Parole, Parole.

Je me faisais la réflexion, 
l’autre jour :


– “Chériiiiiiii ?”


– “Moui ?”


– “J’ai vraiment besoin que tu me répares le tiroir de la commode… J’arrive pas à visser les écrous dans les planches en bois… Ça fait plus d’un mois que je te le demande… Pleeeeease.”


Franchement, de le supplier, ça me coûte. 


J’irais même jusqu’à dire que ça me rend DINGUE. 

Parce que ça m’oblige à quémander. 
Parce que ça me fait dépendre de son bon vouloir. 
Parce que ça m’oblige à concéder qu’il y a des trucs que je n’arrive pas à faire toute seule. 
Parce que ça m’oblige à admettre que j’ai besoin de lui.

Je sais qu’il me faudra compter entre deux et six mois pour qu’il donne suite à ma demande d’aide annuelle. 


Durant cette attente, la réponse oscille en général entre l’évitement stratégique au sein des différentes pièces de la maison ou son équivalent : le “J’entends pas”. 

Ou encore le “oui chérie, je vais le faire”, sans précision temporelle. Probablement la pire des répliques, car elle a le don de générer un espoir considérable, avant de retomber comme un soufflet et d’engendrer une déception proportionnelle. 

Il y a enfin le  “J’AI BESOIN DE ME REPOSER, on verra plus tard.”
Là, tu te dis quand même que si tout le monde – surtout toi – réagissait pareil dans cette baraque, on vivrait tous dans une grotte, couverts de boue et de feuilles, à manger des racines.

Mais tu es une Femme : tu as donc à coeur la notion d’intérêt général, qui fait visiblement tant défaut à une majorité de la communauté masculine. 
(Du calme, les gars. Soyez lucides. S’il vous plait.)

Bref. 
Revenons-en à nos clous : 

Il existe bien différentes techniques pour parvenir à ses fins. 
Dans ma grande générosité, chères amies, je les partage aujourd’hui avec vous. 

1. La claque
Une bonne baffe dans la figure, pour lui remettre les idées en place et lui rappeler que 99,8% des autres tâches étant effectuées par toi, il serait décent qu’il s’occupe de celle que tu viens de lui proposer. 
Mais, soucieuse d’entretenir la paix des ménages, nous préférons vous suggérer des démarches (voir ci-après) moins sujettes à controverse. 

2. Le Disque Rayé
Technique commerciale bien rodée, enseignée dans toute bonne école qui se respecte. 
C’est aussi la méthode employée par les gosses : demander, en tirant sur le t-shirt, avec le sourire et de grands yeux ouverts plein d’espoirs, jusqu’à ce qu’on craque et qu’on s’exécute. 

3. Le Bouddha
Aussi appelée la technique de “la gueule” :
Faire la tronche et garder le silence jusqu’à ce que la demande ait abouti. 
Assez efficace, elle a néanmoins l’inconvénient de faire régner une ambiance moyennement sympathique dans la maison. 
De plus, son efficacité n’est pas garantie à 100%. Certains spécimens mâles présentant un caractère particulièrement têtu. 

4. La Rétorsion
Assez intuitif, ce système consiste à priver la personne objet de la réclamation, de tout ce qui lui fait plaisir et/ou dont il a besoin, jusqu’à ce que celle-ci ait été entendue. 
Shampoing, linge propre, bons petits plats, bref. Vous m’avez comprise. 
Je vous laisse juge de la meilleure initiative. 
Pour plus d’efficacité, la coupler avec la méthode précédente. 

5. Les Pleurs
Naturellement, cette technique n’est applicable que par celles qui ont assez de ressources intérieures pour déclencher les vannes lacrymales sur commande. 
A noter : une utilisation excessive aura tendance à diminuer l’efficience de la méthode. Gardez-là pour les situations d’extrême urgence. 

6. La suggestion
Elle consiste à aller chercher vous même les instruments / outils / produits nécessaires à l’opération et à les fourrer DIRECTEMENT dans les mains du mec. 
Simple à mettre en oeuvre, elle fonctionne souvent la première fois que vous l’employez, l’adversaire étant pris de cours par la surprise et l’étonnement. 
Mais il semblerait, d’après des études de terrain canadiennes, qu’elle entraine une certaine  accoutumance et perde de son efficacité avec le temps. 

7. La patience
Quelques unes d’entre nous font montre d’une persévérance, d’une constance et d’une opiniâtreté à toute épreuve. 
Elles parviennent donc à réitérer, calmement, la demande, jour après jour, mois après mois, année après année. 
Pour elles, et elles seulement, cette approche peut s’avérer payante. 
M’enfin faut pas être pressée. 
Attention : ne convient PAS aux sanguines. 

