Goldorak & les Jujutrépides

Leur père en fait 

des petits sauts de bonheur. 


Apparemment c’est SUPER important pour lui de pouvoir ENFIN partager cela avec ses fils. 
Ça lui rappelle son enfance, tout ça.

Moi je suis assez réservée sur la question.

En gros : il y a quelques semaines, le papa des Jujus a estimé judicieux de leur faire découvrir GOLDORAK. 

Je ne vous ferais pas l’insulte de vous rappeler qu’il s’agit d’une série animée japonaise des années 70, avec un fameux prince de l’espace, Actarus, venu se réfugier sur terre. Il passe son temps, avec son super robot volant – Goldorak – à sauver des gens de l’anéantissement, activité favorite de l’infâme Hydargos, extraterrestre venu d’une autre planète et obsédé par l’idée de faire disparaitre les humains, ainsi que son ennemi viscéral, Actarus.  

Globalement, après observation – parcellaire, mais néanmoins attentive – je dirais que les 74 épisodes sont tous basés sur le même scénario : 
Tout va bien au Ranch du Bouleau Blanc où Actarus tente de mener une vie normale de garçon d’écurie.
Mais tout à coup, Hydargos décide de s’énerver, la stratégie préférée de ce dernier étant d’attaquer des innocents (des enfants en particulier) pour forcer la main du héros, qui naturellement, ne peut résister à mettre sa vie en jeu pour sauver le monde.
Actarus enfile alors comme il se doit son super collant rouge, monte à bord de Goldo et hurle “Goldorak goooo !” avant de s’envoler dans le ciel. 
Là, une bataille aérienne terrible s’engage entre le prince – tout seul, donc – et les armées invincibles des Forces de Vega, l’employeur de Hydargos, pour ceux qui sont déjà paumés.

C’est l’occasion pour la voix en off de dire plein de gros-mots, qui semblent tous correspondre à des types différents d’armes disponibles à bord de Goldorak : 
AstéroH, Fulguro-poings, Cornofulgur, Retrolaser… Y’en a des tripotées, tous aussi ridicules les uns que les autres. 
A la fin, naturellement, c’est toujours les mêmes qui gagnent : les gentils. 

Et c’est là que le bas blesse : 
Animations ultra basiques et limitées, couleurs criardes, dialogues ras-les-paquerettes, violence récurrente – en même temps, La Belle séquestrée chez la Bête ou la mère de Bambi butée par le chasseur chez Disney, c’est pas beaucoup mieux, je vous l’accorde… – morale vraiment binaire (le bien contre le mal), musiques complètement grotesques (voire borderline)  …

Quoi ? J’invente rien : 

(Goldorak GO !!) (Goldorak GO !!)

Actarus dans ton Goldorak                     
Toi, le Prince de l’espace                      Actarus toi dans ton robot
Tu n’as jamais peur de rien                    
Le champion de la Terre                      Tu décolles à l’aventure
Quand l’armée de Vega attaque             
Tu te moques des menaces                  Tu détruis les vilains oiseaux
Tu lances tes fulguro-poings                  
Avec ton rétro-laser                             A coups de corno-fulgure
Toi, le Prince de l’espace                        Pour l’amour des oiseaux des fleurs     Pour l’amour de la liberté
Chevalier à la rose                                Et pour l’amour des enfants                 L’amour de la vérité
Tu te moques des rapaces                    
Tu seras vainqueur                             Goldorak tu es plus forts
Quand tu cries METAMORPHOSE !!        
Des géants et des méchants                Que les anges de la mort



“Pour l’amour des oiseaux, des fleurs et des enfants ?!?!”
Vraiment !?!? 
De nos jours, on vous colle au gnouf pour moins que ça…

Mais pour une raison qui m’échappe totalement, les GARÇONS (les 3, donc) ADORENT cette série. 
Sentiment de toute puissance, tout ça, je pense. 

Leur degré de concentration atteint des sommets lorsqu’ils sont assis devant l’un des épisodes : 

Ils discutent alors entre eux, le plus sérieusement du monde, de la situation et des options qui s’offrent aux protagonistes. 

Les Jujus ont maintenant bien intégré le vocabulaire goldorakien, ainsi que la gestuelle qui va avec. 

Adieu Cendrillon, Aurora, Rebelle (pardon, ROBERT), Raiponce, Mulan, Blanche Neige et autres princesses, bienvenue aux monstres de l’espace…

Dorénavant, ils exigent même de leur père tous les matins, aux alentours des 05:50, à la pointe du jour pour ne pas perdre de temps, un dessin (chacun) du “robooooo k’a des cooornes !”…


l’objectif étant d’aller le montrer aux copains et de bassiner leurs maitresses – qui m’ont clairement fait comprendre depuis que la petite plaisanterie avait peut-être assez durée ! – avec ses aventures…

Depuis peu, ils ont même commencé à réclamer des copies, afin de pouvoir en faire un p’tit trafic et les distribuer à l’école, entrainant les autres enfants dans leur sillon japonais : 
Les jumelles de la classe de Trystan, Victoire et Maxine, semblent avoir particulièrement bien accroché. Apparemment l’échange sur le sujet s’est même poursuivi l’autre matin dans la cour de récréé, entre les 2 paires de Jujus et Jujettes, ainsi que leurs pères… 

Cette affaire commence à prendre des proportions inquiétantes.

