Big boys don’t cry

L’autre jour,

Trystan est rentré de l’école 

en me disant :


– “Mamaaaaaaaan ?”

– “Ouiiiiiiiiiii, Trystan ?”

– “Tu sais c’qu’elle m’a dit auz’ourd’hui ma maitresse d’anglaaaaais ?”
– “Nooooooooon, dis moi.”

– “BIG BOYS DON’T CRY.” 
– “….”

J’avoue, je suis restée silencieuse quelques instants devant l’information, incapable de savoir quoi en penser et quoi dire à mon fils. 
A la fois un peu agacée par la maitresse mais aussi indécise face au positionnement éducatif sous-jacent…Et finalement un peu perturbée. 

Devant les yeux grands-ouverts de mon fiston adoré, fixés sur ma personne comme s’il attendait un commentaire très important de ma part, j’ai donc pris sur moi pour essayer de lui donner ce qu’il semblait attendre : 

– “Euuuh, oui… Et tu sais ce que ça veut dire cette phrase, mon amour ?”

– “Oui. Ça veut dire que les grands garçons comme moi, ils pleurent pas !”
Assénée avec beaucoup de sérieux, les sourcils un peu froncés et le torse soudainement plus bombé.

Je suis de plus en plus perplexe. 
Instinctivement, cette expression me met mal à l’aise. 
Bien sûr que les garçons pleurent et doivent avoir le droit de pleurer. 
Qu’ils soient petits ou grands. 
Nous ne sommes plus au 19ème siècle où la virilité passait par la répression des sentiments. 
Et en même temps, quand je regarde son petit visage déterminé et son petit nez tout chiffonné de mini-caïd qui essaye d’en mener le plus large possible… Je m’interroge. 
Cette phrase semble le faire se sentir bien. Fier de lui. Fort. 
Alors à quoi rimerait de contredire ce que sa maitresse lui a dit ?
Je tente donc simplement : 

– “Et qu’est-ce que tu en penses alors toi ?”

– “Bin… J’sais pas trop. Est-ce que ça veut dire qu’on n’a pas le droit de pleurer ? Pass’que les filles, elles, elles pleurent tout l’temps !”

– “Mon amour, je vais te dire ce que moi j’en pense : je crois que les larmes sont pour tout le monde ! Même les animaux pleurent parfois. Tu as tout à fait le droit de pleurer si tu es triste et que tu as du chagrin. Pareil quand tu es très heureux, ou quand tu sens plein de trucs qui chatouillent dans ton coeur : ça s’appelle les émotions. 
Tu fais comme tu veux, en fait. T’as envie de pleurer, tu pleures, t’as pas envie, tu pleures pas. C’est toi qui sais comment tu te sens.” 

Et là, je le vois qui se rapproche de moi imperceptiblement, puis qui vient s’assoir doucement sur mes genoux me disant, une soulagement évident dans la voix : 

– “Aaaaaaaaaah…. D’accord…”

Zen, restons Zen

J’ai ENFIN trouvé 

comment faire. 


Pour rester calme et descendre en pression lorsque mes gosses me rendent folle-neuneu au point de ne plus penser qu’à la manière dont je pourrais réussir à les accrocher au mur, les bâillonner ou même leur tordre le cou…

(Si, si… N’ayons pas peur de mettre des mots sur nos ressentis, chers amis parents. Ça s’appelle la catharsis et ça permet d’éviter de passer à l’acte.)

Quand vous êtes poussés dans vos retranchements et au bord de la crise nerveuse, voici une technique que je viens de découvrir récemment et qui donne – en ce qui me concerne – d’excellents résultats.

Par pure bonté d’âme, je la partage donc avec vous :

PENSEZ QUE :
SI VOUS DONNERIEZ CHER AUJOURD’HUI 
POUR QUE ÇA CESSE…
DANS QUELQUES ANNÉES, 
VOUS SEREZ POURTANT PRÊTS 
À PAYER LE TRIPLE…
POUR QUE ÇA RECOMMENCE. 

Je m’explique. 

Vous vous souvenez de cette période épouvantable – entre 2 et 4 ans, à peu près –  où votre gamin venait dans votre lit chaque matin pour vous secouer et mettre ainsi fin à ce pur moment de délice qu’était votre sommeil ? 

Celui là-même que le gamin en question vous avait autorisé à reprendre vers 03:00 ou 04:00 heures du mat’, quand son cauchemar quotidien s’est enfin terminé et qu’il a fini de boire son verre-d’eau-passqu’il-avait-FOIF…?

Vous vous en souvenez ? 

