Ma vie de cartoon

Franchement, 

j’ai fini par en rire.


Nous étions dimanche matin de la semaine passée, debouts après une grasse matinée bien méritée, que les Jujutrépides avaient accepté de pousser jusqu’à 06:25, et nous “brunchions” au bar de la cuisine américaine. 

Comme à leur habitude, et malgré mes efforts constants durant ces quatre dernières années, les miettes de pain, morceaux d’oeufs brouillés, grains de Choco Pops et autres délicatessen typiques du petit-déjeuner, jonchaient le sol. 

Comme à chaque fois, je leur ai donc demandé de prendre leurs responsabilités et de bien vouloir être assez aimables pour ramasser manu militari ce fourbi. 

Trystan s’est attelé à la tâche d’assez bonne grâce, grinçant imperceptiblement des dents entre deux coup de balai. 

Arrivé à la fin de son pensum, il s’est donc dirigé vers la poubelle – à pédale, cela aura, comme vous le verrez, son importance dans les secondes qui suivent ce récit – écrasant celle-ci de son pied droit afin de vider le contenu de sa pelle. 

Au même instant, j’avançais moi-même en direction de la-dite poubelle, afin d’y déposer des papiers usagés. 

C’est au moment précis où je plongeais ma main dans le vide-ordure, que mon fiston a décidé de retirer son pied, laissant ainsi le couvercle écraser mes doigts d’un coup sec. 

On ne dirait pas, comme ça, mais c’est du solide les Brabantia.

– “Aiiiiiieeeeeeeeeeuuuuuuh !”

– “Oups. Pardon m’an.”

Penchée vers lui, pliée en deux, j’insiste : 

– “M’enfin Trystan t’as bien vu que j’avais ma main dedans, voyons !

D’un air sincèrement contrit, il enchaine alors : 

– “Pardon m’an, z’ai pas fait exprès”.

Tout en appuyant à nouveau sur la pédale de toutes ses forces – pensant sans doute instinctivement réparer sa maladresse – le couvercle venant violemment s’encastrer dans ma figure, m’assommant à moitié au passage. 

Encore étourdie par le double uppercut reçu de mon fils, armé de sa redoutable poubelle, je titube légèrement sur les dalles de la cuisine, me demandant ce que j’ai pu faire, un dimanche matin à 6:50 pour mériter pareil traitement. 
Je finis par m’assoir au sol, me massant doucement le front. 

Interpelé par les conséquences de ses gestes, Trystan s’est ensuite rué vers moi pour m’embrasser, m’écrasant le pied, avant de me fourrer dans le nez les poils de la balayette qu’il serrait encore dans sa petite main, et de me faire basculer sous son poids, tête la première sur le sol.

Frottant l’arrière de mon crâne endolori, j’ai alors regardé mon fils, dont l’air naïf et consterné, m’a donné l’impression que les personnages de cartoons ne sont pas forcément sortis tous droit de l’imagination de talentueux dessinateurs… Mais surement issus de leur propre expérience parentale.  


Frappez avant d’entrer

Ça m’a prise d’un coup, 

sans crier gare !


Je rangeais du linge dans le placard de leur chambre l’autre matin, quand ça m’a sauté au visage. 

Si je dois vraiment être très honnête avec moi-même disons le : le rangement de leurs habits n’est qu’une excuse, un prétexte.  
Ou plutôt l’occasion, alors qu’ils sont à l’école ou chez des copains, de sentir – au sens propre comme au figuré – leur présence, et passer quelques secondes dans leur univers. 

Un p’tit shoot schizophrénique qui vise à pallier leur absence, pourtant très appréciée. 

En pensant à cela, je me suis assise au bord du lit de Trystan, et j’ai réalisé à quel point la petite enfance de nos bambins est éphémère :

Dans quelques années, ils auront probablement cloué une énorme pancarte du type “Staff only”, nous prévenant que nous sommes désormais persona non grata dans cet endroit.

