La collection des mèr(d)es

Je sais, 

certain(e)s d’entre vous

trouvent ça ignoble. 


Mais franchement, curieusement, à moi, ça ne me fait ni chaud ni froid.

L’autre jour, j’étais en train de préparer leur goûter lorsque Tancrède s’est approché de moi en hurlant :

– “Mamaaaaaaan !!!

T’as encore jeté mon beau papillon qu’j’ai confectionné à la garderie !!!!!
Mais pourquoi tu fais çaaaaaaa !?!?”

– “Oh mon amour pardoooooooon !
Il est magnifique ton papillon, c’est un accident, il a du tomber quand j’ai vidé et nettoyé ton sac au dessus de la poubelle. Tu as bien fait de le ressortir ! Pardon, pardon chéri !”

Je sais, c’est horrible. 

D’hypocrisie.

Et d’insensibilité. 

M’enfin, en même temps, vous conviendrez que si j’avais dû garder toutes les merdes qu’ils m’ont rapporté de l’école chaque jour depuis plus de trois années – et encore, c’est sans compter la fête des mères qui en génère 50% à elle toute seule – il aurait fallu accoler un container de stockage à la maison. 

J’ai plusieurs techniques assez bien rodées :

1. J’attends qu’ils aient le dos tourné pour balancer leurs “oeuvres” à la poubelle. 
Quand ils rentrent et les réclament, je feins la surprise absolue et leur dis “je ne sais pas !” réponse imparable qui les laisse trouver eux-mêmes une réponse à leur question. 
Pour peu que la poubelle ait été sortie juste avant, le mystère reste entier.
Lâche, mais efficace. 

2. Dans le cas où ils semblent vraiment fiers de leurs créations, je les conserve. Bien rangées tout en haut de leur armoire, à prendre tranquillement la poussière. J’observe durant quelques semaines. Lorsque je me suis assurée qu’ils ne les demandent plus et n’y prêtent plus attention, je jette. 
98,7% du temps, ça passe comme une lettre à la poste. 

3. Pour les horreurs auxquelles ils sont très attachés, j’attends patiemment qu’elles atteignent un état de décrépitude avancée pour leur faire balancer eux-mêmes. 
Un peu cruel mais au moins, ça les responsabilise. 

4. Pour les créations de qualité (environ 1 par an et par gamin), je conserve dans le petit carton de la “boite-à-souvenirs-de-maternelle”. 

Voyez, finalement, c’est pas si monstrueux.

La petite soeur

“Maman, tu sais, je voulais te dire : 

j’voudrais VRAIMENT une p’tite soeur.”


Mes mains glissent inexplicablement du volant sur mes genoux. 
Pour une raison qui m’échappe, la voiture a stoppé d’un coup brusque. 
Je réalise que c’est moi qui ai écrasé la pédale de frein. 

Personne derrière, nous avons eu de la chance….

J’entends alors la voix de Trystan à l’arrière du véhicule, douce et surréelle : 

– “Relaaaaaaaaax, mam”. 

Je n’en crois pas mes oreilles. 
Je me dis : naaaan, mais en fait, c’est une hallucination. 
Tu t’es endormie au volant, tout cela est le produit de ton inconscient. 
Vite, réveille-toi ou tu vas finir dans le décor. 
Ou alors t’es passée de l’autre côté de la Matrix ?

Non, pourtant. 
Un mec un peu énervé klaxonne derrière moi.
Je suis bel et bien parfaitement réveillée. 

– “Euuuuh Tancrède ? Mais… Mais… Mais… Pourquoi tu me dis ça ?”

– “Pass’que je voudrais beaucoup avoir une ‘tite soeur pour m’en occuper et lui faire des câlins…”

Là, ton subconscient Néandertalien projette devant tes yeux des images insoutenables de ton fils berçant affectueusement ta progéniture N°3. C’est super mignon, et ça dégouline d’amour de partout.
Tu te dis : mais évidement, il a raison ce gosse ! C’est ça, la vie !

Et puis, fort heureusement, la partie Sapiens Sapiens de ton cerveau te ramène rapidement à la réalité : tu sais très bien que l’image d’Epinal mettrait entre 2 et 4 secondes à se fissurer, avant de se transformer en vignette colorée de la BD d’Astérix, avec le nuage de poussière dans lequel tout le monde se fout sur la tronche. 

– “M’enfin mon amour, t’as déjà un frère, c’est super, non !?”

– “Oui bien sûr… Mais c’est pas une fille. 

