Allo ? C’est toi ?

Le week-end dernier,

nos Jujus ont vécu
leur première conversation téléphonique
de l’histoire jujutrépidesque.  


Ça peut paraitre dingue, dit comme ça. 
Mais en fait ça s’explique très bien : 
Ils font toujours tout ensemble depuis leur naissance alors, forcément, ils n’ont jamais eu besoin de téléphone pour se parler. 

Cela fait quelques temps maintenant que nous avons pris l’habitude, leur père et moi, le samedi matin, de les emmener chacun de notre côté, histoire de passer du temps personnel avec eux. 
Un petit rituel en quelque sorte.

Du coup, l’occasion s’est présentée : 

Tancrède était avec son papa, en voiture, de retour du magasin de jouets. 
Trystan et moi venions de rentrer à la maison et jouions aux T-Rex-qui-dévore-le-buffalo. 
(Je sais… Mais ça l’amuse…)

Le téléphone sonne : 

– “Oui Allo ?”

– “Chérie c’est moi. On arrive dans un quart d’heure.”

– “Ok pas de soucis.”

Et là, au moment de raccrocher, j’entends vaguement une voix qui m’interpelle du fond de la voiture, celle de Tancrède, criant qu’il veut parler à son frère. 

Je comprends que son père positionne le téléphone pour qu’il puisse s’exprimer. 
Dans le même temps, je dis à Trystan de s’approcher pour parler dans l’appareil. 

Je tends alors le combiné à mon fiston, tout en entendant son frère piailler au loin dans l’écouteur.
Et là, stupéfaction, Trystan se met à hurler, façon “un indien dans la ville” : 

– “Allllooooooo ??? C’est qui ? C’est Tancrède ou Trystan ?” 

– “????????
????????
!!!!!!!”

Je regarde alors mon fils, me disant qu’il a soudainement perdu l’esprit !
– “M’enfin Trystan, tu ne sais plus qui tu es ????”

Peine perdue : il a déjà empoigné mon portable dont il regarde l’écran  avidement, déformation technique de cette nouvelle génération bercée par les skype, tango et autres viber :

– “Tancrèd’, c’est TOI ?????”

Je pense très fort : “bah… Qui tu veux que ce soit d’autre, mon fils ?”
Mais je m’abstiens. 

– “Ouiiiii, Trystan c’est mooooiiiiii !!! CA VA !??

– “Oui OUI ça va ! Et toi ça vaaaaa ?”

Je me dis qu’à ce stade de la conversation, heureusement que les temps de parole téléphonique sont maintenant illimités dans toutes les forfaits telecoms.

– ” Qu’est-c’tu fais ???!!!”

– “Chui dans la voiture avec papaaaaa il m’a mis devant !!!

Note pour moi-même : engueuler le père dès qu’il sera rentré. 

Comme si mon fils avait pu lire dans mon esprit (ou que plus vraisemblablement, le père – conscient du traquenard – l’avait vivement encouragé) je l’entends qui complète, précipitamment :

– “Mais chui avec la ceinture de sécurité ‘man !

J’interviens : 

– “Bon Tancrède, on va raccrocher d’accord ?”

– “NOOOOOON MAMAAAAAAN FAUT QUE ‘JE PARLE À MON FRÈRE !!!

– “Bon mais alors dit lui ce que tu voulais lui dire chéri, qu’on en finisse.”

– “TRYSTAAAAAAAAN ?

– “OUIIIiiii ?”

– “Trystaaaaaan ? Avec papa, j’t’ai acheté un p’tit HELICOPTÈRE téyéguidé… ‘pass’que j’t’aime.”


Sacrés Jujus…


kung fu fighting

“Mamaaaaan !!!

Y’a KUNG FU PANDA dans le jardiiiiiin !!!

Viens woiiiiir, viiiiiite !!!! 


A ce stade, l’image du gros panda noir et blanc installé sur ton gazon est déjà en train de se former dans ta tête. 

Tu le vois s’attaquer à tes précieux bambous. 

Et puis tu réalises finalement qu’il n’y a pas de panda en Afrique du Sud. 
Et que t’as pas de bambous dans ton jardin. 

Malgré tout, et même si tu commences maintenant à bien connaitre tes deux petits énergumènes, tu te dis que, s’il ne s’agit évidemment pas d’un panda, il doit pourtant bien y avoir quelque chose qui les poussent à s’égosiller ainsi. 

Puis, quand ton fils complète son alerte par : 

– “Tu vas voir, il est tout p’tit !”

