Vraiment,
éduquer des enfants à deux,
c’est difficile.
– “AAAAAAAlouèèèèètttteeeeuu je te plumerai ! Je te plumerai la TÊTE ! ET LA TÊÊÊÊÊÊTE, AAAAAAAAAlouèèèèèètteeeuuuu…!!! AAAAAAA…”
– “TANCRÈDE, bon sang, mais tu vas te taire oui !?!?!?“
– “AAAAAAAlouèèèèèè…“
– “TANCRÈDE, si tu continues, je te laisse dans la voiture ! ÇA FAIT DEUX MILLE FOIS QUE JE T’EXPLIQUE QU’À LA CHASSE ON SE TAIT ! T‘as compris !?! “
– “Oui papaaa… Z’ai compris…”
– “Bon.”
Silence.
Une soixantaine de secondes plus tard :
– “AAAAAAAlouèèèèètttteeeeuu je te plumerai ! Je te plumerai la TÊTE ! ET LA TÊÊÊÊÊÊTE, AAAAAAAAAlouèèèèèètteeeuuuu…!!! AAAAAAA…”
PAAAAAAAAAAAAN !
Le bruit de la détonation résonne dans toute la plaine.
Je n’y peux rien, je repense à Bambi, quand l’ignoble chasseur bute sa maman.
Et, aujourd’hui, l’enfoiré de braconnier qui dessoude les alouettes, c’est mon mari.
Le père de mes gosses.
Qui sont là, avec lui, pour faire bon poids.
J’en ai gros sur le trognon.
Soyons clairs : j’étais absolument CONTRE.
Je les ai suivis juste pour vérifier que mes fils ne se feraient pas tirer comme des lapins par des rabatteurs à moitié myopes.
Et parce que j’ai pensé que cela ferait un post intéressant.
De fait, le débat est ouvert :
Evidemment, il est facile d’opposer l’argument de la dangerosité, l’accident bête et tragique qu’il est inutile d’aller chercher dans le fin fond de son destin.
Aisé également de brandir l’argument imparable de l’exemple : habituer ses enfants à voir des armes à feu et leurs propres père et grand-père faire preuve de violence, ôter le souffle à un être vivant… Comment penser ensuite à leur enseigner des notions de paix et de respect de la vie ?
Notre monde n’est-il pas encore assez dur et brutal ?!
Que dire de l’aspect écologique : venir abattre – certes en pleine saison autorisée – de pauvres animaux épuisés par leur migration… Lorsque l’on sait à quel point ces espèces sont menacées… D’élémentaires questions morales et éthiques se posent.
Mais, lorsqu’on écoute le camp adverse, on peut aussi s’interroger :
Apprendre à nos enfants que la viande ne “pousse pas” dans des barquettes sous vide ou dans du papier kraft.
Les amener à comprendre que notre alimentation exige le lourd sacrifice de prendre une vie – sauf pour les végétariens – peut paraitre sensé et même représenter un premier pas vers leur éducation et leur lente “prise de conscience” nutritionnelle.
Revenir au plus proche de la Nature et connaitre les gestes élémentaires de la survie humaine, dans un monde où plus personne ne sait faire du feu sans allume-vite, ni construire une maison sans faire appel à douze mecs de corps de métiers différents, peut sembler pertinent.
Leur inculquer qu’on prend soin de son matériel….
… Qu’ on ne tue que ce que l’on mange et éviter à tout prix le gâchis, peut-être finalement considéré comme une forme d’écologie.
Marcher ainsi dans la nature permet aussi de faire de belles rencontres intéressantes et formatrices…
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| Un peu de beauté au milieu d’un vieux champ d’oignons… |
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Champs de Hashich libanais Reformulation très intuitive de nos Jujutrépides : le HASCHICHON. |
Pour ceux qui l’ont vécu petits, ces moments sont de merveilleux souvenirs d’enfance et font partie intégrante d’un héritage familial qu’ils souhaitent transmettre à leurs enfants : se lever dans la nuit, enfiler des affaires chaudes qui sentent la naphtaline, manger son pain tout juste sorti du four à 5:00 du matin, se retrouver, à trois générations, en pleine nature pour partager ensemble des rituels sacrés… Difficile alors de s’y opposer dogmatiquement sans porter, d’une certaine manière, la responsabilité d’une rupture culturelle.
Bref.
Rarement dans ma vie, je me suis sentie autant en décalage entre mes convictions profondes et mes actions, mais aussi dans les valeurs que je transmets (malgré moi) à mes fils.
Voir la chair de ma chair près d’une arme à feu ou même une carabine de chevrotine dans la main, me procure des frissons d’horreur indescriptibles et déclenche en moi l’envie irrépressible de la leur arracher des mains avant de la fracasser au sol.
Mais je sais aussi que lorsque je vois le bonheur infini de leur père et de leur grand-père, patiemment penchés sur eux pour leur apprendre les règles de sécurité élémentaires de cette activité ; quand je vois le plaisir et la fierté de mes fistons devant le filet plein de cailles accroché à leur ceinture… Je me dis qu’il s’est tout de même passé quelque chose d’important entre eux, ce matin-là.
Alors… J’ai pris mon mal en patience et ai mis un gros pull de laine sur mes réticences, j’ai ramassé les cartouches derrière eux, pris les photos et discrètement encouragé mon moulin à parole de fils à continuer son verbiage habituel – à voix bien haute – espérant ainsi faire fuir un maximum d’oiseaux de la région avant qu’un coup de feu fatal ne leur soit porté…