– Mais tu sais chéri, quand on fait un bébé on ne peut pas choisir si ce sera une fille ou un garçon. T’imagines si c’était encore un autre frère !?

A cet instant, je m’attends à ce qu’il s’écrie “pouaahh, non !”

Contre toute attente, calme et serein, je l’entends murmurer :

– “Si c’est une fille ce serait parfait. Si c’est un garçon, ce s’rait un peu moins bien, mais ça irait quand même. J’veux bien qu’on l’garde. “

– “… ?!?!?”

– “Tu wois m’an, le mieux, ce s’rait deux filles comme nous, des zumelles.”

Je me suis garée sur le bas côté. 
Je crains l’infarctus du Myocarde. 

– “M’enfin Tancrède… Tu ne sais pas ce que tu dis…”

– “Si maman… J’voudrais vraiment, tu sais…”

Je repense subitement à leur première année d’existence. 
Celle où j’en étais pratiquement arrivée à demander l’internement psychiatrique, juste pour avoir le droit de me reposer. 
Un sentiment de colère excessif remonte en moi. 
Puérile, je lui dis alors, plus durement que je n’aurais voulu : 

– “Ah ! Et c’est toi qui va changer les couches et te lever la nuit pour lui donner les biberons, peut-être !?!”

Imperturbable, il me répond gentiment : 

– “Bah… Si tu m’montres, j’veux bien l’faire. Et pour le biberon aussi, j’le f’rai, j’te promets… Même la purée, j’voudrai bien lui donner avec la cuiller pour t’aider, si tu veux.”

Sentant le sol se dérober sous moi, j’interpelle mon autre fiston – l’un des avantages d’avoir des jumeaux – cherchant chez lui le soutien moral qui me me fait défaut : 

– “Euh et toi Trystan ? Toi tu… Tu…. ne veux pas de soeur toi, n’est-ce pas ?

– “Baaaaah … Si, si, maman,  j’aimerais bien aussi. Comme ça, je pourrais lui apprendre TOUT C’QUE J’SAIS ! ET LUI PASSER TOUTES MES BONNES ZIDÉES!

Le cauchemar en fujicolor :
Trystan, en coach sportif ès-conneries.  

Surenchère Tancrèdienne : 

– “Oui Trystan, mais tu sais, si elle casse tes jouets, il faudra pas la gronder, passqu’elle sera toute petite, encore un bébé, et il faudra qu’on soit KRÈÈÈS PATIENTS avec elle.”

Je regarde devant moi. 
Cette conversation est lunaire. 

J’ai l’impression de flotter en apesanteur dans la bagnole. 

A ce stade, je suis au bord d’accepter d’aller leur chercher un chien au chenil, eux qui en réclament depuis des années… Juste pour que ça s’arrête.

Mais je leur dois la vérité et prends donc sur moi pour leur dire :

– “Je suis désolée mes chéris, c’est papa et moi qui décidons si on fait d’autres bébés. Et on vous aime tellement fort qu’on ne veut pas d’autre petit. On est très heureux avec vous et ça nous suffit. 

Dans le rétroviseur, je vois une vraie tristesse se peindre sur le visage défait de mon fiston…
Après ce qui me semble être une éternité, il me dit alors : 

– “Bon… Si tu veux pas avoir de nouveau un gros ventre, c’est pas grave… J’attendrai de dev’nir papa pour l’faire moi-même.”

L’instinct paternel à 5 ans… Vraiment ?!?!?

Découvrir le Waterkloof Restaurant

Mon dernier coup de coeur culinaire, 

chers amis de Cape town !


Ne manquez pas, pour une belle et grande occasion, l’un des plus sublimes restaurants gastronomiques de la zone du Cap : le Waterkloof, situé à Somerset West, à 55 km de Cape Town. 

L’aventure commence en 1993 lorsqu’un brillant businessman du vin d’origine française, Paul Boutinot, décide de se lancer à la recherche d’un emplacement en Afrique du Sud pour le lancement d’un nouveau vignoble.
En 2004 il trouve enfin et achète une immense parcelle à l’est du Cap : Waterkloof, “la petite source” en Afrikaans. 
Il lui faudra 8 années pour mettre en place et rendre productif ce vignoble bio-dynamique exceptionnel et construire le fabuleux bâtiment qui accueille les caves de la propriété, les terrasses de dégustation et la perle du lieu : le restaurant. 

Promontoire de verre ultramoderne et contemporain, il semble flotter dans les airs : à l’arrière, une vue splendide sur le magnifique vignoble vallonné. A l’avant, un panorama inoubliable à 180° sur l’océan Atlantique et l’une des plus belles baies de la région du Cap. 
Un sublime moment suspendu entre terre et mer. 