Tu sais qu’il faut rapidement agir. 

Tu débarques donc, manu militari, dans l’enclos fleuri. 

– “Là, là, lààààà maman, r’garde !!!”

Tu t’approches. 
Mais tu ne vois rien. 

– “Euuuh, Trystan, y’a rien là. Qu’est ce que tu me racontes ?”

– “Mais siiiiiiiiii mama, lààààààà !”

Tu te penches et tu découvres : 


Une grosse mante religieuse.

Ça y est. 
Tes neurones viennent de se connecter. 

Mantis. 
L’un des Furious Five. 
C’est la mante religieuse du dessin animé, l’un des cinq meilleurs potes du Panda :



Tu souris. 

– “M’enfin Trystan, c’est pas Kung Fu Panda qui est dans le jardin, c’est Mantis, la mante religieuse.”

– “La KÔÔÔÔÂÂÂÂÂ ?”

– “Mante religieuse, bébé, ça s’appelle comme ça cet animal.”

– “Et bin moi, elle m’inquiète BEAUCOUP, tu sais…”

– “Ah bon ? Mais pourquoi, c’est gentil les mantes religieuses ?”

Enfin… On s’entend : j’ai évidemment omis de lui parler du traitement réservé aux mâles chez les représentants de cette espèce.

– “Mais elle me fait peur.”

– “Trystan, elle ne pique pas.”

– “Non je sais maman, c’est pas ça…”

– “Elle ne pince pas non plus…”

– “Je SAIS maman !”

– “Mais chéri, les petites bêtes ne mangent pas les grosses, voyons !”

– “MAIS MAMAN, c’est PAS ça !”

– “Ah bon ? C‘est quoi alors ?”

Je le vois soudainement reculer, visiblement assez anxieux, et prendre sérieusement ses distances d’avec le petit animal :

– “Maman, j’ai peur qu’elle me fasse du kung fu et que je me retrouve par terre tout cassé.”

Pas folle, la guêpe.

Les réveils matin

J’ai ENFIN élucidé 
l’un des mystères absolus
qui entourent
le réveil matinal des enfants.

En fait, chers amis parents, c’est encore de notre faute. 
(Comme d’habitude, en fait.)

Je m’explique : 

A moins que vous ne fassiez partie de ces rares – très rares – privilégiés dont le talent incomparable a été de mettre au monde des merveilles qui ont le bon goût de ne s’éveiller qu’à 9:00 du matin, vous aurez sûrement observé que le reste des enfants de la planète a la fâcheuse tendance de se lever entre 05:00 et 07:00. 

Ou plus précisément, vous n’aurez pas été sans remarquer que, du lundi au vendredi exclusivement, ces petites énergumènes n’apprécient rien moins que de se faire supplier pour sortir du lit
20 minutes – au minimum – de câlins et de mots doux sont nécessaires pour leur faire ouvrir les yeux ainsi que les oreilles encore sourdes à la réalité matinale de l’école où il serait de bon ton de se trouver dans moins de 38 minutes, maintenant. 

En revanche, vous avez été forcés de constater qu’ils sont systématiquement les premiers debout, les samedis et dimanches matins, à l’aube, frais comme des gardons et prêts à en découdre avec vous.

Dimanche dernier, à 06:30, délicatement éveillée par la petite main de mon fiston sur ma joue qui réclamait doucement mais fermement ses tartines de nutella et sa banane, je suis quelque peu sortie de mes gonds : 

– “M’ENFIN TRYSTAN ! BORDEL !”

– “Maman… On dit pas des ‘ros mots.”

– “TRYSTAN JE DORS !!”

– “Mais moi z’ai faim maman… Et chui’ trop p’tit pour ouvrir la grille pour aller à la cuisine tout seul…

Fichues règles de sécurité sud africaines.

– “TU PEUX PAS ATTENDRE UN PEU, NON ! Vas jouer dans ta chambre…”

– “J’ai faim.

– “BOIS DE l’EAU DE TA GOURDE.”

– “Z’ai déjà tout bu. Elle est vide.

– “TRYSTAN VA DANS TA CHAMBRE !!!!”

– “J’ai faim.

– “MMMMMMAIS !!!! TRYSTAN POURQUOI me réveilles-tu TOUS LES weekends, quand je peux enfin dormir un peu, alors que pendant les jours d’école c’est TOUJOURS moi qui dois venir te réveiller. 

