Une histoire à d’oeuf-rmir debout

C’était le dernier objet fragile de la maison.

Cela devait arriver un jour,

j’en avais bien conscience. 


L’autre soir, en rentrant de l’école, pendant que j’étais occupée au premier étage, Tancrède a discrètement entrepris – faisant comme à son habitude fi des règles éducatives que son père et moi nous escrimons à lui inculquer – de jouer au ballon dans la maison. 

En entendant des bruits sourds de chocs contre un mur, j’ai rapidement réagi en descendant en trombes au rez-de-chaussée, pressentant une tragédie imminente. 

Au moment précis où j’arrivais dans le salon, deux actions concomitantes se sont déroulées. 
Je vous le fait au ralenti :

Pendant que j’ouvrais la bouche pour crier cette phrase qui ne verra jamais le jour : “TANCRÈDE ! On ne joue PAS dans la maison avec le ballon, tu vas casser des choses, sors dans le jardin TOUT DE SUITE s’il te plait”, je vois le gosse qui me regarde droit dans les yeux et le sourire aux lèvres, avant de préparer son ballon et de shooter dedans comme si sa vie en dépendait ou s’il concourrait pour le Guinness des records. 

Et là, c’est le drame : 

Au moment où j’arrive à prononcer “TANCRÈDE ! On ne j…”, je vois le ballon qui va précisément taper le pied de la lampe en oeuf d’autruche. 
La force du ballon la fait basculer contre le mur. 
L’oeuf percute la parois.
J’entends un “craaac” sec, de TRES Mauvaise augure. 
Je tourne mon visage vers la lampe. 
Et je découvre ce que mon cerveau savait déjà.


– “TANCÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈDE !!!!!”

Silence. 

– “Tancrède !! Tu vois ce que tu as fait ?!”

– “CH’EST PAS MOI K’AI FAIT ÇAAAAAAA !!!!

J’avoue. 

Il a pris une fessée. 
Enorme. 

Avant de finir sa course dans sa chambre, puni. 

Un quart d’heure après, une fois ma colère redescendue, j’ai pris sur moi pour aller le retrouver :

J’ouvre la porte. 

Je le trouve assis parterre, prostré au pied de son lit, un Playmobil pirate à la main. 
Il me regarde avec ses grands yeux plein de chagrin. 
Je m’assois à côté de lui. 

– “Tancrède, est-ce que tu as compris pourquoi je me suis fâchée et pourquoi tu as été puni ?”

– “Pass’que l’oeuf… L’oeuf… y’ s’est cassé…”

– “Il s’est cassé tout seul Tancrède ?”

– “C’est le ballon qui l’a cassé.”

– “Et qui c’est qui a lancé le ballon Tancrède ?”

– “C’est… C’est… C’est… C’est moi…”

– “Bah voilà. Tancrède je suis triste que tu aies cassé la lampe parce que je l’aimais beaucoup, mais c’est pas ça le plus grave. Ce qui m’ennuie vraiment, c’est que tout cela ne serait pas arrivé si tu obéissais aux règles et que tu avais respecté celle qui dit qu’on ne joue pas au ballon dans la maison. T’as compris pourquoi, maintenant ?”

– “Voui m’an…”

– “Et la deuxième chose qui me peine c’est que tu as voulu mentir en disant que c’était pas toi. Ça c’est vraiment pas courageux Tancrède. Quand on fait une bêtise ou qu’il arrive un accident, on l’assume. On ne ment pas. Tu comprends ? En plus, tu l’as fait devant mes yeux, alors c’était un peu bête car j’ai tout vu.”

– “Voui m’an…”

– “Bon bin… Qu’est-ce qu’on va dire à papa quand il va rentrer ? Parce qu’il va être drôlement fâché…”

– “Bin… J’vais lui dire que … Que… Que… C’est moi qui ai fait cet accident pass’que j’ai pas respecté la règle du ballon qu’on joue dehors… Et ki’ faut pas mentir. Ki faut ASSUMER. Ze mentirai plus ZAMAIS !”

Soulagée, je lui réponds : 

– “Bravo Tancrède, c’est bien, tu as tout compris, je suis contente pour toi.”

Et là, comme seuls les enfants savent le faire, il vient se blottir dans mes bras, cherchant un câlin. Il me dit alors de sa petite voix : 

– “Sinon, maman, on peut p’tet’ recoller l’oeuf avec d’la colle super forte comme celle que t’as utilisée pour recoller les statues qu’on a cassées l’aut’ zour ?”

Je m’abstiens de tout commentaire. 
Mais un “Tancrède, c’est pas super subtil de ramener le sujet sur le tapis maintenant”, me brûle les lèvres.

Il m’achève alors d’un : 

“Et pi…. Et pi… Comme ça… On aura pas b’soin d’le dire à papa, oui ?”

#C’estPasGagné
#L’EducationÇaPrendDuTemps
#TellementDeTemps

Une leçon de thé chez OWAYS

Prendre un cours de thé
est une expérience délicieuse.


J’ai eu cette semaine la chance de découvrir certains secrets de la fabrication du thé grâce aux explications d’un maitre-thé taïwanais installé en Afrique du Sud depuis son adolescence, et qui a ouvert il y a une dizaine d’années un bar à thé dans les quartiers-est (Claremont) de Cape Town : Oways.