On peut même imaginer que d’autres systèmes auront d’ici-là été inventés pour répondre aux besoins d’indépendance de nos pubères moutards :
Leur(s) chambre(s) sera alors devenue leur espace privé, avec leurs petits secrets et un sympathique bordel personnel qu’il convient de respecter. 

En écoutant les copines mères d’ados-en-crise, j’imagine déjà les discussions sans fin autour du niveau-de-rangement-minimal tolérable. 

Du nombre maximal de trognons de pomme autorisés à moisir sous leurs lits. 

Pénétrer dans ce lieu sacré laissera planer le doute sur les intentions et les raisons de cette intrusion parentale. 

Du coup, j’ai décidé d’en profiter avant qu’il ne soit trop tard :
Cinq minutes de méditation sur le lit de mon fiston, la tête dans son oreiller.   

Avoir des gosses, ça rend vraiment dingue.

Découvrir le Culture Club Cheese

J’ai mis 2 ans, 

mais j’y suis arrivée. 


A trouver du bon fromage sud africain. 

Vous allez me dire : voilà bien une réflexion désagréable de Française. 

Ça ne serait pas complètement faux. 

Et en même temps, quand on quitte l’hexagone, dégoter du bon fromton’ devient rapidement le challenge n°1 de la majorité des Gaulois exilés en terres étrangères. 

Mais là n’est pas la question. 

Je voulais vous parler, amis de Cape Town du Culture Club Cheese, situé au 215 Bree Street. 

Petite échoppe sympathique aux murs ensoleillés, et à la terrasse avenante, c’est essentiellement une fromagerie mais aussi une épicerie fine et un café-restaurant tout simple, mais délicieux. 

Pour les franchouillards irrécupérables, ils sont fournis en produis importés – à des prix à peu près raisonnables – tels que la Raclette, le Comté, le Brie de Meaux, le Reblochon, le Brillat-Savarin, le Parmesan 28 mois, la Mozzarella di Bufala, la Ricotta, le Morbier, l’Epoisse (mais si, mais si) ou encore le Mont d’Or (je jure).

Mais l’intérêt réside surtout dans leur proposition sud africaine : leur objectif est précisément de redorer le blason des fromages locaux, de pousser et soutenir les talents sud africains à créer de nouveaux types de produits innovants, sans chercher à copier les fromages français ou italiens, source de déception assurée pour les connaisseurs. 

La plupart sont non pasteurisés, et fabriqués à partir de laits de bêtes ayant été élevées en plein air et au grain sur de petites exploitations agricoles. 
Les saisons sont respectées et, la qualité pouvant varier au gré de la météo, ils s’arrangent pour affiner eux-mêmes les fromages, proposant ainsi toujours la meilleure qualité disponible aux clients. 

Quelques exemples de ce vous pourrez y découvrir : 
De droite à gauche :
Le Gabriel : chèvre non pasteurisé, légèrement citronné, très crémeux sans aucune amertume
Le High Mountain : produit dans les environs de Paarl, sorte de Pecorino très affiné
Le Boland : entre la tome de Savoie, le Comté et un Cheddar à maturité.
Le Gonedsa : affiné 11 mois, sorte de Comté dans la texture mais au goût indéfinissable
Le Blue Moon : produit près de Knysna, non pasteurisé, entre la Fourme d’Ambert et le Gorgonzola, mais sans l’agressivité qui le caractérise. 
Ils proposent aussi beaucoup de produits fermentés type Kefir et Kombucha, pour les amateurs. 

Bref, si vous ne connaissez pas encore, allez vite y faire un tour ! 

Les minimutifs

Quand un gamin de 5 ans 

t’ouvre les yeux 

sur une réalité, ça fait toujours bizarre. 


Je venais de récupérer les Jujus l’autre jour, lorsque nous nous apprêtions à passer le portail de l’école pour rentrer à la maison. 

Comme toujours, le gardien, nous voyant arriver, s’est gentiment empressé de nous ouvrir la porte avec son badge. 

C’est un nouveau, qui a remplacé récemment celui à qui les garçons jouaient des tours pendables. 

En enjambant le pas de la porte, je lance à la cantonade : “bonne soiréeeeee Cachouuuuu !!”. 