Entre nous, je n’arrive toujours pas à comprendre comment il peut être préférable d’entendre couiner sa nana tous les jours durant des semaines, plutôt que d’en finir en cinq minutes. 

Ça me dépasse. 

D’ailleurs, si mes lecteurs masculins ont une explication rationnelle valable à me proposer, j’en serais très heureuse. 

En vous remerciant par avance. 

Varicelle, quand tu nous tiens

Certains d’entre vous 

ont peut-être eu l’information 
au travers d’un réseau social bleue et blanc 
bien connu… 


Les Jujutrépides ont succombé jeudi dernier au virus de la varicelle qui sévit depuis septembre dans leur école. 

3 mois. 

Durant 3 mois, ils ne l’ont pas attrapé. 
Trystan a déclaré cette SALOPERIE le SOIR DU DERNIER JOUR d’école avant les congés de Noël. 
Son frère 12 heures plus tard. 

Je sais. 

Braves petits. 

Ils ont tenu jusqu’au bout – me faisant croire au passage que nous allions être épargnés – probablement pour ne pas rater les cours, et ils peuvent donc enfin s’adonner tranquillement à leur maladie, maintenant qu’il sont de repos à la maison. 

Quelle conscience scolaire.
C’est admirable en un sens. 

Notez bien que j’ai de la chance, si l’on peut dire : 

Au moment ou je rédige ce billet, il nous reste 5 jours et 8 heures avant notre départ sur les routes sud africaines pour les vacances. 
Avec un peu de pot, tous les boutons auront séchés d’ici là. 

Cerise sur le gâteau, leurs grands-parents sont de retour chez nous. 
Ayant déjà contracté la maladie – comme, d’ailleurs, le père des Jujus – lorsqu’ils étaient enfants, ils gèrent tous avec beaucoup d’affection et de sollicitude ma progéniture qui végète dans le salon de télévision, agonisant en silence sur le fauteuil. 

Naturellement, voir la chair de sa chair – sans mauvais jeu de mot – recouverte de boutons rouges, en souffrance face à la fièvre et aux douleurs articulaires, c’est déchirant. 

Mais, sachant que cette affection typique de l’enfance est bénigne, je dois confesser ressentir des émotions plutôt ambigües et manquer probablement de l’empathie maternelle que mes enfants seraient en droit d’attendre de ma part. 


Ah oui.
J’ai oublié de vous donner un détail qui peut avoir son importance : je n’ai jamais eu la varicelle. 
De fait, je vis retranchée dans mon bureau du premier étage, respirant au travers d’un masque, la bouteille de désinfectant antibactérien à portée de main. 
Les 29° estivaux qui y règnent sont un peu lourds à supporter, mais sûrement moins que des boutons purulents, ai-je considéré lorsque je m’y suis barricadée. 

Je m’étonne sincèrement de se sentiment de répulsion qui m’habite actuellement : je m’interroge ce qui peut pousser une mère, dont les enfants sont pourtant les trésors de son existence, à s’éloigner, sans le plus petit doute ni la moindre culpabilité de sa propre descendance. 
L’instinct de survie, probablement : 

Tu vois le frigo, la seule chose à laquelle tu penses, c’est dans quel placard tu as planqué les gants de cuisine.
Tu te grattes le nez. 
Tu arrêtes ton geste, le visage déformé par l’horreur : tu réalises que c’est probablement déjà foutu.  

D’ailleurs, t’as l’impression que tout ton corps te démange. Mais à bien y regarder, tu ne vois rien. 

Tu regardes ce dinosaure en plastique, ces lego, ces déguisements et tout le bordel qui recouvre désormais le sol de la baraque. Tu décides d’agir. Mais tu vas d’abord chercher la pince à barbecue. Pour plus de sureté. 

Le soir venu, tu regardes ton lit, dans lequel ton mouflet à dormi toute la nuit précédente, brulant de fièvre et chouinant tout son soul, réalisant qu’il est donc probablement totalement contaminé.

Tu regardes avec espoir et un intérêt non dissimulé le canapé de la salle TV, l’imaginant soudainement comme LA solution de repli pour ce soir. 

Tu réalises alors qu’ils y ont passé la journée entière, comatant devant les Disney, frottant leur peau pleine de pustules et repeignant son cuir de lotion anti-gratte. 

A ce stade, le paillasson ou la baignoire que tu regardes en coin, donnent l’impression de te faire de l’oeil. 


Bref. 

La varicelle, c’est moche.