A première vue, l’endroit ne diffère pas d’un autre troquet. 
En réalité, il s’agit d’un des grands spécialistes et blendeurs de thé du pays, et le lieu est aussi un petit restaurant végétarien de délicieuses spécialités chinoises. 

Il existe un nombre incalculable de thés dans le monde, de couleurs différentes, de pays producteurs divers, et tout cela contribuait beaucoup à m’embrouiller. 
Mais j’ai compris au fil de la discussion que toutes ces différences sont finalement relativement simples à comprendre :

Le thé est partout issu du même arbre : le théier ou l’arbre à thé qui peut vivre des centaines voire des milliers d’années, et ce sont les feuilles les plus jeunes, en haut de la plante, qui sont recueillies pour faire le thé.
Originaire d’Asie, cet arbre a été exporté dans beaucoup de pays du monde et notamment en Afrique. 

Ce sont les méthodes de récolte puis les procédés qui lui sont appliqués qui génèrent la variété de produits que nous connaissons.
Chaque thé apporte un plaisir différent, il y en a pour tous les goûts, et toutes les situations. 


Plus les feuilles récoltées sont situées haut dans le plan (première et seconde feuille), plus elles sont jeunes, plus le thé sera léger, énergétique, subtil et souvent de bonne qualité. 
Plus la récolte est faite sur les feuilles inférieures (troisième, quatrième, jusqu’à la sixième ou septième feuille), plus le thé sera foncé, intense, rond et chaud, et dans certains cas, de mauvaise qualité. 
Une fois les feuilles récoltées, de préférence très tôt le matin, après une nuit humide, celles-ci sont mises à sécher au soleil, c’est l’étape du flétrissage. 
Elles sont ensuite placées dans des salle spécifiques où température et humidité peuvent être contrôlées : c’est l’oxydation. 
Cette étape peut durer de 1 à 7 jours, selon la couleur et l’intensité que l’on souhaite donner au thé, dans l’ordre croissant : thé blanc ou jaune, thé vert, Oolong, thé noir, thé rouge…
Les feuilles subissent ensuite une forte chaleur – l’étape de la dessicassion – qui arrête la fermentation et donc l’oxydation du thé. Elles sont ensuite traitées et triées – le tamisage – avant d’être conditionnées. 

Pour les thés blancs, les premières feuilles sont cueillies avant maturité, lorsque qu’elles sont encore à l’état de bourgeons et recouvertes d’un duvet blanc appelé “pekoe”. C’est la raison de son nom. Et c’est aussi pourquoi il vaut très cher : la récolte est unique et il faut attendre un nouveau cycle pour en obtenir à nouveau. C’est le seul thé pour lequel les feuilles sont précieusement gardées entières. Il se reconnait à ses reflets blanc sur les feuilles.
Le thé obtenu est très clair, vraiment léger et subtilement parfumé. 



Les thés verts sont composés des premières feuilles cueillies à maturité. L’oxydation ne dure que deux jours. Le thé est clair également, très énergétique et un peu plus présent en bouche que le thé blanc, avec des notes parfois un peu herbeuses. 


L’Oolong est une sorte de thé vert, spécifiquement chinois et taïwanais, il est très peu oxydé et n’a pas du tout d’amertume, ce qui le rend très apprécié en Asie. 

Les thés noirs ont surtout été développés par les Britanniques dans leurs colonies. Ce sont les feuilles inférieures qui sont utilisées pour le produire. L’oxydation est très forte, voire complète. En général les feuilles sont hachées. C’est le thé le plus vendu dans le monde (Earl Grey, English Breakfast, Darjeeling, Ceylan..), souvent en sachet et de mauvaise qualité. 

Dans le monde asiatique, ces thés noirs sont pourtant appelés “thés rouges” du fait de leur couleur à l’infusion. Problème grave de traduction semble-t-il !
L’un des thés noirs (acception occidentale) de plus haute qualité et assez connu même en occident est le Lapsang Souchong, célèbre pour son goût très fumé : cultivé dans une seule et unique région de Chine, il est séché dans des espaces confinés en même temps que des morceaux de pin fumants, prenant ainsi ce goût si particulier. 

Les thés rouges sont souvent nommés de façon impropre par les occidentaux en référence au thé sud africain de couleur très rouge (les feuilles et l’infusion), appelé Rooibos. 
En réalité le Rooibos n’est pas un arbre à thé mais une plante de la famille des genêts, qui vit uniquement en Afrique du Sud, dans la région du Cederberg, et qui produit des infusions dépourvues de caféines, qui ce sont donc pas à proprement parler du thé.
Les thé rouges au sens asiatique du terme sont des thés très oxydés et macérés, qui sont placés en vieillissement durant des (dizaines) d’années. Ils valent des fortunes et sont la plupart du temps millésimés. Acre, leur goût est très terreux, et évoque souvent les odeurs des sous-bois. Pour les connaisseurs uniquement !

Il existe beaucoup de thés aromatisés aux fleurs ou aux fruits. 
En réalité il ne s’agit donc pas de thés non plus, mais plutôt d’infusions, souvent plus “facilement” appréciées par les palais occidentaux. 

Pour tous les thé, la température de l’eau à laquelle ils sont mêlés est essentielle pour obtenir le meilleur des feuilles. 
Contrairement à ce que l’on pense souvent, aucun thé ne peut supporter l’eau bouillante à 100 degrés. Même les thés noirs anglais. 
Tous les thés ont besoin d’une eau comprise entre 70 et 85 degrés, maximum. 
Moins le thé est oxydé (thé blanc, vert, Oolong), plus la température doit se limiter à 75 degrés. 
Les thés forts (noir, rouge), eux, supportent une eau à 80 ou 85 degrés. 