Le chef, français, utilise une grande partie d’ingrédients cultivés sur la propriété et propose un menu délicat aux associations de saveurs originales et douces. 
Ses desserts sont une splendeur de finesse et d’équilibre. 
Tout dans cet endroit exceptionnel invite à la sérénité et donne envie de s’attarder, de respirer et de déguster en prenant le temps. 

Un avant-goût de ce que vous pourrez y découvrir :

Beurres de Roiibos (le thé rouge sud-africain), de vin de paille et de sirop d’érable, 
de kale grillé au sel, et enfin d’ail noir et doux
Tartare de bar, pomme et radis, gel de citron et tuile de pain 
Jaune d’oeuf de canard cuit une heure à 64°, petits oignons rôtis, Tête de Moine, craquants de canard… 
… Et son velouté crémeux. 
Filet de springbok, crème mascarpone, roues de brioche, abricots secs, compotes de fruits et pêches pochées
Religieuse citron-cassis avec son macaron moelleux, toffee caramel, 
sorbet de pêche dans son enveloppe de chocolat blanc

Vivement recommandé pour un très beau moment à deux ! 

La stratégie

Promis, c’est la dernière fois 

que j’écris sur le sujet

Car c’est trop P’HORRIB’. 


Et malgré tout, paradoxalement, assez poilant.

Veille de la rentrée, lundi dernier, 18:30 : 

Debout dans la cuisine, je garnissais leurs cartables des goûters pour le lendemain.
J’entends alors les petits pas sautillants de Tancrède qui se rapprochent de moi. 
Mon fils s’arrête à deux centimètres de ma hanche, relève la tête et s’adresse à moi en hurlant, comme d’accoutumée : 

– “MAMAAAAAAAAAN ?!”

Je n’ai pas le courage de lui répéter pour la deux millionième fois que je ne suis pas (encore) sourde.

– “Tancrèèèèèèèède ?!”

– “Maman j’ai bien réfléchi.”

– “Ouh là ! Oui… Mon amour ?”

– “J’en ai MARRE qu’Eva elle veut pas d’moi !”

A ce stade, je zappe la faute grammaticale qui me fait saigner l’oreille gauche. Et je pense : 

#ShootMe
#J’enPeuxPlus
#AuSecours
#LobotomisezLeParPitié

– “Tu veux que je te dise mon fils : c’est une EXCELLENTE idée. Il est temps que tu passes à autre chose ! VRAIMENT.”

– “Oui maman. Je suis d’accord. Et DONC j’ai décidé que j’allais demander demain à Tatiana d’être mon amoureuse.”

– “Ah oui !?!? Mais c’est génial ça mon coeur ! Je suis tellement contente pour toi !”

– “Oui, et donc je vais lui amener un cadeau.”

RE :

#ShootMe
#J’enPeuxPlus
#AuSecours
#CeGosseN’ApprendPasDeSesErreurs

– “M’enfin Tancrède ! Tu as bien vu que trop de cadeaux, ça ne marche pas ! Au contraire, après les filles elles s’habituent, et elles font moins attention à toi…”

– “NON NON NON maman, t’as pâ compris ! En fait, je vais offrir un cadeau à Tatiana pour rendre EVA FOLLE !”

– “?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!”

– “Comme ça, ça va l’énerver, et elle va enfin m’aimer !”

– “Tu veux dire que tu veux la rendre jalouse ?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!?!”

– “Wouala.”

Les bras m’en tombent. 
Je regarde mon fils, l’air hagard. 
Je me demande comme une idée aussi tordue et malfaisante a pu germer dans l’esprit de mon ingénu petit garçon. 



Tilt. 
– “Euuuh… Tancrède ? Dis voir, ce serait pas papa qui t’aurait donné cette idée bizarre ?…”

– “Bah… Si, un peu m’man.”

– “Je me disais aussi…”

– “Mais c’est une bonne idée !”

– “Moui… Bon. Mais ça veut dire que tu essayes encore pour Eva, chéri. Tu ne veux pas laisser tomber complètement et passer à quelqu’un d’autre ? Ce serait tellement mieux pour toi mon amour…”

– “Non non on va essayer ça ! Chui sûûûûûr que ça va marcher, cette fois.”

Lundi soir, retour à la maison : 

– “Alors chéri, Tatiana était contente de son cadeau aujourd’hui ?”

– “Oui. Et elle est d’accord pour être mon amoureuse aussi.”