Enfin, après tout… Tant que c’est leur paternel qui doit dessiner et qui se tape les photocopies…

Découvrir Aubergine

Voici une nouvelle table 
gastronomique de Cape Town

que j’ai bien envie 
de partager avec vous !


Enfin, “nouvelle”…
Aubergine est une petite institution, ici.  
C’est l’un des plus anciens restaurants de “cuisine sophistiquée” de la ville, et qui a su rester au niveau depuis de nombreuses années, régulièrement primé par des prix de gastronomie sud africains ou internationaux. 

Situé au 39 barnet street, en plein coeur de Cape Town, le restaurant est installé dans une veille et belle maison coloniale du début du siècle, une ancienne maison close apparemment !

La terrasse, ouverte durant les beaux jours. 
La décoration est un mélange d’élégance et d’impressions rustiques (bois, poutres, matériaux naturels), rappelant un peu l’ambiance d’une ferme. 
Ce choix n’est sans doute pas un hasard, le chef allemand Harald Bresselschmidt ayant vécu toute son enfance dans l’exploitation de sa grand-mère, près de la frontière belge. 

La cuisine est globalement classique, le chef étant attaché aux traditions culinaires européennes. 
On ne vient pas ici pour goûter à des plats révolutionnaires, mais pour profiter d’une vraie maitrise de la gastronomie occidentale : cuissons exceptionnelles, alliances de saveurs solides et réussies, richesse et authenticité des produits.

Le chef étant marié à une Sud Africaine d’origine indienne, il n’est pas rare qu’il décide de vous proposer des plats inspirés de cette région du monde. 

Tous les plats sont accompagnés de légumes, tous parfaitement préparés. 
Plusieurs propositions sont d’ailleurs uniquement végétariennes. 
Un petite coup de coeur naturellement, pour le légume préféré du chef : l’aubergine. 

La carte des vins est exceptionnellement étoffée et d’excellente qualité. 

Soufflé d’aubergine au fromage de chèvre et sa vinaigrette au romarin…

Galette d’asperges marinées, salade d’artichauts et raisin rissolé au beurre blanc…

Carpaccio de boeuf wagyu et foie gras praliné, gelée de sureau…

Lapin revenu au beurre de noisette et ses gnoccis à la mourtarde…

Parfait au caramel et à la mandarine…

Fondant au chocolat et sa glace au thé et à la lavande…

Voilà une idée de ce que vous pourrez commander chez Aubergine. 

Amuse bouche : parfait mousseux au saumon, confit de fenouil et gelée de citron.
Abalone sauté à l’huile d’olive, risotto à l’encre de seiche et au citron vert, petits fenouils croquants. 
Un grand classique de la maison :
Le strudel d’agneau rosé, sa ratatouille de petits légumes et sa galette de banane braisée.
Boeuf Wagu grillé à la perfection et a mousse de petits légumes.

Ce restaurant est aussi l’un des rares à proposer un assortiment de fromages d’excellent niveau : 

Les desserts et mignardises de fin de repas sont à la hauteur du reste et du service, un tout petit peu lent, mais aux petits soins. 

Tartelette de fraises
Parfait au chocolat
Tuile caramélisée aux fruits secs.

Pour une belle occasion en amoureux par exemple. 

Jujus discipl(inés) ?

Je vous en parlais 


Cela fait plusieurs semaines que les Jujutrépides ont commencé leurs activités périscolaires de l’après-midi :

Karaté le lundi pour les vider de cette magnifique énergie quelque peu débordante, accumulée durant le week-end.
Et yoga le jeudi pour prendre soin de leurs p’tits nerfs, et nous les livrer bien zen en fin de semaine. 

Parfait, quoi.

Amusant de voir comme chaque Juju, s’il participe aux deux activités, commence déjà à montrer une préférence assez marquée pour l’un ou l’autre : 

J’entends maintenant régulièrement la voix exceptionnellement posée et concentrée de mon fils Tancrède, venant de sa chambre ou du salon de télévision, psalmodiant en rythme la base des mouvements d’apprentissage de l’art martial :

– ” KIK ! PEUN’CH !  KIK ! PEUN’CH ! KIK ! PEEEEEUN’CH ! 
(“kick” and “punch”, “donner un coup de poing” et “donner un coup de pied”, donc.)

Cela peut durer des minutes entières, durant lesquelles mon fiston chéri, bien campé sur ses p’tites jambes, alterne bras tendus, poings serrés devant lui, et jambes projetées vers l’avant. 


De son côté Trystan n’est pas en reste mais me dit régulièrement que : 
“C’ke z’aime, moi, c’est l’yogaaaa !”

Il est très fier de me montrer les différentes postures qu’il apprend. 
Ces maîtres sont décidément vraiment brillants : chez les enfants de moins de 10 ans, cette discipline est enseignée au travers du jeu, l’objectif étant d’imiter les animaux. Chaque posture porte donc le nom d’une bestiole, ce qui amuse beaucoup les petits

Là où il m’a fallu deux années d’entrainement bi – voire tri – hebdomadaire pour arriver à produire un cobra digne de considération ou assurer un chien-tête-en-bas avec les talons qui touchent correctement le sol, ce petit énergumène l’a atteint en 4 séances de 30 minutes. 

C’est, globalement, assez vexant.