PS : si vous n’entendez-plus parler de nous cette semaine, c’est que j’ai succombé à mon tour.

Découvrir le Chef’s Warehouse

Pour être parfaitement honnête,

en m’asseyant sur leurs strapontins,

je me voyais déjà leur tailler un costard sur Tripadvisor !


Le Chef’s Warehouse est une cantine ultra hype, ouverte en 2010 à Cape Town et installée il y a deux ans au 92 Bree Street, en plein centre-ville. 

Cela faisait plus d’un an qu’on essayait de venir y déjeuner ou y diner. 
Comme ils ne prennent pas les réservations, il faut arriver très tôt, très tard, ou poireauter des demies heures entières avant d’obtenir un siège. 

Ce qui à le don de m’énerver au plus au point. 

Mais à force d’en entendre du bien, j’ai persévéré jusqu’à obtenir un bout de table, juste devant la caisse, coincé entre les cuisines et le passage des serveurs. 

Que du bonheur. 

Le concept est simple : c’est une sorte de fast-food gourmet et gastronomique. 
L’idée peut sembler étrange, voire antinomique. 
En réalité, elle fonctionne bien, et même magnifiquement. 

Le local est petit, d’autant qu’il accueille aussi une épicerie fine bien achalandée et un magasin d’ustensiles et de livres de cuisine, tous plus magnifiques et intéressants les uns que les autres. 
Assis sur des tabourets inconfortables, au milieu d’un ballet de garçons de cafés très pressés, la cadence des plats est assez rapide. Un seul menu unique est  disponible. Bref, tout est pensé pour ne pas vous faire rester trop longtemps et assurer le roulement.

Seulement voilà : ce qui est assuré, aussi, c’est la qualité. 
Tous les soirs, l’équipe en cuisine s’assoit à la fermeture – 20 heures – jusque tard dans la nuit pour définir le menu du lendemain. 
Celui-ci est organisé autour des produits qui leur auront été fournis par les fermes et producteurs alentours la veille.
Rien n’est jamais pareil. 
Rien n’est prévisible.
C’est la raison pour laquelle le menu (pour 2 personnes) – composé de 8 plats de dégustation format tapas – est fixe et chaque jour unique.
L’inspiration peut être asiatique, orientale ou européenne : tout dépend des produits disponibles. 
Fraicheur absolue, proposition locale et créative : la performance mérite d’être soulignée. 

Calamars frits, maïs et mayonnaise miso
Saumon, raifort, cornichon, moutarde à l’ancienne
Sashimis de Bonite, kimchi (plat coréen de piment et petits légumes fermentés), sauce piquante
Risotto de moules & persil
Gado Gado indonésien (salade de légumes croquants)
Salade vietnamienne Ham Hock
Entrecôte, purée d’oignons, pommes de terre fondantes, épinards
Kingklip (poisson blanc d’Afrique du Sud : l’Abadèche du Cap), velouté de carotte épicé et carottes rôties

Les desserts sont proposés à part : 

Posset citron-pistache, coulis de cerises. 
Crème brûlée et sorbet aux fruits de la passion

Les portions sont généreuses, les cuissons sont travaillées à la perfection, les saveurs sont authentiques et gourmandes… Alors on arrête de grogner et on fait la queue devant la porte ou au bar “No Reservations” – ils ne manquent pas d’humour – situé juste en dessous. 

Attention, ils sont fermés samedi soir et dimanche.

Bon appétit !

JurassicJujus

Il y a quelques jours, 

nous avons emmené les Jujutrépides

découvrir une exposition consacrée aux Dinosaures. 


Naturellement, comme beaucoup de petits garçons de leur âge, il a été facile de les appâter, ces bestioles ayant beaucoup de succès auprès des mômes d’aujourd’hui. 

Fidèles à eux-mêmes, les Jujus s’en sont donné à coeur joie pour poser leurs habituelles questions-qui-tuent-le-cerveau-des-parents : 

– “C’est qui l’plus fort : le dino ou l’éléphant ?”

–> Bin c’est à dire que… Ils n’ont pas vécu en même temps, alors c’est dur de dire, hein…

– “Est-ce que les T-Rex y’ zaiment bien grignoter les p’tits enfants, ou pas ?”

–> Ou pas, je pense. C’était pas à leur menu. Re. Donc.

– “Oui MAIS est-ce qu’ils ZAURAIENT pu nous grignoter ?”
–> Oui, ils zauraient.

– Comment s’appelle la maison des dinosaures (y’a bien des taupinières ou des terriers, pourquoi pas des grottes-à-dinos ?)

–> Et bien… Et bien… Aucune idée. Ça dormait où un dino, d’ailleurs, quelqu’un sait ?!?!?

