillent sur l’Albatros

Dans la série “j’occupe les Jujus à fond”,
ce weekend nous avons eu l’occasion de visiter 

un bateau de la marine française :

L’Albatros. 

Ancien chalutier de pêche inauguré en 1966 sous le nom de Névé, il fut racheté en 1983 par la marine nationale et rebaptisé Albatros. 
Basé à la Réunion, le patrouilleur menait depuis, dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises, des missions de surveillance et de police des pêches. Notamment pour repérer et arrêter les braconniers de légines ou capitaines, ces poissons d’eaux profondes protégés, revendus à prix d’or au Japon ou aux USA. 
Il soutenait aussi des missions scientifiques, faisait du transport de fret humanitaire ou appréhendait parfois des trafiquants de drogue, par exemple. 

Devenu trop vieux pour naviguer et son équipage étant victime des réductions budgétaires, il est de passage en escale quelques jours à Cape Town, avant de repartir une dernière fois pour la France, pour y être désarmé cet été.

85 mètres de long, 2800 tonnes et 51 personnes pour le diriger, le navire est  accosté sur les quais du Waterfront encore endormis en ce samedi matin, le soleil tout juste levé sur la splendide Montagne de la Table qui lui fait face : 

Nos Jujutrépides s’en sont donné à coeur joie en jouant au Jujumarins durant toute la visite :

De la plage avant d’abord, avec le système d’amarrage, l’engin mitrailleur (ça donne pas envie de braconner…) et les 2 ancres règlementaires :

La plage arrière et la place d’hélitreuillage, ansi que les canots d’accostage : 

Y’a pire comme vue. 
Et enfin l’intérieur, avec les quartiers des marins (faut pas être claustrophobe pour exercer ce métier) et le centre de commandement :

“Euuuh fais gaffe à la marche Trystan….”
J’avoue que leur équipement anti roulis fait rêver… 
A la maison y’a pas de tangage, mais avec les garçons, ça pourrait s’avérer très utile… Les chaises fixées au sol par un système de ressort… A creuser. 

Barreur, radars, cadrans, boussoles… Il en faut pour faire avancer un bâtiment pareil et lui faire traverser les océans : 

Naturellement, avant de partir, les enfants ont eu le droit de toucher les coiffes des marins et leur pompon porte bonheur : 

Merci le consulat…
Maintenant, mes fils veulent faire matelots…

Découvrir le Deer Park Café

Quand papa n’est pas là, 

il faut IMPERATIVEMENT les occuper.


Tout faire pour qu’ils n’aient pas une seule minute pour réfléchir et réaliser que papa leur manque.
Oui sinon, le cas échéant, c’est l’hosto assuré, surtout au-delà des 5 jours d’absence.

Durant la semaine, encore, ça va : l’école se charge merveilleusement bien de les distraire à chaque seconde.

Mais le weekend…!
Pas un instant à perdre : les occuper, les divertir, les user, les épuiser…Jusqu’à ce que les cinq dodos soient écoulés. 

Une solution peut être celle qui consiste à les faire courir des heures durant au Deer Park et déjeuner au charmant café qui s’y trouve, le Deer Park Café :

Secret le moins bien gardé des capétoniens avec enfants de moins de 10 ans, ce petit parc fort bucolique, situé au 2 Deerpark drive west à Vredehoek est idéal pour les parents au bord de la crise de nerf. 

Grand, sécurisé, hermétiquement clos, bien équipé en balançoires, tourniquets et autres cabanes, il permet aux parents bien installés au restaurant – dont la vue sur leur progéniture est véritablement panoramique – de décompresser en toute tranquillité pendant que la marmaille dépense ses calories dehors, en toute sécurité.

Sandwichs, salades, délicieux hamburgers et sympathiques plats du jour se partagent l’affiche avec des jus de fruits frais et des tartes au citron meringuées digne d’attention ! Que des produits simples et frais, parfaits pour la circonstance. 

En fait, l’un de ces rares restaurant où emmener ses enfants ne tourne pas au cauchemar, mais reste un vrai moment de détente :

“T’as pas b’soin d’me surveiller mama ! Je tourne tout seul.”
Ah oui, effectivement, un vrai hamster…

Pour les fans de Street Art, vous retrouverez l’un des grands graffeurs sud africains : DalEst, qui a gentiment décoré le mur du fond, de la thématique du lieu. 