Mais naturellement, il est aussi très réjouissant de s’apercevoir que sa petite progéniture regarde dorénavant ses dessins animés plié en deux, la tête en bas, la télévision apparaissant alors entre les jambes, cette position lui apparaissant visiblement très confortable.
Je souris aussi en le voyant très concentré sur ces lego pendant qu’il bat de ses petites jambes croisées, pour faire le “papillon”, émerveillé par ses propres réussites :

Langues étrangères, sports, mémoire, y’a pas à dire, les enfants ont plusieurs longueurs d’avance sur nous !

Papa, maman elle fait peur

Naaaaaaaaan mais franchement, 

ça peut paraitre un peu surfait. 

Il arrive bien à certaines rares occasions, que l’on puisse vraiment les admirer dans la région.
Genre, après avoir parcouru 150 km, un jour-de-beau-temps-mais-pas-trop-non-plus-et-surtout-sans-vent-ni-nuages-mais-un-peu-quand-même, entre le 12 juillet et 14 octobre, si vous arrivez pile poil au moment précis où-elles-remontent-respirer-mais-dépêchez-vous-car-ça-ne-dure-que-5-minutes-toutes-les-demies-heures. 

Malheureusement, le reste du temps, il faut bien l’admettre, c’est un peu déceptif. 

En fait, voilà : les baleines sud africaines, c’est un peu comme le dahu des montagnes savoyardes ou le yéti au Népal, voyez. 

Enfin, à la différence près qu’elles existent pour de vrai. 
Mais il est si difficile de les voir, que des groupes de messagerie instantanée ont  même été créés pour rester informé de leur passage. 
Si vous avez des copines sympas qui prennent leur téléphone pour vous prévenir, ça marche aussi, le code est assez clair : 

Viiiiite poulette !!! 🐳🐋🐳🐋🐳🐋🐳🐋 !!!”
A CHAQUE FOIS, on y croit. 

On se dit que ÇA-Y-EST-C’EST-LA-BONNE-CETTE-FOIS, on va les voir sauter en l’air juste devant notre nez et faire des sourires à l’iphone. 
Il s’agit alors de suspendre son activité, toutes affaires cessantes :
Le tian de légume à mettre au four, le gosse dans son bain plein de mousse sur la tête, le coup de téléphone hyyyyper important du patron…
QUOI QUE l’on fasse, on s’arrête, on met une serviette sur le crâne et on débranche.

On prend alors les clefs de bagnole. 

On hurle “viiiiite les garçons, y’a les baleines !!!”
On monte tous précipitamment dans la voiture, on emboutit le portail pour sortir à 60 km/h du garage, et on fonce pour faire les quelques kilomètres qui nous séparent du paradis. 

Curieusement, les enfants se lassent très vite de ce petit jeu :

– “Woaaoooh naaaan… Maman… Mais on en a déza vu pleiiiiiin des baleines…”


Là, tu te dis que t’as quand même un petit peu envie de les secouer vertement, histoire de leur rappeler la chance EXCEPTIONNELLE qu’ils ont de vivre des aventures aussi EXTRAORDINAIRES. 

D’ailleurs, tu le leur dis.
En montrant ostensiblement ton énervement et ta déception devant cette insupportable attitude blasée d’enfant trop gâté.

Tu leur fait la leçon. 

Tu désignes d’ailleurs avec insistance les SPLENDIDES paysages devant lesquels ils ont la chance de passer chaque jour, pendant que leur père – le nez sur le volant et le pied écrasé sur l’accélérateur – fait de son mieux pour arriver au point signalé dans les meilleurs délais. 

Arrivés dans le virage à 90° où tu décides malgré tout d’arrêter la voiture-pass’que-c’est-quand-même-pas-tous-les-jours-qu’on-voit-des-baleines-juste-en-bas-du-quartier-bordel, tout le monde saute avec excitation et marche le plus en avant possible sur la corniche !

Là, Tu hurles littéralement à tes enfants : 
– “LÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀ ! mes amours REGARDEZ !!!!”


Mais seul le silence te répond. 

Pourtant tu l’as bien vu cet énorme jet d’eau !
Tu insistes, alors : 
– “Mais siiiiiii mes chéris làààààààààà !”

Tu commences même à t’emballer, devant ces dizaines de petits geysers qui apparaissent subitement à la surface de l’eau. Tu réalises que c’est un énorme troupeau que tu as devant les yeux. Que, même si tout ce que tu arrives à percevoir de si loin – des jets d’eau et des bruits de tuba de plongée dans lesquels on souffle – c’est une occasion unique !

Oooh, ça va, hein.
Rooo mais arrêtez un peu : bien sûr que vous les voyez !
Là au milieu, tous ces p’tits points blancs.
Mais là, le couperet tombe, clair net et sans bavure :

– “Ah oui mama. Merci. z’ai vu. Voilà. C’est bien main’nant.”

Et tu vois alors le gamin qui recule lentement, sans geste brusque, te scrutant discrètement d’un oeil un peu inquiet, comme pour vérifier que tu ne vas pas lui tomber dessus tel le guépard sur sa proie…
Doucement, tu le vois s’éclipser pour chercher une pomme de pain ou un caillou quelconque, histoire de faire passer ce moment pénible (ou de se défendre ???!!!), le temps – visiblement – que sa mère se calme un peu et que l’on puisse repartir dans l’autre sens. 
En fait, le pauvre gosse t’as regardée avec ce qui ressemble globalement à beaucoup de pitié et un peu d’incompréhension dans les yeux. 