Et bien, sur le moment vous n’avez vu que votre agacement, et ça vous a mis vos p’tits nerfs en p’lotte.

Sauf que, ce que vous avez oublié, c’est qu’à cette période, il montait aussi dans votre lit se lover dans vos bras. 
Et restait des minutes entières – de pur bonheur – à partager avec vous un moment suspendu dans le temps et dont la magie… Ne reviendra jamais :

Dorénavant, non seulement il vous emmerde, comme avant, le matin à 06:00 (pour ceux qui ont raté l’épisode, c’est .), mais en plus maintenant il ne veut plus rester avec vous dans le lit

Et encore moins faire un câlin.

Votre air de poisson pas frais et la chaleur suffoquante du pieu, ça ne le tente plus du tout.
Il veut que vous sortiez lui préparer son p’tit dej. 
Et fissa, avec ça.  

Ouaip. 

Autre exemple : 
Ce moment où vous avez envie de l’étrangler parce qu’il vous colle les basques et vous empêche de faire ce que vous avez à faire. 
Lorsqu’il vous demande de rester avec lui, plantée sur le canapé, à regarder la Belle Au Bois Dormant – pour la 456ème fois – parce que la sorcière Maléfique lui fait peur… 
Mais que vous réalisez subitement qu’un jour… Il ne voudra plus sortir de sa chambre, à peine diner et encore moins passer du temps avec vous les samedis après-midi.
(Sauf si vous l’emmenez chez Nike pour lui acheter des nouvelles baskets.) 

Vous voyez de quoi je parle ? 

Ou le matin, au moment de le laisser à l’école, lorsqu’il s’accroche à vous pour réclamer le 8ème bisou-du-au-revoir, alors que vous avez encore le moteur qui tourne et une file de parents hystériques qui vous klaxonnent derrière – aucun jugement là dedans, quand c’est moi qui fais la queue, je ne peux pas m’empêcher de biper aussi rageusement au bout de 23 secondes – … 
Mais, au fond de vous, vous savez que dans quelques années, il vous imposera de le déposer en haut de la rue, tellement il aura hoooooooonte de vous. 

Vous avez compris le principe :
Quand vous êtes énervés au point de vouloir les vendre – voire éventuellement de les donner – pensez à tous ces trucs là. 

Vous verrez, ça calme tout de suite. 

Et ça vous donne même (parfois) envie de les embrasser. 

Indestructible Mama

Je viens de réaliser 

un truc. 

Un truc dingue. 

Ces derniers mois, j’ai parfois été attristée et – il faut l’avouer, parfois un peu blessée – par l’attitude de mes deux engeances. 

A de nombreuses reprises, un type de situation a particulièrement généré mon incompréhension : j’ai remarqué qu’ils faisaient preuve d’une TOTALE indifférence face à ma souffrance (physique). 

Démonstration : 

BOUUUUUUUM ! BADABOUUUUUM!! BaaaaaaM.

7:07 du matin. 

J’étais montée sur un tabouret en plastique afin de récupérer un nouveau pot de Nutella pour faire leurs tartines.
(“viiiiiiiiiite mamaaaaaan ! On a FAIIIIIMMMMMM !”)

Evidemment ce P***** de pot se trouvait sur la plus haute étagère du plus haut placard de la cuisine… Comme les princesses à sauver des contes de fées. 

C’est alors que le-dit tabouret a cédé sous mon poids. 

(QUI A DIT “Faudrait penser à ralentir sur le choco et les cheesecakes ?” 
C’est pas moi, okay, c’est cette M**** de machin “made in China”…
Bref. 
C’est pas l’propos.)

J’ai atterri directement sur le coin de la porte d’un placard. 
J’ai un hématome de 20 cm sur la fesse droite qui commence a se former. 
Je dérouille GRAVE. 
Je me relève de ce gadin brutal et humiliant, et reprends mes esprits. 

Et là j’entends mon fils Tancrède qui me dit : 

– “Mamaaaaaaan !!!! M’ENFIN !!! T’ES SUPER MALADROITE !!!! 
r’garde’, t’as cassé le siège ET la porte du placard !!!”

– “?!?!?!?”
– “En plus, t’as même pas attrapé l’pot de Nutella…”

Franchement, à ce stade, j’ai juste eu envie de lui renverser la pâte à tartiner sur la tronche. 

Quel manque d’empathie. 
Quel cruauté. 
Quel égoïsme. 

Comment est-ce possible, si petit déjà ? 

Leur père vient d’arriver dans la cuisine, dégoulinant d’eau et la serviette autour de la taille, visiblement sorti de la douche en vitesse, alerté par le cri que j’ai poussé en dégringolant. 

