C’est
Une incapacité psychologique féminine à déléguer ?
La conséquence de l’intériorisation d’une domination masculine culturelle qu’il est temps de faire voler en éclat ?
Vous avez 4 heures.
Les Folles Aventures d'une Mère de Jumeaux
Vous avez 4 heures.
Bon, heureusement, certains sont là pour nous rassurer :
– “Mamaaaaa ! C’est KUNGFU PANDA ! On peut l’voiiiiiiir !”
– “Bin les garçons, vous n’avez même pas encore vu votre premier film, vous voulez déjà revenir ? En plus, il ne sortira que fin mars.”
– “Oui, oui, on revient, on revient, on revient !”
En même temps, si vous vous posez la question, c’est qu’il est probablement trop tard :
C’est bien connu, on ne SAIT si on a choisi la bonne personne, qu’une fois qu’on A le môme sur lequel faire les tests, bien calé dans les bras…
Ou plutôt hurlant à 03:15 du mat’ dans la chambre d’à côté, quand vous réalisez que la personne qui roupille à vos côtés n’a ABSOLUMENT AUCUNE intention de bouger ses fesses pour aller s’en occuper.
Car, disons-le honnêtement, les premiers mois – voire les premières années pour les plus chanceux d’entre nous – il est relativement évident que les enfants sont un excellent outil de sabordage du couple :
Epuisement physique et nerveux, répétition de la routine infantile, sans compter le bruit et les odeurs, tout ça… C’est pas très bon pour les géniteurs asservis dont l’identité ne semble plus se résumer qu’à celle de parents à plein temps.
(Oui, je sais, les jumeaux, modèle pénible au carré, en plus, ça n’aide pas. Mais, même.)
J’irais jusqu’à dire que contrairement à ce que pourraient croire les novices, il ne s’agit probablement pas du pire.
Le pire, c’est qu’avec le temps, assez rapidement et malgré soi, on commence à se mettre régulièrement sur le nez avec son partenaire pour des questions d’éducation.
Pour des trucs qu’on n’aurait JAMAIS imaginé quelques années auparavant.
Pour des trucs insignifiants.
On mute, en fait.
Et, à ce stade, en général, deux situations se présentent :
Option 2.
Vous avez beau avoir tout misé sur le beau brun/ la belle blonde – bah, si, NE NIEZ PAS ! – qui a fait chavirer votre coeur : pour le ticket gagnant, ‘faudra repasser.
Vous avez été séduit(e) par le “ce serait teeeeellement merveilleux d’avoir un enfant ensemble !”
Depuis, en récompense, vous vous coltinez 80% des biberons de nuit, des changements de couches, des p’tites purées maison (“t’as qu’à lui acheter des Blédina aussi !”), des bains, des allers-retours à l’école ou chez le pédiatre – c’est 50/50 les premières années – des sacs d’entrainements piscine/judo/foot, des devoirs… Tout ça, tout ça…
Ça n’est pas la faute de l’autre si vous êtes moins appelé(e) à voyager et si votre employeur est un peu plus flexible que le sien (IE. parce que vous êtes une femme. Mais n’en rajoutons pas. J’en vois déjà qui grincent des dents.)
Quand votre rejeton s’est pris pour Léonard de Vinci sur tous les murs de la baraque et qu’il a été puni dans sa chambre, ses feutres confisqués hors de portée des p’tits doigts, que vous avez passé vingt minutes à tout nettoyer à l’éponge, et qu’une fois effondré(e) sur le canapé pour souffler, vous réalisez que vous vous êtes pratiquement assise sur le gosse…
Qui a été consolé puis libéré de sa pénitence par l’autre parent, celui-ci vous regardant d’un air goguenard et vous disant : “Oooooh, alleeeeeeer, c’est pas si grave chéri(e) !”… A cent mille lieues de comprendre qu’en agissant ainsi, il se transforme en SPP/SPM (Super Papa ou Super Maman) et fait de vous, par la même occasion, le bad cop de service.
Quand vous dites à votre gamin “Non chéri, pas de troisième glace” et que cinq minutes plus tard, juste avant le diner, vous retrouvez comme par enchantement votre rejeton devant la télé suçotant son bâton Miko, qui vous regarde d’un oeil torve avant de détourner les yeux remplis d’amour vers leur père/mère qui, absent toute la semaine en déplacement professionnel, a juste envie de lui faire plaisir… Vous voyez rouge, comme sur le logo (d’la glace).
Vous vous énervez et tout part en sucette.
Souvent devant le gosse, pour faire bon poids.
Vous vous promettez mutuellement de ne pas recommencer, mais la réalité du quotidien vous happe, tel un gigantesque trou noir intergalactique !
Alors que faire ?
A ce stade, je ne considère pas – encore – les options du divorce ou du meurtre conjugal, ‘faut rester positifs.
Et naturellement, nous sommes chacun libres de régler la question en refusant la parentalité, tout simplement.
Mais pour ceux qui désirent malgré tout tenter l’expérience…?
Je n’ai malheureusement, pas plus que vous, de réponse à toutes ces questions.