Et là, haussant subitement le ton, poussé par une vague de colère visiblement contenue depuis des années, venue de nulle part, l’explication la plus limpide de l’histoire de la communication : 

– “MAIS MAMAN C’EST TOI KA COMMENCÉ A M’RÉVEILLER UN ZOUR POUR ALLER À L’ECOLE TOUT L’TEMPS !!!! ALORS MAIN’NANT, C’EST MOI QUI T’RÉVEILLE !!!!!!”


En fait, les gosses nous emmerdent le dimanche matin parce qu’on les emmerde tous les jours de semaine. 
Et non l’inverse. 

C’est pas compliqué et ça se comprend très bien : 
Ils se vengent.

Voilà.

Les Jujutrépides découvrent l’accrobranche

Le week-end dernier, 

nos Jujutrépides ont découvert 

l’accrobranche !


Entre nous, je pensais qu’ils étaient encore petits pour ce genre d’activité. 

Vous me direz : plongée en cage avec des crocodiles oui, mais accrobranche non ?
Je sais. 
Parfois les parents, ont des considérations étranges. 

En réalité, ce sport est autorisé dès 4 ans en Afrique du Sud. 
Il n’existe que 5 centres dans tout le pays où pratiquer ce jeu d’escalade des arbres, dont un à Cape Town.
Pour 100R (environ 6€) les enfants peuvent s’amuser 1 heure durant, faire et refaire des parcours variant de difficulté selon leurs âges. 

Nos Jujus ont littéralement adoré découvrir le plaisir de passer d’arbre en arbre, de s’élancer dans le vide, entre les immenses eucalyptus de la forêt de Constantia :


Le lieu est petit, mais très bien organisé, autour de vieux Gumtrees dont les cimes, très élevées, s’élancent vers le ciel, la chaine de la Montagne de la Table en arrière-plan :


Tous les enfants sont d’abord harnachés par les professionnels qui travaillent dans le centre. 

Tancrède, sur les chapeaux de roues : 

Soyons honnêtes, au départ Trystan semblait très moyennement motivé par l’expérience :

Les enfants passent ensuite par un rapide atelier de formation, dont les cables de suspension sont à moins d’un mètre du sol, afin de connaitre les règles de sécurité essentielles et de comprendre comment utiliser les cordes et les poulies à leur disposition : 

Bon.
On a 2 cordes qui nous relient aux arbres.
On ne décroche JAMAIS les 2 en même temps = on en garde TOUJOURS 1 attachée, pendant qu’on fixe l’autre ailleurs.
On regarde systématiquement si le prochain arbre est vide, pour éviter les collisions.
On garde les mains bien sur les cordes, par sur les cables.
Sinon y’a pu’ d’petits doigts.
Pour les poulies : on les glisse sur le cable, on place les mousquetons de chaque côté, au niveau des encoches,
et on se lance.
Voilà.
Voilà comment on manipule les mousquetons.
OK, bring-it on.

J’ai été littéralement bluffée par la rapidité avec laquelle ils apprennent le fonctionnement de l’activité. 


“Ça va, ça n’a pas l’air trop élevé leur affaire….”

“Oups, fais gaffe frérot !”
“C’est bon, j’te tiens.”

Fins prêts, ils se sont ensuite dirigés vers la première plateforme de départ. 

Là encore, les parents découvrent que leurs enfants, contrairement aux adultes, ne sont absolument pas effrayés par la hauteur (environ 2 mètres), et semblent tous stupéfaits par la vitesse et l’aisance avec lesquelles leurs rejetons se lancent dans l’aventure :  

Bin quoi ?!

Au fur et à mesure des parcours, l’expérience aidant, leur agilité est de plus en plus impressionnante : 

Les passages par les tyroliennes (ce cable de plusieurs dizaines de mètres qui relie 2 arbres, le long duquel il faut s’élancer dans le vide) reste le moment charnière – sans mauvais jeu de mot – durant lequel les parents morts d’inquiétude virent généralement au blanc-vert.
En pure perte de temps et d’énergie puisque leurs lardons, eux, s’éclatent entre les arbres sans aucun état d’âme particulier : 

Oubliées, les premières appréhensions.

Musculation…
Sens de la logique et de l’orientation…
Habileté, patience et concentration…
Courage et dépassement de soi…

Sans compter qu’après un entrainement pareil, vos mômes s’effondreront très probablement avant 19:00 dans leur pieu. 

Il n’y a vraiment que des avantages à cette activité idéale du week-end !

Tu dis bonjour à la dame ?