– Comment est-ce que les hommes sont arrivés sur la Terre ?

–> Pfiou.#AdamDarwinOuLesExtraterrestres #IlFautChoisir

Bref.
Il nous a donc logiquement fallu reprendre les bases et introduire le plus simplement possible les notions de “pré-histoire”. 
J’ai d’ailleurs découvert à cette occasion qu’il n’existait pas de terme pour définir la période avant l’apparition des hommes. Uniquement des temps géologiques. 
Les humains sont décidément totalement auto-centrés…

Nous avons donc pris sur nous pour expliquer le Jurassique et le Crétacé aux Jujutrépides, et leur transmettre les connaissances dont nous disposons aujourd’hui, de la théorie de l’évolution Darwinienne aux basiques de la géologie. (Au secours.)


En sortant de l’exposition, ils ont décidé de résumer leur apprentissage du jour.
Voici donc, chers amis, le contenu de la “réinterprétation trystanienne”. 
Et vous ne devriez pas être déçus du voyage :

– “ALORS : au début y’a eu un ‘rooo BANG. C’est là qu’not’ planète est arrivée.
Après la Terre a attrapé froid, c’est pour ça qu’elle s’est mise à trembler beaucoup beaucoup. 
Après y’a eu les volcans et plein d’incendies partout. 
Après y’a eu éééénormément de microb’ qui se sont dév’loppés.
Après y’a eu beaucoup d’animaux et les dinosaures, mais les pauvres y’ z’ont pris une ‘rosse boule de feu sur la tête – la MÉ-TÉ-RO-RITE – après ils sont tous morts écrasés par terre en FOSSILES. Plaf. 
Ensuite, comme y’avait plus d’arbres qu’avaient tous brûlé, les singes ont commencé à aller se balader dans la savane. Pour attraper des trucs y’ z’ont été obligés d’se rel’ver. Y z’ont commencé à faire des outils avec les deux pouces de la main, à manger de la viande grillée au braai et après, ils se sont tous mis à changer, à avoir moins de poils, et ALORS : c’est dev’nu des hommes. 
Voilà. “

Un peu décontenancés, nous avons considéré avec leur père que tout cela était globalement suffisant pour la journée, et que nous rouvririons les bouquins de Science Nat’ dans quelques années. 

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. 

Quelques jours plus tard, nous jouions dans leur chambre quand Tancrède, visiblement perturbé par une question qui le turlupinait depuis longtemps, s’est tourné vers moi en me demandant : 

– “Mais MAMAN. Z’ai pas compris en fait : Jeddo et Papilo (leurs grand-pères) quand y’ sont nés, C’ETAIT DES SINGES ?????”

#LesGrandsPèresPré-Préhistoriques
#Bam!DansLesDents
#PapaAlbertSiVousNousLisezPardon

L’abominable mère des neiges

Cela fait-il de moi une 

abominable mère ?

Honnêtement, je ne sais pas. 


J’imagine que oui. 

Nous étions samedi dernier au fameux Spectacle De Noël, le show que les maitresses se donnent tant de mal à préparer à la fin de chaque année pour faire apparaitre Santa – ici, c’est son nom – et montrer aux parents l’étendue des premiers progrès chorégraphiques et musicaux de leur progéniture.  

Il est vrai que nous prenons, depuis quelques mois maintenant, plaisir à venir les admirer : nous apprécions dorénavant à sa juste valeur le bonheur d’avoir des enfants qui n’hurlent pas d’angoisse et ne pleurent plus toutes les larmes de leurs petits corps lorsqu’ils montent sur scène ; ce qui a tout de même été notre lot, trois ans et demis durant…
Souvenez-vous : , , et  aussi.. 

Bref.

C’est donc très consciencieusement que j’ai joué des coudes jusqu’à la scène lorsque Tancrède s’est engagé, comme je l’avais fait quelques minutes avant pour son frère.  

Notons, pour les parents d’enfants qui n’ont pas encore eu l’occasion de se frotter à ce cérémonial, que la mission s’avère plus périlleuse que ce que l’on imagine :

Il s’agit en effet de s’approcher au maximum sans pour autant écraser les panards des autres parents, au risque de passer pour une personne mal éduquée. 
Notre empressement semi-hystérique est bien explicable mais non pardonnable. 

Puis de trouver la posture idéale : suffisamment en hauteur pour couvrir les égarements des parents qui ont moins de scrupules que nous, mais suffisamment bas pour laisser la possibilité à ceux qui sont derrière d’observer leur propres moutards. 