Et si vous en avez encore la force, vous pourrez toujours jouer à “balance mamaaaaa”, le jeu préféré des Jujutrépides : 

Se faire royalement pousser pendant des minutes entières par un(e) bon(ne) samaritain(e). 
Sauf que la bonne pâte, c’est vous. 
Et que les pachas en balançoire, c’est eux. 

Attention, néanmoins, pour assurer la propulsion d’une paire de jumeaux de 17 kg en évitant – dans la mesure du possible – la double luxation de l’épaule, il faut néanmoins maitriser un minimum de techniques : 

Je dirais que vous avez 2 choix, un peu comme pour les bib’ quand ils sont nourrissons. 
Soit les synchroniser, mais en ne poussant qu’une fois sur deux. L’avantage principal de cette méthode est d’éviter que l’esclave-pousseur ne s’épuise trop rapidement. L’inconvénient est évident : ça couine rapidement, devant autant de  mollesse. 
Il est donc préférable, lorsque le physique suit, de désynchroniser la paire, afin d’installer un mouvement de balancier régulier, qui permet en outre d’assurer une musculation bien symétrique des biceps. 

MAMAAAAAAAA plus HAUUUUUUUUT !!!!
Euh, c’est à dire que là, plus haut, c’est le tour du cadran Trystan….

Bref, un vrai paradis à Jujutrépides, qui n’ont d’ailleurs pas manqué de s’écrier au moment de partir : 
– “NOOOOOOOOOOOOONNNNNN mamaaaa, TOI T’AS KA rentrer !!! MAIS, nous, on REST’ LAAAAAAAAAÀ.

Comprendre l’Apartheid et découvrir le District 6 Museum

Venir s’installer et vivre en Afrique du Sud, 

c’est tôt ou tard en arriver à s’interroger 

sur la notion d’Apartheid. 


Complexe et multiple, autant dans son application politique, géographique et sociale, que dans ses origines et le récit historique qui en est fait aujourd’hui. 
On a du mal à savoir à quel saint se vouer pour obtenir l’explication la plus objective et complète sur cette période sombre de l’histoire sud africaine. 

“Apartheid” est un mot africaans d’origine française, qui signifie “séparation, mise à part”, et s’est traduit dans les faits par une division de la population selon des critères raciaux, le rattachement territorial et le statut social dépendant de la couleur de la peau. 
Contre toute logique historique et sociale, déchirant des milliers de familles dont les mélanges génétiques avaient créé des disparités, près de 20 millions de citoyens furent ainsi déclarés de seconde zone durant plus de 40 années (1948-1991). 

“Simple” aboutissement, plus rigide et sans échappatoire cette fois, d’une politique de ségrégation raciale ancienne déjà pratiquée durant plusieurs siècles par la VOC, la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientale, vis à vis de ses esclaves ? 
(Pour ceux qui ont manqué la visite sur le musée de l’esclavage c’est là.)

Résultat de l’anxiété historique des Afrikaners, les descendants des Hollandais installés au milieu du 17ème siècle, minorité blanche face à une masse de peuples Noirs environnants, obsédée par sa survie et drivée par une idéologie nationaliste et la conviction de sa supériorité culturelle ?

Conséquence des souffrances et des frustrations de ces mêmes Boers, comme on les appelle aussi, paysans hollandais pauvres écrasés et martyrisés dans les premiers camps de concentrations de l’histoire par un gouvernement de colonisation britannique installé par la force à la fin du 18ème siècle ; et qui n’a dès lors eu de cesse de les affaiblir, les pousser vers l’intérieur des terres et les spolier de tous les postes de responsabilités et des richesses naturelles (diamants et or) d’un pays qu’ils avaient pourtant largement contribué à développer durant 150 ans ?
Plus qu’une véritable haine du Noir ou un racisme profond, le besoin de s’élever dans la hiérarchie politique et sociale de la nation, pour prendre les rênes d’un pays, l’Union d’Afrique du Sud, déclaré officiellement indépendant en 1910 et qu’ils considéraient comme leur revenant de droit ?

Difficile de trancher péremptoirement, devant tant de nuances et de complexité historique… 

La mise en place du “Grand Apartheid”, au niveau macro économique et politique s’est traduit par de nombreuses lois de structure, encadrant tous les éléments de la vie de la population :  

– Loi d’interdiction des relations et des mariages interraciaux (1949).

– Lois qui régissent l’habitat et les déplacements de population (Group Area Acts 1950) :
Sur 7% puis 13% du territoire, étaient réparties 10 zones géographiques où les personnes Noires avaient le droit d’habiter : les bantoustans.
Dont 4 ont été déclarés officiellement indépendants : le Transkei, le Ciskei, le Bophuthatswana et le Venda :

Ce sont plus de 3 millions de personnes qui ont été déplacées à travers tout le pays.

