Ahhhhh, le charme discret de Stellenbosch !
Voilà une excursion pour votre week-end,
amis de Cape Town.
Oui, bien sûr, vous y êtes déjà venus, vous vous êtes surement promenés rapidement sous les chênes centenaires qui quadrillent tout le village et y avez probablement déjeuné ou dîné dans l’un de ses très nombreux établissements gastronomiques.
Mais peut-être n’avez-vous pas pris le temps de vous intéresser à son histoire et à son architecture, toutes deux assez exceptionnelles ?
Dans ce cas, voici de quoi vous donner envie, peut-être, de refaire la balade !
Stellenbosch, située à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Cape Town, c’est aujourd’hui 80 000 habitants (200 000 avec sa banlieue), dont 30 000 étudiants, installés là pour accéder à l’enseignement de la première et plus grande université privée d’Afrique du Sud : 10 facultés, 150 départements, 40 centres de recherche…

Mais c’est aussi une des villes les plus riches d’histoire du pays.
En 1679, après 27 années de présence hollandaise au Cap, Simon Van Der Stel est nommé par la VOC – la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales – 11ème commandeur de la place forte du Cap, point stratégique de ravitaillement pour les bateaux en provenance de Hollande et naviguant sur le route des Indes et des épices.
Opiniâtre et audacieux, c’est le premier qui décide de sortir de la forteresse du Cap, alors peuplée de deux ou trois centaines de personnes, pour explorer les alentours, encore vierges et regorgeant de bêtes sauvages.
Il découvre ainsi un îlot de verdure, au coeur d’une vallée entourée de montagne et traversée par la première rivière qu’il décide de baptiser ainsi “Eerste River”.
Après avoir obtenu l’aval de la VOC, il fonde ainsi Stellenbosch (“le Bois de Stel”, littéralement), seconde ville d’Afrique du Sud et coeur de l’Histoire Afrikaner du pays. Il y installe alors de nombreux “free Burgher” – citoyens libres – hollandais dont la mission est de développer l’agriculture (agrumes, fruits, légumes…) et d’approvisionner le Cap.
Le Musée de la ville, en réalité un petit pâté de maisons, est construit autour du centre du village, l’Eglise Moederkerk, deuxième lieu de culte construit en Afrique du Sud…

… Et est composé de 4 habitations traditionnelles datant de 4 époques différentes (1709, 1789, 1803 et 1850), retraçant merveilleusement l’évolution architecturale – exceptionnelle – de ce petit village au charme indéfinissable.
La Schreuderhuis (la “maison des Schreuder”), est une ferme familiale construite en 1709 par un citoyen libre allemand venu s’installer dans le nouveau monde.
Le toit de restio séché – plante herbacée omniprésente en Afrique du Sud et donc particulièrement bon marché – est une adaptation locale par ces nouveaux arrivants de leurs toits de chaume traditionnels européens de l’époque.
Bien que finalement peu adaptés à la météo chaude de leur pays d’adoption, les toits de restio sont devenus le standard habituel de toutes les habitations sud africaines de cette période, avec des maisons de plein pied dont le premier étage était laissé vide pour assurer un maximum d’aération sous le toit.
Particulièrement vulnérables aux incendies, les maisons brulaient dont régulièrement. Stellenbosch a d’ailleurs flambé trois fois, en 1710, 1762 et 1803, obligeant les habitants à reconstruire entièrement le village.
Spartiate, l’intérieur des demeures de ce tout début de 18ème siècle était très simple, les meubles construits à partir de matériaux locaux.
La seconde maison du musée date de 1789.
Quand Paris brulait durant la Révolution française, la famille d’Hendrick Bletterman, le premier et riche magistrat de Stellenbosch, se construisait cette belle demeure, infiniment plus travaillée et raffinée que la ferme précédente.
Ici nait le style des demeures Cape Dutch : fermes construites toute en longueur, d’un blanc immaculé, au fronton central galbé, comme à Amsterdam, au toit de chaume et aux fenêtres à petits carreaux soulignées d’une peinture vert-émeraude.
Au fil des rentrées d’argent, des extensions étaient construites de part et d’autre pour rajouter des chambres.
Petit à petit l’organisation en “H” des batiments est ainsi restée, avec deux entrées transversales à la maison et une pièce centrale au milieu, distribuant des pièces de chaque coté.
Les meubles de l’époque étaient souvent construits par les esclaves, dont le trafic était fleurissant à cette époque, et qui disposaient d’une pièce qui leur était réservé dans la maison…
Pour rappel : dans les années 1830’s au moment de l’abolition officielle de l’esclavage en Afrique du Sud, la population du Cap comptait 30 000 ‘Blancs” ou hommes libres pour 60 000 esclaves.
La troisième maison, celle du gouverneur du village, date de 1782 mais fut rasée puis reconstruite après l’incendie de 1803 et est représentative des demeures du début du 19ème siècle : cossue, avec un premier étage pour les chambres, du mobilier élégant et un grand jardin.
 |
| L’un des 5 seuls pianos droits verticaux du monde. |
Enfin la dernière demeure, “OM Berghuis”, du nom de Mr. O.M Bergh qui la construisit en 1850.
La distribution change complètement, la grande pièce centrale étant transformée dans un soucis de gain d’espace en un simple couloir pour desservir les pièces. La décoration, lourdement chargée en meubles et objets de décoration se fond dans le papier peint très à la mode à cette époque.
La salle de bain fait son apparition :
La rue principale, Dorp Street, permet d’admirer les milliers de chênes plusieurs fois centenaires, plantés là initialement pour servir à la construction des fûts de macération du vin. La viticulture s’est développée à partir des années 1750’s autour de ce village, qui deviendra le coeur de la viniculture sud africaine.
Cette rue est célèbre pour la richesse de ses bâtiments qui permet de comprendre l’évolution du style architectural de la ville.
Une fois stabilisé au début du 19ème siècle comme décrit ci-dessus, le style Cape Dutch a ensuite beaucoup évolué au fil des décennies les nuances apportées au fronton central et à ses galbes permettant de définir l’époque de la maison : galbes concaves et/ou convexes, rajout de colonne ou non, chapiteau, motifs… Tous évoluant ou disparaissant selon les périodes.
En 1795 les Anglais – poussés par l’expansionniste napoléonien à sécuriser le point stratégique du Cap – occupent le Cap par la force et génèrent ainsi plus de cent années de guerre sanglante avec les descendants des colons hollandais, connue sous le nom de “Guerres des Boers”.
D’un naturel pragmatiques, ils apportent quelque changements notables en terme d’architecture : suppression des toits de chaume beaucoup trop fragiles et inflammables au profit de la taule et des toits plats, installation de devantures et porches édouardiens aux contours ciselés… Les maisons du village changent ainsi lentement d’apparence.
La balade dans la ville, sous les chênes ombrageux est vraiment splendide et agréable… Prenez le temps de la faire, vous y découvrirez de nombreuses surprises.