En général, cela aboutit à une espèce de position instable et hautement inconfortable, où les abdos ont un rôle essentiel à jouer. 
C’est d’ailleurs à cette occasion, notamment, qu’on trouve enfin du sens à nos heures de souffrance sur les machines de pilates. 

Après cela, naturellement, il faut assez de force dans les poignets et les biceps pour réussir à tenir l’iphone le plus droit possible ET immobile, sans tremblote, afin de fournir à la postérité une vidéo-garantie-sans-nausée. 

Dès lors il ne reste plus au parent, immobilisé en apnée pour les quatre à cinq minutes suivantes, qu’à se concentrer pour bien cadrer la camera sur son gosse. Un dernier effort de l’index et du majeur permettant de zoomer, un ultime tapotement de doigt déclenchant alors l’enregistrement.  

Je me permets à toutes fins utiles de rappeler qu’il n’est pas anodin et clairement important de VÉRIFIER que le-dit tapotement à bien produit l’effet escompté, à savoir démarrer le film.  

Loin de moi l’idée de me chercher de quelconques excuses.
Tout ça pour dire, que j’ai filmé quasiment toute la partie de Tancrède… à blanc. 

M’apercevant, 15 secondes avant la fin, de mon effroyable manquement, j’ai prestement ré-appuyé sur le putain de bouton rouge, attrapant au vol les derniers instants de mon fils sur scène. 

Je sais.

Six mois de plus en psychothérapie…

Vas te faire cuire un oeuf de coq

Le weekend dernier,

nous avons emmené les enfants

à un picnic.


Deux semaines avant, j’avais commis la fatale maladresse de les prévenir de cette sortie. 
Erreur de débutante, s’il en est. 

Naturellement, les Jujutrépides se sont immédiatement engouffrés dans la brèche, grignotant comme à leur habitude le bras quand on leur tend le bout du doigt :

– “C’est vrai maman ! On va faire un PIKNIK !!!?”

– “Bin oui, puisque je te le dis.”

– “T’es la MEILLEURE MAMAN DU MONDE !!!!”

En dehors d’un sourire affectueux et compréhensif, j’ai choisi de ne pas réagir à cette ultime provocation. 

Je sais que dans approximativement sept à huit minutes, l’un d’eux aura trouvé une raison pour hurler sa douleur d’être élevé par une mère aussi inflexible que moi.
Stoïque, je regarde donc mon fiston qui arbore pour le moment un lumineux sourire. 

– “‘Chui super content maman…”

Je sens le coup fourré. 

Sans surprise : 

– “… Mais j’s’rais encore pluuuuus zheureux si j’pouvais amener Loup avec moi.”

– “Okay, Trystan, je vais demander à sa maman si elle est d’accord.”

Hurlement de fond de gorge de la part du frangin : 

– “KÔÔÔÔAAAAAAA !!!! ET MOI ????!!!!”

– “Quoi : “et moi” ???”

– “J’VEUX AUSSI AM’NER UN COPAIN !!!!”

– “Et bien oui, Tancrède, il suffit de demander gentiment.”

– “Okaaaay… J’peux am’ner Eva situplé ?”

– “Pas de problème. Je demande aussi.”

– “Bon. Et alors j’voudrai aussi ces trucs, maman : des sandwichs au saucisson, des pattes de poulet rôties, des dssssips’, des bonbons, des marshmallows, des cupcakes avec le dessus tout rose, et aussi… Des oeufs coque.

Je résiste furieusement à l’envie de lui coller une bonne pichenette sur la nuque en lui demandant s’il ne se fiche pas un peu de ma tronche. 

Mais je renonce finalement, pour cette fois à lui remettre les idées en place, ma curiosité ayant été piquée au vif :

– “Au fait Tancrède, c’est quoi cette histoire d’oeufs à la coque ??

– “Baaaah C’est pour Eva. Elle les aime comme ça, ses oeufs…”

(No Comment.)

C’est là que son frangin choisit d’intervenir :


– “Mais, en fait, c’est quoi des “oeufs coque” tancrèd’ ???”


– “Bin… J’sais pas trop. Mais j’crois que c’est des zoeufs ch’péciaux qui sont pondus par des coqs.”


‘Va falloir reprendre quelques bases. 


VDM for kids

C’est terrible, 

parfois,

comme on peut manquer d’empathie 

envers nos enfants…


Surtout les petits. 

Ceux qui sont entre les bébés, dont les besoins sont nécessairement au coeur de nos préoccupations, et les plus grands qui disposent déjà d’autonomie et d’une certaine indépendance. 

Les 4-6 ans, ceux qui nous donnent l’impression que leurs petites vies sont parfaites, pleines de rires et de jeux, de dessins colorés et de licornes enchantées.  

