Cape Town, c’est petit.
Finalement.
Mais on ne s’y ennuie jamais.
En dehors des beautés naturelles et culturelles permanentes et inhérentes à la ville, nous avons la chance de recevoir régulièrement de grandes expositions internationales.
Cette année, nous avons eu le plaisir de découvrir la fameuse rétrospective “Toutânkhamon, sa tombe et ses trésors”
Celle-ci fait le tour du monde depuis 2008 et a été présentée partout en Europe, aux Etats-Unis, en Corée et en Afrique du Sud (où elle s’est achevée hier).
Ses prochaines destinations sont le Michigan aux Etats Unis et l’Allemagne (Dresde).
Cette exposition est originale et extraordinaire à plus d’un titre :
D’abord parce qu’elle réunit plus de 1000 reproductions fidèles, façonnées par des artisans locaux, selon les techniques de l’époque, des objets et trésors retrouvés dans la tombe du fameux roi égyptien.
(Il était devenu trop dangereux de transporter les originaux.)
Ensuite parce qu’elle est racontée (audioguide) par une voix personnalisant Howard Carter, le découvreur de la tombe, comme si nous suivions les traces de ses recherches, jusqu’à son apogée et la découverte du tombeau, ce qui rend la visite tout à fait palpitante : presque comme la lecture d’un polar.
Et pour finir, parce que les supports de présentation de cette exposition sont aussi inédits que divers : objets, statues, maquettes, peintures, vidéos, projection en 3D, reconstitution faciale… Tous liés par la trame de la fascinante légende de ce roi longtemps oublié de l’Histoire.
Pour les fans d’égyptologie, voici donc un petit condensé de cette merveilleuse aventure :
En 1922, après 20 ans de travail acharné, le français Jean-François Champollion déchiffre enfin la clef de la lecture des hiéroglyphes, grâce à la fameuse Pierre de Rosette, traduction trilingue (égyptien ancien et moderne mais surtout grec ancien) d’un décret officiel.
La même année, Howard Carter – simple dessinateur anglais débarqué en Egypte à 17 ans et rapidement promu inspecteur général du Service des Antiquités Britanniques à l’âge de 25 ans, avant de devenir guide touristique, puis de s’assurer du soutien d’un riche lord anglais qui financera ses fouilles – découvre enfin la tombe de Toutânkhamon.
Petit fils du grand roi Amehotep II et fils d’Akhenaton, connu pour avoir tenté d’imposer un bouleversement religieux monothéiste en Egypte, la vie de Toutânkhamon (seconde moitié du 14ème siècle avant JC), est longtemps restée inconnue de l’Histoire, son successeur Horemheb ayant fait raser et détruire toutes les traces de son éphémère règne.
C’est cette statue exceptionnelle, dont le nom du pharaon inscrit au dos semble avoir été oublié par inadvertance, qui a permis à Toutânkhamon de retrouver sa place dans la longue et riche histoire égyptienne.
La tombe du jeune roi, mort avant ses 20 ans dans des circonstances incertaines – les spécialistes s’accordent aujourd’hui sur un accident de char lui ayant infligé une blessure fatale au genou gauche – est longtemps restée cachée dans la Vallée des Rois : mort inopinément, sa tombe n’avait pas encore été préparée et il semble qu’il ait dû être inhumé dans un tombeau prévu initialement pour une personnalité de moindre rang.
Voici une maquette de son organisation en 4 chambres :
Une reconstitution minutieuse, basée sur les photos prises par l’équipe d’Howard Carter a permis de recréer à l’identique ces 4 pièces :
Après un corridor de 16 pas, une porte celée bloquait l’entrée à l’antichambre, pièce toute en largeur et peu profonde, aménagée avec 3 lits royaux utilisés lors de l’embaumement du roi et chargés d’objets et produits nécessaires au défunt pour son voyage vers l’au-delà : vaisselle, nourriture, chars démontés, tables, chaises, coffres, habits, souliers, armes, statues effigies de ses domestiques, miniatures de bateaux et de barques, etc.
Derrière cette pièce, une annexe complétait cet impressionnant équipement.
Il semblerait qu’elle ait été violée peu de temps après la fermeture de la tombe par des pilleurs, probablement dérangés par les gardiens de tombes, car elle a été abandonnée en désordre.
Quelques exemple d’objets retrouvés là :
A droite de l’antichambre, deux statues géantes, effigies de gardes interdisaient l’accès à la troisième pièce : la chambre mortuaire du roi, celée de l’extérieur:
Les murs de cette toute petite pièce (6 mètres par 4 et un peu plus de 3 mètres de hauteur), étaient entièrement peints de fresques retraçant le cheminement du roi après sa mort :
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| La cérémonie du transport du défunt de la ville au tombeau, à plusieurs centaines de km, dans la Vallée des Rois. |
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| Cérémonie du passage vers l’éternité |
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| Accueil du défunt dans l’au-delà, par les principales divinités de la mort |
Cette pièce comprenait un énorme coffre exceptionnel : une sorte de boite façon poupée russe, qui renfermait 3 autres caisses, aussi sublimes que fabuleusement décorées à la feuille d’or ou même en or massif, et en granit.
Sorte d’allégorie du chemin de résurrection du pharaon, qui devait passer de nombreuses étapes jusqu’à accéder à l’éternité.
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Ces boites sont couvertes d’inscriptions magiques cryptées par les prêtres égyptiens, et le secret de la vie après la mort n’a toujours pas livré ses secrets. |
A l’intérieur du dernier caisson en granit, le double sarcophage royal, 110 kg d’or massif…
Renfermant une dernière enveloppe en or, incrustée d’innombrables pierres précieuses :
A l’intérieur, la momie… carbonisée par ce qui semble être une auto-combustion chimique naturelle, provoquée par les produits utilisés lors de l’embaumement. Elle était positionnée selon des rites extrêmement précis, entièrement recouverte d’ornements et de centaines d’amulettes magiques censées protéger le corps du pharaon, celui-ci devant impérativement rester intact pour permettre à l’âme et au corps de se réunir, chaque nuit, et ainsi prétendre à l’éternité…
Le masque funéraire de Toutânkhamon, probablement la pièce la plus connue du trésor du roi, d’une impressionnante modernité : la coiffe or et bleu symbolisant le ciel et les rayons du soleil, le cobra et la tête d’aigle, puissants gardiens de l’intégrité du Roi, la barbe attribut symbolique de Pharaon, les pierres précieuses, aux pouvoirs protecteurs…
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| Dernière proposition de reconstitution faciale de Toutânkhamon. |
Et enfin, la dernière pièce du tombeau, le trésor du pharaon : bijoux, armes d’apparat, objets et statues en or…
Parmis ces centaines d’objets, un dernier caisson en or massif, renfermant les canopes (vases contenant les viscères du pharaon).
Une merveilleuse manière, pour les grands et les petits – puisque ceux-ci disposent d’audioguides aux explications simplifiées et adaptés à leur âge – de découvrir ou redécouvrir un aspect passionnant de l’histoire égyptienne.