Nos enfants, ces agents doubles

L’autre jour, j’ai réalisé un truc
affreux. 


Nous étions tranquillement installés dans le salon. 

Une fois n’est pas coutume, les Jujutrépides, assis sur la moquette, crayonnaient en silence. 
Je pianotais sur mon ordinateur, assise en tailleur sur le canapé. 

Tout d’un coup, Trystan se redresse. 

Et tout en coloriant, je l’entends qui dit : 

– ” Tu sais maman, le papa de T. (je ne mettrais que les initiales des noms, vous comprendrez rapidement pourquoi), et bin il a été très malade avec la grippppp’ cette semaine.”


Surprise de cette saillie venue de nulle part, je réponds machinalement : 


– “Moui ? Ah le pauvre.”

Pensant que nous en resterions là. 
Mais il se met à renchérir :

– “Oui et même que le frère de I. il a vomi toute la nuit hier.”


– “Euuuh… Okay Trystan.”


– “Et pi’ je sais qu’il faut pas le dire, mais S. Elle a plein de poux sur la tête ! Alors je fais comme tu m’as dit : je la touche JAMAIS !”


– “Euuuuh Oui Trystan enfin, j’espère que tu ne lui a pas dit quand même, sinon ça va lui faire du chagrin. Tu sais, ça n’est pas bon de toujours TOUT dire. Parfois ça fait de la peine aux gens…”


– “… Bah… Si j’crois bien que je lui ai dit maman… Que tu m’avais dit de SURTOUT pas la toucher !”


Un peu tassée sur moi-même, j’imagine déjà la pauvre petite en pleurs dans les jupes de sa mère, hurlant : “Mamaaaaa ! Y’a la mère de Trystan k’a dit qu’il pouvait pas m’toucher passque j’ai des pouuuuuuuux, bouhouhou…!!”


Chacun retourne à son activité en silence. 


Moins de soixante secondes plus tard : 


– “Tu sais, m’an, les parents de M. ils se disputent tout le temps, même qu’elle me l’a dit hier et qu’ça lui fait du chagrin.”

– “?!?!?!?”


C’est LÀ que ça a fait TILT :

Si mes fils me racontent la vie de toutes les autres familles de l’école… 

Il est fort probable… 
Qu’ils fassent de même avec la nôtre…
Auprès des autres enfants de leur classe qui, ergo, remontent très certainement également toutes les informations nous concernant…
A leur propres parents !

Conclusion joyeuse et réjouissante, s’il en est.


Les Jujus, ces agents doubles (dose). 



Maman, tu me racontes une histoire ?

C’est l’histoire d’une nana 
qui essaye d’écrire,
mais son mouflet l’en empêche.

– “Mamaaaaaaan ?”

– “Ouiiii tancrède ?”

– “Tu m’écris une histoire siteuplé ?”
En ce moment, mes fils apprennent les lettres de l’alphabet. 
Coup de bol, la lecture les fascine. 

Naturellement, ils ont donc inventé une nouvelle torture corolaire, à laquelle me soumettre : 

Leur nouveau jeu – après celui des dessins, l’année passée – est dorénavant de nous DICTER des récits (sans queue ni tête, naturellement) qu’ils nous font écrire en lettres capitales sur une feuille, pour qu’ils puissent ensuite les recopier et les montrer à leurs maitresses le lendemain. 

– “Tancrède je travaille là chéri, j’écris, tu veux bien me laisser et aller jouer avec ton frère ?”

– “Z’ai assez zoué avec lui auzourd’hui.”

– “Bon bin avec tes legos alors ?”

– “Ze veux pas détruire mon château qu’j’ai fait hier.”

– “OK. Tes puzzles, d’accord ! Va faire tes puzzles, tu adooooore ça les puzzles.”

– “Non, z’ai pas envie… J’veux qu’tu m’écrives une histoire siteuplé.”

Pressentant que je ne m’en tirerai pas sans avoir lâché un peu de lest, j’accepte. 

– “Okay Tancrède… Vas-y.”

Je le vois alors qui se vautre confortablement dans l’énorme pouf coloré qui est au pied de mon bureau, les bras croisés derrière la tête, tel le président américain des années 60’s, dictant à sa secrétaire le courrier du jour…

– “ALOOOOOORS. Voilà mama : il était une fois une poule (l’obsession), qu’avait fait des zoeufs. Elle couvait toute la zournée. Et alors un zour elle est sortie pour manger des graines. Alors le renard est rentré dans son poulailler et il a pris les zoeufs. La poule est rev’nue, elle a vu que ses zoeufs y’ z’étaient pu’ là, elle a crié “mes p’tits poussins ! mes p’tits poussins !”, son mari le coq est arrivé et là…”

– “ET LÀ, Tancrède, maman doit travailler donc on va dire que le coq est allé faire peur au renard et qu’il a repris les poussins, okay ? 
Tiens, voilà la feuille. 
Tu peux copier maintenant, oui ?”