C’est rassurant, y’en a quand même un dans cette baraque qui se sent vaguement concerné par ma santé.

Curieusement, mon premier réflexe est de lui lancer le regard le plus noir que je suis capable de dégainer :
D’une manière ou d’une autre, c’est forcément sa faute. 
C’est lui qui a acheté ce tabouret de merde – pardon, je deviens très grossière quand je souffre – et qui a refilé ses gênes masculins égoïstes aux gamins. 
C’est évident.

Pris d’un fou-rire inextinguible, Tancrède en rajoute une couche :

– ” T’as vuuuuu papa !!!! Mouahahahahha ! Maman elle a cassé la cuisine !”

Le père me regarde. 

Je foudroie le père. 

-” Euuuhhhhh… M’enfin les garçons, c’est pas gentil de dire ça ! Tu vois bien que maman s’est fait mal !!! Chérie, ça va ?”

– “UmphhhGnaaaf.”

Traduction : “Ah quand même. Enfin quelqu’un qui s’enquiert de savoir si j’ai survécu.”

Ce genre de situations – de maladie, de chute ou de blessure – s’est répété un certain nombre de fois. 
(Fort heureusement, de moins haut.)

Et à chaque fois, la même ironie, le même air narquois, le même manque de considération…

C’est finalement mon fils Trystan qui m’a récemment permis de comprendre l’origine de cette situation :

L’autre jour qu’ils jouaient au bar de la cuisine pendant que je préparais le diner, je l’ai entendu qui disait à son frère : 

– “Tu wois Tancrède comme maman elle coupe bien les légumes ? Maman elle PEUT PAS s’couper, elle. C’est comme ça. Elle est KRÈS KRÈS forte maman.
Mais nous, non. On peut s’couper.
Donc il faut pas que tu touches au couteau, tu comprends ?”

Au delà de l’aspect un peu surréaliste de ce monologue, j’ai senti dans son petit laïus et dans le ton de sa voix que je tenais là l’explication à mon questionnement : 

Mes fils ne sont pas (forcément) 
des monstres d’égoïsme 
indifférents à ma personne.
Ils sont juste 
ABSOLUMENT CONVAINCUS
de mon INVINCIBILITE. 


Maman est immortelle. 
Elle a bien parfois le nez qui coule et les poumons qui toussent, mais ça va partir. 
Elle va des fois à l’hôpital, mais c’est pas grave elle revient, de toute façon. 
Elle se casse bien la figure de temps en temps mais elle se relève à chaque fois. 
Maman elle est toujours là pour nous.
Voilà. 
C’est l’une des données essentielles de leur existence. 
Une conviction première et absolue. 

Et il est probablement bon qu’il en soit ainsi… 
Même si c’est KRÈS fatiguant.

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Découvrir les fromages de chèvre de Pépé Charlot

Je l’avoue : 
si on m’avait dit que j’apprendrais 
comment faire le fromage de chèvre français
en Afrique du Sud, 
je ne l’aurais pas cru.


En pourtant. 

Outre le nombre infini de découvertes gastronomiques dans ce pays, on y trouve même des passionnés – au moins un ! – déracinés de l’hexagone qui ont décidé de transférer et d’adapter leur savoir-faire à l’eldorado sud africain. 

A 40 kilomètres du centre du Cap se trouve Kommetjie, et un petit hameau appelé Imhof Farm, dont je vous ai déjà parlé.  

C’est là que Gérald s’est installé pour reproduire les fromages de chèvre de son enfance, ceux de son grand-père Pépé Charlot, dont il a donné le nom à sa petite exploitation. 

Dans cette ferme, les chèvres gambadent tranquillement devant le bâtiment, sur fond de Montagne de la Table !

  

Les chèvres sud africaines produisant un lait trop fort en goût, les Saanens et les Alpines – qui sont les deux races caprines principales en France pour le fromage – ont donc dû être importées puis élevées sur place.  


Chacune d’elles se reproduisent deux ou trois fois durant l’année, produisant ainsi le lait frais nécessaire à la production des fromages. 

Il faut en moyenne 10 litres de lait pour produire 1kg de fromage de chèvre. 

5 grandes étapes sont nécessaires pour obtenir du fromage de chèvre. 
Les voici : à vous le plateau de fromage maison !

Etape 1 : la traite
Traire la chèvre. 
Ah bah oui, hein.