Pourtant, 
ça n’est pas faute d’essayer.

Chaque jour, de chaque semaine, de chaque mois. 
Depuis plus de deux ans. 

Comme tous les parents – en tous cas, si j’en crois ceux que j’entends et qui partagent notre quotidien – nous tentons en vain de convaincre notre progéniture des bienfaits et de l’intérêt de la politesse : “bonjour”, “merci” et “au revoir”, notamment. 

Ces trois petits mots – probablement ceux qu’ils ont le plus entendu depuis leur naissance – sont paradoxalement aussi, et pour une raison qui m’échappe, les plus difficiles à leur faire prononcer. 

Chaque matin, par exemple, il est encore et toujours compliqué de les amener à saluer le gardien de l’école qui s’amuse – il est vraiment gentil, le pauvre homme – de cet immuable rituel :

– “Bonjour les jumeaux ! Comment ça va ce matin !?”

Silence

– “Les garçoooons, qu’est-ce qu’on dit à Ange qui vient de vous dire bonjour ?”

Silence. 
Invariablement, nos deux garnements à la langue habituellement si bien pendue, deviennent soudainement et inexplicablement muets, chacun s’accrochant à mes jambes tels deux énormes sangsues, enfouissant leurs nez dans mes robes. 

– “Trystan, Tancrède, c’est pas un peu fini, oui ? Chaque matin, vraiment ?”

– “Bonzouuuuur Annnnge….

– “Ah quand même…”

Nous pouvons alors passer le pas de la porte de l’école et libérer les 43 personnes qui attendaient derrière nous. 

Un matin où j’apercevais une connaissance dans le hall, les Jujus ayant encore refusé de la saluer, j’ai décidé de nous arrêter dans les couloirs, sur les bancs de classe :

– “Mes amours, ça n’est plus possible. Je sais que vous savez qu’il faut dire bonjour aux gens. Alors pourquoi refusez-vous de les saluer ? C’est vraiment pas poli, ça leur fait de la peine et moi je suis triste que mes petits garçons ne se comportent pas bien.”

Réaction mutique des Jujus, qui dans ce type de situation on pris l’habitude ces dernières années de se tenir bien droits, serrés l’un à côté de l’autre. 

– “Qu’est-ce qu’on fait, alors, les garçons ? Je ne vais quand même pas finir par vous punir, si ?”

Et là, Trystan me laisse sans voix : 

– ” MAIS MAMAN ! On dit pas bonjour À CAUSE DE PINOCCHIO !”

– “???? Euh …? Hein ?!”

– “Bah oui Pinocchio. MEME QUE C’EST TOI QUI NOUS A ESSSSSPLIQUÉ KI FAUT ZZZZZZAMAIS SUIVRE LES ZENS QU’ON CONNAIT PAS !!! 
Alors nous et bin… Et bin… Et bin… Si on parle aux zinconnus, il va nous arriver pareil qu’à Pinocchio !! ‘Y vont nous z’enfermer dans des cages et ‘y vont nous z’emner et nous transformer en ânes !!!!
Alors c’est pour ça qu’on parle pas aux zens.”

– “???????…….??????”

#IlsNousAurontToutFait.
#DeL’ImportanceDeLaNuance

La photo de classe

Comme chaque année,

dans toutes les écoles du monde, 

une photographie de la classe est organisée. 


Naturellement, il est demandé aux parents de bien vouloir, le jour J, habiller et pomponner leur progéniture afin que celle-ci ait vaguement l’air de quelque chose sur le cliché – vendu son pesant d’or – qui immortalisera cette nouvelle étape de l’enfance de nos chers bambins. 

Il est franchement amusant de s’arrêter quelques instants devant le portail d’entrée de l’école le matin de cette fameuse journée et d’observer la marmaille : la chemise au lieu du t-shirt, le pantalon à la place du short, les cheveux bien peignés, avec la raie sur le côté, les ongles exceptionnellement bien récurés et coupés (lâchez l’affaire, je donnerai pas d’noms)…

Bref. 
Un parterre de vrais petits sous neufs, tout pimpants et bien brillants. 

Evidemment, nos Jujutrépides n’ont pas échappé à la mise en pli de vigueur ce jour là dans leur établissement scolaire : leurs atours d’élégants, que nous avions péniblement réussi à faire disparaitre après plusieurs semaines d’obsession gémellaire à ce sujet l’année passée, ont donc refait leur apparition :

Très fiers à l’idée d’apparaitre sur ces photos scolaires, nos Jujus ne se sont pas faits prier pour boutonner leurs chemises et serrer les noeuds de leurs cravates, montrant même un zèle assez inhabituel dans leur apparence physique : 

– “Mais Mamaaaaa !! t’as oublié de mett’ le ZEL !”