Pensant m’être acheté quelques dizaines de minutes de tranquillité, j’ai donc replongé dans la mienne, d’histoire. 

Silence. 

Deux minutes plus tard : 

– “Voilààààà maman, z’ai finiiiiiiiiiii !”

Je pense : “enfer et damnation, il écrit de plus en plus vite ce satané gosse !”

Mais je dis : “Super, Tancrède. Maintenant je travaille, laisse moi s’il te plait.”

– “NON.”

– “Comment ça, non ?! Chéri ! Allez, sors du bureau et vite avant que… que… Que je n’m’énerve !”

– “Non, t’énerve pas maman. Ze veux zuste que tu m’écrives une autre fin de l’histoire pass’que la tienne, là, elle me plait pas.”

Je sens l’inspiration qui me quitte et la ligne directrice de mon propos qui fuit mon cerveau. C’est horriblement frustrant. Je sens la colère monter.  

A ce stade, j’ai envie de lui torde le cou.

Ou de le balancer directement du haut de la mezzanine (mon bureau) : il retomberait ainsi fort opportunément sur le gros canapé en cuir, devant la télé…

Je me mets alors à hurler.

Avant de m’interrompre brutalement lorsque je le vois grimper tout doucement sur mes genouxet s’installer face à moi, sur mon ordinateur :

– “Maman… Z’ai seul’ment envie de passer du temps avec toi….”

Et là, ton monde s’écroule. 

Tu t’aperçois que tu n’avais rien compris. 
Tu comprends que tu t’es trompée. 
Tu vois que tu es passée à côté d’un truc. 
Tu réalises que l’inspiration, tu l’as retrouveras à un autre moment. 

…Et tu finis son histoire, comme il te le demandait. 
(C’est la poule qui finit par bouffer le renard.)

#LesEnfantsCesMaîtresDeVie

Touche pas à mon pote

C’est la catastrophe. 

Un affreux drame. 


Ou peut-être pas finalement. 

Vous vous souvenez de Trytan et de son amoureuse, Amber ? 
Je vous en ai déjà un peu parlé, , , , et aussi. 

Pour ceux qui ont réussi à rater l’info : Trystan était DEEEEEPLY IN LOV’, comme ils disent ici, d’une petite sud af’ rousse de 6 mois plus âgée que lui et grande  de 10 bons centimètres de plus que lui. 

Et ça faisait près de 8 mois que ça durait. 

Ils étaient inséparables, en classe, dans la cour de l’école, durant les goûters… 

Bref. 
L’Amour avec un grand A. 

Naturellement, cela faisait autant de mois que son père et moi tremblons à l’idée que la petite péronnelle n’ait l’idée d’aller se réfugier dans d’autres bras, brisant ainsi infailliblement le coeur de notre fils chéri :

La moindre absence, et nous craignions qu’elle n’ait déménagé définitivement… 

Le moindre rhume qui la garde un peu longtemps à la maison, et nous ne savions plus comment consoler notre petit bonhomme, qui trainait soudainement sa tristesse dans les couloirs de l’école… 

Le plus petit goûter d’anniversaire, et nous tremblions à l’idée qu’un Dom Juan du dimanche ne la détourne du chemin Trystanien…


Mais cette semaine, l’impossible est arrivé. 
En rentrant à la maison, Nous avons entendu Trystan nous expliquer l’inimaginable, l’impensable, l’inconcevable : 

– “Papaaaa, tu sais c’qui s’est passé au’zourd’hui ?”

– “Noooon. Dis nous.”

– “Et bin, Amber c’est plus ma copine.”

– “?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?” (parent 1)
– “?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?” (parent 2) 

– “QUOIIIIIIIII!?!?!?” (cri du coeur collégial)

– “Voui. C’est fini.”

Stupéfaits de l’information mais aussi de l’indifférence soudaine affichée, nous avons creusé la question :

– “MAIS… MAIS… MAIS, POURQUOI ?!?!?!?”
(Les parents qui s’oublient et omettent de garder une élémentaire distance affective et émotionnelle face à l’événement.)

La réponse de notre fils, calme et dégagée, s’est chargée de nous remettre les idées en place : 

– “Parce qu’elle a tapé Tancrède.”

– “?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?” (parent 1)
– “?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?” (parent 2) 


– “Oui et moi, j’aime PAS quand on tape mon frère. Voilà.” 