D’ailleurs, elles ont bien l’habitude et rentrent et sortent d’elles-mêmes dans le local :

Etape 2 : l’emprésurage
Porter le lait à une température de 20-22 degrés celsius. 
Ajouter des fermants – quelques gouttes pour une dizaine de litres de lait – qui jouent alors le rôle d’agents coagulants. 
Ils diffèrent selon le type de fromage que l’on souhaite obtenir : il existe en France plus de 150 différentes sortes de fromages de chèvre. 
On place ensuite le lait dans une mousseline très fine, couverte, d’où s’écoule lentement le petit lait.
Une heure suffit à transformer le lait initialement complètement liquide en un bloc un peu gélatineux : le lait caillé. 
Mais on le laisse en général s’égoutter durant 24 heures.  

Etape 3 : le salage
On rajoute ensuite un peu de sel, entre 1 et 3 % du poids du lait caillé (la quantité exacte reste le savoir-faire secret du fromager !).
24 heures de plus à égoutter et à fermenter : on obtient alors une sorte de fromage blanc sec. 

Etape 4 : le réessuyage
Il est temps de mouler les fromages dans des formes en plastique trouées : cette étape se déroule en deux fois 24 heures, pour laisser s’écouler encore le reste de petit lait. On “essuie” le fromage entre les deux opérations, pour s’assurer d’un assèchement maximal. 
C’est là qu’on rajoute éventuellement les herbes et autres condiments (sauge, cumin…)

Lorsque le fromage se tient enfin tout seul, il est prêt pour l’étape suivante. 

Etape 5: l’affinage
Selon le fromage que l’on souhaite obtenir, on le laisse vieillir/maturer plus ou moins longtemps : de quelques jours à plusieurs semaines. 
Et dans des conditions de température et d’humidité plus ou moins forte : en général entre 8 et 13 degrés pour 80% d’humidité. 
Le résultat est plus ou moins crémeux ou sec, tendre ou ferme – à la pâte dure ou mole – goûtu ou léger, etc. 

C’est durant cette période, qu’une sorte de peau protectrice blanche et veloutée se met à pousser : le pénicillium candidum, minuscule champignon totalement inoffensif d’un blanc immaculé, recouvre alors lentement le fromage jusqu’à lui donner l’aspect que l’on connait. 

En cas d’excès d’humidité, le mucor noir, la fameuse moisissure grise et noire que l’on retrouve parfois sur les légumes et les fruits, se met dans la partie, pouvant donner une amertume au fromage s’il recouvre trop de surface. 
Forme de pro-biotique naturel, il est lui aussi inoffensif mais, il faut l’avouer, bien peu ragoutant. 

Petite nuance pour les tomes :
A la différence des autres formages, un seul jour suffit pour les fabriquer.
Le lait doit être monté à 45° de température avant de se voir ajouter une dose beaucoup plus importante de présure : la transformation est bien plus rapide que pour les autres fromages de chèvre qui restent moelleux. La tome, elle, s’assèche et durcit rapidement. 

Son affinage est bien plus long (au minimum 3 mois) et se fait dans des conditions plus chaudes (12-17 degrés) et plus humides (90%)

Voilà ! Vous n’avez plus qu’à essayer !

Et bon appétit bien sûr !

Les animaux imaginaires des Jujutrépides

En ce moment, 

nos Jujus se posent 

beaucoup de questions existentielles. 

Et notamment la principale : 
“Est-ce que ça existe pour de vrai ou seulement pour de faux ?”

Signe, s’il en est, qu’ils commencent à bien intégrer la différence entre la réalité et la fiction. 

Dieu soit loué, ils n’ont pas encore remis en cause l’existence du Père Noël. 

Je me prépare d’ailleurs mentalement à cette question pour la fin d’année. 

Leurs interrogations peuvent concerner les personnages :
Tarzan et Cendrillon ont-ils existé ? 
Donald est-il un vrai canard ou pas ? 
Ou, par exemple, les recettes de cuisine : 
Est-il envisageable de mettre les pommes empoisonnées et les champignons-qui-font-grandir-comme-dans-Alice-au-pays-des-merveilles au menu à la maison. 
(Les conséquences de ces innovations culinaires, elles, ne semblent pas encore avoir été bien comprises.)
Mais leur centre d’intérêt principal reste les animaux, qui ne cessent de les fasciner :

– “Mamaaaaaan ?”

– “Ouiiiiiiiii ?”

– “Les dragons, est-ce que ça existe dans la vraie vie ?”
– “Bin non, chéri.”

– “Mais et les dragons de Komodo, alors ?”

– “Ah oui… En fait on les appelle comme ça, mais en fait, ce sont plutôt des gros lézards. Un peu agressifs. Et qui perdent pas leur queue.” 

– “Ah…. Et les licornes ?”