Le temps d’infusion est également important et diffère beaucoup d’un thé à l’autre. 

C’est souvent la raison, par exemple, pour laquelle le thé vert ne fait pas toujours l’unanimité : infusé trop longtemps à trop haute température, il devient amer et très désagréable en bouche, alors que traité correctement, il diffuse des saveurs totalement différentes et vraiment agréables.

Tous ces thés accompagnent évidemment magnifiquement les mets asiatiques du types dumplings (les bouchées vapeurs aussi appelées dimsums) :



Mais, au delà de l’aspect technique, prendre le thé est surtout l’occasion de passer du temps avec les gens qui comptent, de ralentir un peu le rythme effreiné de nos vies occidentales !

Prenez donc le temps de passer une matinée chez Oways, vous ne serez pas déçus.

Jujuchronologie

Il faut le dire, 
depuis les passages de leurs grands parents, 

qui se sont succédés ces trois derniers mois,
nos Jujutrépides, ils sont un peu chamboulés.

Niveau filiation, s’entend.

Au Début, nous avions surtout droit à des révisions généalogiques du type :

– “Alors Zeddo c’est le papa de mon papa et la mamie de mon papa c’est maman !”

Presque.

Mais, soyons honnêtes, après plusieurs semaines d’entrainement intensif, tout s’est éclairci : plus aucune confusion générationnelle, tout paraissait bien net dans leurs petits cerveaux gémellaires. 

C’est lors du passage de leur grand-mère maternelle, que les choses se sont un tantinet corsées.

Tout a commencé par une réflexion merveilleuse, pleine de tact, de subtilité et de délicatesse, de celles que les enfants n’hésitent pas à vous infliger régulièrement :

(Rappel ici. Et .)

– “Mamiiiiiiizzzzzaaaaaaaaa !? Pourquoi t’es VIEILLE ?”

BIM. 

– “MeuuuuhEUUUUUHHHHH ! chéri, KESKE TU DIS A MAMIJA LÀÀÀÀÀÀÀÀÀÀ !?!?”, l’air passablement horrifié.

– “Mais non, laisse voyons c’est normal ma chérie, je vais leur expliquer.”

Et là, la pauvre grand-mère des morveux, croyant bien faire, se lance dans une explication généalogique simple et sans détour sur la vie, l’évolution, l’âge, la naissance des enfants, la mort. 
Tout ça. 

Pendant ce temps, toi tu fais la popote à la cuisine, ravie que toutes ses explications sur le temps qui passe soient dispensées par une âme charitable qui a accepté de ne pas se froisser et de s’y coller. 

Et là, soudainement, tu entends le long râle caractéristique qui annonce un gros chagrin chez ton gosse, qui monte, jusqu’à faire vibrer ton tympan gauche : Normal, il vient de s’effondrer dans tes bras, la bouche scotchée à ton oreille. 

– “Mamaaaaaaaaa ! Mais si ‘ze grandis, ça veut dire que toi tu vas dev’nir VIEILLE !?!?”

A cet instant, tu penses très fort : 

– “Oui petite crevure sans pitié ni coeur, c’est ça. Si tu grandis, c’est que je vieillis. Misérable moutard, j’aurais jamais dû t’enfanter espèce d’insupportable petit ingrat.”

Mais en fait, tu dis : 

– “Oui mon amour, tu as bien compris, c’est ça. C’est le cycle de la vie. Un jour tu seras un grand garçon, un homme, un adulte, un papa peut-être, et nous on sera devenus des papys et des mamies, donc on sera un peu vieux.”

Noyé dans des sanglots inconsolables, le gamin en remet une couche :

– “UN PEU OU BEAUCOUP VIEUX !?!?”

– “Vieux, Tancrède, c’est la vie, c’est normal.”

– “Mais après si t’es VIEILLE, ça veut dire que t’es comme MADIBA, ça veut dire que tu vas MOURIR !”

A ce moment, sur-réel, tu te demandes comment tu as pu te laisser entrainer dans une discussion pareille et revenir une fois de plus sur ce sujet passionnant que tes fistons semblent affectionner particulièrement. 

La main te démange de lui coller une bonne tarte sur le nez, histoire de le faire taire et cesser ses jacasserie cassandresques. 
Car, de fait, toi, à 36 ans, tu crois bien évidemment que tu resteras jeune même quand tu seras plus âgée (notez la nuance).
Et te faire rappeler par un petit avorton, la friabilité de ton existence est somme-toute assez pénible. 

Mais tu te rappelles que tu es désormais parent et que tu te dois dans une certaine mesure de privilégier l’éducation de ta progéniture, au détriment de tes ressentis.
Alors tu dis :

– “Oui, un jour je vais mourir, comme tout le monde mon fils, comme les animaux, comme les fleurs, mais c’est dans TRRRRRÈÈÈ longtemps chéri, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. En plus tu auras plein d’amis et peut-être une amoureuse et des enfants à toi quand ça arrivera, donc ça ne sera pas si grave. Tout ira bien d’accord !”

Tout cela commençait à prendre des proportions assez perturbantes, les yeux de mon fils débordaient alors à grands bouillons, les sanglots désespérés sortant de sa gorge, lorsque tout à coup Trystan a émergé à son tour dans la cuisine, où je m’efforçais donc de consoler et d’éponger les larmes de son jumeau :

– “Mamaaaaaan ?”