Arrivés devant la voiture, pendant que je lui ouvre la portière, Tancrède lève les yeux vers moi et me regarde d’un drôle d’air, sourcils froncés et lèvres pincées, laissant transparaitre une désapprobation certaine

Je n’y prête pas attention, laisse monter l’engeance dans l’auto, vérifie d’un coup de rétro qu’ils se sont bien attachés et démarre alors la voiture. 

– “Mamaaaan ?”

– “Oui, Tancrède ?”

– “Tu sais que l’gardien, y’ s’appelle pas CACHOU. Y’ s’appelle CACHOUGUI.”

– “Oui je sais mon amour. Mais Cachou c’est son surnom. Alors quand tu veux montrer à quelqu’un que tu l’aimes bien, parfois, tu peux le nommer par son diminutif.”

Erreur. 
Pourtant je le sais, à force… Mais je me fait encore régulièrement avoir. 
Sans surprise : 

– “Mamaaaan ? C’est quoi un MINIMUTIF ?”

– “Un diminutif, c’est un surnom. Un p’tit nom. Comme quand on appelle Trystan Titi, par exemple.”

– “Mais… Ça sert à quoi, puisqu’il a déjà un nom ?”

– “Bin… C’est à dire… Comme je t’ai dit, c’est pour lui montrer qu’on l’apprécie.”

– “Bin t’as qu’à lui dire qu’tu l’aimes bien plutôt que d’changer son nom.”

– “Euh… Oui, c’est sûr.”

– “Moi tu vois m’man, j’aime bien mon nom Tancrède et j’voudrais pas qu’on m’le change. T’as compris maman ?”

– “Euuuuh… Oui, j’ai bien compris mon lapinou.”

– “MAMAAAAAAAAN !!!!!”

– “Pardon ! Pardon ! Je voulais dire… Tancrède. J’ai bien compris, TANCRÈDE. là.”

Pfiou.


Big Bisou

Les chaussettes de l’archiduchesse
sont-elles sèches ?


Retour d’école hier, en fin d’après-midi. 


Silence dans l’habitacle. 

Cela arrive très rarement, en général lorsque les Jujutrépides sont en pleine cogitation.
Soit pour l’élaboration d’une nouvelle bêtise, soit car ils se préparent à énoncer l’une de ces réflexions dont ils ont le secret. 

Bingo :

– “Mamaaaaaaan ?”



– ‘Tancrèèèèèède ?”



– “Est-ce qu’on peut fabriquer un bisou ?”

– “??? Fabriquer un bisou ?”

– “Bin oui. Est-ce qu’on peut ?”

– “Mais… Enfin Tancrède, les bisous on les fait, on ne les fabrique pas ! Tu le sais bien.”

– “Mais maman c’est pareil, faire et fabriquer.”


– “Oui mais dans ce cas là, on utilise plutôt le verbe faire.”


– “Ah d’accord. Et est-ce qu’on peut faire un bisou alors ?”


– “M’ENFIN Tancrède, bien sûr ! Mais à qui ?”


Silence de quelques instants. Un peu penaud, je l’entends murmurer : 


– “Ch’est un secret.”


Son frère Trystan prend alors la parole : 


– “Laisse tomber mama, c’est toujours pareil… EN P’US, ON AVAIT DIT QU’ON N’FAISAIT PLUS D’CADEAUX, TANCRÈDE !”
(Pour ceux qui ont raté l’épisode, c’est .)


Un peu perdue dans cette conversation sans queue ni tête dans laquelle ils semblent pourtant tous les deux mettre beaucoup de coeur et d’énergie, je lui réponds, tout en regardant dans mon rétroviseur :

– “Mais ? Trystan, pourquoi tu parles de cadeau ??”

Je croise alors son regard et le vois épeler ostensiblement sur ses lèvres – mais silencieusement – les lettres E – V – A. 


Au secours. 
Ça faisait longtemps

– “Tancrède… Chéri… C’est quoi cette histoire de bisou je comprends pas, explique-moi.”