– “Euh non. Non plus. Ça n’existe pas mon coeur.”

– “Pfff… Et les sirènes ?”

– “M’enfin Trystan, tu ne me cites que des animaux imaginaires là ! Evidemment qu’ils n’existent pas !”

– ” Bon bin alors … Les plantes !?”

– “D’accord les plantes. Quoi les plantes ?”

– “Les haricots magiques par exemple.” 

– “Mais Trystan, tu te fiches de moi !?”

Et là, comme pour apaiser la conversation, Tancrède intervient : 

– “Non, mais l’arbre à goûters alors, maman, celui-là il existe, oui ?”
– “Euuuuuuuh… Non. Non plus Tancrède…” 
– “Bon. Alors les dinosaures ?”

– “Aaaaaah voilà ! ÇA, ça existe… 
Enfin… C’est à dire que… Ils sont tous morts.” 

– “Ok… Et les mammouths, alors ? 

– “Disparus aussi, Trystan…”

– “…Les tigres sabres ?”

– “Dead.”

– “Pfffff mais MAMAAAAAAN ! C’EST ENNUYEUX QUAND C’EST POUR DE VRAI !!!!”

Un peu désemparée par son exclamation, je tente : 

– ” Mais Trystan, il y a assez d’animaux réels et encore vivants pour s’amuser quand meme !!! Tu crois pas ?”

Et là, je le vois qui prend sa petite tête des mauvais jours, mi mélancolique, mi grognon : 

– “Bin moi j’trouve que c’est bien mieux quand ils sont pour RÊVER, les animaux…”

….

Un silence pesant est soudainement apparu entre nous. 

Il est assis sur sa chaise, les yeux dans le vague. 
Il balance ses petites jambes d’ennui.

Même Tancrède n’en moufte pas une. 
Il regarde son frère avec tendresse, par en dessous, mi figue-mi raisin, lui aussi un peu perplexe face à ce mouvement d’humeur morose assez inattendu. 

Heureusement, de nos jours, on trouve facilement sur le net de quoi rassasier l’imagination un peu trop fertile des enfants rêveurs…


Très fière de mes trouvailles, le sourire aux lèvres et l’air un peu narquois, je le regarde alors avec affection et lui mets silencieusement sous le nez des impressions papier de ces créatures bizarroïdes :

Silence.

Et là, son petit visage illuminé, et d’un rire en coin, il articule tout doucement : 

– “Et bin tu vois que le lapin-chat c’est possible ! J’te l’avais dit. “

Les orphelins de Tancrède

Le fonctionnement des enfants, 

certains jours,
c’est vraiment compliqué. 


Quand tu leur demandes de se débarrasser de leurs vieux jouets, de te donner une frite de leur assiette ou de partager un truc, ça fait un drame et c’est tout juste si on ne se prend pas un coup de fourchette sur la main. 

Mais parfois, sans que l’on sache pourquoi, leur générosité n’a plus de limite, et confine alors au dépouillement : 

Sortie de classe de l’autre jour, moment toujours propice aux phrases-choc chez nos Jujutrépides :
 – ” Coucou maman ! Et bin Tu saiiiiiis, y’a des enfants qu’ont PAS D’PARENTS !!”

Entrée en matière costaude de mon fiston, en cette jolie fin d’après midi. 

– “… Bah oui je sais Tancède. C’est très dur de ne plus avoir de papa ni de maman… C’est pour ça que quand tu nous dis que tu ne veux plus de nous, ça nous fait de la peine !”

– “Oui, ze sais main’enant… Z’ai compris.”

Silence un peu pesant dans l’habitacle où tout le monde s’est installé. 

– “…. C’est pour ça qu’ON VA LES AIDER, maman !”

– “Ah ? Euh oui bien sûr mon amour, mais tu sais il y en a beaucoup des pauvres petits orphelins… Par où on commence ?” 

Je l’entends alors qui fourrage dans son sac à dos et qui se penche ensuite vers moi en me tendant un petit papier tout chiffonné, visiblement donné par l’école. 
– “Tiens LIS ÇA, tu vas woir. Tu comprends, y’ sont tous seuls ces enfants maman ! Et y z’ont pas à manger…
Alors on va arriver à la maison, on va prendre tout c’qu’on a dans les placards, on va l’mettre dans un GRAAAAND sac et on va aller leur donner, oui !?”

Il achève alors sa tirade par un laconique et autoritaire : 
“Aller, maman, démarre.”
Je souris, mi étonnée, mi attendrie…
Je l’imagine déjà juché sur l’escabeau en train de balancer tout le contenu de mes placards dans l’un de ces immenses et très solides sacs bleus Ikea que je garde dans le coffre de la voiture depuis des années. 
– “Euh c’est à dire Tancrède, on ne peut pas tout donner… On peut donner un peu.”