Sous couvert d’indépendance et d’autonomisation, ces régions totalement artificielles, souvent enclavées, étaient les plus pauvres, sans ressources naturelles et l’activité économique y était faible. 
Tombées aux mains d’une élite Noire corrompue et privilégiée, elles devaient leur salut aux subventions étatiques : parfois jusqu’à 85% des revenus de la zone. 
Transformés en véritables ghettos et réserves de main d’oeuvre, ces espaces “ethno-linguistiquement homogènes” devaient permettre de garantir le nouvel ordre racial. 
Des autorisations de circulation étaient nécessaires pour tout individu de plus de 16 ans, afin d’en sortir. 
Des milliers de familles ont ainsi été privées de parents durant des années voire même des décennies : forcé d’aller chercher du travail hors de leur bantoustan d’attribution, un père de famille n’avait souvent plus les moyens de voyager pour retrouver les siens.

– Loi d’enregistrement de la population (Population Registration Act 1950) qui définit les 4 principaux groupes raciaux : Blancs (21% de la population à l’époque), Colored (9%), Asiatiques (3%) et Noirs (67%), dans cet ordre, chacun disposant d’une carte d’identité visiblement différente et poinçonnée avec la lettre du groupe ethnique d’appartenance. 



– Loi qui impose une transformation du système éducatif public de ces zones : effondrement de l’instruction et encouragement des métiers manuels (Bantu Education Act 1950), et qui explique encore la faiblesse actuelle de l’enseignement public dans certaines zones du pays. 

Des dizaines d’autres lois encadraient, pour leur part, le “Petit Apartheid” : 
Comme son appellation le laisse entendre il s’agit des détails et de toutes les petites mesquineries du quotidien : entrées spéciales pour les Noirs dans les établissements publics, bancs, toilettes ou transports publics réservés aux Blancs, etc. 



J’ai été choquée, une fois installée à Cape Town, de découvrir qu’il n’existait qu’un seul musée de l’Apartheid dans le pays : à Johannesburg.
Et aucun dans la région du Western Cape, pourtant très touchés par cette “politique de développement séparé”.

Cape Town se contente du District 6 Museum, du nom de ce quartier de la ville qui a subit de plein fouet les foudres séparatistes gouvernementales :
Petit faubourg accolé au centre ville, c’était un quartier populaire, pauvre et très cosmopolite de Cape Town, où toutes les communautés étaient représentées. 
En 1966, en plein Apartheid, il fut décidé de le détruire.
Officiellement pour des raisons d’insalubrité, mais en réalité pour ré-attribuer cette zone, idéalement placée dans la ville, à la population Blanche.  
60 000 personnes furent ainsi expropriées sans compensation, arrachées à leur lieu de naissance, et envoyées dans les townships alentours, dépendamment de leur couleur de peau. 
Et dès 1968, le quartier fût rasé. 
Des bâtiments devaient être reconstruits, mais devant les protestations, il fût finalement conservé à l’état de terrain vague, véritable balafre mal cicatrisée en plein coeur de la ville. 

Le musée qui porte son nom est en réalité une ancienne église qui accueillait de nombreux croyants du quartier, avant sa disparition. 
Elle a beaucoup servi de lieu de rendez-vous secret pour les personnes qui ont tenté de s’opposer à la destruction. 
C’est donc tout naturellement qu’elle a été transformée dès 1994 en musée commémoratif du fameux arrondissement 6.


Lieu de mémoire émouvant et pathétique, sans autre ligne directrice et cohérence que le souvenir, où ont été réunis un maximum d’objets du quotidien et de photos de ce quartier aujourd’hui disparu, et dont l’histoire n’existe plus que dans les pensées des survivants, qui attendent toujours un hypothétique remboursement compensatoire…

Immense tapisserie, brodée par les anciens habitants,
criant leur nostalgie et réclamant réparation…
Certaines plaques des rues du quartier ont été sauvées par les habitants :


`

Seules quelques photos et une grande carte posée au sol, dessinée de tête et à la main, rappellent aux visiteurs que des personnes ont vécu dans ce quartier. 