– “MAIS MAMAAAAAAAAN C’EST VRAI QU’TU COMPRENDS RIEN !”

Sympa. 

– “L’aut’ jour quand on était au magasin, tu sais là où on a été manger des calamars ?”

– “Euuuuuh, oui ?”

– “Et bin je t’ai vue ! T’as regardé les bisous, j’ai bien vu que ça te plaisait et que tu voulais en acheter.”

– “Acheter des bisous ????!!!!????!!!!????!!!!”

– “Et donc j’me suis dit qu’t’es une fille alors… Qu’ça lui plairait aussi… à Eva…”

– “????!!!!????!!!!????!!!!…”

– “Comme j’sais qu’ça coûte beaucoup d’sous, j’ai pensé le fabriquer moi-même, à la place, tu comprends.”

A ce stade, je suis à la limite de penser que mon petit garçon a fini par perdre l’esprit, corps et bien. 
Je me dis avec effroi : toute cette histoire d’amour a eu raison de lui et l’a rendu complètement dingue…

C’est là que Trystan a jugé opportun d’intervenir, jouant comme souvent les interprètes pour son frère : 

– “Maman. J’t’essplik : Tancrède il veut pas faire un BISOU il veut fabriquer un BIZOU. Tu sais, comme une bague ou un collier.

….

– “VOUS VOULEZ DIRE UN BIJOU !?!?”

Réponse collégiale : 

– “Bin oui maman… Franchement, t’écoutes pas quand on parle avec mon frère…”
Je crois qu’il est temps de prendre rendez-vous chez l’orthophoniste. 


Avoir UN enfant

En cinq années, 
c’est la première fois 
que cela est arrivé. 


Ce week-end, le papa des Jujutrépides, Trystan et moi nous sommes retrouvés tous les trois seuls, sans Tancrède, parti quelques heures chez des amis. 

Naturellement, je passe un temps considérable seule avec les garçons. 

Régulièrement, je suis aussi seule avec l’un d’eux, l’autre participant, avec son père, à une autre activité. 

Mais jamais encore, nous n’avions eu l’occasion de nous retrouver deux parents avec un unique enfant. 

Le choc. 

Cela peut paraitre étonnant vu de l’extérieur, mais pour la première fois depuis leur naissance, j’ai ressenti la réalité de ce qu'”avoir un enfant” signifie. 

Aucun regret ni aucune tristesse dans ce constat, juste une étonnante et agréable sensation, la naïve découverte d’une mère de jumeaux pour qui le job de parent n’a jamais été pu être pensé ni conçu en dehors du présupposé naturel qu’il existe deux enfants desquels s’occuper :
Au mieux une fragile égalité, mais le plus souvent, l’infériorité numérique du parent, seul face à ses deux enfants. 

Voir mon fils gambader dans la forêt samedi, main dans la main avec son père… Pouvoir prendre le temps de les regarder tous les deux, savourant pleinement le moment au lieu de chercher des yeux le second petit… 
Cette sensation élémentaire dont sont privés les parents primipares de jumeaux. 

Savoir effectuer plusieurs taches en même temps, se dédoubler, se diviser, se démultiplier, compenser, égaliser, jongler, surveiller, gérer, ont été les uniques réalités de mon quotidien depuis que j’ai mis mes jumeaux au monde. 

Pour la première fois, j’ai découvert à quoi correspond le verbe “profiter de son enfant”.
Pouvoir se laisser aller quelques instants, passer le relai au père et le reprendre en toute complicité quelques instants plus tard, sans devoir passer de l’un à l’autre en s’assurant que chacun à eu sa part de jeu ou d’attention : quelle sérénité soudaine ! Quelle facilité ! Quel calme !

D’ailleurs, le lardon du jour – pas folle la guêpe – a immédiatement compris l’intérêt qu’il pouvait lui aussi retirer de cette sortie inédite : double dose d’affection, double ration de balançoire, focalisation de l’intérêt sur sa petite personne. 

Et, lui aussi, visiblement, ça lui a fait tout drôle. 