Tu sens bien qu’il a voulu te faire plaisir. 

Mais qu’il s’en fou royalement. 

Voire, à la manière dont il fixe son père comme pour se rassurer, que tu commences sérieusement à lui foutre les j’tons avec tes histoires de chance-extraordinaire-de-voir-des-baleines.

Alors bon…

Tu te calmes, tu arrêtes de vociférer comme une hystérique sortie d’asile, et tu reprends la voiture pour rentrer. 

Tu regardes les magnifiques paysages, silencieusement, pour n’effrayer personne de ton enthousiasme – probablement – un peu excessif. 


Et arrivée à la maison, tu vas t’assoir sagement dans le canapé sur la terrasse, au coucher du soleil, pour admirer les V de mousse blanche qui POUR LA PREMIERE FOIS EN 1 AN flottent PILE POIL DEVANT TA baraque. 
A toi.

Et là tu t’en fous :
T’es SUPER Heureuse. 

Quand nos enfants nous collent la honte

En ayant des enfants, 
on découvre que les hontes, 

il en existe beaucoup de sortes. 


Les hontes en privé, les hontes en public, les hontes religo-politico-sociales, les hontes affectivo-amicales… 
Leur diversité est pratiquement illimitée :

Il y a celles qu’ils ont eu l’indulgence de nous faire subir à l’abris des regards extérieurs. On les garde pour nous, mais elles font TRÈS mal à l’égo.

Genre, sur les coups de 05:45 du matin, quand ils viennent t’extirper de force du lit : 

– “Mhuuuum, tu sens pas bon de la bouche c’matin mama !!! ‘y faut bro’cher les dents tu sais quand on s’réveille !” 
BIM.

Ou encore, après avoir passé l’été entier sans sport, à s’enfiler des Saint-Marcelin-sur-demie-baguette ou des Briat-Savarin-truffés-sur-toasts-grillés dont tu es privée durant le reste de l’année :

– “Mais maman, t’as un RO’ ventre maintenant ?! Y’a un bébé la d’dans ou c’est zuste dev’nu ‘roooooooo ?”
BAM.
Naturellement, il y a aussi les hontes publiques, l’énormité assénée par votre progéniture donnant inévitablement aux autres un aperçu – parfois horriblement injuste – de l’éducation que vous lui dispensez. 

Quand la maitresse de l’école vous attrape le soir à la sortie en vous disant, le sourire narquois au coin des lèvres : 

– “Alors maman, comme ça, vous dites à Trystan de ne pas raconter qu’il avait de la fièvre au réveil ce matin, hum ?”
Genre “t’as voulu nous refourguer ton mouflet surinfecté de virus pour pas avoir à le garder à la maison, c’est ça !”. 

Et là, tu t’effondres.  
D’abord parce que tu n’a JAMAIS dit ça à ton saligaud de gosse – et pour cause, il n’a jamais eu de fièvre ce jour là ! – qui prend décidément un malin plaisir à te fourrer dans des situations impossibles.
Ensuite parce que tu es JUSTEMENT probablement la SEULE mère super civique de la classe à garder ton gamin chez toi quand il commence A PEINE à être malade car tu as toi-même trop subi par le passé la contagion sur tes propres enfants…
Et enfin parce que tu réalises que nier va juste te desservir encore un peu plus. 

A l’opposé, il y a aussi les terribles phrases – vraies – qui te font subitement réaliser que tu as vraiment raté le coche sur un truc et qu’il est temps de revoir urgemment certains principes éducatifs :

En s’adressant au parterre d’assistantes scolaires (4 ou 5, au bas mot) avec qui ils discutaient, la langue bien pendue comme à leur habitude, au moment où tu viens les reprendre l’après-midi : 
– “Nooooon mais tu sais Gladys, avec maman, c’est pas pareil : après le pipi on se lave JAMAIS les mains !”

TADAAAAAAAAAAA.
Voilà voila…

Il y a aussi les réflexions qui te coupent du monde social dans lequel tu évolues: 

Du “Lui, j’l’aime pô !!!”, venu de nulle part, avec le p’tit doigt bien pointé vers le mari de ta super copine…

Au “Maman, est-ce que c’est ELLE la dame que tu dis qu’elle t’éneeeeeerve ?”
(Là, franchement, c’est bien fait pour ta tronche, t’avais qu’a pas dire du mal de quelqu’un. Quoiiiii, “ça t’arrive PRATIQUEMENT jamais !?!” Et bin dis toi qu’avec les gosses UNE SEULE FOIS SUFFIT.)


Bien évidemment, il y a aussi les hontes culturelles. 
Celles qui sont causées de manière véritablement ingénue mais qui sont aussi les plus compliquées à gérer, car tu ne sais jamais comment la personne en face va réagir : 

Elles vont du : “Et pourquoi le monsieur il est tout noir ?”, hurlé en plein milieu de l’aéroport et adressé au chauffeur du taxi alors que tu viens à peine de poser les pieds en Afrique du Sud… Et qui, naturellement, est congolais.
(Traduction pour ceux qui ne suivent pas bien : il parle français.)

A la discussion surréelle entre ton fils et sa petite copine de classe, de confession juive qui lui dit a brûle pourpoint, à la sortie des classes :

– ” Et toi Tancrèd, tu vas à la synagogue ou à l’église’?!”