(Sous-entendu : seul MOI ai le privilège et le droit suprême de le tabasser. Personne d’autre.)

– “?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?” (parent 1)
– “?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?” (parent 2) 

Leur père risque alors un : 

– “Euh… Trystan mais… C’est définitif ?”

– “Oui.”

Soufflée, je me permets d’insister : 

– “Mais chéri… t’es pas un p’tit peu triste, quand même… ? “
(La mère lourde, qui ne se rend pas compte qu’elle met les pieds dans le plat.)

– “Non. C’est KRÈS Important mon frère.
Et pi’, y’a déjà Victoire et Maxine (les autres jumelles de la classe) qui m’ont demandé de s’marier avec moi. Donc c’est bien comme ça.”


#TouchePasAMonJuju
#UnJumeauC’estSacré


Découvrir la randonnée de Lion’s head

Impossible de passer par Cape town ou d’y vivre 

sans faire au moins une fois
 la mythique randonnée 

de Lion’s Head.

Comme vous le savez peut-être, la ville de Cape Town est assez atypique et bâtie en anneau autour d’un massif montagneux composé à la fois de la fameuse Montagne de la Table, et de 3 autres pics attenants : Devil’s Peak, Signal Hill et Lion’s Head.

Ce dernier tient son nom des Hollandais arrivés au Cap au milieu du 17ème siècle, qui émerveillés par le panorama, trouvèrent que ce pic rocheux rappelait la tête d’un lion : d’un certain angle, avec la Montagne de la Table toute plate au centre, l’ensemble ressemble effectivement à un lion ou un sphinx allongé.

Un chemin unique et parfaitement balisé monte en spirale tout autour du promontoire, jusqu’à atteindre la partie supérieure du “chapeau” : dès lors, des échelles, des chaines et des prises plantées à même les roches de grès et de granite, permettent d’escalader et d’atteindre le sommet, situé à 669 mètres d’altitude.  

Tout au long de l’ascension, les différentes vues, qui donnent un aperçu à 360° sur la ville de Cape Town, sont à couper le souffle : elles sont probablement parmi les plus belles et expliquent pourquoi cette randonnée est si populaire. 
Dans le sens des aiguilles du montre, depuis le sud, on peut donc observer : 

Camps Bay, au sud de la ville… 

La partie Atlantique de Cape Town, jusqu’à l’île-prison de Nelson Mandela, Robben Island

Signal Hill, quelques 300 mètres en contre-bas …

Sur le centre ville – le City Bowl – de Cape Town, la cuvette centrale et historique au coeur des différents monts :

Et enfin, sur la majestueuse Montagne de la Table :

La balade se fait au son des petits oiseaux qui sont très présents partout sur le pic. 
On peut y observer notamment les “sugar birds” – appelés en français promeropidae, de la famille des passereaux – endémiques du Cap et très reconnaissables à leur longue queue et au bruit de cisaillement qu’ils produisent. 

Cette sublime randonnée peut également se faire les soirs de pleine-lune : c’est d’ailleurs un must et une vraie tradition pour tous les capétoniens. 

De jour, comme de nuit, un incontournable absolu de Cape Town ! 

Découvrir le Heart Transplant Museum de Groote schuur

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous raconter 

une nouvelle histoire :

celle de la première 

greffe de coeur du monde, 

qui eut lieu à Cape Town en 1967 !


Dès l’entrée du musée, le visiteur est replongé au coeur – sans mauvais jeu de mot – de la scène où tout a commencé : la reconstitution du lieu de l’accident. 

Tragique mais banal en vérité :
3 décembre 1967, deux femmes sud africaines, une mère et une fille Myrtle et Denis Darvall, sortent d’une boulangerie en vogue de l’époque, des paquets de gâteaux à la main, pour rejoindre le reste de la famille qui les attendait dans la voiture. 
Un chauffard les renverse sur le passage clouté. 
La mère décède instantanément. La fille est éjectée à plusieurs mètres. 
Elle survit mais est déclarée en mort cérébrale à son arrivée aux urgences du principal et plus grand hôpital de Cape Town : Groote Schuur.    

Depuis des années, l’équipe du professeur Christiaan Barnard se prépare et attend ce moment.

Né à Beaufort West, en plein coeur afrikaner de l’Union d’Afrique du Sud, il est d‘origine modeste et farouchement opposé à l’Apartheid depuis son enfance.
Marqué par le décès de l’un de ses 4 frères d’une pathologie cardiaque, il décide de suivre des études de médecine. 
Il devient médecin généraliste, avant de se spécialiser en chirurgie cardiaque, 10 ans plus tard, au Minesota, auprès du plus grand spécialiste mondial de l’époque, alors bridé par la législation américaine. 