– “Oui, Trystan ?”

– “Alors, si je deviens grand, tu deviens vieille ?”

A ce stade, je suis au bord de l’apoplexie.

– “Ouiiii….”

– “Et si j’ai des zenfants à moi un ‘zour, tu deviens une mamie ?”

– “Oui, Trystan.”

– “Et bin voilà, moi je sais c’qu’on va faire. Ecoute ça Tancrèd’ : ze vais ZAMAIS avoir d’enfant, comme ça maman, elle deviendra ZAMAIS vieille.”

CQFD.
#MerciMonAmour. 
#AvecLesJumeauxC’est50%UneChanceSurDeux
#Y’enaAuMoinsUnPourReleverL’autre

Mamans Reines Des Neiges

L’autre jour, 

en me garant à l’école 

pour aller rechercher les monstres, 

j’ai ri.

Je terminais mon créneau, fenêtres ouvertes, quand une voiture (dont je tairai le nom de la propriétaire, les filles) est venue se faufiler et se placer juste devant moi.

Je vois la nana ouvrir la porte et sortir énergiquement du véhicule, tout en éteignant le contact.

J’entends alors brusquement une bribe de musique : 

– “….oooOOOOOOO. The cooooold never bothered me anyw…”

BIM. 
Plus de son.

Naturellement, en bonne mère d’enfants de moins de 10 ans, ces quelques mots et les trois notes de la mélodie ont amplement suffit pour me permettre d’identifier IMMEDIATEMENT la source musicale que je ne vous ferai pas l’affront de préciser. 

(Bon okay, pour les extra-terrestres intergalactiques – pardon je voulais dire, les gens sans enfants – qui auraient réussi à y échapper et qui ne connaissent pas, il s’agit de la Reine des Neiges, un des derniers grands succès Disney. 
Pour écouter et changer à jamais votre vie, c’est .)

Bref, c’est pas l’propos, je m’éloigne du sujet.

Il ne vous aura pas échappé que cette jeune femme écoutait donc cette chanson insupportablement addictive et qui pollue le cerveau de la moitié des mères vivant à la surface du globe : SEULE DANS SA VOITURE !

Chopée, la main dans le sac, maman.

Comme toute les mères, elle déclare devant ses amies qu’elle subit cette chanson infernale dont la mélodie reste imprimée dans sa tête, par la faute de ses horribles gamin(e)s qui lui imposent cette musique en permanence, contre sa volonté. 

Et bien, chers amis, je tiens à vous annoncer avec le plus grand sérieux que cette allégation, pourtant UNANIME chez TOUTES les mères de cette planète, est FAUSSE.

Je rajouterais même qu’elle est affreusement hypocrite.

(Et vraiment très drôle !)

Car, sachez, mesdames – et messieurs, vous AUSSI, arrêtez de nier !!! – que tout ce joue la première fois où vous oserez appuyer sur … Le bouton FORWARD.

Parfaitement.

Au début, ça n’est objectivement pas de votre faute.
Vous démarrez votre voiture et là, l’auto-radio met automatiquement en marche cette musique, qui passait justement la dernière fois que vous avez utilisé le véhicule. 

Mais au lieu d’éteindre, vous qui êtes ENFIN seul(e) et libre de refuser d’écouter pour la 2743ème fois cette rangaine insoutenable… Et bien de façon incompréhensible, votre doigt ripe pourtant vers le bouton FORWARD. 

Et là… C’est foutu.

En effet, car curieusement, une fois cette première étape dépassée, vous n’hésiterez plus à récidiver et même, pour les cas graves, à presser sur REPEAT.

Avec le temps, vous vous décomplexez à tel point que vous commencerez même à CHANTER, super FAUX bien évidemment, puisque cette musique est absolument impossible à fredonner.

Voire, vous ferez les gestes de la choré, par dessus le volant, croisant des conducteurs et conductrices éberlués et visiblement inquiets pour votre santé mentale, tout le long du chemin.

Comble de la malhonneteté intellectuelle, lorsque vous aurez fourré vos mouflets dans la bagnole, pour rentrer, vous leur direz en allumant le moteur :

– “Alors mes chéris, on s’écoute un peu de Let It Go ? Voyez comme maman est gentille, elle veut toujours vous faire plaisir !”


Je sais, ça sent le vécu…

Mais j’assume.

Vendanger à Cape Town !

J’en rêvais depuis longtemps. 

A Cape Town, c’est possible ! 


L’Afrique du Sud, et la zone du Cap en particulier, dispose d’une histoire oenologique et de vignobles très riches. 
J’ai donc eu la chance la semaine passée de pouvoir… vendanger ! 

Et pas n’importe quelle parcelle. 
Le seul vignoble intra muros, en plein milieu de la ville de Cape Town : le Clos d’Oranje, du nom du quartier qui se trouve au pied de la Montagne de la Table et où il est cultivé, Oranjezicht. 

Les premières vignes du Cap ont été plantées dans les Jardins de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, et les premières vendanges récoltées le 2 février 1659.  Soit sept ans seulement après l’installation des Hollandais au Cap, comptoir géostratégique de ravitaillement entre l’Europe et l’Asie. Médicament naturel pour lutter contre le scorbuts qui fait rage sur les navires, moyen de tromper l’ennui… Tous les moyens sont bons pour exporter le savoir-faire et développer la viticulture dans ce nouveau monde. 