Sous prétexte qu’ils vivent dans l’instant présent et oublient presque instantanément les contrariétés ou la peine qu’on leur inflige, nous avons trop tendance à les considérer comme des poissons rouges chez qui un bonheur sans nuage règnerait 24/7.

Nous les aimons pourtant si fort, si inconditionnellement, nous les regardons en permanence et centrons notre vie autour d’eux, mais c’est à ce demander si nous les voyons vraiment bien. 

C’est mon fils Tancrède qui m’en a fait prendre conscience l’autre jour :

Bouclage en règle de la ceinture de sécurité. 
Démarrage. 

– “Tancrède, chéri ? C’est bon, tu es attaché ?”

Silence. 

– “Tancrèèèèède ? Wouhou ?”

Un filet de voix lente et souffreteuse me répond : 

– “Ouiiiii mamaaaan… C’est boooon…

Lui que je dois habituellement rappeler à l’ordre et canaliser en permanence pour qu’il laisse d’autres humains s’exprimer autour de lui, le voilà aujourd’hui silencieux et lugubre. 
Etonnée, je tente : 

– “Bah alors mon Tancrède, qu’est-ce qui t’arrive ?”

Silence.

– “Tancrèèèèède ?”

– “Rien m’man… C’était pas un très bon jour pour moi… C’est tout.”

C’est fulgurant, ça vient de me traverser l’esprit : 

Ce pourrait-il qu’eux aussi, 
aient des journées de merde ?!?!?

Des images de mon enfance refont subitement surface dans mon esprit, j’essaye de me souvenir. 
Evidemment. 
Evidement que certains jours sont aussi décevants pour les enfants et que les moments de blues ne sont pas l’apanage des adultes…
Comment avais-je pu oublier cela ?

– “Oh mon trésor… Tu t’sens triste ?”

– “Voui…”

– “Tu veux en parler ?”

Silence.

– “Boah… C’est juste qu’aujourd’hui y’avait personne dans la cour qu’a voulu jouer avec moi… 
Eva elle m’a pas fait d’bisou ce matin pour dire bonzour. 
Maitresse elle m’a un peu grondé… 
Gonzalo y’ m’a pris mon goûter. 
Et en plus, y’ pleut… J’vois bien que tu vas pas vouloir qu’j’aille dans l’jardin…”

En regardant dans le rétroviseur, je vois les larmes affluer au bord de ses yeux.  

Une énorme bouffée d’amour pour lui me serre le coeur. 

Comme souvent, c’est là que son jumeau est intervenu, sachant trouver les mots justes : 

– “Maman, j’crois qu’je sais c’qui lui faut à Tancrèd’.”

– “???”

– “T’as qu’à lui préparer un ‘roooo bol de popcorn et lui donner du chocolat devant la télé.”

Il a 5 ans.
Et il a tout compris. 

Découvrir la SANCCOB

Alors ? 

Pingouins ou Manchots ? 


Impossible de vivre en Afrique du Sud sans devoir, un jour ou l’autre se poser la question. 
La région de Cape Town, entre mille et une autres choses, est célèbre pour ses manchots du Cap : une espèce qui vit principalement sur les côtes sud africaines et namibiennes. 

Un recensement officiel mené à la fin du 19ème siècle avait dénombré deux millions d’individus dans cette zone. 
Il en reste aujourd’hui 50 000. Avec une chute de population de 90% constatée ces 20 dernières années. 
La SANCCOB, La South African Foundation for the Conservation of Coastal Birds date de 1968.
Depuis 48 ans, sans relâche, ce minuscule sanctuaire s’astreint malgré des moyens réduits à sauver en moyenne plus de 2500 oiseaux par an, dont une grande partie de manchots, rapportés par des particuliers ou par les rangers des côtes. 
Deux centres, l’un au nord du Cap et l’autre près de Port Elisabeth sont ouverts pour recueillir les animaux malades ou blessés. 

Avec une vue imprenable sur la Montagne de la Table.
Pour la structure du Cap, ce sont 150 volontaires et 33 employés fixes qui prennent soin – au moment où ce post est écrit – de 393 oiseaux arrivés chez eux dans un état désespéré.  