Brillant élève, très apprécié à Minneapolis, il rentre en Afrique du Sud muni de l’une des premières et rarissimes machines de Bypass du monde, capable de remplacer temporairement le coeur (pompe assurant une circulation sanguine extra corporelle), et donc d’opérer et de garder en vie un corps … sans coeur ! 

A son retour à Cape Town, il n’a eu de cesse de s’exercer (48 fois) à la transplantation cardiaque sur des chiens errants, condamnés à être euthanasiés par la mairie de la ville, afin de peaufiner l’opération.

Au fil du temps, il a ainsi pu former son équipe (près de 30 personnes) mais surtout répéter et répéter encore, comme les acteurs d’une fascinante pièce de théâtre, les moindres gestes et minutes de ce qui deviendra un jour l’une des plus grandes prouesses médicales modernes.

Le patient, Louis Washkansky, en phase terminale d’insuffisance cardiaque et condamné par tout le corps médical de l’époque, attend en espérant encore bénéficier de l’opération expérimentale de la dernière chance qui pourrait lui donner quelques mois de vie supplémentaires…

En ce jour estival de décembre, tout le monde est prêt :

Un coeur encore battant vient d’arriver.
Dans un corps de Blanche qui plus est. L’hôpital ayant décidé que pour éviter toute controverse et accusations d’expérimentation raciale, en ces temps agités d’apartheid, il serait plus prudent de ne greffer que des organes “correspondants”.
L’étude de compatibilité est positive, le cross-match est même parfait.
Et la mort cérébrale a été confirmée, permettant au professeur Barnard de s’engouffrer dans le vide juridique de la loi sud africaine de l’époque. 

Courageux, le père de la jeune femme décide d’autoriser le prélèvement du coeur de sa fille, respirant pourtant encore sur son lit médical. 
A l’époque, où le concept de mort cérébrale est fort peu connu et compris, cette décision dénote d’une ouverture d’esprit et d’une force de caractère exceptionnelle. 

L’opération, la première greffe de coeur humain de l’histoire, durera un peu moins de 10 heures. 

Toutes les minutes de ce moment historique ont été reconstituées, à l’endroit même où elles ont eu lieu, sous forme de scènettes, façon musée de cire, explicatives de chaque étape par lesquelles l’équipe dû passer ce jour là. 

Le lendemain : Louis Washkansky se réveillera, en totale capacité physique.
L’opération a été une réussite. 

Petit aparté de l’histoire
Une rumeur tenace lancée par l’Economist Magazine mit en avant l’existence d’un chirurgien “clandestin” Noir, Hamilton Naki, jardinier de l’hôpital qui aurait été premier assistant du professeur Barnard durant la fameuse opération, mais naturellement discrètement retiré de l’Histoire, pour des raisons politiques évidentes à l’époque.
En réalité Naki réussit par sa curiosité et son talent à s’élever au rang d’assistant animalier des chiens sur lesquels étaient pratiqués les tests. Il parvint ensuite à convaincre le professeur Bernard de lui enseigner les techniques de la transplantation sur les animaux. Excellent, il fit ainsi grandement avancer les recherches de l’équipe en la préparant au mieux à ce qui allait suivre. 
Dans un documentaire très émouvant présenté au musée, Barnard avoue d’ailleurs que techniquement, l’élève avait probablement dépassé le maître. 
Cependant, et contrairement à la légende, n’ayant jamais été diplômé de médecine, le bloc opératoire humain ne lui a jamais été ouvert, encore moins en ce jour de décembre 1967. 
Il reçut néanmoins, plusieurs décennies après, un diplôme honorifique de la faculté de médecine du Cap pour son travail exceptionnel. 

Dès lors, les caméras du monde entier se tournent vers le jeune professeur Christiaan Barnard, 45 ans, au physique hollywoodien ravageur et qui apprécie la lumière des projecteurs. 

Malgré le décès du patient au bout de 17 jours d’une infection pulmonaire déclenchée par les stéroïdes immunosuppresseurs qui lui ont été administrés, Christiaan Barnard continua d’opérer des patients : 7 tentatives dans l’année suivant la première intervention, avec de beaux succès, notamment une patiente qui vécu plus de 15 ans après sa greffe. 

De nombreuses critiques notamment éthiques et religieuses se firent entendre.
Les chirurgiens américains qui avaient formé Christiaan Barnard furent très vexés par la “trahison” de leur élève qui utilisa aux fins de sa propre réussite professionnelle – quand eux étaient pieds et poings liés dans leur pays – tous les enseignements et même le matériel qu’ils lui avaient offert.