Là, tu vois la mère de la gamine qui devient absolument écarlate, tu te marres intérieurement car pour une fois, c’est pas tombé sur toi, et puis naturellement tu rigoles ostensiblement pour la mettre à l’aise. (Tu sais trop bien ce que c’est)

Sauf que ce que tu n’avais pas prévu, c’est la réponse de ton misérable moutard: 

– “Bah non Thalie, l’église c’est pour les CLOCHES !!”

Nota Bébé
Je tiens à signaler à tous mes amis de religion chrétienne que nous n’avons, leur père et moi, JAMAIS dit cela. 
C’est pas de notre faute si notre fils Tancrède associe les églises aux cloches… Ce qui est, sommes toutes, assez logique…
BREF. Passons. 
On s’enfonce là. 

Ne pas oublier également les phrases choc qui donnent pour toujours une image  de toi follement réjouissante à ton entourage.
Par exemple, ton fils, le dernier jour de l’école de l’année, qui distribue des petites madeleines-pour-dire-merci, gateaux que tu as passé l’après midi entier à cuisiner et empaqueter dans des petites boites, et qui chuchote à sa maitresse:

– “Tu sais, moi j’voulais t’donner les bouteilles de champagne que maman elle garde dans son placard à la maison, mais c’est ELLE qu’a pas voulu.”

Ou comment ruiner UNE ANNEE COMPLETE d’efforts de socialisation. 

Et puis il y a les hontes atroces. 
Celles qui font de la peine aux gens, mais tu ne peux rien n’y faire, car le mal est fait : 
Quand tu es invitée à passer l’après-midi chez des amis avec tes enfants, que ton amie, l’hôtesse, passe gentiment tu temps avec ton lardon et que celui-ci, en la voyant allumer sa cigarette sur la terrasse, lui balance : 

– “Naaaaaaaaaaaan !!!!! Les vieilles comme toi, elles doivent pas fumer !!! C’est pas bon pour ta santé…”

Genre dans la même phrase : t’as un âge canonique (40 ans) + tu vas bientôt mourir d’un cancer des poumons. 


Le pire, c’est que toutes ces horreurs sont directement liées à leur sincérité naturelle, leur absolu manque de barrière entre ce qu’ils voient, ce qu’ils ressentent et les phrases qui sortent de leur bouche. 
Bref, leur honnêteté. 
Celle-là même que nous apprenons tous à censurer, au fil de l’éducation…

Non, quand on a des enfants, la seule bonne nouvelle, c’est qu’on découvre finalement que la honte et le ridicule ne tuent pas : ils vous obligent juste à faire du sport régulièrement et a avoir moins d’amis.

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Il est où mon frère ?!

La relation gémellaire

est tout de même 

assez particulière. 


Tout a commencé à leur naissance. 
Et même avant, mais bon, pour cette période, les archives ne sont pas disponibles.

Tant qu’ils étaient dans leur berceau à la clinique, impossible de les séparer : accrochés par les mains, collés par le bout du nez, comme si sentir la respiration de l’autre les rassurait : 

A la maison, nous avons rapidement compris qu’il serait également improductif de tenter de les garder chacun dans un lit : ils se mettaient immédiatement à hurler lorsqu’on les plaçait seuls, nous obligeant à les installer ensemble durant plusieurs semaines :

Là, même séparés de plusieurs dizaines de centimètres, Trystan trouvait toujours un moyen pour se rapprocher de son frère Tancrède. 
Je n’ai jamais compris comment. 
Il s’arrangeait d’ailleurs pour le faire lorsque j’étais sortie de la pièce où ils se trouvaient. 
Un vrai pot de glue. 
Détail intéressant : “la recherche du juju perdu” ne s’est toujours faite que dans un seul sens, Tancrède ne semblant pas avoir autant besoin de son frère, ou étant serein à l’idée que Trystan trouverait la solution pour le rejoindre, qui sait ? 

A trois ans, rien n’avait changé…
De fait, les choses évoluent peu puisqu’aujourd’hui encore, lorsqu’il arrive à Tancrède de quitter son lit durant la nuit pour se glisser dans le nôtre, il n’est pas rare que Trystan débarque quelques temps plus tard en hurlant et en pleurant : “MAIS IL EST OÙ TANCRED’ !?!”

Comme beaucoup de jumeaux, nos Jujutrépides ont pratiqué un peu de cryptophasie, ce langage bizarroïde typique, vers leurs deux ans, avant qu’ils ne se mettent à parler “l’adulte”. 
Naturellement, le sentiment d’exclusion côté parental est assez fort, mais c’est tellement poilant que tout le monde en rigole. 

Ils ont également souvent été particulièrement en phase lorsqu’il s’agissait de faire les pires bêtises – un exemple marquant ici, pour ceux qui auraient oublié – et se sont souvent ligués contre nous.
Particulièrement lorsque l’un de nous volait au secours du juju martyrisé par son acolyte : la victime se plaçait subitement et inexplicablement du côté de son bourreau, souvenez-vous.  

De même, lorsqu’un des garçons est puni au coin, son frère vient la plupart du temps le consoler en lui tapotant machinalement sur la tête, voire même intercéder en sa faveur auprès de nous : 
– “Maman, siteuplé, tu peux dépunir mon frèr’ siteuplé ? J’aim’ pas quand il est triste tu saiiiis ?…Le Pauuuvre.”