J’ai pu constater que leur abnégation n’avait pas de limite : 

Plusieurs causes majeures sont responsables de cette situation : 
Les marées noires et les dégazages intempestifs de certains bateaux. 
Les conséquences de la pollution humaine quotidienne – plastiques et autres filets dans lesquels les animaux s’étouffent – mais aussi de la sur-pêche qui provoque la disparition des espères dont les manchots se nourrissent, les condamnant ainsi à la famine. 
Plus rarement les maladies – bactérie ou virus – ou encore les blessures infligées par les prédateurs – otaries et requins – eux aussi perturbés par la chute drastique du nombre de manchots qui constituent leur menu quotidien. 
Le fonctionnement de cette association est parfaitement rodé :

En cas de mazoutage, les animaux sont passés en salle de Wash & Rince, une chambre de nettoyage spéciale prévue à cet effet. 


Lors de la marrée noire du MV Treasure en juin 2000 le long des côtes sud africaines, ce sont 20 000 oiseaux qui ont ainsi été sauvés par la fondation, aidée par plus de 45 000 volontaires venus de tout le pays. 
La SANCCOB est la seule structure nationale à bénéficier d’une assurance qui leur permet, lorsque les preuves de la culpabilité sont incontestables, d’être remboursés de leurs frais par les sociétés ayant affrété les navires responsables du carnage. 

Dans les autres cas, les animaux sont amenés en salle des urgences – comme pour les humains – où un tri a lieu et permet de comprendre de quoi souffre la bête. Osculation,  pesée, rayons X, prise de sang, tout y passe pour détecter au plus vite la source du problème. 

Chaque oiseau est ensuite tagué à l’aide d’une petite puce sous-cutannée dans la patte gauche. Celle-ci qui peut rester en place durant des décennies entière, coûte beaucoup moins cher et est bien moins dangereuse que les colliers ou les petits “sacs a dos” utilisés par le passé et qui en plus de leur prix exorbitant tombaient finalement assez vite, voire provoquaient des accidents fatals aux animaux.

Un code leur est attribué : 
Les soigneurs refusent de leur donner des noms, car les rescapés arrivent en trop grand nombre, mais aussi en prévision de leur remise en liberté, pour éviter qu’ils ne s’attachent trop à eux. 
Les animaux sont classés selon leur espèce – qui leur donne une lettre – et selon un numéro qui leur est affecté en fonction de leur date et de leur place d’arrivée depuis le début de l’année. 

Chacun dispose ainsi d’un dossier à la fondation, qui reste ouvert jusqu’à sa mort. Il est arrivé qu’un animal revienne plusieurs fois : le cas d’un pingouin venu à 1 an pour y être traité de malnutrition, et revenu 22 ans plus tard après avoir avalé du plastique qui lui bouchait l’estomac.

Un fois les examens terminés, et en fonction de sa situation, l’animal est placé dans l’ICU (Intensive Care Unit) – sorte de “réa aviaire” où règnent silence et calme – qui lui sert essentiellement à abaisser son niveau de stress.
Ils sont ensuite déplacés de services en services, dépendament de leur pathologie ou du stade de leur rétablissement, et ce jusqu’à ce qu’ils soient complètement requinqués. 
Hôtel 3* pour manchots…

Les manchots adultes sont remis en liberté dans les réserves naturelles du Boulder’s ou de Betty’s Bay. Les autres types d’oiseaux, dans la réserve naturelle d’Intaka, au nord du Cap.

S’il reste la moindre séquelle handicapante qui les rendraient vulnérables dans la nature, le centre les garde et leur offre l’asile jusqu’à la fin de leurs jours.
Parmis ceux qui restent – une quarantaine de manchots et quelques cormorans, essentiellement – une poignée d’entre eux montrent un intérêt pour l’homme : ils deviennent alors des ambassadeurs de la fondation et sont apprivoisés afin de permettre aux visiteurs de s’approcher et de mieux comprendre les enjeux écologiques qui entourent leur survie. 

C’est notamment le cas des manchots Steeve, Norbert, Stubby et Rocky – femelle Rockhopper égarée de son habitat naturel aux Antipodes, et échouée sur les côtes capétoniennes par erreur – qui suivent les soigneurs et se laissent caresser et dorloter comme n’importe quel chat ou chien de compagnie. 

Difficilement domesticables, et contrairement à leur adorable apparence, les manchots sont très agressifs de nature : ils n’ont pas de dents mais une langue aussi coupante que des rasoirs qui les rend assez dangereux.

lunettes et bras de combinaison de plongée obligatoires…
C’est aussi leur force car ils sont parmi les rares animaux à retourner facilement dans la nature, même après plusieurs semaines ou mois au contact des humains.