Mais finalement, la fièvre de la transplantation cardiaque s’empara du monde entier, avec plus ou moins de réussite, ouvrant la voix à une nouvelle discipline médicale : la chirurgie cardiaque moderne.

Au pied de la Montagne de la Table, Le Heart Transplant Museum, installé dans les anciens bâtiments de l’hôpital de Groote Schuur, ceux-là mêmes où eut lieu l’opération, vaut vraiment le détour pour découvrir tous les détails de cette belle et émouvante aventure…

Et mon coeur fait BOUM

Avec mon prénom,

j’ai parfois eu droit

à beaucoup de blagues.


Plus ou moins subtiles, plus ou moins amusantes, plus ou moins touchantes. 

J’ai eu les lourdes, naturellement, qui m’ont affligées de toute la corbeille fruitière, jusqu’aux légumes, dont je vous passerai volontiers le souvenir. 

J’ai eu les rigolotes : “Alors avec toi, y’a jamais d’pépins, c’est ça ?!”

J’ai eu les chantées : “🎶Pom Pom Pidou Pou 🎶!”

J’ai eu les charmantes : “Oh, Pom, comme c’est trognon ce prénom !”

Mais la meilleure est sans conteste possible, depuis la semaine dernière, celle de mon fils Tancrède qui m’a profondément remuée et qui a imprimé pour toujours sa petite marque de bonheur au fond de moi :

19:30, l’heure d’hiver du dodo à Cape Town, les jours d’école. 

Oui, c’est un peu tôt, mais ça leur laisse ainsi une petite demie heure pour papoter et se raconter leur journée, ou échanger – chacun depuis son lit – sur des questions métaphysiques du type : 

– “Tancrèèèèd’, tu crois que d’main, c’est l’zour du pain au chocolat, ou pas ?”

– “J’suis pas sûr Trystan, pass’que le zour du pain c’est vendredi et auzourd’hui on était lundi, j’crois bien.”

Bref. 

Ce soir là, arrivés au rituel du câlin-du-bonne-nuit, je me suis donc agenouillée au sol, comme à mon habitude, pour embrasser et murmurer des petits mots doux à l’oreille de Trystan, allongé en bas du lit gigogne. 

Je me suis ensuite relevée jusqu’à me mettre sur la pointe des pieds afin d’attraper la petite tête de Tancrède, niché sur le lit du haut, et d’y déposer la “raclée de bisous” qu’il attend chaque nuit avec un mélange d’excitation et d’amusement. 

Une fois son traitement (bien mérité, il faut le dire) exécuté, je l’ai comme à notre habitude serré très fort dans mes bras en lui disant “je t’aime”.

C’est là que mon fils s’est redressé, s’asseyant doucement sur son petit postérieur, en me disant de son sourire le plus éclatant, à la fois plein d’amour et de fierté liée à la plaisanterie qu’il s’apprêtait visiblement à faire : 

– “Moi aussi maman, ze t’aime trèèèèèèèès trèèèèèèèès fort !
Même que tu sais… 
Dans mon coeur… Ça fait POM POM POM !
Mouahahahhahahaha !”

#MonFilsForEver
#LarmeÀL’Oeil
#MentonQuiTremble

Une histoire de machine à laver

Bip bip. Bip bip. BIP BIPPPP. BIIIIIIIIP BIIIIIIIIIIP !!!


Je suis à l’étage de la maison, en train d’écrire, au beau milieu d’un paragraphe.

J’entends clairement la machine à laver qui a terminé son cycle et couine ardemment pour nous signaler l’information.

Je n’ai pas envie de perdre le fil de mon texte.
Je reste donc assise et continue à taper sur mon clavier, frénétiquement. 

Les monstres roupillent tranquillement : c’est leur sieste hebdomadaire du samedi.

Ma tendre moitié est vautrée dans le canapé du salon de télévision et pianote tranquillement sur son smartphone, le tout à approximativement 3,50 mètres de la buanderie où se trouve la lessiveuse qui beugle. 

ET IL NE BOUGE PAS.

Bip bip.

Bip bip.

BIP BIPPPP

BIIIIIIIIP BIIIIIIIIIIP !!!

J’ai bien conscience que le son est égal à chaque sonnerie.

Mais, dans mon énervement, j’ai presque l’impression que la machine commence à s’agacer aussi, montant le son au fur et à mesure de ses appels désespérés.

Tout ce boucan risque de réveiller l’engeance gémellaire.

Et dieu sait si aucun d’entre nous n’a envie que cela n’arrive. 

Mon homme sait que je suis concentrée sur mon ordinateur.

Mais il ne bouge pas.

D’ailleurs autant faire cesser ce suspens insoutenable tout de suite, chers amis : IL NE BOUGERA PAS. 