– “OK maman. Et bin tu vas aller au Spaaaar (le supermarché d’ici) et tu vas ACHETER TOUTE LA LISTE !!”

– “Mon amour, TOUTE la liste c’est pas possible. On se répartit les achats entre les mamans et les papas tu comprends ? Tu sais quoi, je vois sur le papier qu’ils ont besoin de beaucoup de pâtes. Je vais aller leur en acheter lundi, et toi, tu vas leur donner, d’accord ?”

– “Oui, pass’que tu comprends, c’est IMPORTANT, maman.
Et tous ces petits enfants… C’EST UN PEU MES ORPHELINS À MOI main’nant, si j’commence à leur donner à manger.”

– “…?!?!…”

Ou comment mon fils de 4 ans vient de pressentir le concept de responsabilité morale.

… Et comment finir la journée joyeusement…



Le château de Monsieur Versailles

En ce moment, 

tout ce que nos Jujutrépides

apprennent à l’école, 

ils nous en parlent à la maison. 


Ne vous y préprennez pas, je trouve ça très bien. 

Finie l’omertà scolaire dont nous étions victimes l’année passée
Dorénavant, nous suivons au jour le jour leurs découvertes, qu’elles soient mathématiques, littéraires, scientifiques, artistiques ou culturelles !

C’est formidable. 
Et parfois, vraiment amusant. 

C’est donc sur le chemin de retour à la maison, l’autre jour, que Trystan m’a lancé à la cantonade : 

– “Maman ! Auzourd’hui, on a appris ce qu’c’est qu’le CHATEAU DE VERSAILLES !”

– “Ooooh, mais c’est super ça chéri ! Tu sais qu’il est TRÈS beau ce château-là.”

– “Oui j’sais. Même que c’est un KRÈÈÈÈÈÈÈÈÈÈS grand roi k’a habité d’dans.”

– “Mais bravo Trystan ! Tu te souviens de son nom ?”

– “Euuuuh…. Euuuuh… Voui… Euuuuh…”

Après quelques longues secondes d’hésitation, je l’entends du fond de la voiture qui hurle : 

– “OUI VOILÀ ZE SAIS !!!! C’est MONSIEUR VERSAILLES k’a habité dans c’château !”

Refrénant un petit fou-rire – tout intériorisé – je lui répond : 

– “Bah non Trystan, le roi principal, très connu, qui a vécu dans ce château c’est pas Monsieur Versailles. Versailles c’est le nom du village où ils ont construit le château. Le monsieur c’était un roi de France et il s’appelait…”

– “ATTENDS MAMAN DIS PAS !!! ÇA Y’EST J’ME SOUVIENS ! C’EST LE ROI NUMERO 4 QUI A HABITÉ LÀ-D’DANS !!!”

Gardant difficilement mon sérieux – mais en me disant que finalement, si tous nos rois de France n’avaient porté que des numéros, les cours d’histoire en auraient été de beaucoup facilités – je lui dis : 

– “P…Presque chéri. C’est Louis 14 son nom !”

– “Voui voilà… Et… Et… Et… Maman ! En rentrant à la maison tu pourras m’imprimer des photos du château sur ton ‘dinateur ?!”

– “Oui bien sûr chéri. Et tu verras, il y a notamment une partie du château très connue qui est magnifique et qui s’appelle la Galerie des Glaces !”

Et là, j’entends mes 2 fistons qui s’extasient bruyamment à l’arrière de l’habitacle :

– “WOUAAAAAAAAHHHHHHHHHHH ! C’est vrai maman !?!?!?!”

– “Bah oui… Je vous montre ça quand on sera à la maison.”

Encore tout à mon bonheur de l’intérêt extrême porté par mes petiots à cette donnée historico-culturelle, je me rue donc dès l’arrivée dans mon bureau. 

2 clics Google plus tard, des dizaines de photos s’affichent sur l’ordinateur. 

Les Jujutrépides ont grimpé à la vitesse de l’éclair sur mes genoux, chacun sur l’une de mes jambes, écrasées sous le poids – au sens propre et figuré – de leur enthousiasme. 
Je tente de glisser ma tête entre les deux leurs, qui me barrent l’accès à l’écran. 

Je clique sur la plus grosse photo que je trouve. 

Silence. 

– “Tadaaaaaaaaaa ! Voilà mes chéris ! C’est ÇA la Galerie des Glaces ! c’est magnifique n’est ce pas !”

Silence.