La jalousie existe entre eux comme entre tous les enfants. 
Mais, elle ne semble jamais les consumer vraiment. 
Leur besoin d’obtenir la même chose ou la même attention se traduit souvent par la phrase : “Nan mais là c’est MON TOUR main’nant”.
Comme si les mois passés à attendre patiemment leur biberon ou les bras du parents occupé à gérer l’autre enfant, les avaient habitués à transformer positivement leur frustration.  
De fait, ils ont souvent – malgré tout – le sourire aux lèvres quand l’un d’eux semble réussir mieux dans une activité ou vient de se faire féliciter. 

Même chose concernant les (nombreuses) escarmouches gémellaires : ils ne se privent jamais de se taper dessus et de s’étriper quand le besoin se fait sentir. Mais j’ai remarqué avec le temps qu’en fait, ils ne lâchent pas vraiment leurs coups, lorsqu’ils sont entre eux. 
Quand ils me sautent dessus et m’assènent leur célèbre coup-de-boule-signature qui fait leur renommée, ils n’y vont pas par quatre chemins, ce qui explique pourquoi j’ai souvent fini avec de vrais hématomes me décorant artistiquement le corps.
Mais quand ils s’entretuent, c’est différent : il y a une forme de tendresse dans leurs gestes, un respect intrinsèque, une barrière qui les empêche – semble-t-il – d’aller juste un peu trop loin… 
Un je ne sais quoi qui n’existe pas avec les adultes et les autres enfants. 

Ils sont Jujus, quoi.

Découvrir Madam Taitou

Ce week-end,

je vous propose
de manger
éthiopien !


Je parie que vous n’avez jamais essayé ?

Le restaurant est situé au 77 Long Street, en plein centre-ville de Cape Town. 

Le nom du restaurant, Madame Taitou, est un hommage à Taytu Betul, cette femme noble et fière du 19ème siècle ayant épousée le Negus d’Abyssinie – nom de l’empire d’Ethiopie à l’époque – et qui joua un rôle politique important dans son pays.  

Le lieu est à la fois une boutique de vente d’objets africains, principalement venus d’Ethiopie et des pays voisins, mais aussi un charmant petit restaurant, dont les tables se sont glissées au milieu de ce magnifique capharnaüm, aussi chaleureux qu’exotique : 

L’ambiance est calfeutrée et la musique, discrète, alterne chants traditionnels mais aussi bruits naturels de rivière ou d’oiseaux, donnant ainsi un sentiment de dépaysement total.  

La cuisine, pour ceux qui ne connaissent pas, est absolument délicieuse et authentique : l’inspiration indienne est palpable, du fait des d’épices diverses présents dans tous les plats, essentiellement des ragouts – les wat – de viandes ou végétariens faits à partir de légumes, pois chiches et lentilles. 
Mais ils cuisent aussi les viandes façon méditerranéenne : grillée au romarin par exemple. 
Le tout est présenté sur un grand plateau, le bukara, dans lequel tout le monde se sert…

…A l’aide de leur fameux pain, l’ingéra : celui-ci n’a pas d’équivalent dans le monde. Fait à partir de farine de teff fermentée et d’eau, c’est une sorte de galette blanche et spongieuse, qui permet, comme au moyen orient, d’attraper les aliments et de manger sans couverts, puis de saucer dans le plat. 

Naturellement le café éthiopien n’est plus à présenter, et ravira ses aficionados :

Les adultes se régalent et les enfants découvrent une autre manière de manger. 
Une idée originale et conviviale de restaurant pour votre weekend en famille !

“Oh ! C’est quoi ça ?!”
“Ok, pas d’problème, j’me sers.”
“Je roule dans l’pain”
(Oui bon… Le concept – qui consiste à se servir proprement
sans toucher la nourriture, grâce au pain justement, n’a pas encore été parfaitement intégré… On travaille dessus.)
“Hummm !”
Courrez-y !

Les mutations parentales

Faire la liste de toutes ces petites 

et grandes choses qui changent 

lorsqu’on devient parent

n’a pas beaucoup de sens. 


D’abord parce que prétendre à l’exhaustivité est impossible, étant donnée la mutation globale et totale qui s’opère en nous. 

Ensuite parce qu’elle n’aurait pas beaucoup d’utilité, étant – par définition – irréversible. 
(Ne cherchez pas, j’ai tout essayé : non, on ne peut pas les ramener au magasin. C’est pas légal, et puis de toute manière, on s’est trop attaché. C’est bien fait, toute cette affaire.)
L’autre jour, après une nuit passée moitié sur le carrelage de la chambre et  moitié dans le coin supérieur gauche du lit, roulée en boule, je me faisais la remarque : 
Il faut dire ce qui est, nous parents, avons appris à dormir (pour de vrai) dans des conditions et des positions absolument impossibles. 
Avec un pied dans le nez, deux cm de marge au rebord du lit avant le grand saut, et une centrale thermonucléaire chauffante collée à nous. 
(“Maman ze t aime”, mais seulement dans mon sommeil, le reste du temps beurk les bisous.)

Vision matinale, au moment du réveil.