– “Ah mais c’est TRES bien ça mon fils !”

Et là, mi figue mi raisin, sur le ton de la confidence, je l’entends qui rajoute : 

– “Oui … et j’ai aussi prévenu Eva que maintenant J’ALLAIS AVOIR UNE AUT’ AMOUREUSE POUR L’ENERVER !”

#StratégiePasEncoreAuPoint
#Incorrigible
#Irrécupérable 

Payback time

C’est quoi déjà

le proverbe ? 


“La vengeance est un plat qui se mange froid”, c’est ça ?

Certains jours – il faut bien le dire – leur père et moi, on se prend à rêver. 
On y croit fort.
On imagine ce grand moment. 

Ou plutôt, CES grands moments. 

Ceux où, ENFIN, nous pourrons leur RENDRE LA MONNAIE DE LEUR PIÈCE !

Celle de ces réveils au point du jour, sur les coups de 05:54 du matin. 
Lorsqu’ils nous tirent vicieusement de notre lit douillet pour des raisons obscures, au sens propre et figuré, vu l’heure. 
Souvenez-vous ici.

Celle de toutes ces fois où ils nous ont collé la honte internationale devant la maitresse, le docteur ou nos amis. 
Ici.

Celle de ces manipulations psychologiques EHONTÉES qu’ils nous ont fait subir sans la moindre hésitation, pour arriver à leurs fins.
Cliquez là. Et ici aussi. Et là.

Celle de ces silences terribles, qui nous laissent dans le doute et nous précipitent dans d’abyssales angoisses. 
Mais siiii, rappelez-vous, là.

Celle de ces humiliants moments où, en mal d’amour, on en vient à quémander leur baisers et leurs câlins, ces miettes d’affection qu’ils condescendent parfois à nous offrir, les bons jours. .

Celle de ces MILLIARDS de fois où on leur a rappelé que nous ne sommes pas sourds et qu’il est inutile de s’exprimer en hurlant. Ici.

Celle de leurs impitoyables jugements sur notre style ou nos goûts vestimentaires. Quels tyrans. Là.

Celle de cette EFFRAYANTE manie qu’ils ont de hurler notre nom et de nous chercher en permanence. Souvenez-vous, ici.

On s’y voit déjà, dans 10 ans !

Les secouer avec délectation le dimanche matin, à 7:35, lorsque nous irons leur proposer innocemment de venir marcher avec nous dans la montagne…

Leur dire “JE T’AIME MON AMOOOOOUR, HEIN !” en plein devant leurs copains…

Leur balancer, sur un ton dramatique et entrecoupé de sanglots, le subtil “mais coooomment tu peux faire ça à ta maman qui t’aime siiiiiiii fort et qui a taaaaaant fait pour toi !?!?” (Bouhouhou. Hou.)

Leur opposer ce silence insupportable, lorsqu’ils nous demanderont 10 000€ pour aller s’acheter leurs pairs de baskets transformables en avion à réaction (dans dix ans, c’est probable.)…

Leur sortir un impitoyable et distancié “Et oui… C’est la vie, fils.”, quand ils voudront ENFIN venir – contre toute attente – se blottir dans nos bras pour se consoler de cet affffffreux chagrin d’amour. 

Exiger, sept ou huit fois, qu’ils répètent ce qu’ils viennent de nous demander – “tu me conduis demain au spectacle bidule ?” – en faisant semblant d’être sourds.

Les interpeler juste avant qu’ils ne sortent de la maison pour leur dire que leur jeans à trou ou leur t-shirt trop court… Ça fait un peu ridicule. 

Leur demander trois cent fois par jour, “Mais chéri ?? OÙ es tu / où vas tu !!!!???? 

On se l’imagine, dans nos rêves les plus fous ! 
Mais en vrai… 
En vrai, nous savons bien que nous n’en ferons rien. 

Nos coeurs ont tellement mutés, que nous n’en serions même pas capables…

A la place, nous allons probablement les laisser dormir paisiblement, disparaitre discrètement au coin du lycée, nous retenir d’appliquer un quelconque chantage affectif, leur filer 100 balles pour leur shopping, les prendre dans nos bras et pleurer avec eux lorsqu’ils auront du chagrin, éviter de les faire répéter – sauf si entre temps, on est vraiment devenus sourds – sourire simplement à la couleur bizarre de leur pull et limiter à quelques dizaines de fois par jour seulement nos vérifications de localisation géographique.