– “Bah alors mes amours, qu’est-ce qui vous arrive ?!?!?”

Et là Tancrède, d’une voix d’outre-tombe d’où pointent clairement la déception et la colère, m’éclaire subitement : 

– “Mais… Mais… Maman… Elles sont où les glaces ?!

De la difficulté d’être gaucher

Voilà encore un truc incroyable 

qu’on découvre 

lorsqu’on a des enfants. 


De ces choses qu’on n’aurait jamais imaginé connaitre de toute notre existence, de ces questions qu’on n’aurait pas pensé devoir se poser un jour :

Comment fait-on pour gérer un enfant gaucher ? 
Selon une étude datant de 2005, 12,5% des hommes et seulement 6% des femmes en France sont gauchers. 

Longtemps contrariée à l’école, cette manière différente d’appréhender le monde n’est respectée que depuis quelques décades en Europe et encore mal comprise dans certains endroits du monde.

Quand on est soi-même droitier, on n’a en général jamais réalisé la difficulté que représente le fait de naître utilisateur de la main gauche : 

J’ai souvent entendu mon père me parler de son service militaire et de ce fusil mitrailleur qui lui renvoyait les douilles, évacuées à droite de l’arme, directement dans la figure. 

D’ailleurs, quand on y pense, la plupart des objets du quotidien ayant un sens d’utilisation non symétrique, sont pensés et fabriqués pour les droitiers. 
Ils représentent d’inconcevables obstacles pour ceux qui doivent les attraper par la gauche : 
Anciens téléphones fixes dont le fil était placé à droite…
Poches des vestes à gauche…
Instruments de musique…
Ouvre-boites…
Cartes à jouer marquées dans les coins supérieurs gauches et inférieurs droits, invisibles dans une ouverture de main à gauche…
Souris d’ordinateur dont le clic principal est sous l’index des droitiers… et finit sous le majeur des gauchers…
Cuiller placée selon les convenances avec le manche à droite…
Porte des placards s’ouvrant à droite, et donc en pleine face des gauchers…
Tickets de métro à valider dans les machines systématiquement placées à droite… 

Même l’écriture latine, allant de gauche à droite oblige les gauchers à pousser leur stylo (et donc à faire baver l’encre) quand les droitiers la tirent tranquillement dans le sens attendu. 

Mais l’objet usuel qui rend indéniablement la vie des gauchers plus compliquée est sans conteste : la paire de ciseaux. 
Le sens de croisement des lames les empêchant de voir leur ligne de coupe, et les obligeant donc à se contorsionner pour couper correctement. 

Toutes ces difficultés passent totalement inaperçues auprès des droitiers qui vivent dans un monde façonné pour eux. 

Mais lorsqu’on est parent d’un(e) petit(e) gaucher(e), on découvre avec tristesse et compassion que son existence entière est parsemée de mini embûches au quotidien. 

La question est devenue de plus en plus pressante pour Tancrède, gaucher  absolu depuis qu’il sait tenir un crayon, au fur et à mesure de ses avancées scolaires. 

Récemment, nous l’avons vu s’énerver, s’emporter et même se mettre dans des états de désespoirs intenses suite à une lettre écrite de travers, un découpage raté en plein milieu de son oeuvre ou un bavouzi gâchant l’un de ses dessins… 

Un premier gâteau qui bave… Rayé rageusement.
Un deuxième gâteau qui bave… Barré avec hystérie.
Le troisième est le bon. 

Nous avons donc tenté de lui expliquer qu’il est un peu différent des autres enfants et qu’il ne doit pas laisser trainer sa main gauche.
Qu’il lui faut pencher sa feuille vers la droite pour faciliter son geste lorsqu’il écrit.
Ou encore, qu’il doit souffler sur son dessin pour le faire sécher avant de continuer.
Mais, dans son regard, on y décelait toujours une forme de tristesse et de colère, d’incompréhension face à l’injustice inhérente à sa façon de tenir ses crayons. 

Même problème lors des découpages : le voir se contorsionner maladroitement pour réussir à couper ses feuilles, obligé d’effectuer ses gestes à la vitesse de l’escargot alors que son frère termine le même travail en moins d’une minute, était un vrai crève-coeur. 

Après quelques tentatives dans différentes papétries, nous avons réussi à dénicher des ciseaux spéciaux pour les gauchers :

Quel bonheur de voir alors son visage s’illuminer devant le nouvel objet, enfin pensé pour les enfants comme lui, et adapté à ses besoins : 


A force de l’utiliser, il a maintenant deux grosses ampoules aux doigts qu’il n’avait jamais eu l’habitude de solliciter jusque là. 