Nous avons développé des techniques absolument incroyables pour espérer dormir quelques minutes supplémentaires, épuisés que nous sommes par les années sans sommeil :
Vous savez, à 05:58, quand – telle l’horloge parlante – votre mouflet vient sonner au pied de votre lit pour vous dire qu’il “FAIT ZOUUUUUR, ‘FAUT S’LEVER !!”
Au début vous réussissez à le rendormir dans vos bras, mais ça n’a qu’un temps. 
Les mois passent et ils sont de moins en moins enclins à jouer le jeu de la prolongation de dodo. 
Ils s’impatientent et ne comprennent pas que vous ne sautiez pas du lit comme des ressors mécaniques, lorsqu’ils viennent vous annoncer la météo du jour. 
Ils tournent en rond, ils vous parlent, ils vous secouent, ils tirent sur les bras, ils cognent sur le dos, ils réclament un dessin…. Toutes les cinq minutes ils reviennent, espérant – à juste titre – vous avoir à l’usure. 
Et bien je n’ai pu m’empêcher de remarquer qu’il nous arrivait à leur père et moi de VRAIMENT nous rendormir, malgré ce charivari innommable. 
Quand on y pense, c’est incroyable comme le corps peut faire preuve d’adaptabilité. 
Autre mutation de taille : il nous arrive de réussir à réfléchir et parfois même – si l’interlocuteur est à la hauteur, à savoir parent d’une progéniture hurlante, comme nous – de tenir une conversation malgré les beuglements qui nous entourent. 
Un peu comme dans Harry Potter avec le Muffliato, en fait : 
Les cris des gosses sont comme étouffés. Ils sont là, on le sait, ils nous dérangent, on a envie de scotcher les gamins au mur, mais curieusement, on reste calme et on continue, très concentré, en tendant à la fois l’oreille très fort et en lisant sur les lèvres de la personne qui essaye d’en placer une.
J’ai également personnellement noté un ENORME changement quant à nos (rares) moments de l’année passés autour d’une piscine ou sur une plage. 
En dehors du fait qu’ils se font encore plus rare qu’avant, c’est surtout le concept global qui a évolué avec l’arrivée des enfants : 
Avant c’était notre petite personne vautrée sur un transat, le cocktail accessible à la main droite et le livre calé dans la main gauche, le visage protégé sous un bel et très élégant panama, et le dos soutenu par un coussin bien moelleux. 
Dorénavant, c’est plutôt crêpe à même le sol (pour éviter que le gosse ne tombe du transat à force de gesticuler), l’arrière du crâne écrasé sur la dalle en pierre ou en béton. Vous avez un gamin étalé sur le corps, tel le léopard sur sa branche, profitant d’un moment d’intense félicité, pendant que vous, vous avez arrêté de respirer pass’que bon, le morveux pèse maintenant 21 kg… 
Tout cela pendant que l’autre môme s’amuse à vous enfoncer des coquillages ou une brindille bien sèche dans la peau du bras, pour voir ce que ça fait…


Il y a encore quelques années vous auriez parié la totalité du poids de la Terre en or que JAMAIS mais JAMAIS vous n’en n’arriveriez à de telles extrémités.

Que vos enfants à vous, ils sauraient se tenir. 
(A la différence de ceux des autres, qu’on a très envie de claquer à la moindre occasion).

Que votre vie resterait d’abord et avant tout centrée sur vous-même. 



Et le pire, dans tout cela, c’est qu’on appelle ça l’EVOLUTION !

Un jour c’est oui, un jour c’est non

Est-ce que QUELQU’UN 

Peut m’expliquer ?


Un parent plus expérimenté ? 
Une diététicienne ?
Un pédiatre ? 
Une psychiatre ? 

C’est simple : 

Avec les enfants, on ne sait jamais ce qu’ils aiment VRAIMENT manger. 
Et surtout : ça change tous les jours. 

Il est loin le temps où je les collais dans leurs transats, face à moi, dans la cuisine et que je voyais leurs petits yeux écarquillés et plein d’intérêt devant les morceaux de gingembre et l’odeur de la coriandre ou du cumin.
C’est fini la fête. 
Maintenant, c’est une autre paire de manche :

Lundi, ils avalent steak haché et purée, par quintaux  
La semaine suivante, ils vous soutiennent mordicuuuus avec une insolence et un aplomb inimaginables qu’ils ont “toujours DETEF’TÉÉÉ la puréééééééée !!!”.

Mardi, leur plat préféré de tous les temps – les escalopes de veau à la crème – est soudainement boudé, pour une raison aussi inconnue qu’incompréhensible. 
Version officielle : “Ch’est pô bon.”
C’était très bon 15 jours avant, ainsi que les deux dernières années, mais subitement c’est mauvais. 

Heureusement, l’inverse marche aussi : mercredi, les calamars grillés – ça a toujours été “beuuuuuuurk, ça fait vooooomiiiiiir !!!” – sont soudainement la seule et unique chose sur terre qu’ils acceptent de bouloter. 

Jeudi, c’est la soupe à la grimace devant les p’tits filets de poissons qu’ils ont pourtant encore dévorés la semaine passée. 

Et le vendredi, ils regardent dans le vague, les yeux éteints, comme si on les avait contraint à manger de l’écureuil volant cru, alors qu’ils sont simplement au dessus d’une assiette de blanquette de veau et de riz, leur accompagnement préféré. 

En général, ils m’achèvent le weekend par un : “Ohhh nooooon ! ENCOOOORE des crêpes….”, sur lesquelles tout enfant normalement constitué se jetterait, au lieu de rechigner. 