– “Ah oui pardon Tancrède, t’as raison, viens on va bien te coiffer. Tu veux les pikpiks sur le dessus de la tête c’est ça ?”

Mais c’est au moment de quitter la maison, sur le pas de la porte, que leur père et moi avons eu du mal à retenir un fou-rire :

– “OHHH ! MAIS MAMAN ! ON A OUBLIÉ UN TRUC SUPER IMPORTANT pour la photo !”

– “Ah oui ? Quoi-donc, mon amour ?”

– “Bah !! On a pas mis L’PARFUM !”

Sacré Tancrède.

Oui, mais… ?

“OUI, MAIS….”

Je me souviens encore à quel point

ces deux petits mots

avaient le don

de rendre ma mère

complètement dingue.


Et bien les Jujutrépides, comme tous les enfants du monde, s’y sont mis.

Dorénavant, à chaque fois qu’on leur demande quelque chose ou qu’on leur refuse un truc, nos intrépides fistons dégainent l’arme du OUIMAIS.

Introduction à la négociation, habile préambule au marchandage digne des souks fabuleux et pittoresques du pays d’origine de leur papa… La génétique, y’a pas à dire, on n’y peut pas grand chose.

Le OUIMAIS à l’avantage – du point de vue des enfants, s’entend – de s’adapter à toutes les situations de la vie courante.
Il engage la discussion et permet de lancer les tractations, cet outil permanent qui a le mérite de leur faire obtenir à chaque fois un peu plus que ce qu’ils étaient censés recevoir initialement.

Pour les parents, c’est presque aussi pénible que les “pourquoi?” avec lesquels ils nous abreuvent depuis des années…

Mais comment leur en vouloir ? 
Il est bien normal que, voyant l’obstacle, ils tentent de le contourner. 

Certaines discussions surréelles virent rapidement à l’affrontement nerveux et psychologique entre le parents mi-amusé mi-exaspéré et le môme qui – visiblement – trouve beaucoup d’intérêt à ce genre d’échange type je-te-tiens-par-la-barbichette : 


– “Mon amour, non, tu ne peux pas avoir de 7ème morceau de chocolat / 3ème kilo de pop corn, avant le diner. “
–> “OUIMAIS je PROMETS que je mangerai TOUT mon diner quand même.”

– “C’est pas la question. C’est juste que manger trop de sucre, c’est pas bon pour ta santé.”
–> “OUIMAIS ma santé elle va très bien.”

– “Elle va très bien parce que maman surveille ce que tu manges, et équilibre tes repas.”
–> “OUIMAIS si je mange pas assez, je vais rester petit, et toi tu veux que je grandisse.”

– “Le chocolat n’a jamais fait grandir mon fils, ce sont les légumes, les fruits et la viande qui te font grandir. FIN DE DISCUSSION.”
–> “OUIMAIS maman, si on arrête de discuter, on pourra pas être d’accord.”

– “Moi, je suis très d’accord avec moi-même mon coeur. Donc tout va bien.”
–> “OUIMAIS moi, pas trop, mama.”

– “OUIMAIS, MOI SI !, alors on parle d’autre chose, si tu veux bien. Et puis voilà ton poulet rôti aux petits légumes grillés, manges s’il te plait.”
–> “OUIMAIS moi, J’préfère le poisson.”

– “Et bin dommage chéri, ce soir, y’a qu’du poulet.”

A ce stade, trois options s’offrent à vous. 
– La technique du Blablabla
– La méthode du TuPeuxRépéter?
– Ou la dernière approche – la vengeance du serpent à plumes – assez gratifiante pour le parent mais qui nécessite de la patience. 
Car, comme chacun sait, la vengeance est un plat qui se mange froid. 

Le Blablabla
Quand votre enfant commence à vous gonfler au delà du raisonnable, vous vous mettez au niveau : vous bouchez vos oreilles avec vos mains et assénez d’un ton monocorde “blablablablabla…” durant quelques minutes. 
Rapidement, le môme devrait se lasser et vous lâcher la grappe, voire déguerpir. 
C’est une technique très efficace mais qui présente un inconvénient relativement majeur : il n’est pas exclu qu’il vous fasse le même coup, le jour où vous lui demanderez de manger ses brocolis vapeurs. 
On n’a rien sans rien.