Vraiment, on se ramollit quand on devient parent…

L’art du compromis, selon Trystan

Décidément, 
une fois qu’on a des enfants,

tout devient sujet 
aux réflexions métaphysiques.


C’est pénible.
Rester spontané devient presque impossible.
La moindre décision, la plus petite réflexion, la plus subtile des hésitations… 
Au mieux, elles deviennent sujet d’interrogation ; au pire elles auront un impact non négligeable sur notre progéniture. 

Au début, on s’en inquiète peu. On imagine que nos petiots comprennent difficilement nos conversations. Ou, s’ils percutent, qu’ils les auront de toute manière oubliées quelques jours plus tard.

Avec le temps, ils grandissent et nous réalisons rapidement que tout ce qui est dit est classé, enregistré, et pourra être retenu contre nous durant les soixante-dix prochaines décades.  

Dernière en date, pour ceux qui ont lu le post d’hier :

07:36 du matin.
Avant-dernier jour des vacances. 
Je dors paisiblement en travers du grand lit dont je dispose rien que pour moi, le père des Jujutrépides étant (re)parti avant l’aube avec son paternel et son oncle à la chasse.

PAAAAF.
Mon fils Trystan vient de m’asséner une bonne claque sur le nez, sa traditionnelle méthode pour me souhaiter le bonjour et de me faire sortir du lit. 

Ne nous plaignons pas, il m’a laissée faire la grasse matinée. 

– “Mamaaaaaaan ?”

– “Humphfffoui… Chéri ?”

– “Est-ce que quand on n’est pas d’accord, après on fait la guerre et tout le monde meurt ?”

– “????…????”

Mes fils ont l’art absolu de poser des questions impossibles.
Surtout quand je dors à poing fermé ou quand je fais un créneau délicat.

Le défi du jour, donc : expliquer à un môme de 5 ans l’origine de la guerre dans le monde. 

J’avoue avoir eu besoin de quelques secondes pour me retourner – au sens propre et figuré – et essayer de trouver une réponse vaguement adéquate à la situation. 

– “J’veux dire, est-ce que c’est VRAIMENT TRES GRAVE et après on s’parle plus zamais zamais de toute not’ vie ?”

Etape 1, se reprendre :

– “Euuuh… Humphfff… Voyons. Chéri. Bonjour d’abord, hein.”

– “Bonzour maman. Y’ fait zour. C’est l’heure d’te réveiller. “

Etape 2, retourner la question pour gagner du temps : 


– Pourquoi tu me parles de ça, déjà, Trystan ? Là comme ça, au réveil ?”

– “Mais passssss’queuuuuuuh, toi et papa vous vous disputez tout l’temps sur la chasse en c’moment, alors moi j’réfléchis.”

– “Moui… Bon… Je vois. Tu as peur que papa et moi on reste fâchés, c’est ça ?”

– “Voui….”

– “T’as raison mon coeur, on n’aurait pas dû en parler devant toi.
Mais en même temps, c’est bien. Comme ça tu as appris une chose importante : On peut très bien s’aimer, comme ton papa et moi, et ne pas être du tout d’accord sur un truc. 
Ça s’appelle avoir un AVIS DIFFERENT. 
C’est pas très grave, tant que tu respectes ce que pense l’autre.
Ça devient un problème si tu veux l’obliger à penser comme toi : alors là, oui, on risque d’avoir la guerre. Tu comprends ? “

– “Oui… Et papa et toi vous êtes … D’accord d’êt’ pas d’accord ?”

– “Oui, voilà, tu as tout compris. Je t’ai laissé aller à la chasse avec Tancrède, n’est-ce pas ? Même si je n’étais pas d’accord. 
Et bin, une autre fois, ce sera papa qui ne sera pas d’accord avec moi sur quelque chose, mais qu’il me laissera le faire quand même, parce que ce sera important pour moi. 
Ça s’appelle un compromis. On donne chacun son tour… Tu vois ?”

– “…”


Quelques jours plus tard. 

Retour d’école. 
Hurlements et crêpage de chignons à l’arrière de l’habitacle au sujet des boites des goûters. 
Le temps que je puisse voir ce qui se passe dans le rétroviseur, je découvre Tancrède en pleurs et Trystan avec les deux boites dans les mains, l’air renfrogné et particulièrement confiant dans le bienfondé de son action. 

– “Trystan. Rends tout de suite son goûter à Tancrède !”

– “NON.”

– “Trystan. Tu n’es plus un bébé. Rends le goûter à ton frère s’il te plait. Et vite.”