Le seul moyen pour un Blanc de vivre avec sa famille Noire ou métis était d’accepter d’être lui-même rétrogradé dans sa classification officielle, sans retour possible dans sa “caste” d’origine…


Des rebellions régulières et meurtrières eurent lieu dans tout le pays pour dénoncer le régime d’apartheid, tout au long des années 60, 70, 80 et 90 : défilés de femmes, milliers de Noirs pacifiquement installés devant les postes de police pour protester et rendre le fameux laissez-passer intérieur obligatoire, émeutes, attaques armées…
Toute la palette de la résistance fût utilisée, générant chaque jour plus de prisonniers politiques, dont le plus célèbre de tous : 

Nelson Mandela qui brûle pacifiquement son pass en 1960,
avant de plonger dans la rebellion armée et finir emprisonné dès 1962. 
Peu à peu, des soutiens internationaux commencent à se faire entendre : exclusion de l’Afrique du Sud par l’OMS, par le Bureau International du Travail et le Comité Olympique…
Après les émeutes de Soweto en 1976, écrasées dans le sang, c’est le Conseil de Sécurité des Nations Unies qui impose un embargo sur les ventes d’armes au pays.
Puis de plus en plus de nations décident de sanctions bilatérales. (diplomatiques, commerciales…)

Rongé par les critiques internes et internationales, ruiné par les guerres civiles et le coût d’une telle politique, l’état sud africain entame de premières réformes sous le gouvernement du président Pieter Botha : autorisation des syndicats, abolition des lois sur les mariages mixtes, les laissez-passer, les lieux publics…
Les élections de 1989 portent Frederik De Kleek au pouvoir. Il fait libérer Madiba, le chef de file de la résistance anti-Apartheid, en 1990 et les dernières lois-pilier sont abolies définitivement en 1991. 

Un long chemin vers la liberté, indeed…

L’Hiver à Cape Town

Evidemment, tout est relatif. 

Si je vous décris l’hiver à Cape Town, 

certains d’entre vous risquent de m’en vouloir un brin. 


C’est sûr, comparé aux 11 degrés de température médiane annuelle et les 8,5 jours de soleil par an que se tapent les Parisiens, Cape Town, c’est le paradis. 

M’enfin, quand même, durant trois mois de l’année, entre juin et août, c’est la fête à la grenouille. 

En GROS :
D’octobre à février, le ciel azur est irréprochable au quotidien, la luminosité est éblouissante, l’air est pur… (Ok, j’arrête.) 

Les seuls nuages que l’on voit, sont ceux qui s’attardent au dessus de la Montagne de la Table, et qui se déversent doucement de chaque côté, telle une lente vague d’azote liquide qui s’écoule le long de la roche :
Et puis, imperceptiblement, à partir du mois de mars, quelques cumulus font leur apparition : 

Vers Mai, le brouillard est souvent présent le matin, ou en fin de journée : 

Les couchers de soleil sont toujours exceptionnels, mais l’on sent bien que quelque chose est en train de changer :

Trademark Isabelle !!

Et puis fin mai, on y arrive. Il y a de plus en plus de jours couverts, pluvieux et franchement un peu lugubres, avec la brume salée et iodée apportée par l’océan dont l’eau tourne au gris-vert. 


Jusqu’à totale disparition de la ville :


A partir de là, on comprend bien qu’il va falloir réagir. 

On réalise aussi, quand c’est notre première année à Cape Town, qu’ici les maisons ne sont pas équipées de chauffage. 
Apparemment, les Sud Africains aiment bien sentir le froid mordant de la nature, au réveil, le matin. 
Seulement, quand on est pas sudaf, le froid mordant, ça va deux secondes. 

Alors on commence à s’équiper.  

On va chercher du bois pour la cheminée : 

Et on fait découvrir le bonheur d’une petite flambée aux Jujutrépides qui n’en avaient encore jamais vue !

“Woaaaaaah ‘man’ ! T’as vu, y’a du feu dans la maison !!!”
On investit dans le pilou et dans les UGG babies. 



On ressort les bonnes vieilles bouillottes, on fait souvent chauffer la bouilloire, et on attend le mois de septembre, sagement.

L’unique bonne nouvelle, dans cette affaire, c’est que bientôt… les baleines reviennent !

Chacun son Juju

Ces derniers temps,

Trystan fait dans la rébellion permanente.


Pas tellement à la maison, enfin… Pas plus que d’habitude, disons.
Mais surtout en classe, à l’école. 