Le TuPeuxRépéter?
Au moment où vous sentez que vous avez atteint votre quota maximal de OUIMAIS, commencez à prononcer cette phrase à chaque fois que votre petiot parle, en faisant semblant très sérieusement de ne pas réussir à entendre ce qu’il dit.
Vous verrez, c’est très impressionnant : les gamins font preuve d’une patience hallucinante et il leur faut au moins 6 ou 8 répétitions pour piger que vous vous foutez de leur tronche. 
Normalement ça les fait rire et on réussit enfin à changer de sujet. 
Attention aux enfants dont les tempéraments suceptibles et boudeurs rendent l’exercice périlleux.
En même temps, si, c’est pas mal finalement : ça leur fait les pieds.

La Vengeance du Serpent à Plumes
Juste avant de démarrer une activité qui leur plait particulièrement (allumer le dessin animé, lire l’histoire du soir, ouvrir le sachet de chocolats…), suspendez votre geste et prenez l’air de quelqu’un qui réfléchit intensément.
Puis commencez : 
“OUIMAIS mon amour, si je te mets le film, là….”

Ehehehe. 
Nan passque ça va deux minutes, hein.

JujuCalimero

Vous vous souvenez sûrement de Calimero, 
ce dessin animé des années 70’s,
avec le petit poussin noir et sa coquille sur la tête,
à qui il arrive sans cesse des catastrophes inimaginables,
et qui pleurniche toujours en disant : 
“C’est vraiment trop inzuste…”

Et bien, mon fiston, depuis quelques semaines, c’est Calimero. 

La coquille d’oeuf en moins. 

Il semblerait que, las de se faire punir pour la quantité industrielle et inépuisable de bêtises qu’il parvient à inventer au quotidien, il ait mis en place une nouvelle technique : la méthode Calimero. 

Exceptionnellement subtile, celle-ci avait le mérite – avant d’être éventée – de lui permettre de se faire plaindre et/ou câliner, voire même exempter de certaines sanctions. 

Démonstration : 

– “Tancrède ! Je t’avais dis de retirer tes bottes ! Je te le demande chaque jour quand tu rentres ! Alors tu sais quoi, j’en ai assez : tu prends cette balayette s’il te plait, et tu nettoies les chemins de boue que tu as laissés en travers du salon. Voilà, tiens. Tu pourras retourner jouer quand tu auras tout fait disparaitre.”

Là, en lieu et place des hurlements et du roulage-en-boule-au-sol qui lui étaient si familiers, mon fils s’est mis à adopter une toute autre attitude : 

– “Oui mamaaaa…”, asséné sur le ton de la souffrance métaphysique profonde, le dos voûté sous le poids de la culpabilité, l’oeil de chien battu, la petite pelle déjà fichée dans la main droite et le balai dans la gauche, tel le Cendrillon des temps modernes, s’efforçant de faire disparaitre les traces de son inattention. 

Passablement étonnée par cette bonne volonté exceptionnelle, j’ai décidé de l’aider dans sa tâche avant d’assister ensuite, perplexe, au spectacle pathétique de mon garçonnet, trainant sa tristesse vers moi comme un petit animal blessé, me regardant les yeux pleins de larmes, au bord de l’apoplexie et usant de ses dernières forces pour prononcer, à bout de souffle : 

– “Et maint’naaaant ? Tu vas m’puniiiiiiiir ?????”

Naturellement, les premières fois, j’ai pris sa remarque en plein coeur… Ebranlée dans ma détermination, j’ai alors répliqué : 

– “Mais non… Mon chéri, voyons, tu as réparé ta bêtise, donc… Maintenant on oublie cette affaire. Vas jouer mon trésor… Euh… je t’aime, tu sais.”

S’engouffrant dans la brèche psychologique béante, il a alors pris l’habitude de m’achever d’un : 

– “Beuuu… Tu peux m’punir si tu veux tu saaaais … Tu fais comme tu veux, maman… Et alors après… Tu… Tu… Tu… Tu vas plus m’aimer et tu vas m’jeter par la fenêtre et … Et… Et… M’abandonner ?”