Dans tous les cas, mon conseil unique est le suivant :
Tous les matins, mettez 2,5€ de côté.
Comme si vous aviez effectivement joué au loto.
Et allez régulièrement vous faire plaisir avec.
(Evitez l’alcool, la crème et le sucre, ça n’arrange rien.)
Ça ne change pas le problème de fond, mais ça fait du bien.
– “Oui, enfin, t’es pas obligé, hein. Tu peux juste lui amener une fleur aussi. Ou simplement lui faire un bisou et lui dire qu’elle t’a manquée.”
– “NO NO maman, j’VAIS LUI OFFRIR UN CADEAU.
Je vais lui donner TOUS MES LEGOOOOOOOOOS !!!”
Mon p’tit coeur…
Si généreux.
– “Euh, Trystan, c’est un peu gros comme cadeau là, et puis ce sera trop lourd à transporter. Trouve autre chose. Qui tienne dans ta poche, tu vois ?”
J’hésite à lui dire qu’on va aller acheter une Barbie à sa Dugazon des bacs à sable. Mais je me ravise en pensant que sa maman risque vraiment de nous trouver un peu envahissants.
– “Ok, m’an, z’ai compris !”
Et le vois filer dans sa chambre.
J’entends ensuite des bruits de mécanicien, qui ressemblent à des dizaines de boites de jouets renversées sous le coup de l’urgence, passée à chercher le bon objet.
Puis je le vois revenir avec ça :
– “?!? Ah bah très bien mon Titi, c’est parfait ça”, dis-je en pensant intérieurement : “Une araignée toute noire, pour ton amoureuse, t’es sûre ?”.
Mais je me suis abstenue.
Après tout, peut-être que les p’tites Sud Af, à force de vivre dans un environnement très nature, apprécient ce genre de présent.
Radieux, je l’observe alors – émue – tenir dans le creux de sa main et avec beaucoup de délicatesse ces petits machins insignifiants, comme si c’était les plus beaux trésors de la terre.
Sur ces entrefaites, débarque son frangin, Tancrède, marchant d’un pas nonchalant vers la cuisine où nous nous trouvions.
Je le vois poser les yeux sur les mains de frère :
– “Kes’ tu fais avec ça Trystan ?”
– “C’est pour Amber. Quand on r’tourn’ra à l’école.”
De son timbre caractéristique haut-perché, Tancrède monte alors la voix et se met à couiner :
– “… TU… TU… TU… TU VEUX LUI DONNER TOUT ÇAAAAA !?!?!?”
Je souris devant la situation.
Il reste probablement entre 250 et 400 kg de jouets dans leur chambre.
Le pauvre Trystan a choisi les petites figurines récupérées sur le dessus de leur gâteau de pirates confectionné pour leur anniversaire, et sur la bûche de Noël.
Ainsi qu’une petite araignée en mousse à 1 rand.
Et Tancrède trouve son mot à redire.
J’aurais plaisanté, mais c’est alors que je les vois commencer à s’étriper. Je décide donc d’intervenir :
– “M’enfin les garçons, vous avez des MILLIONS de jouets, vous n’allez quand même pas vous fâcher sur ça !”
– “C’est MES ZOUETS ! J’FAIS C’QUE Z’VEUX AVEC, TANCRÈDE !”
– “NOOOOOOOOOON C’est A NOUS DEUX ET T’AS PAS L’DROIT D’LES DONNER SANS ME D’MANDER D’ABORD !!!”
Je pense intérieurement qu’il va falloir rapidement revoir ce testament pass’que vu les tempéraments, on est pas rendus pour l’héritage.
Et je me dis aussi que, probablement, Tancrède n’a pas tort.
– “Mes chéris, alors, on arrête de crier. Trystan, tu sais quoi ? Tancrède a plutôt raison, ce sont des jouets qui n’existent qu’en un seul exemplaire, pour vous deux. Donc il faut vous mettre d’accord.”
Ronchon mais ultra motivé, une fois n’est pas coutume, Trystan se lance sans hésiter en premier :
– “Bon.. Ok. Tancrède, t’es d’accord pour m’laisser prendre ces ‘zouets, alors ?”
– “NON !”
– “POURQUOI !?!?”
– “PASS’QUE !”
– “POURQUOI !?!?”
– “PASS’QUE… PASS’QUE… PASS’QUE… le gâteau il était à nous deux et la buff’ de Noyel aussi. Donc t’as le droit d’en prend’ qu’un des deux. L’araignée, d’accord, tu peux la prend’, ‘façon, elle est moche”.
– “NON ! J’les veux tous ! C’est pour AMBER tu COMPRENDS PAS !!!”
Comme ils en étaient venus une nouvelle fois aux mains, je suis intervenue prestement :
– “LES GARÇONS ça suffit maintenant ! Si ça continue, et que vous n’êtes pas capables de vous mettre d’accord, je les mets tous à la poubelle les p’tits jouets. Comme ça je ne vous entendrais plus !!!”