– “MAIS MAMAN ! Tu comprends paaaaaas ! Avec Tancrède, ON A FAIT UN COMPROMIS !! Demain, c’est lui k’aura la boite !!”

C’est ce qui s’appelle couper-la-poire-en-deux. 

Et y’a encore du boulot.

Les Jujutrépides à la chasse…

Vraiment, 
éduquer des enfants à deux, 
c’est difficile.


– “AAAAAAAlouèèèèètttteeeeuu je te plumerai ! Je te plumerai la TÊTE ! ET LA TÊÊÊÊÊÊTE, AAAAAAAAAlouèèèèèètteeeuuuu…!!! AAAAAAA…”

– “TANCRÈDE, bon sang, mais tu vas te taire oui !?!?!?

– “AAAAAAAlouèèèèèè…

– “TANCRÈDE, si tu continues, je te laisse dans la voiture ! ÇA FAIT DEUX MILLE FOIS QUE JE T’EXPLIQUE QU’À LA CHASSE ON SE TAIT ! T‘as compris !?! 

– “Oui papaaa… Z’ai compris…”

– “Bon.”

Silence. 

Une soixantaine de secondes plus tard :

– “AAAAAAAlouèèèèètttteeeeuu je te plumerai ! Je te plumerai la TÊTE ! ET LA TÊÊÊÊÊÊTE, AAAAAAAAAlouèèèèèètteeeuuuu…!!! AAAAAAA…”

PAAAAAAAAAAAAN !
Le bruit de la détonation résonne dans toute la plaine. 

Je n’y peux rien, je repense à Bambi, quand l’ignoble chasseur bute sa maman.

Et, aujourd’hui, l’enfoiré de braconnier qui dessoude les alouettes, c’est mon mari. 
Le père de mes gosses. 
Qui sont là, avec lui, pour faire bon poids.  

J’en ai gros sur le trognon. 

Soyons clairs : j’étais absolument CONTRE. 

Je les ai suivis juste pour vérifier que mes fils ne se feraient pas tirer comme des lapins par des rabatteurs à moitié myopes. 

Et parce que j’ai pensé que cela ferait un post intéressant. 

De fait, le débat est ouvert :

Evidemment, il est facile d’opposer l’argument de la dangerosité, l’accident bête et tragique qu’il est inutile d’aller chercher dans le fin fond de son destin. 

Aisé également de brandir l’argument imparable de l’exemple : habituer ses enfants à voir des armes à feu et leurs propres père et grand-père faire preuve de violence, ôter le souffle à un être vivant… Comment penser ensuite à leur enseigner des notions de paix et de respect de la vie ?
Notre monde n’est-il pas encore assez dur et brutal ?!

Que dire de l’aspect écologique : venir abattre – certes en pleine saison autorisée – de pauvres animaux épuisés par leur migration… Lorsque l’on sait à quel point ces espèces sont menacées… D’élémentaires questions morales et éthiques se posent. 

Mais, lorsqu’on écoute le camp adverse, on peut aussi s’interroger :

Apprendre à nos enfants que la viande ne “pousse pas” dans des barquettes sous vide ou dans du papier kraft.
Les amener à comprendre que notre alimentation exige le lourd sacrifice de prendre une vie – sauf pour les végétariens – peut paraitre sensé et même représenter un premier pas vers leur éducation et leur lente “prise de conscience” nutritionnelle.  


Revenir au plus proche de la Nature et connaitre les gestes élémentaires de la survie humaine, dans un monde où plus personne ne sait faire du feu sans allume-vite, ni construire une maison sans faire appel à douze mecs de corps de métiers différents, peut sembler pertinent. 

Leur inculquer qu’on prend soin de son matériel….


… Qu’ on ne tue que ce que l’on mange et éviter à tout prix le gâchis, peut-être finalement considéré comme une forme d’écologie. 


Marcher ainsi dans la nature permet aussi de faire de belles rencontres intéressantes et formatrices…

Un peu de beauté au milieu d’un vieux champ d’oignons…
Champs de Hashich libanais
Reformulation très intuitive de nos Jujutrépides : le HASCHICHON.
Pour ceux qui l’ont vécu petits, ces moments sont de merveilleux souvenirs d’enfance et font partie intégrante d’un héritage familial qu’ils souhaitent transmettre à leurs enfants : se lever dans la nuit, enfiler des affaires chaudes qui sentent la naphtaline, manger son pain tout juste sorti du four à 5:00 du matin, se retrouver, à trois générations, en pleine nature pour partager ensemble des rituels sacrés… Difficile alors de s’y opposer dogmatiquement sans porter, d’une certaine manière, la responsabilité d’une rupture culturelle. 