A la fin du 18ème siècle, l’arrivée des Huguenots, ces Français protestants fuyant la révocation de l’Edit de Nantes, donne encore un coup d’accélérateur à ce développement : envoyés s’établir à plusieurs dizaines de kilomètres du Cap, pour éviter de faire trop de concurrence à la ville mère, ils développement ainsi le coin des Français, devenu Franschhoek, réputé pour ces vignobles jusqu’à aujourd’hui. 

Dans les années 1870, le phylloxéra qui a décimé les vignes européennes, arrive au Cap et détruit là aussi les pieds sud africains. La pression démographique étant devenue forte dans la ville, c’est à cette époque que les domaines viticoles “sortent” de la cité, au profit des bâtiments et des habitations qui occupent désormais l’espace citadin. 
C’est en 1963 que les derniers pieds de Bo-Kaap sont arrachées et la vigne disparait totalement du Cap. 

Minuscule lopin de quelques centaines de mètres carrés, le Clos D’Orange est un pari lancé en 2001 par Jean-Vincent Ridon, un vigneron et oenologue français installé depuis longtemps en Afrique du Sud : replacer de la vigne au coeur de la ville, sur un clos urbain qui produirait chaque année environ 500 bouteilles de Syrah, selon des méthodes biodynamiques. 

Pas d’arrosage des pieds de vigne (comme en France), pas de produits chimiques pour lutter contre les maladies infectieuses, mais des remèdes traditionnels (bouillie bordelaise, jus d’ortie et d’aïl, doses minimales de souffre et de cuivre) et l’aide des microorganismes et animaux endémiques (taupes, porc-épics…) qui participent au bon fonctionnement global de la parcelle. 
Curieusement les résultats sont impressionnants. 
Le mildiou se limite à quelques feuilles, et pas de trace du phylloxera. 

Plusieurs signaux annoncent quand la vigne est prête à être récoltée : lorsque les oiseaux commencent leurs razzias en piqué sur les raisins, et lorsque la petite machine sur laquelle on dépose un peu de jus indique que le taux de sucre est suffisamment élevé pour permettre la macération des raisins. 
(Avant la technologie, il s’agissait d’en mâchouiller un et d’examiner ensuite la couleur du jus : plus elle était foncée, mieux c’était.)

Dès lors commence la cueillette à la main des grappes qui produiront le vin : il s’agit de les couper lorsqu’une large majorité des raisins sont le plus foncés possible, et le nombre de petits raisins verts limités. 

Tout est alors placé dans de grandes cagettes qui iront ensuite rejoindre la cave pour la suite des opérations : une petite balade assez lunaire et clairement chauvine au milieu de Cape Town, les french grappes parcourant la ville à bord de la méhari du propriétaire. 


Commence alors l’étape de l’égrappage. 
D’un geste ample et sec, on détache les grains de la tige, les raisins malades, abimés ou verts restant alors accrochés comme par magie à la petite branche. 

Quelques unes des tiges, saines, sont conservées et jetées dans le magma de grains, à la discrétion du vigneron, ce qui rajoutera un peu d’acidité au vin. 

Les raisins sont ensuite placés quelques jours en cuve pour initier la macération. 
Puis des levures naturelles sont additionnées afin d’assurer la fermentation. 
Celle-ci cessera lorsque tout le sucre contenu dans les grappes aura été transformé en alcool. 
Et plus les raisins resterons longtemps ainsi, plus la peau des grains donnera sa couleur au vin, du blanc jusqu’au rouge.

Le foulage à la main ou au pied aura ensuite lieu, avant la clarification : c’est le rajout d’une substance (souvent le blanc d’oeuf avec un peu de sel) qui permet au liquide (qui remonte) et au mou (qui descend) de se séparer. 

Ainsi nettoyé, le vin peut alors être mis à vieillir dans des cuves ou des barriques en bois avant d’être mis en bouteille… Et vendu !


Les pizzas des Jujutrépides

Il faut bien le dire :

nos Jujus, leur grand kif gastronomique,

c’est la (bonne) pizza.


Comme tous les gosses, ils en raffolent.

Nous tâchons donc, leur père et moi, de leur accorder ce petit plaisir quelques fois dans le mois en commandant des pizzas au feu de bois, livrées par le restaurant d’à côté.
Ces moments-là sont synonymes pour eux de fiesta inégalable, et les rituels se mettent alors immédiatement en place : pendant que l’un fourre le CD de Mulan dans le lecteur DVD, l’autre fonce à la cuisine pour récupérer leurs petites assiettes en plastique, du sopalin, du coca et du ketchup (oui, je sais…) et poser le tout sur la table basse du salon de télévision.

Il arrive de plus en plus fréquemment ces derniers temps que nos Jujutrépides entament entre eux des discussions construites et (vaguement) rationnelles durant lesquelles ils conversent sur des sujets qui leur tiennent à coeur.
L’adulte présent à coté d’eux n’existe alors plus.
Et c’est là que des échanges ubuesques, dont la teneur ne manque pas de piquant, font leur apparition, le parent pouvant alors se délecter avec tendresse des reflexions lunaires que seuls les enfants de cet âge peuvent avoir.

Nous étions l’autre jour dans la voiture, comme à l’accoutumée, en fin d’après midi de retour de l’école. 
Les garçons étaient calmes, bien calés dans le fond de leurs sièges-auto lorsque Trystan s’est écrié :

– “Tancrèèèèèd’ ? Tu sais commander une pizza toi !?”