Cri collégial déchirant : ” NOooooon mamaaaaaan noooooooon !”
– “Bon alors, qu’est-ce qu’on décide ?
Et là, Tancrède, version jugement de Salomon :
– “Non… Alors tu peux les avoir Trystan… Amber, c‘est quand même mieux que la poubelle…”
Ça promet…
Vous pourrez découvrir la créativité des tatouages locaux…
Ou encore observer les bancs de sirènes qui se chauffent au soleil :
Vous pourrez aussi voir – et entendre – les yachts-boites-de-nuit passer devant vous pour le sunset !
Bref.
On a décidé que ce serait une bonne idée de leur faire regarder ça.
Le problème maintenant, c’est qu’ils nous bassinent avec les MIKROB’ les BAKTÉRIES et les ANTIKOR !
(Comme quoi, finalement, ça avait du sens de les coller devant Goldorak : après, ils retiennent tous les noms super compliqués en un clin d’oeil !)
Tout ça pour dire qu’ils sont maintenant très branchés “santé”.
L’autre matin, on prenait le petit déjeuner attablés au bar de la cuisine, avant de partir à l’école.
– “Mamaaaaaaa ?! Kestu manges ?”
– “Bah tu vois bien Tancrède, de la mangue séchée.”
– “J’en veux aussi !”
– “Sur ce ton là, certainement pas.”
– “J’voudrais d’la mangue chéchée maman siteuplé.”
– “C’est nettement mieux. Voilà.”
Et au moment où je lui tends le morceau – très légèrement entamé – que je tenais dans ma main, il se met à vociférer :
– “NoonoOooooOoOoOoON !!!!! Celui-là tu l’as déjà mâchouillé !!!!! BEURK !”
– “M’enfin Tancrède, j’ai pas mâchouillé ! J’ai juste mordu un peu dedans, c’est pas la fin du monde quand même !”
– “Si !!!! Si c’est la fin du monde : tu RISQUES DE’M’DONNER TES MIKROB’!!!“
Sympa.
Tu les portes dans ton corps pendant 9 mois, au péril de ta peau.
Après tu passes 2 ans à te faire baver dessus et à nettoyer des déjections.
(Sans parler des 3 années supplémentaires, au bas mot, à torcher des culs.)
ET LUI IL TE PARLE DE TES MICROBES, que tu risques de lui refiler !!!
Pincez-moi, je rêve.
C’est trop.
Vraiment.
Tu as appris avec le temps qu’il ne faut JAMAIS se fier à leurs compliments opportunistes, ceux-là mêmes qui font des ravages auprès des marshmallows.
Tu te ravises.
Ton coeur reprend un rythme normal :
– “Hum. Trystan, qu’est-ce que tu veux ?”
– “Oooh… Un câlin siteuplé maman !”, ses petits yeux pétillants et plein de lumière, grands ouverts sur le monde.
Bien sûr, tu as envie de t’écouter et de l’étouffer d’amour, sans autre forme de procès, dans tes bras avides d’affection.
Mais tu hésites.
Tu hésites à répondre favorablement à la demande de ce petit esprit retors qui, tu le sais, tu le sens, prépare sans doute un mauvais coup.
– “Moui bon, voilà.”
Vite fait.
Et là, au moment où tu attends la réclamation qui expliquera ENFIN pourquoi ce petit saligaud se donne tant de mal à entrer dans tes bonnes grâces…
Il se barre.
Heureux.
Joyeux.
Sans rien demander en échange.
Franchement, autant le dire, la première fois que ça arrive, ça fait un choc.
Les fois suivantes, fidèle à ces années d’expérience extrême face à l’engeance gémellaire, tu continues à douter.
Tu restes vigilante.
Tu te dis même qu’ils ont encore amélioré et affiné leur stratégie, qu’ils jouent le long terme.
Mais rien ne se passe.
Tu finis même par y croire.
Tu vis bien quelques soubresauts, te rappelant que c’est TOUJOURS QUAND ON BAISSE LA GARDE QUE LES TRAGEDIES SURVIENNENT.
Mais rien.
Tu ne trouves qu’amour et compliments.
Tu t’autorises alors un “ENFIN !!!” de soulagement.
Ton acharnement éducatif commence à porter ces fruits : tes fils ont ENFIN appris à être bienveillants et indulgents envers les autres !
Tu te dis que c’est merveilleux !!!
Deux jours plus tard, tu vas te promener avec eux dans la rue.
Tu croises une dame dont le style vestimentaire est, disons, différent de celui auquel ils sont habitués.
Et là, c’est le drame :
Tu vois le p’tit doigt stigmatisateur pointé bien en évidence vers elle (dieu soit loué, elle est de dos), et tu entends la voix hurlante (dieu soit loué, elle ne parle pas français) de ton fiston qui dit :
– “Et bin tu vois ‘man, ELLE, CETTE DAME, LÀ, OUI CELLE-LÀ, sa robe et bin J’L’AIME PAAAAAAAS DU TOUT DU TOUT. C’EST TRES TRES MOOOOOOCHE avec tous ces ‘roos trous.”