Bref. 

Rarement dans ma vie, je me suis sentie autant en décalage entre mes convictions profondes et mes actions, mais aussi dans les valeurs que je transmets (malgré moi) à mes fils. 

Voir la chair de ma chair près d’une arme à feu ou même une carabine de chevrotine dans la main, me procure des frissons d’horreur indescriptibles et déclenche en moi l’envie irrépressible de la leur arracher des mains avant de la fracasser au sol. 

Mais je sais aussi que lorsque je vois le bonheur infini de leur père et de leur grand-père, patiemment penchés sur eux pour leur apprendre les règles de sécurité élémentaires de cette activité ; quand je vois le plaisir et la fierté de mes fistons devant le filet plein de cailles accroché à leur ceinture… Je me dis qu’il s’est tout de même passé quelque chose d’important entre eux, ce matin-là. 

Alors… J’ai pris mon mal en patience et ai mis un gros pull de laine sur mes réticences, j’ai ramassé les cartouches derrière eux, pris les photos et discrètement encouragé mon moulin à parole de fils à continuer son verbiage habituel – à voix bien haute – espérant ainsi faire fuir un maximum d’oiseaux de la région avant qu’un coup de feu fatal ne leur soit porté…


Découvrir le Butterfly World

La petite sortie en famille

du weekend, les amis du Cap !

A 45 km vers le nord de Cape Town, se trouve le Butterfly World. 
Idéal pour les tout petits, qu’un gros lion peut encore effrayer, voire laisser étonnamment indifférent. 
Intéressant et didactique pour les plus grands enfants. 
Divertissant pour les parents. 

Bon c’est sur, il y a des papillons. 
Plein de papillons, comme son nom l’indique. 
De toutes les tailles et toutes les couleurs, qui se promènent librement dans tous les serres du centre, se posant au gré des fleurs et des arbres. 
Il y a même des nids à chrysalides, d’où les enfants peuvent assister aux naissances :


Mais il y a aussi des iguanes impressionnants, aux yeux parfois inquiétants, qui traversent tranquillement les allées !

Il y a même des chauves-souris qui roupillent tranquillement au dessus de vos têtes :


Sans parler des centaines d’oiseaux type psittacidae (perroquets, en gros) qui s’ébattent dans les volières et vous survolent parfois à quelques centimètres du crâne. 

Perruche à Collier  
Conure Soleil 
Perroquet Grand Alexandre
Conure à front rouge

Il y a même ceux qui sont particulièrement amicaux… Voire un peu trop, et qui n’ont aucune barrière d’intimité personnelle : 



Une jolie et tranquille sortie en famille, pour les week-ends en manque d’inspiration. 
Avec les plus grands, n’hésitez pas à enchainer après cela avec le Drakenstein Lion Park qui est situé à moins d’un kilomètre à côté.

Mais ça, c’était avant

Il y a quelques mois de cela, 

je discutais avec 

la grand-mère paternelle 

de mes monstres. 


Elle semblait étonnée de me voir sortir toutes les cinq ou dix minutes dans le jardin pour vérifier que les Jujutrépides s’y trouvaient toujours, en sureté. 

(Jusqu’à ce qu’elle les ait vu de ses propres yeux gambader joyeusement sur le toit de la maison… Mais ça, c’est une autre histoire, ici.)

Elle me disait que durant toute l’enfance de ses enfants (le père des Jujus et sa soeur, donc), et malgré la guerre qui faisait rage au Liban à cette époque, quand la porte de la maison s’ouvrait, un sentiment de liberté soufflait alors sur tout le monde : sur les mômes qui pouvaient s’ébattre tranquillement dans la rue, mais aussi sur la mère qui avait enfin la paix pour quelques heures.

Et c’est là que mon cerveau s’est mis à tourner en rond, comme un poisson rouge dans son bocal, essayant désespérément de comprendre comment ce qu’elle venait de me dire pouvait avoir du sens. 


J’ai alors repensé à ma grand-mère. Elle aussi m’a mainte fois raconté comment elle laissait sans le moindre doute sa fille et son petit frère (ma tante et mon père, donc) faire le chemin pour aller à l’école – de plusieurs blocs de rues – seuls, tous les deux main dans la main, du haut de leurs 7 et 4 ans, respectivement.


A première vue, il est facile de les juger et d’en conclure – pour nous les mères d’aujourd’hui – que toutes les femmes qui nous ont précédées avaient un sérieux grain au cerveau, leur attitude frisant l’inconscience voire même la démence.  