Christmas sous les tropiques

Il faut l’avouer, 

au risque de passer pour une diva, 

Noël en plein été, ça fait bizarre.  


Comme si, privée de ses attributs usuels – le froid, les flocons qui tombent, le feu de cheminée qui crépite et les plats roboratifs qui embaument la maison – cette belle fête de fin d’année manquait soudainement d’incarnation et perdait de sa réalité. 

Il est certain qu’avec 32 degrés la journée et des plages turquoises bondées, difficile de sentir la magie de la Nativité opérer. 


On voit bien les Pères Noël fleurir dans les centres commerciaux – les pauvres, supporter le manteau en hermine et les bottes de 7 lieues par cette température… C’est chaud…Mouahahaha – et les étoiles de glace en plastique orner quelques rues, mais on sent malgré tout que les responsables de la déco ont plus envie de sortir la planche de surf que les tournevis. 

On se rappelle, naturellement, que Noël, c’est bien plus que des batailles de boules de neige – elle qui ne tombe de toute manière plus nulle part grâce au réchauffement climatique – un vieux monsieur en pyjama rouge et le génocide de gallinacés qui n’ont pourtant rien demandé. 


On se souvient alors que Noël, c’est aussi une fête de famille, des valeurs de partage et d’amour qu’il est important de leur transmettre. 

On essaye néanmoins de jouer le jeu, en pensant aux Noël enneigés de notre enfance, et de recréer un peu de cette belle et douce ambiance pour nos propres petiots :
C’est ainsi que le créatif et talentueux papa des Jujutrépides a décidé de passer du temps avec eux ce week-end, à fabriquer un faux bonhomme de neige à partir de gobelets recyclés et de morceaux de papiers de couleur. 

Résultat final : 



Etape 1 : Agrafer les gobelets entre eux, les uns à côté des autres, formant ainsi un cercle. Puis les uns au dessus des autres, jusqu’à former une boule. 

Etape 2 : renouveler l’opération avec des verres plus petits pour créer une boule plus petite (la tête). 


Etape 3 : Installer quelques loupiotes au coeur du bonhomme.

Etape 4 : fabriquer un chapeau avec du papier canson et de la colle. 

Etape 5 : rajouter des ronds de papier pour faire les yeux et les boutons. Un cone pour nez. 

Etape 6 : s’apercevoir qu’on a oublié de lui filer son écharpe (papier crépon). 

Bon c’est sûr, la nuit, il fait limite un peu peur, le bonhomme en question. 
M’enfin quand on aura rajouté le sapin à côté, tout devrait rentrer dans l’ordre. 

Pour ceux qui auraient envie de se lancer, le tuto complet, c’est

Découvrir l’Usana Farm

Vous aussi, 

ils adoooooorent cueillir des zeux ?

(des oeufs)


J’ai trouvé ce qu’il vous faut, les copains du Cap avec enfants, histoire de leur dégourdir les pattes en vacances ou durant les weekends, si vous avez la flemme de bouger trop loin :

Au pied des montagnes du Drakenstein, quelques kilomètres avant Stellenbosch, se trouve l’Usana Farm


Une très ancienne ferme Cape Dutch du 17ème siècle à l’architecture conservée, au beau milieu de magnifiques champs d’herbe vert tendre. 

Tenue par une mère et ses fils, tout ici est authentique et sain. 
La viande de boeuf, élevée uniquement sur pâturage, le vin que l’on peut goûter sur la propriété, mais aussi les oeufs !

3000 cocottes habitent ici dans des sortes de roulottes mobiles, que les fermiers déplacent quotidiennement pour ne pas user les sols et assurer aux poules gratteuses, un terrain d’alimentation propre chaque jour. 

Ici, pas de calibrage.


Comme la propriétaire est adorable, elle laissera – si vous lui demandez gentiment – vos lardons aller ramasser eux-mêmes les oeufs : l’un des grands bonheurs de l’enfance. 

Attention néanmoins, ces poulettes sont voraces, n’ont aucune peur des humains, et ont tendance à picorer absolument tout ce qui leur tombe sous le bec.
Et ça fait SUPER mal. 