On n’peut pas tout avoir, c’est sûr.

Mais ! Tu sais lire !?

L’autre jour, 

nous rentrions de l’école. 

Silence dans la voiture.


Quand tout à coup, venu de nulle part, cette phrase mi philosophique mi angoissée de Trystan :

– “MAMAN !?!?”

– “OUI MON AMOUR !? 
Qu’est ce-qui se passe ?”

– “Z’ai une question à t’poser.”

– “Et bin, pose.”

– “Comment on écrit “LET IT GO” ?



Pour ceux qui auraient (réussi à) raté(r) un épisode, c’est

– “Euuuh Bin… Let, L, E, T, puis it, I, T, puis go, G et O. Pourquoi ?”

Et là, stupéfaction de mon fils qui, semblant subitement réaliser un truc super important, lâche : 

– Ooooh.. Mais maman !… Tu… Tu… Tu… Tu connais les lettres alors ?”

J’avoue avoir été un peu désarçonnée par cette reflexion. 

– “Bah… Oui mon coeur ! Tu l’avais remarqué avant quand même, non ?! Et à mon âge, c’est bien normal, tu crois pas ?!”

Silence dans l’habitacle. 
J’ajoute alors : 

– “C’est pour ça que toi et Tancrède allez à l’école, comme tous les enfants… Pour apprendre… Moi aussi j’étais à l’école, comme toi, au même âge.”

Je pose alors mes yeux dans le rétroviseur et le vois, les sourcils froncés, très concentré, le cerveau visiblement en ébullition… Quand soudain :

– “MAIS ! MAIS ! MAIS ! Mais alors… !? Maman… ! TU SAIS LIRE !…”

Dans sa phrase, je perçois une vague d’admiration, presque de vénération.

Le même sentiment que celui qui m’avait étreint le coeur le jour de leur naissance quand, dans leurs petits yeux déjà grand-ouverts, fixés sur les miens, j’ai lu tout l’amour du monde, soudainement et brutalement déversé sur ma personne…

Avec tous les livres qui trainent dans la maison et dont ils ont toujours été entourés depuis leur naissance, je suis étonnée de sa réaction. 

J’ai aussi envie de lui dire que savoir lire est le tout début des choses et que, lorsqu’on a la chance de pouvoir aller à l’école, ça n’a rien de très impressionnant, ni d’exceptionnel. 
Mais tout bien réfléchi, je me tais. 

Je me tais, car à ce moment précis, mon fiston me trouve merveilleusement extraordinaire et brillante.

Il lui faudra encore un peu de temps avant de réaliser, comme tous les enfants, l’imposture parentale dont il a été la victime exaltée et consentante…

Il s’agit donc d’en profiter : ça ne va pas durer. 


Roulez jeunesse

Ce qui est génial,

avec les gamins, 

c’est qu’ils n’ont peur de rien. 


Enfin… “Génial”…

On s’entend. 

A dire vrai, preuve a été faite par le passé – en ce qui nous concerne – que l’inconscience face au danger représente plutôt un inconvénient majeur chez les enfants en bas âge…

Il arrive tout de même que cela tourne à l’avantage des parents, mais surtout à celui de leur propre enrichissement personnel :
L’absence d’appréhension leur permet finalement de s’adapter et de s’ouvrir plus facilement à la différence ou à l’imprévu, et par-là même, de tester et d’apprendre un nombre incalculable de choses. 

Comme par exemple, lorsqu’il s’agit soudainement – et pour la première fois de leur existence – de changer une roue crevée :

“Allez les chéris, on actionne le cric fissa fissa.” 

“AAAAhhhh c’est en plongeant un pneu dans l’eau qu’on trouve la fuite !?!?”
Ou qu’il est question de se frotter à des animaux inhabituels :

Attention : toute petite mais costaude, la grenouille Mantella Aurantiaca !
La grenouille tomate : couverte d’une peau visqueuse qui la protège des serpents
L’inoffensif boa de Madagascar qui comme la totalité des serpents de l’île ne présente aucun danger.

Danse avec les serpents-liane. 

Ou encore, lorsqu’on leur propose naïvement de faire de l’accrobranche (“vous-savez-mes-chéris-comme-à-Cape-town“…) Avant de s’apercevoir qu’à Madagascar, les parcours dans les arbres ne se font pas à 2 mètres sur sol… Mais à 30.


“On va aller tout là-haut nous ?”
Oui… Tout là-haut.
La p’tite bête qui monte…
…qui monte…


Décidément, comme disent les sud africains, “les voyages ouvrent des fenêtres dans le monde”…