– “Euuuh, oui, j’crois k’c’est avec le dinateur de papa qu’on fait ça.”

– “Et tu crois qu’tu pourras ‘l’faire quand on s’ra arrivés à la maison ?”

– “J’sais pas, on peut essayer, mais papa ça va l’énerver si on touche à son dinateur.”

– R’garde, on NAKA d’mander à maman, elle elle sait l’utiliser le dinateur, elle fait du travail dessus tout l’temps.”

– “Ok, on va faire ça.”

– “T’as faim ?”

– “Hummmmm… J’crois pas.”

– “Bon alors quand t’as faim, tu m’dis d’accord ? Et alors j’irai chercher maman pour qu’elle nous l’fasse.”

– “Ouiiiiiii !!!! Et après on MANGERA NOS PIZZAAAAAS !!!”

– “On en prend une pour toi et une pour moi, okay ?”

Et là, je sens mon fils qui baisse considérablement le son à l’arrière du véhicule, articulant tout doucement et murmurant à son frère : 

“Okay Trystan. Mais tu sais en fait, on devrait pas d’mander à maman. On devrait l’faire nous même. Pass’que si maman elle voit nos pizzas, elle va vouloir en manger…

L’ingratitude infantile n’a pas de limites.


Découvrir Inverdoorn et son safari

A deux heures et demies de Cape Town, 

tout droit vers le nord-est, 

aux portes du désert du Karoo, 

se trouve la réserve naturelle d’Inverdoorn


10 000 hectares de la plus grande réserve sauvage privée de la région, véritable sanctuaire de réintroduction pour de nombreuses espèces d’animaux – dont beaucoup ont été sauvés de situations dramatiques – qui peuplaient auparavant cette belle région aride avant que l’homme ne les en chasse. 

La route qui y mène est magnifique, jalonnées de montagnes vertes et de gorges sèches vertigineuses, suivies d’immensités sereines de champs cultivés qui défilent le long des lignes à haute tension…

Surprise, devinez qui s’est caché dans le paysage et que j’ai pris en photo sans le savoir !?
Un beau Kudu mâle. 
Une piste d’une petite dizaine de kilomètres, au milieu d’une étendue brûlée par le soleil, ponctue la route et mène directement au camp :

Difficile de s’imaginer en arrivant, une infrastructure aussi bien organisée et de penser qu’au sein de cette énorme zone sèche et plane, puissent se cacher autant d’animaux sauvages :

Les Big 5 sont présents dans la réserve, bien qu’il soit très rare de tomber sur les léopards, venus des montagnes avoisinantes et passant de manière irrégulière sur le territoire protégé. 

Un programme spécial a été mis en place pour la protection des rhinocéros, installés depuis longtemps dans le parc : leurs cornes ont été sciées pour passer l’envie aux braconniers de venir les abattre. 
Cette technique rendant toute remise en liberté dans la nature impossible – privé de leur seul moyen de défense, les rhinos devenant très vulnérables – une nouvelle stratégie a été mise en place : leurs cornes sont maintenant injectées de poison, virant au rose dès qu’on les entaille, et dégageant alors des fumées toxiques obligeant les criminels à se rendre à l’hôpital et à être ainsi immédiatement dénoncés aux autorités…
Une belle nouvelle cette année : un petit, né dans la réserve.

Les zèbres, les gnous, les girafes, les autruches, les buffles et les springboks sont légion : chacun a sa particularité. 

Un cas très rare de springbok noir.

Il existe 4 types de zèbres différents en Afrique du Sud. 
Certains ayant les traits qui passent jusque sous le ventre, laissant penser qu’il sont donc blanc à rayures noires. D’autres non, pouvant faire croire qu’ils sont noirs à rayures blanches. 
Le mystère demeure !
(Plaisanterie des rangers.)

Il existe des gnous bleus : ils sont – il faut bien le dire – particulièrement moches et disposent d’une longue queue noire, le pelage très noir donnant parfois des reflets bleus. 
Les gnous noirs sont réputés moins vilains, et ont la queue blonde. 


Deux éléphants, rescapés de tournages de films et de sociétés de safaris à dos d’éléphants où ils ont été longtemps brutalisés, se partagent l’écorce des arbres de la réserve : 

Les buffles, particulièrement nombreux sur le site, se reproduisent eux aussi rapidement dans ce petit paradis paisible : 

Les troupeaux de girafes traversent régulièrement les pistes de leur pas lent et digne.
Comme nous, ces animaux disposent de 7 vertèbres, mais chacune pèse chez eux près de 20 kilos !
Leur langue – bleue pour éviter les coups de soleil – est longue de 60 cm. Grâce à leur haute taille, à cette grande langue et à leur salive collante, les girafes peuvent ainsi passer leurs journées à attraper les petites feuilles des acacias dont elles raffolent pour se nourrir. 

Le programme de la réserve pour la réinsertion des guépards est très bien rodé : chaque jour, une “course au leurre” est organisée pour réapprendre à ces bêtes – reproduites et élevées en captivité par des inconscients qui s’imaginent en faire des animaux de compagnie – à chasser comme dans la nature. 
Un faux lapin est lancé à toute vitesse le long d’un rail, sur plusieurs centaines de mètres. Le guépard qui aura réussi à l’attraper sera gratifié d’un gros poulet en récompense, les encourageant ainsi à retrouver leurs réflexes naturels de chasseurs redoutables. Une fois suffisamment entrainés, ils sont relâchés dans la partie libre de la réserve. 