Pourtant, à les écouter et à y réfléchir de plus près, les choses ne sont pas aussi simples qu’elles y paraissent. 
Ces mères étaient confiantes et laissaient leurs enfants “sans surveillance” car en réalité… Ils étaient surveillés.
Un village ou un quartier entier leur prêtait main forte dans leur job de mère : la grand-mère qui habitait à côté, la cousine l’immeuble d’en face, la tante de passage dans la zone, le voisin, le gendarme du coin, l’épicier, le chauffeur de bus qui faisait toujours la même ligne et connaissait tout le monde… Tous ces gens étaient autant de pairs d’yeux braquées sur leurs mouflets. 
Encore mieux que les caméras urbaines. 
Y compris lorsqu’ils étaient pris la main dans le sac à bonbons.

Rien n’a voir avec le stress et l’épuisement éprouvé par les mères d’aujourd’hui, dont l’état psychologique ordinaire est la peur.
La peur permanente :
Peur qu’on nous les écrase ou qu’on ne les renverse, peur qu’on nous les enlève, peur qu’ils ne se perdent, peur qu’ils ne s’empoisonnent, peur qu’ils ne se blessent…
Peur de tout.

Les temps ayant changés et les conditions de vie de la majorité d’entre nous n’ayant plus rien à voir avec le système de proximité qui existait avant, les parents élèvent maintenant leurs enfants pratiquement seuls. 
Ils sont considérés comme privilégiés lorsque les grands-parents habitent dans la même ville, voire à plusieurs centaines de kilomètres de là. 

Plus d’épicier ou de voisine pour jeter un oeil bienveillant. 
Beaucoup plus de voitures qui roulent beaucoup plus vite.

Je m’interrogeais donc l’autre jour : 

Le monde est-il vraiment devenu complètement dingue, trop dangereux pour élever sereinement des petits dans un semblant de liberté ? 
Ou sommes nous devenus trop obsédés par la sécurité et surprotégeons-nous trop nos enfants, alors que nous pourrions encore faire autrement ? 

(C’est parti, z’avez 4 heures.)

Un peu des deux ? 
Dans tous les cas, une citation qui prend tout son sens, et une forme de certitude :


Il faut tout un village pour élever un enfant

Le Grand Secret

Retour automobile habituel, 

un après-midi de la semaine passée. 


J’entends une voix venue de l’arrière de l’habitacle qui s’adresse à moi, dans un filet de voix presque inaudible : 

– “Maman ? Quand on a le coeur brisé, est-ce que ça veut dire qu’on va bientôt mourir ?”

Je reconnais instantanément le ton de cooker semi-depressif de mon Tancrède lorsqu’il est assailli par trop d’émotions à la fois. 

Je sens que ça cogne plus fort dans ma poitrine. 
Je me dis : “Oh non, il va me briser le mien en me parlant encore de son obsession amoureuse habituelle…”

Vite : question et réorientation de la conversation, les 2 clefs de la survie en cas de réflexion un peu trop subtile de mes Jujutrépides : 

– “Euh… Mon amour… Je… Non, bien sûr que non, c’est juste une expression pour dire que quelqu’un nous a fait du chagrin. D’ailleurs, qui c’est qui te l’a apprise, dis moi ?”

– “Ma maitresse…”

– “Ah, oui bien sûr.”

J’attends alors, espérant qu’il rebondisse ou continue sur sa lancée. 

Mais un silence lourd de sens s’est installé dans la voiture. 

Curieusement, son jumeaux est muet lui aussi. 
Je m’aperçois en regardant dans le rétroviseur qu’il observe Tancrède du coin de l’oeil, mi goguenard, mi inquiet. 

J’ai appris avec le temps à me méfier de ces situations : si même le frangin est préoccupé, c’est qu’il est temps de se pencher sérieusement sur la question.

– “Tancrède mon trésor chéri, qu’est-ce qui se passe ?”

Soudain alerte, il réagit :

– “Rien m’man ! J’voulais juste vérifier que je risquais pas d’mourir.”

J’hésite sur le ton a adopter. 
J’opte pour l’humour.

– “Ah d’accord. T’es rassuré maintenant ?”

– “Oui oui, c’est bon.”

– “Mais dis moi Tancrède… Tu ne m’as pas dit qui voulait te briser le coeur ?”

– “Ah, oui. Bin, LES FILLES maman ! “

Evidemment. 

Question bête.

#LaProchaineQuiS’ApprocheDeMonFistonJ’LaFlingue