Car ça n’est pas la première fois que cela arrive. 
(Ni la dernière, je le sais bien…)

Et encore moins l’unique exemple durant lequel cette situation peut se produire : ça marche aussi avec le sèche-linge, le four micro-ondes, le congélo resté ouvert ou les gosses qui s’époumonent sur les toilettes en attendant qu’on viennent les essuyer. 

Alors ça m’a fait réfléchir :

Pourquoi ?
Oui, POURQUOI ?

Pourquoi nous, les femmes, finissons la majeure partie du temps par nous lever, et pas eux ?
(Tsk tsk, les gars arrêtez ! Vos femmes me disent toutes la même chose, alors hein…)

Sommes-nous plus sensibles aux bruits stridents ? (génétique)
Sommes-nous moins paresseuses ? (physiologie)
Entrevoyons-nous plus aisément qu’eux les avantages et bénéfices du fonctionnement participatif, au sein d’un groupe familial ? (anthropologie) 

Sont-ils tout simplement complètement sourds ? 
Sont-ils retors et vicieux au point d’attendre, malgré l’inconfort, que quelqu’un d’autre s’en charge ? 

Je m’interroge car à maintes reprises, nous avons clairement exprimé nos attentes et nos besoins :

– “Chéri, s’il te plait mon amour, …” :

Option 1* J’aimerais finir d’écrire, aurais-tu la gentillesse de t’en charger ? 

Option 2* De temps en temps, j’apprécierai que tu m’aides quand même !

Option 3* Bordel chéri, y’a pas d’raison que ce soit TOUT LE TEMPS MOI, okay ?

Option 4* J’TE PREVIENS, SI TU M’AIDES PAS, JE LAVE PLUS TES FRINGUES !

Pourquoi donc, n’acceptent-ils pas de nous prêter main forte ? 

Préfèrent-ils vraiment nous entendre crier comme des putois, plutôt que de faire trois pas et d’appuyer sur un bouton ?

Ont-ils conscience que ce sont ces attitudes, ces micro-déceptions et mini-frustrations qui, au fil du temps, nous transforment contre notre gré en mégères des temps modernes, précipitant ainsi le couple dans l’abime de la routine et de la lassitude ?

Je l’avoue humblement : je ne comprends pas. 
Si l’un de mes lecteurs pouvait avoir la gentillesse de m’éclairer ? 
Je lui en serait très reconnaissante.
En attendant, patience : 

Tous ces menus conflits d’intendance dans le couple seront réglés un jour. 

Le jour où un(e) brillant(e) ingénieur aura inventé la machine qui trie et détâche le linge, avant de le laver et de le mettre elle-même à sécher sur le fil. 


Aux origines du Mal !

Alors là, vraiment,
je n’ai pas su quoi lui répondre.  


Trystan est assez axé Belle au Bois Dormant en ce moment. 

Il a très peur de la sorcière qui se transforme en dragon, et, parallèlement, aime énormément cette histoire de prince qui sauve la belle princesse. 

Ce qui l’amène à voir et revoir en boucle ce dessin animé, tout en exigeant de ma part ou de celle de son frangin d’être présents à côté de lui, pour le rassurer. 

Tout ça pour dire que l’autre jour, en passant devant le salon de télévision, je l’ai trouvé immobile sur le canapé, son frère crayonnant à ses pieds, fixant le générique final du film en silence, les yeux dans le vague. 

Inquiète, je me suis approchée de lui pour vérifier qu’il allait bien, craignant que la surdose de Disney ne lui ait été fatale : 

– “Trystan, chéri, ça va ?!?!?”

– “…”

– “M’enfin bébé, qu’est-ce qui se passe ?”

– “Ze réfléchis.”

Soulagée par la réponse, j’allais ressortir lorsque mon fiston m’a rappelée :

– “Mamaaaaaaan ?”

– “Ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ?”


– “EST-CE QUE MALÉFIQUE C’EST PASS’QU’ELLE AVAIT PAS D’AMIS QU’ELLE EST DEV’NUE MÉCHANTE, OU C’EST PASS’QU’ELLE ÉTAIT MÉCHANTE QU’ELLE AVAIT PAS D’AMIS ??”

Silence dans la pièce. 

Tancrède a levé le nez de son dessin et m’observe attentivement, sentant bien que l’heure est grave. 

– “…. ????!!!! Euuh… Alors là mon poussin… Je… 
Tu me poses une colle, franchement… 
Je n’en sais rien.”

Regard pénétrant de mon petiot qui me fixe comme si j’avais sorti une ineptie. Angoissé, semble-t-il, à l’idée de ne pas obtenir de réponse.