Sa pauvre maitresse, lasse d’avoir recours au nom au tableau, aux tics, à la chaise rouge et au Dirlo (souvenez vous, ici) pour marquer cet esprit frondeur et contestataire, est venue l’autre matin, pour nous parler :

– “Oui, je voulais vous demander, est-ce qu’il se passe quelque chose de spécial en ce moment à la maison ? Je vous demande cela car Trystan est vraiment très difficile, dernièrement. Je suis obligée de le punir souvent et ça m’ennuie…”

Réponse parentale, leurs yeux rivés sur leurs chaussures : 

– “Non, non, rien de particulier… C’est curieux. Vous avez une idée de ce qui peut lui arriver ?”

– “Et bien, si tout va bien à la maison, dans ce cas, je pencherais pour une réaction de détresse face à l’émancipation de son frère Tancrède.”

– “?????? (parents hautement perturbés et laissés sans voix) ???”

– “Oui, et bien, je ne vous apprendrais rien en vous disant que Trystan aime bien mener son petit monde à la baguette…”

(Ça… C’est sûr qu’on n’apprend rien, non.)

– “Et surtout son frère Tancrède… Et bien depuis quelques semaines, celui-ci a vraiment pris son envol. ll est très heureux et très populaire dans sa classe, il  ose s’exprimer beaucoup plus facilement, il s’épanouit visiblement et arrive dorénavant à tenir tête à son frère. 
Je pense que tout cela perturbe beaucoup Trystan. Il doit probablement avoir le sentiment que son frère se “détache” de lui, cela doit être très douloureux.”

Entre temps, nous avions repris un peu d’oxygène : 

– “Ok… D’accord… Et que suggérez vous que nous fassions pour l’aider ?”

– “Et bien… Je pense qu’il est peut-être temps de songer à la séparer de classe, pour l’année prochaine. Et vous devriez probablement passer du temps individuel avec chacun. Pour les valoriser. Surtout Trystan. C’est souvent un conseil très valable avec les jumeaux d’ailleurs, car les parents ont tendance à les traiter comme une seule entité : une fois par semaine, faites chacun une activité différente avec eux, séparément, et inversez. Je crois que ça leur fera du bien.”

Ni une ni deux, le week-end dernier, voilà maman et papa partis chacun de son côté avec son Juju sous l’bras.

Tancrède a voulu aller faire les courses avec son père :
On met le pilou, on laisse le doudou…

On fait un gros câlin à son frère et on y va :
(Attention, chéri, tu l’étouffes là)

Trystan de son côté n’avait pas envie de sortir et voulait absolument jouer avec moi, en utilisant chaque jouet disponible dans la maison. 
(Vengeance personnelle, j’en suis certaine.)
Je sais de source sûre que Tancrède ne nous a pas réclamés une seule fois durant son escapade. 
En revanche, au bout de 15 minutes, Trystan commençait à s’impatienter :

– “KANTES’KIL RENT’ mon frèèèère ?”

Voyant que tout l’objectif de l’exercice était en train de tourner vinaigre, j’ai profité de le voir anéanti face à sa boite de billes vide – qu’il n’avait pas ouverte depuis des lustres et dont il avait oublié jusqu’à l’existence –  pour lui dire :

– ” Bon alors mon coeur, et si on allait t’acheter des billes au magasin ? On en profitera pour prendre aussi un gros poulet grillé à manger tous ensemble pour midi. Qu’est-ce que t’en dis ? “

– ” C’est une bonne idée mama. Et comme ça, on pourra ach’ter des billes à Tancrèd’ aussi.”
(…Oui bon, si on pouvait l’oublier deux secondes, ce serait pas mal…)

En voiture : 
Evidemment, arrivé à la boutique de jouets, PAS de BILLES. 
Rupture de stock. 
(Non mais franchement !?)

Il a alors jeté son dévolu sur 2 carabines en plastique.
Celles-là mêmes qui servent essentiellement à défoncer le crâne de son frère dès que l’occasion se présente, et qui avaient finies à la poubelle le mois dernier, ayant rendu définitivement l’âme après une ultime agression gémellaire. 
(Et probablement aussi un peu aidées par maman qui en a eu vraiment ras la frange de ces armes de malheur.)

– “Trystan, si c’est encore pour taper Tancrède, je ne veux pas t’en racheter.”

– “Non non mama, ze JURE, promesse, je vais pas taper Tancrède avec, cette fois. Zuste zouer. C’est pass’qu’il aime bien les KARABIN’ mon frère. “

Dans ces moments là, on comprend qu’un Juju “dominant”, quand il n’a plus rien à “dominer”… Et bien… les rôles s’inversent, en quelque sorte.

#Complexitégemellaire
#Lesjumeauxc’estpasdugateau
#Lesjujusc’estpasd’latarte