C’était le dernier objet fragile de la maison.
En entendant des bruits sourds de chocs contre un mur, j’ai rapidement réagi en descendant en trombes au rez-de-chaussée, pressentant une tragédie imminente.
Au moment précis où j’arrivais dans le salon, deux actions concomitantes se sont déroulées.
Je vous le fait au ralenti :
Pendant que j’ouvrais la bouche pour crier cette phrase qui ne verra jamais le jour : “TANCRÈDE ! On ne joue PAS dans la maison avec le ballon, tu vas casser des choses, sors dans le jardin TOUT DE SUITE s’il te plait”, je vois le gosse qui me regarde droit dans les yeux et le sourire aux lèvres, avant de préparer son ballon et de shooter dedans comme si sa vie en dépendait ou s’il concourrait pour le Guinness des records.
Et là, c’est le drame :
Au moment où j’arrive à prononcer “TANCRÈDE ! On ne j…”, je vois le ballon qui va précisément taper le pied de la lampe en oeuf d’autruche.
La force du ballon la fait basculer contre le mur.
L’oeuf percute la parois.
J’entends un “craaac” sec, de TRES Mauvaise augure.
Je tourne mon visage vers la lampe.
Et je découvre ce que mon cerveau savait déjà.
– “TANCRÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈDE !!!!!”
Silence.
– “Tancrède !! Tu vois ce que tu as fait ?!”
– “CH’EST PAS MOI K’AI FAIT ÇAAAAAAA !!!!“
J’avoue.
Il a pris une fessée.
Enorme.
Avant de finir sa course dans sa chambre, puni.
Un quart d’heure après, une fois ma colère redescendue, j’ai pris sur moi pour aller le retrouver :
J’ouvre la porte.
Je le trouve assis parterre, prostré au pied de son lit, un Playmobil pirate à la main.
Il me regarde avec ses grands yeux plein de chagrin.
Je m’assois à côté de lui.
– “Tancrède, est-ce que tu as compris pourquoi je me suis fâchée et pourquoi tu as été puni ?”
– “Pass’que l’oeuf… L’oeuf… y’ s’est cassé…”
– “Il s’est cassé tout seul Tancrède ?”
– “C’est le ballon qui l’a cassé.”
– “Et qui c’est qui a lancé le ballon Tancrède ?”
– “C’est… C’est… C’est… C’est moi…”
– “Bah voilà. Tancrède je suis triste que tu aies cassé la lampe parce que je l’aimais beaucoup, mais c’est pas ça le plus grave. Ce qui m’ennuie vraiment, c’est que tout cela ne serait pas arrivé si tu obéissais aux règles et que tu avais respecté celle qui dit qu’on ne joue pas au ballon dans la maison. T’as compris pourquoi, maintenant ?”
– “Voui m’an…”
– “Et la deuxième chose qui me peine c’est que tu as voulu mentir en disant que c’était pas toi. Ça c’est vraiment pas courageux Tancrède. Quand on fait une bêtise ou qu’il arrive un accident, on l’assume. On ne ment pas. Tu comprends ? En plus, tu l’as fait devant mes yeux, alors c’était un peu bête car j’ai tout vu.”
– “Voui m’an…”
– “Bon bin… Qu’est-ce qu’on va dire à papa quand il va rentrer ? Parce qu’il va être drôlement fâché…”
– “Bin… J’vais lui dire que … Que… Que… C’est moi qui ai fait cet accident pass’que j’ai pas respecté la règle du ballon qu’on joue dehors… Et ki’ faut pas mentir. Ki faut ASSUMER. Ze mentirai plus ZAMAIS !”
Soulagée, je lui réponds :
– “Bravo Tancrède, c’est bien, tu as tout compris, je suis contente pour toi.”
Et là, comme seuls les enfants savent le faire, il vient se blottir dans mes bras, cherchant un câlin. Il me dit alors de sa petite voix :
– “Sinon, maman, on peut p’tet’ recoller l’oeuf avec d’la colle super forte comme celle que t’as utilisée pour recoller les statues qu’on a cassées l’aut’ zour ?”
Je m’abstiens de tout commentaire.
Mais un “Tancrède, c’est pas super subtil de ramener le sujet sur le tapis maintenant”, me brûle les lèvres.
Il m’achève alors d’un :
“Et pi…. Et pi… Comme ça… On aura pas b’soin d’le dire à papa, oui ?”
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