Naturellement, ils existe quelques parades, mais il s’agit de les utiliser avec précaution et parcimonie, au risque de leur faire perdre de leur efficacité : 

Si tu leur dit que “l’horrrrrib’ poulet grillé” (pourtant cuisiné avec amour et servi avec des frites) qu’ils refusent d’avaler, est en réalité du crocodile ou du rhinocéros – un truc marrant, quoi – spécialement ramené du bush rien que pour eux… Ils en mangeront avec avidité.

Sinon, la mise en concurrence fonctionne assez bien : “Trystan, ton frère a mangé tout son chili con carne, tu voudrais quand même pas qu’il finisse aussi ton plat, quand même ?!”

Enfin, il reste toujours le chantage positif – type “si tu manges tout ton diner, tu auras droit à un morceau de chocolat”, voire même en dernier recours, la menace officielle du genre “si tu ne manges pas ton gigot de 7 heures, pas de dessins animés ce week-end !” 

Et bon appétit, bien sûr. 

Tancrède s’attaquant au crocodile. Donc.

Les Jujus se mélangent les pinceaux

Les gosses, 

ils sont drôlement malins,

quand même. 


C’est tout nouveau, ça vient de sortir. 

Nos Jujutrépides viennent de percuter que la langue française, c’est pas d’la tarte. 

Plus précisément, ils ont réalisé que certains mots s’entendent pareil mais peuvent avoir des sens différents : en gros, ils ont découvert de concept des homonymes et de la polysémie. 
Et ils ont beaucoup de mal à comprendre qu’il n’y aie aucune logique spécifique derrière ces petits pièges linguistiques, juste la complexité d’une langue riche mais compliquée.   


L’autre jour, nous étions dans la cuisine en train de réviser le vocabulaire du goût avec Tancrède, qui avait insisté pour ouvrir un pamplemousse qu’il tenait absolument à “vérifier”.
(Comprendre : goûter pour retrouver les sensations apprises en classes avec sa maîtresse.)

– “Maman tu wois, le pamplemouff’ il est AMÈÈÈÈR.”

– “Oui chéri, tu as raison, tous les agrumes nous font ressentir l’acide et un peu l’amer, aussi.”

Et là, je vois mon fils, le p’tit bout de langue coincé entre les lèvres, plongé dans une profonde réflexion intellectuelle. A bout de ces quelques instants d’intense méditation, il me dit : 

– “Maman, z’comprends pas. l’amer, c’est comme la mer avec le sable ou c’est comme toi qu’est ma maman ?…”

Pauvre poussin. C’est sûr, dit comme ça, c’est pas évident. 


Même chose au supermarché, lui, tranquillement assis dans son chariot et moi qui lui dis :

– “Viens chéri, maintenant on va t’acheter des briques de jus de fruits pour ton goûter.” 

Retour sans équivoque du petiot : 

– “Des briques mama ? Mais c’est pour construire la maison des ‘tits cochons les briques, pas pour boire du zuuu !?!?” 

– “Bah… Comment te dire, Tancrède, les mots parfois… Selon ce qu’on veut dire, ils n’ont pas le même sens. Et puis quand tu sauras lire tu verras qu’ils ne s’écrivent pas pareil. Tu comprends ?”

– “..???..”

– “Oui… Bon.”
Une autre fois, nous étions dans la voiture tous les quatre et leur père et moi discutions.
Naturellement, comme à chaque fois où nous avons le sentiment de pouvoir parler librement – erreur fatale de tous les parents d’enfants de plus de deux ans mais moins de cinq ans, qui croient que l’on peut tout dire puisque le môme ne s’en souviendra pas, sans avoir encore percuté que cette époque bénie est bien révolue – nos deux paires d’oreilles préférées trainaient à l’arrière du véhicule :

– “(fin de conversation)… Il y a quelqu’un qui le loue.  ?”

–  “Mamaaaaaa ?”

– Tancrède, les grands parlent, s’il te plait.”

– “Noooon mais z’ai une question !!!!”

– “Bon, poses ta question…”

– “Pourquoi papa il veut mettre un loup dans notre appartement ? Mais on met le loup dans la maison, il va nous manger, non ?!”

– “Oui… Bon.” (re.)


Il a également été compliqué d’expliquer à Trystan la différence entre l’ancre-de-son-bateau-lego, et l’encre de son feutre. 
J’ai eu droit à toutes les questions les plus farfelues, du type : 

– “Ch’est le même mot pass’que l’ancre du bateau elle est coloriée avec l’encre du chtylo ?”

– “Ch’est le même mot pass’que l’ancre elle dessine dans le sable en dessous de l’eau ?”

Bref… Comment dire à un gamin de 4 ans que “ancora” et “encaustum”, ce sont deux racines latines différentes !?…


J’ai aussi eu le : 

– “Mais POURQUOI les vers de terre ont les z’a appelé comme ça alors qu’y sont marron ?

– “Oui euuuuh… Alors…C’est à dire… Je vois pas bien le rapport chéri ? Ah si oui, vert, d’accord… Bah franchement je ne sais pas…”


Mais le plus surprenant a sans doute été le :

– “La banane, quand elle est plus verte et qu’elle est prête pour manzer, elle est en béton.”

Oui moi non plus, j’ai pas compris tout de suite.
La banane. 
MURE
Le MUR de béton. 

Oui… Bon.