Impossible, face à des mots pareils, de ne pas tomber lourdement dans la panneau : serrant mon petiot fort dans mes bras, submergée par l’affection et l’angoisse intérieure, m’interrogeant durement sur l’éducation que nous lui dispensons et les traumatismes qu’il engrange par la même occasion, j’ai sombré chaque fois plus profondément dans un abime de perplexité et de doute quant à mon rôle de mère.
… Jusqu’à ce que je réalise – après des dizaines de drames et d’inondations lacrymales mère-fils au beau milieu de la cuisine – que tout ceci relevait en réalité d’une manipulation affective éhontée de la part de ce petit énergumène dont la créativité maléfique ne cessera jamais de me surprendre.

A dire vrai, c’est son frère Trystan qui m’a permis de réaliser l’étendue de l’escroquerie émotionnelle dont j’étais la niaise victime : 
(D’où l’intérêt, semble-t-il, de faire des cadets : on ne nous la fait plus.) 

Nous étions en voiture, de sortie sur les routes sud africaines. 
Une échauffourée avait éclatée entre les deux Jujus à l’arrière du véhicule. 
Après plusieurs minutes de hurlements en dolby surround de part et d’autre de l’habitacle, j’entends alors Trystan, au comble de la colère qui crie à son frère : 

– “TANCREDE ! ZE VAIS T’ZETER DANS LA MER DE REQUINS !”

Et Tancrède de répliquer, de sa voix faiblarde et abattue : 
– “Okay… Trystan… Tu fais comme tu veux…”
C’est alors que devant l’air médusé de son frère, il se met à … Eclater de rire. 

Abasourdie par ce que je réalise enfin comme étant une énorme arnaque sentimentale de la part de mon fils, je me retourne soudain vers l’arrière de la voiture, dardant sur lui mes gros yeux froncés, l’air affreusement courroucé.

Conscient de s’être trahi et d’avoir été pris la main dans le sac, je le vois alors se recroqueviller dans sa coquille invisible de Calimero, le sourire en coin de l’escroc ayant trop tiré sur la corde et acceptant, avec une forme d’ironie digne, d’avoir finalement perdu la partie. 

Morale de l’histoire : y’a pas pire qu’un poussin qui piaille.  

Jujus in love forever

Là, honnêtement,

ça devient inquiétant.


Durant l’escapade pascale dont je partage avec vous les souvenirs ces derniers jours, nous nous sommes baladés un soir le long du front de mer de Knysna, ravissant petit port aménagé de boutiques et de restaurants charmants. 

Il pleuvait des cordes mais le coucher de soleil – propice aux élans romantiques de nos Jujutrépides ? – était splendide :

Tous emmitouflés dans nos impers, nous rasions les murs en direction du restaurant lorsque Trystan s’est littéralement figé devant la vitre d’un des magasins : METALLIC MERMAID, la sirène métallique. 

Son petit nez retroussé et ses mains avides collés à la fenêtre, l’eau lui dégoulinait sur le visage, comme s’il avait été hypnotisé : devant lui, une boutique de bijoux et d’accessoires colifichets.

“Made in China”, cela va sans dire, mais – il faut l’avouer – follement bien décorée, pleine de belles couleurs chatoyantes et très attractives (même pour les grand(e)s)… 

– “Bah mon Trystan, qu’est ce tu regardes comme ça ?”

– “Les bizouuux.”

– “Mais…C’est pour les filles ici chéri?…”
Je pense en moi-même : viens-je de lui dire une énorme connerie ? 
J’ajoute donc : 
“Mais… Si ça te plait on peut regarder ?”

A cet instant, ses petits yeux pleins d’espoirs se lèvent vers nous et il nous répond, de sa petite voix enfantine : 

– “Mais nooon… C’est… C’est… C’est pour Amber…

– “Pour Amber ?! Mais !? On est en vacances chéri, tu… Tu penses encore à elle ?”
Je me dis : là, c’est absolument certain, tu viens de dire une énorme connerie.
Je me rattrape : ” Je veux dire, évidemment tu penses à elle… Elle te manque, c’est ça ?”

– “Oui maman, elle me manque… Beaucoup beaucoup.

Je me sens alors partagée entre l’envie naturelle de lui acheter la boutique pour lui faire plaisir, l’interrogation quant à la réaction de la maman de la petite qui va vraiment finir par nous prendre pour des cinglés borderline harcèlement, et mon inquiétude maternelle vis à vis de cette affection grandissante :

Je n’aurai jamais cru que les enfants puissent prendre leurs premières amours tellement à coeur. 
Comme pour leurs amis, j’imaginais que les choses fluctuaient d’une heure à l’autre, du jour au lendemain. 
Je ne pensais pas que leurs sentiments pouvaient être si profonds…
Qu’ils pouvaient aimer comme les grands… En fait. 
Je réalise alors l’énormité de ce que je viens de penser… 
Comme si les enfants, sous prétexte qu’ils sont tout petits, n’étaient pas encore de vraies personnes et ne ressentaient pas encore de réels sentiments. 