Prenez gare également à ce que l’enthousiasme débordant de vos enfants ne les pousse à ramener un petit souvenir du lieu… Plus vous vous en apercevrez tard, plus la négociation pour le rendre sera ardue. 


Outre le petit verre de dégustation, l’amusement de votre progéniture et l’air frais de la nature, le passage par la ferme a aussi l’immense avantage de vous ravitailler pour la semaine en produits de qualité. Pensez-y !

Attention, c’est fermé le dimanche.

Le Tonneau des Jujuïdes

Ça a fait comme un éclair dans ma tête. 

Une illumination, en quelque sorte.


Voilà : si les hommes sont souvent, pour une bonne partie d’entre eux, de vilains machos phallocentriques et égoïstes – OH MON DIEU ! MAIS COMMENT OSE-T-ELLE !? Attendez la suite avant d’hurler les mecs – c’est la faute… Des mères. 

TADAAAAAAAaaa.

‘Vous énervez pas comme ça les filles, je vous explique le point de départ de ma réflexion, et le ch’min’ment :

Comme cela arrive quelques fois durant la saison touristique qui vient de commencer à Cape Town, nous étions l’autre jour dans la voiture avec les Jujutrépides, pris dans un embouteillage, de retour de leur leçon de tennis. 

– “Mamaaaaaaan ? Tu m’donnes un chewing gum ?”

– “Demandé comme ça, tu peux aller te brosser, mon fils.”

– “Si-teu-plééééééé…”

A ce moment là, j’étends le bras, afin d’atteindre le vide-poche central dans lequel ils se trouvent. 

Je les laisse ici parce qu’ils sentent tellement fort la fraise, qu’ils parfument toute la voiture : c’est sympa, pas besoin de sapin vert.

Je réalise en écrivant ces lignes que ça n’est probablement pas très bon signe, niveau sécurité alimentaire… 
M’enfin bref, c’est pas l’propos. 

Oui : au moment d’atteindre le boitier, j’entends Trystan qui s’écrie :

– “Laisse tomber Tancrèd’ y’en a pu. Z’ai terminé le paquet l’aut’ zour quand on est rentré d’la piscine.”

A cet instant précis, le vide-poche s’ouvre, laissant apparaitre, comme un trésor, 3 plaquettes neuves de pâte-à-mâcher, encore emballées dans leur film plastique. 

Le souffle de fascination de mon fils Tancrède m’est alors parvenu depuis l’arrière du véhicule : 

– “Wouaaaaaaaaaaa…. Tu t’rends compte Trystan… Y’en a de nouveau plein !!!! C’EST MAZZZZIQUE.”

C’est magique. 

“C’est MAGIQUE” !

Je n’arrive pas à y croire. 

Le gosse a pas pensé trois secondes que QUELQU’UN a pu en remettre dans la boite. 
Non. 
La conclusion la plus logique et la plus simple à laquelle il est arrivé, est le recours à la magie. 

– “M’ENFIN TANCRÈDE !!!! “MAGIQUE”, VRAIMENT ?!?!?”

L’air très sérieux, chuchotant presque : 

– “Je sais pas maman… Tu crois que y’a des p’tites fées qui s’baladent dans la voiture et qui remplissent les chewing-gums quand y’en a pu ???

A ce stade, je me dis : “non mais c’est pas possible, pince-moi, je rêve.”

– “MAIS VOYONS TANCRÈDE !! C’est MAMAN qui a remplacé les chewing-gums !! Qui veux-tu que ce soit d’autre !?”

Silence à l’arrière de l’habitacle. 

Dans le rétro, je vois mon fils qui semble un peu sonné. 
J’ai presque l’impression de lui avoir annoncé que le Père Noël n’existait pas. 

Je suis moi aussi encore sous le choc. 