Ennuyée, je tente : 

– “Bah… Peut-être un peu des deux, tu vois. Comme elle était pas très gentille, elle n’a pas eu beaucoup d’amis. Du coup elle s’est sentie seule et elle est devenue encore plus méchante. Peut-être ?”


– “… Peut-être, maman ?”


– “Oui, peut-être chéri, on n’est pas sûr, tu comprends ? 

Les gens sont rarement méchants au départ, tu vois. Souvent, ils le deviennent car ils sont vraiment trop tristes.”

– “Alors si on est jamais triste, on devient jamais méchant ? “


Je pressens que la discussion prend un tour complexe et que je vais encore m’empêtrer dans l’une de ces conversations impossibles. 


– “Trystan mon doudou, c’est compliqué tout ça…”


– “Mais alors pour avoir des amis, il faut toujours être content ?”


Naturellement, j’ai eu envie de lui répondre : écoute, ça dépend si tu es la reine d’Angleterre ou pas (“never complain, never explain”).


Mais j’ai répondu : 

– “Ecoute mon amour, en gros, tes vrais amis, ils t’aiment même quand tu es triste ou désagréable. Mais il ne faut pas l’être trop souvent sinon ça les fait fuir, okay !?”

Et là, sans que j’ai pu comprendre d’où venait une telle réaction, je le vois qui se lève et qui balance une énorme baffe à son frère, pourtant totalement calme et 
silencieux depuis le début de la conversation, en hurlant : 

– “T’AS COMPRIS TANCRÈD’ !!! SI TU CONTINUES À M’ENERVER, T’AURAS PLUS ZAMAIS D’AMIS !!”


– “????”


C’est pas pour rien que les cours de philosophie commencent en terminale. 

La philo, c’est très perturbant pour les enfants. 

#PetitsCerveauxEnSurchauffe
#LaPhiloC’estPasBonPourLesMoinsDe5Ans



Jujuconditionnels

En fait, 

les enfants, 

ça fonctionne par étapes. 

Je vous avais déjà raconté, il y a quelques mois de cela, à quel point mes Jujutrépides souffraient de difficultés grammaticales majeures ? 

Je pensais que tout cela s’améliorerait avec le temps. 

Je suis navrée de vous avouer que non.

Enfin… Si je considère le stade où nous en sommes maintenant, je dirais “pas tout de suite”, en tous cas. 

A force de saigner des oreilles en entendant sa belle langue perpétuellement écorchée, le parent développe des sortes de tics éducationnels : 
Ces phrases ou interjections que nous sommes capables de prononcer sans y réfléchir. 
Ces sorties-reflexe, en quelque sorte, déclenchées automatiquement par notre cerveau reptilien au seul son de la phrase bancale. 

Pensant alors naïvement qu’en reprenant le gamin une première fois, celui-ci corrigerait sa faute à la prochaine occasion. 

Erreur. 

Le môme recommence et remet ça. 

Non pas une ou deux fois. 

Mais 2000 ou 3000 fois. 

Comme si nos remarques n’avaient absolument aucun effet.
Comme si nos efforts étaient totalement et définitivement VAINS. 
Comme s’ils ne les avaient même jamais entendues. 

Pour simplifier la lecture de ce poste et aider ceux qui ne sont pas aguerris au langage des jeunes enfants en cours d’apprentissage des subtilités de la grammaire, du vocabulaire et de la conjugaison française, j’ai mis les traductions en dessous…

– “Mamaaaaaan !!! Il faut qu’tu prendes mon sac !”
– “QUE TU PRENDES ou QUE TU PRENNES ?”

– “Mamaaaaaan !!! C’est qui qui a pris mon sac !?”
– “C’EST KIKI !!!!”

– “Mamaaaaaan !!! Il faut appeler papa pour qu’il savoit qu’on est rentrés !”
– “QU’IL SAAAAAAACHE !”

– “Hein ???”
– “DEUX, TROIS, ON SAUUUUUUTE.”

– “Elle est gentite cette dame maman !”
– “GENTITE ou GENTILLE ?”

– “Mamaaaaaan !!! Tu crois que la princesse, il va falloir qu’elle mourisse ??”
– “QU’ELLE MEURE !!!!” (bordel…)

C’est semble-t-il lorsque le parent commence à désespérer devant autant d’incurie, que le môme entre en phase 2 : 
Celle où il déblatère toujours autant d’énormités, mais où, AVANT QUE LE PARENT N’AIT EU LE TEMPS d’ouvrir la bouche pour protester, le gosse se reprend tout seul. 

C’est purement pavlovien, vous me direz. 
Mais c’est un progrès. 

J’ose croire – mais ça n’est là que supposition de ma part, le doute m’étreignant chaque fois que j’entends certains adolescents s’exprimer à la sortie de l’école – qu’il existe une phase 3. 