Les lions sont aussi présents dans le sanctuaire. 
Comme beaucoup des animaux de ce parc, ils ont été sauvés d’élevages de chasse qui reproduisent les félins et les bourrent d’hormones pour leur faire atteindre des tailles hors norme, avant de les abandonner à une mort certaine, entre les mains de traqueurs de trophées, dont le grand plaisir est de les abattre dans leur cage – summum du courage – avant de ramener leur tête dans leur pays d’origine…  

Nous avons aussi eu la chance de tomber sur un troupeau de Kudus, grande antilope beige aux petites rayures fines et blanches, et aux grandes oreilles.
Ils sont particulièrement peureux et détalent à la première occasion en émettant des sons qui font penser à des aboiements. 


Les safaris (deux par jour, le matin tôt et en fin d’après-midi) durent entre deux heures trente et trois heures, ce qui est assez idéal pour les petits enfants dont la concentration est limitée.  
Le service dans le lodge est aux petits soins et l’organisation est très bien pensée pour tous les profiles. 
Un vrai moment de détente et de découverte en amoureux ou même en famille !

Il ne vous reste plus qu’à réserver !

Jujuadaptators

Cette capacité qu’ont les jeunes enfants de s’adapter, à la vitesse de la lumière,  à n’importe quelle situation, est extraordinaire. 


Cela fait quelques années maintenant, du fait de notre choix de vie nomade, que nous imposons régulièrement à nos Jujutrépides des lieux de vie différents, un entourage humain éphémère, des langues variables… 

Et pourtant, la rapidité avec laquelle ils acceptent le changement et s’adaptent à leur nouvel environnement, quelqu’il soit, est proprement incroyable. 

Probablement parce que contrairement aux adultes, ils vivent intensément les instants présents sans s’attarder sur le passé et sans perdre leur énergie à imaginer le futur…

Toujours est il que certaines de leurs réflexions où attitudes, depuis notre arrivée en Afrique du Sud, ne cessent de me surprendre : 

La rapidité avec laquelle ils ont abandonné l’espagnol pour passer à l’anglais m’a même un peu effrayée. 
En moins de trois mois, le basculement s’était opéré. 
A tel point qu’il leur arrive même maintenant souvent de s’amuser ensemble dans cette nouvelle langue. 
Il n’est pas rare que je les entende, lorsqu’ils jouent à la marchande par exemple, échanger un dialogue ponctué par le “je t’en prie” typique de l’Afrique du Sud, qui ne se dit pas ici “you’re welcome” mais “Pleasuuuure !”, avec l’accent trainant si spécial qui l’accompagne. 

Régulièrement, surtout les week-end, il leur arrive de réclamer toutes affaires cessantes un BRAAI (un barbecue sud-af, pour les non initiés) avec – tant qu’à faire les choses bien – des “‘ross crevettes” dessus (= langoustes)

Mais le plus étonnant, c’est de voir la facilité avec laquelle ils intègrent leur nouvel environnement immédiat, jusque dans leurs jouets préférés, j’ai nommé les legos. 
Le jeu consiste à réquisitionner papa et à le briefer sur un animal à construire avec eux. 
Adieu veaux, vaches, poules, chiens et chats.
Bienvenue : 

Le lion.
Si regardez bien, le nez noir, et les deux yeux au dessus, et tout autour en jaune la crinière…

La baleine !
Encore elle.
(Mais siiiiii, avec le jet d’eau, là, au dessus de la tête !)


La girafe.

Et même… (tout seuls) La maison à l’architecture Cape Dutch, si typique du pays !?!?!?


Les enfants n’en finissent jamais de nous étonner.

Les Jujutrépides lancent les invitations

En fait, 

je n’avais jamais réalisé. 


Le fait qu’ils soient jumeaux et passent le plus clair de leur temps à jouer ensemble m’a fait oublier que les enfants ont besoin de s’amuser… 
Avec leurs amis. 
Et pas seulement leur frère. 

Je l’ai compris lorsqu’un après-midi en rentrant de l’école dans la voiture – ce moment privilégié de toutes les confidences – mon fils Trystan me dit : 

– “Mamaaaa… J’voudrais inviter Loup à la maison pour qu’il zoue avec moi.”

Réponse réflexe, idiote : 

– “Mais Trystan, t’as ton frère pour jouer !”

– “Oui mais des fois, j’voudrais changer.”

Tilt.

C’est débile ce que je viens de lui dire, le pauvre gamin. 
Comment j’ai pu lui répondre un truc pareil. 

– “Evidemment Trystan mon amour, je comprends. Tu as raison.”

– “Voui…”

– “Voui. On va faire une petite fête vendredi de la semaine prochaine d’accord ? En ce moment il fait beau. On va dire à Loup et aux jumelles de venir et d’amener leurs maillots, okay ? Je vais le dire à leurs mamans ce soir.”

– “Voui mama…”

J’ai alors senti mon petiot soulagé et vraiment heureux. 
Avant même que j’ai pu reprendre la parole, Tancrède est naturellement monté au créneau à son tour : 

– “Meuuuh et moi ? Moi aussi j’veux qu’mes zamis soient avec moi !”

Bien sûr. 
Les bonheurs de la gémellité. 
Tout ça. 