Je réalise soudain que depuis leur naissance, par amour pour eux, je tente en permanence de faire en sorte que leur vie soit le plus agréable possible. 
Qu’il y ait toujours à la maison tous les produis qu’ils aiment, qu’ils n’attendent pas entre les plats de leur repas. 
Qu’ils ne manquent jamais de rien. 
Qu’ils aient toujours un doudou propre de rechange, leurs veste préférée lavée dans la journée au cas où ils la voudraient, de la mousse dans leur bain pour jouer à “la-barbe-de-papa”, des oeufs dur à la coquille NON fissurée dans leur boite de quatre heures (pour ne pas faire pleurer Tancrède)… 

J’entrevois subitement l’idée que tout cela leur a donné, au fur et à mesure des années, l’impression que le confort est une affaire un peu sur-réelle.
Le résultat d’une magie bénéfique qui planerait, évanescente, au dessus de leurs petites têtes… 

Comment s’étonner alors que vingt ou trente ans plus tard, ils attendent passivement, les pieds sur la table, les mêmes miracles de prestidigitation de la part de leurs compagnes !?

C’est décidé, on va remettre de l’ordre dans tout ça. 
Demain, je leur apprends à faire les lessives.

Sans dec’.

Les Jujus ont des oreilles

Tout a commencé 

il y a environ 6 mois. 

Vers leurs 4 ans et demis. 


Enfin… J’me comprends. 

Tout a commencé bien avant, cela va sans dire. 

Mais les résultats se sont faits vraiment sentir à ce moment-là :

ILS ECOUTENT TOUT.


Tout le temps. 


Ils sont à l’autre bout du jardin en train de creuser des tunnels, tu es sur ton canapé, baies vitrées déployées, à discuter avec une copine, en les surveillant 
du coin de l’oeil (et en bouillonnant de rage contenue). 

Dix minutes plus tard, tu les vois revenir, passant devant toi l’air de rien. 
Ils te balancent alors un : 
– ” De quel restaurant de viande tu parlais maman, pass’que nous on voudrait bien y’aller aussi tu sais ?”

Ça fait dix minutes qu’ils s’entre-tuent à quelques mètres de toi, comme à leur habitude. 

Tu n’interviens pas car tu sais que tu risques surtout de te prendre une baffe ou de te faire mordre un jarret jusqu’au sang, d’autant qu’en dehors du bâillon pour l’un et du ficelage sur une chaise pour l’autre, il n’y a pas grand chose à faire…
Deux heures plus tard, lorsque chacun a repris ses esprits, tu entends alors un : 
– “Maman, c’était qui la dame avec qui tu parlais tout à l’heure au téléphone ?”

Discussion ultra importante, sur les coup de 10:30 du soir, dans notre chambre, avec leur père. Le reste de la maison est plongé dans le noir et le silence. 

Tout à coup, la poignée de la porte descend vers le sol, un grincement sinistre se fait entendre… Et un petit nez apparait alors dans l’encognure.  
De quoi frôler l’infarctus du Myocarde en trois secondes. 
– “Mamaaaaan, Papaaaaa, de quoi vous discuteeeeez ?”

Agacés par cet espionnite aigüe, leur père et moi en sommes arrivés un jour à nous parler en anglais devant eux, espérant ainsi nous acheter quelques secondes d’intimité conversationnelle… Avant de réaliser qu’ils comprennent maintenant parfaitement cette langue. 

Mais il serait bien évidemment indécent de s’en plaindre…

Flegmatiques, nous avons donc pris l’habitude de nous exprimer en l’espagnol, trop heureux qu’ils aient oublié, semble-t-il pour de bon, ce qui a pourtant été leur première langue d’expression. 

Depuis, ils nous regardent dans ces moments là d’un oeil torve, obligés de s’avouer vaincus par la force des choses… Et de la linguistique.
Mais dans leurs sourires en coin, je lis que nous ne perdons rien pour attendre. 

Surtout quand ils commenceront la LV3…


Autre conclusion majeure apparue au fil de mon apprentissage de mère, et que je tiens à partager avec vous : 
Avant de faire des gosses, assurez-vous de disposer d’une pièce étanche et hermétique dans la baraque ou, à défaut, d’avoir fait Langues O’.

@michael_beitz