Je m’en veux terriblement d’un tel manque de tact et d’empathie pour mon fils. 

J’entends alors son papa qui lui dit : 

– “Mais bien sûr chéri, choisis ce que tu veux.”

Je me sens soulagée. 

Naturellement, l’autre Jujutrépide s’étant immédiatement engouffré dans la brèche, a alors exigé un bracelet pour sa propre dulcinée. 

Deux Jujus, deux styles.

Fébrile, Trystan est donc retourné à l’école mardi matin, son petit cadeau serré contre son coeur, les yeux cherchant désespérément son amoureuse dans la cour…

Nan mais regardez là la donzelle, directement les yeux sur la quincaillerie…
Elle analyse…
Genre, elle vérifie que mon fils n’a pas voulu l’arnaquer sur le poids en or ou le nombre de carats, limite.
“Mouais, pas mal.”

A peine merci…
Juste un vague sourire énigmatique…
Les filles c’est terrifiant.
N’ayons pas peur des mots : je vis maintenant dans l’angoisse que cette petite péronnelle ne largue mon fiston-chéri-d’amour-adoré. 
Ça lui ferait tant de peine, tant de chagrin…

C’est normal docteur ?

Découvrir Oudtshoorn et le Petit Karoo

Franchement, sur le moment, 

quand j’ai vu mes fistons 

descendre en cage dans la marre aux crocodiles,

j’ai vraiment douté de mes qualités de mère.  

Mais bon. 
Comme souvent, nos ressentis et ceux des enfants sont assez différents. 
Voire opposés. 

Après notre escapade à Knysna, la semaine passée, nous avons fait un crochet de retour par le Petit Karoo, coeur du monde Afrikaner. 
Cette magnifique région du sud-ouest du pays, alterne entre aridité et cultures intensives :


Elle est spécialisée dans l’élevage des moutons …

… Et surtout des autruches : on parle de 200 000 bestiaux répartis sur 500 fermes, soit la plus grande concentration de ces animaux dans le monde !

Oudtshoorn est aujourd’hui la capitale économique de la région, mais elle fût jusqu’à la Première Guerre Mondiale, la capitale mondiale de la plume !
Elle a prospéré à la fin du 19ème siècle grâce à ses troupeaux d’autruches et aux millions de plumes exportées au quatre coins du monde pour égayer les chapeaux très en vogue à l’époque des dames d’Europe et d’outre Atlantique.

En dehors des fermes d’autruches, l’intérêt du lieu réside maintenant dans des Cango Caves – vaste réseau souterrain de minéraux cristallisés – mais surtout dans les paysages exceptionnels de la région, notamment la route des 4 cols, qui sillonne en boucle cette splendide zone montagneuse :


Avec des enfants, le Cango Wildlife Ranch est aussi une étape indispensable de la ville.

Centre mondialement reconnu de protection et de reproduction de nombreuses espèces félines en danger, une passionnante visite d’une heure dans le parc, sur les ponts suspendus d’où l’on admire les animaux depuis le dessus, permet d’apprendre beaucoup sur le travail qui y est fait.  
Les enfants (de + 8 ans) peuvent notamment y découvrir et caresser des bébés guépards, et même (officiellement à partir de 5 ans) plonger en cage avec des crocodiles. 
Naturellement, nos Jujutrépides, ont considéré qu’il s’agissait là du clou du voyage et, fidèles à eux-mêmes, ont sans hésiter décidé de se jeter – au sens propre – dans la gueule des crocos :

C’est très bien organisé puisqu’on vous fournit shorts et polo de bain.
On vous colle ensuite dans une belle cage – apparemment – bien solide, puis une grue se charge de porter l’ensemble jusque dans l’eau, pour que ceux qui ont tenté l’expérience puissent plonger avec leurs lunettes et apercevoir les animaux dans leur totalité, avant de remonter la cage en lieu sûr. 

Tancrède d’abord – tirage à la courte paille oblige – ce qui a évidemment eu pour conséquence la bouderie immédiate de son frangin :

“Fais pas tomber ton masque chéri…”
Visiblement hyper fier de son exploit.
Trystan ensuite :

Encore de bien belles aventures sud africaines nos nos Jujutrépides qui portent décidément bien leur surnom.