Je n’ai pas voulu faire ma mesquine et lui dire : semaine d’après.

– ” Oui Tancrède pas de problème. Quel ami tu veux inviter ?”

– “Eva. Eva c’est mon meiiiilleur copain !”

– “?!?!? Euuuh chéri, Eva c’est une p’tite fille. Tu m’en as même parlé pendant des mois l’année passée.”

– “Oui mais maintenant c’est comme mon copain.”

Bon. D’amoureuse à bon pote. 
Pourquoi pas, finalement. 
Tant mieux, en fait !

– “Ok, Eva, chéri, parfait.”

– “Mamaaaa ! T’oublie pas les bonbons, les p’tits gateaux, le chocolat et les marshmallows hein !”

– “Tancrèèède, tu pousses le bouchon là.”

– “Ok mama… Juste les marshmallows alors…


Le jour J, j’ai donc installé les préparatifs en prévision de l’arrivée des p’tites termites, avant de prendre le chemin de l’école :


En route, j’ai donc assisté – silencieuse au volant – à des discussions  sans queue ni tête, relativement lunaires et si typiques des enfants de cet âge, tenues entre tous ces bambins qui semblaient avoir oublié ma présence : 

Tancrède : 
– “Moi, mon papa, en fait, il habite pas avec nous, il habite à Zoburg !”

(Bim, prends toi ça dans les dents papa. Ça t’apprendra à voyager autant ! Les enfants sont impitoyables…)

Eva : 
– “Et bin moi, le mien, il attend les gens en vacances à la maison.”

(Bim Marco, c’te feignasse.)

Eva : 
– “Et sinon toi Trystan t’as beaucoup de jouet ?”

Trystan : 

– “Naaan pas beaucoup…”, asséné d’un air abattu.
“… Mais c’est pas grave.”

(Là, tu te pinces et tu manques de dévier dans le fossé, quand tu connais le nombre de caisses entières de joujoux qui peinent à rentrer dans sa chambre, entassées les unes sur les autres.)

L’après midi c’est déroulé sans anicroches, prouvant ainsi que l’idée était probablement bonne : 

Mais comme toujours avec les Jujus, il faut souvent s’attendre au second effet kisscool : 


Dans le branle-bas de combat de fin d’après-midi, lorsque les parents et leur  progéniture sont repartis, certaines affaires ont été oubliées à la maison.
En revenant à l’école lundi matin, nous avons donc rapporté les-dites affaires.

Tancrède s’empressant alors de me prendre le vêtement des mains avant de HURLER absolument ostensiblement dans la cour, devant toutes les mamans venues déposer leurs enfants, :

“ÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉÉVAAAAAAAAAA ! Viens viiiiiite !  ON A RAMENÉ TA CUUUUULOOOTTE !!

Devant les yeux médusés des parents – qui me regardaient d’un oeil mi-inquiet, mi-horrifiés – je me suis sentie, comme à l’accoutumée, très très petite… 
Au milieu de cet espace qui m’a soudain semblé si grand et si vide…

M’enfin bon. 
La honte, avec les enfants – surtout les miens – c’est une question d’habitude

Le carnaval des Jujutrépides

C’est indéniable,

on progresse.


Bien sûr, il s’agit d’être patient.

Cette affaire a tout de même duré quatre années.

Mais enfin, il faut le dire, ça va beaucoup mieux.

Jusque là, nous avions droit aux hurlements, aux pleurs, aux effondrements, aux visages éplorés…

Il suffisait que la garderie ou l’école organise un spectacle, une course, une représentation : à la seconde où nous apparaissions pour les encourager, nos Juju-danaïdes ouvraient les vannes, tels deux petits tonneaux inépuisables :

Incontrôlables.
Inconsolables. 
Insupportables. 

Souvenez-vous, ici

L’amélioration est très nette et nous avons pu le vérifier la semaine passée lors du carnaval de l’école. 
Voici donc un avant/après jujutrépidesque des progrès constatés : 

BEFORE : en larmes, ils déchiraient leurs déguisements, avant de les piétiner en hurlant, puis – la plupart du temps – de se moucher dedans. 

AFTER : ont accepté de les porter et même de se maquiller.

BEFORE : l’apparition des parents était synonyme du coup d’envoi immédiat pour l’inondation lacrymale.

AFTER : ont gentiment fait un signe de la main et même souri de façon civilisée en réponse à notre présence. 
Pas de drame. Pas de hurlements. Pas de déluge. 

BEFORE : inutile de penser ne serait-ce qu’un instant à suivre le cortège de la classe ou à passer devant un quelconque public. 
Ne parlons pas d’un jury.

AFTER : ont calmement cheminé dans les convois, sans rechigner, et ont accepté de s’assoir là où on leur demandait de bien vouloir attendre leur tour. 

BEFORE : la photo était le moment privilégié durant lequel accentuer en priorité les cris stridents et afficher avec beaucoup d’entrain des faces affligées et désespérées. 

AFTER : ont accepté de s’assoir dans le calme pour le cliché final.
Bon, bien sûr, ils ont tout de même souhaité sauver ce qui restait de leur honneur de petits enquiquineurs, en montrant ostensiblement que toute cette cérémonie leur avait beaucoup coûté, et qu’il était temps de les ramener à la maison… Avec 3 heures d’avance. 


M’enfin, quand même.
Tout arrive, finalement.

Et – de fait – “tout vient à point à qui sait (vraiment) t’attendre (longtemps)”.