Celle où le gamin parle enfin correctement, dès la première fois. 

Les parents, ces Sisyphes de l’éducation. 

Attention, travail en cours.

Ze Peux t’aider ? (Non, surtout PAS !)

Honnêtement, 

c’est assez 

insupportable… 

…Ce stade de leur développement où ils veulent ABSOLUMENT vous aider.

Essentiellement quand vous n’avez pas besoin d’aide, naturellement.

Car ils refusent de le faire lorsque vous êtes justement dans une situation difficile qui nécessiterait le secours d’une âme charitable : 

Au retour de l’école, par exemple.
Lorsque lestée aux épaules de deux manteaux + deux cartables + l’énorme sac de piscine chargé d’affaires trempées d’eau + deux paires de petites chaussures + la boite de jus d’orange vide sous l’aisselle + le mouchoir usité entre l’index et le majeur gauche, vous cherchez les clefs de la porte d’entrée de la maison dans votre sac à main dont les anses s’accrochent alors désespérément à votre auriculaire droit  qui menace dangereusement, vu le poids, de se retourner…

En général, pour couronner le tout, ils n’hésitent pas à en rajouter une couche, type :
– “Alleeeeez maman, dépêche toiiiiii ! J’veux rentrer zouer avec mes legooooo !”

Vous savez ce que j’en pense, depuis le temps : les gosses sont des monstres. 
Bref, c’est pas le sujet.

En revanche, quand vous disposez de quatorze minutes exactement pour confectionner la quiche lorraine du soir, pâte brisée comprise, ils INSISTENT pour vous secourir, manu militari.

Evidemment, la langue vous démange et vous avez envie de leur crier : “NON ! Surtout PAS ! Merci.”

Mais en meme temps, vous percevez l’intérêt didactique et éducationnel de l’exercice, et ne voulez pas non plus briser dans l’oeuf ce bel élan participatif. 

A propos : 

– “Mamaaaaaan !? J’peux casser les oeufs ? Steuplé steuplé steuplé !!!”

– “Oui bon, vas y. Mais FAIS BIEN ATTENTION À LA…”
Craaaaac !
Trop tard : la moitié de la coquille gît en mille morceaux au milieu des blancs. 
Z’avez remarqué comme les petits bouts fuient vos doigts quand on essaye de les attraper ?
Prévoir 3 minutes supplémentaires, donc, pour les retirer.

– ” Mamaaaaaan !? J’peux râper l’fromaaaaage ? Steuplé steuplé steuplé !!!”

– “Bon… Okay. Mais TIENS BIEN L’ASSIETTE EN MÊME TEMPS POUR PAS QUE…”

Kliiiing !
Trop tard : le plat est maintenant éparpillé façon puzzle sur le sol de la cuisine. 
Prévoir 5 minutes de plus, donc, pour ramasser le bordel avec la balayette. 

– “Mamaaaaaan !? J’peux tourner la sauce (l’appareil) ? Steuplé steuplé steuplé !!!”

– “Franchement chéri… Euh… Bon. Vas y. Mais SURTOUT, NE …”

Schlaaaak !
Trop tard : une grosse éclaboussure lait + crème + oeuf + noix de muscade orne désormais le mur de la cuisine.

A ce stade, vous craquez. 
(C’est bien naturel.)
Et vous hurlez : 

– “Mais arrête NOM DE DIEU !!! Tu ne m’aides pas !! Tout ce que tu fais, c’est de me donner deux fois plus de boulot !!”

Là, votre gamin vous regarde subitement de son air le plus triste et abattu, celui qui signifie : “alors… Tu n’veux plus de môâ, c’est ça ?…”

Comme il sait très bien y faire et connait vos moindres faiblesses, c’est là qu’il vous sort le : 

– “Ok maman, pardon pardon, z’ai pas fait exprès… Dis moi c’que tu veux que ze fasse maint’nant, et z’vais l’faire. Tout ce que tu veux.”
(I.e. : tout pour éviter d’être éjecté séance tenante de la cuisine.)

– “Bon… Bah t’as qu’à aller jeter les épluchures des oignons à la poubelle, tiens. Ça ça m’aide… Merci chéri.

Et là, tel Brutus sur les marches du sénat, votre propre fils vous poignarde littéralement dans le dos, lâchant vicieusement :

– ” Oui… Okay maman… Ze vais faire c’que toi tu n’veux pas faire, alors…”

Genre : on ne leur refile que les travaux les plus ingrats.
#TuQuoqueMiFili
#InsupportablesLardons
#IlsSontTellementRetors
#MaisQu’aiJeFaisPourMériterÇa?