Quant aux petits manchots – récupérés tout bébés, souvent abandonnés ou perdus par leurs parents – ils sont relâchés peu après leurs 3 mois. 
C’est en effet à cette âge qu’à l’état naturel, les parents les jettent en dehors du nid afin qu’ils apprennent à pêcher et à survivre seuls.
En attendant, ils sont nourris quatre à cinq fois par jour directement au gosier, comme leurs géniteurs l’aurait fait pour eux dans la nature : 

Des peluches sont placées dans leur box, afin de les rassurer et de leur donner l’impression qu’ils ne sont pas seuls
mais accompagnés par des frères et soeurs, ce qui stimule leur appétit. 

Ces abandons ou pertes accidentelles ont le plus souvent lieu durant la période de mue des parents et représente environ 600 bébés sauvés par an à la SANCCOB. 
La mue arrive chaque année en décembre. 
Durant les mois précédents, les manchots s’arrangent pour doubler leur poids et s’engraisser au maximum. Puis durant trois semaines, ils perdent toutes leurs plumes, alors lentement remplacées par des nouvelles. Durant cette période, ils se retrouvent “nus” :  impossible pour eux de pêcher, leur peau à vif ne pouvant supporter l’eau glacée. Ils sont donc contraints de jeûner. Pour peu que leurs petits soient nés tard, ils ne peuvent faire autrement que de les laisser dépérir de faim.
Bébé, les manchots sont énormes et recouverts d’un duvet marron et beige. 
Au bout d’un an, à leur première mue, ils perdent toute cette peluche puis se recouvrent de plumes noires aux délicats reflets bleus, qui leur vaut le surnom de “Blues” (les Bleus)
A 2 ans, ils sont désormais considérés comme des “Juvéniles”. 
A 3 ans, ils adoptent enfin le look smoking-noir-et-blanc qu’on leur connait. 
Ils peuvent vivre plus de 20 ans dans la nature et jusqu’à 35 ans en captivité.
Ici en Afrique du Sud, on les appelle en anglais les “Jackass Pingouins” car ils ont la particularité d’émettre une sorte de braiment trainant assez impressionnant, très similaire à celui de l’âne, quand ils sont contents.

Et pour répondre à la question initiale… La différence entre pingouin et manchot est simple : 
Le premier peut voler et habitait l’hémisphère nord. Toutes les espèces de Grands Pingouins sont aujourd’hui éteintes et celle du Petit Pingouin au bord de l’extinction puisqu’il ne reste qu’une trentaine de couples vivant en Bretagne.
Le manchot quant à lui ne vole pas et ne vit que dans l’hémisphère sud autour de l’Australie, l’Afrique du Sud, l’Amérique du sud et le Pôle sud.
La fondation propose des tours pour les écoles, mais organise aussi des fêtes d’anniversaires durant lesquelles les enfants peuvent toucher et découvrir ces magnifiques animaux de près.  
Elle fonctionne grâce à des dons privés. Mais il est aussi possible d’offrir son temps en étant volontaire. 

La visite idéale du week-end, passionnante, émouvante et éco-responsable, pour le plaisir des petits mais aussi des grands. 

Paillettes et piano

Je n’avais pas encore 

osé vous le dire. 


Il est vrai que cela fait partie de ces – nombreux – moments de solitude, rencontrés au cours d’une vie de parents. 

Disons-le franchement : l’année passée, les Jujutrépides se sont fait renvoyer de leurs cours de Karate ET de Yoga. 

Manque de maturité pour l’art martial, ce qui peut se comprendre aisément. 

Trop-plein d’énergie pour l’autre. Ce qui, en revanche, peut sembler étonnant, cette discipline étant justement prescrite pour canaliser le-dit excès de vitalité. 

Bref, c’est pas l’propos. 


Toujours est-il que la prof de natation – cette merveille terrestre, souvenez-vous – et le coach de tennis continuent gentiment, eux, à prendre leur mal en patience. 

Nous avons donc estimé, avec leur père qu’il était temps de leur laisser le temps et que ces deux activités hebdomadaires seraient désormais amplement suffisantes pour les douze ou quatorze prochaines années. 

En rentrant dans la classe pour aller les chercher l’autre après-midi, j’ai eu le plaisir de voir Trystan se ruer vers moi pour m’embrasser.

Agréablement surprise par cette démonstration d’affection devenue si rare au cours des derniers mois – habituellement remplacée par le délicieux “oooh mais nooooon maman, pourquoi tu viens nous chercher si tôôôôt !?” – je me suis agenouillée pour prendre mon fils chéri dans mes bras. 
Savourant ce moment suspendu, je le sens soudain qui recule avant de lever son petit visage vers moi. Ses grands yeux très ouverts sur le monde, j’entends alors sa petite voix douce, dont il use les jours où il a une faveur à me demander :

– “Mamaaaaaan ?”


– “Oui chéri ?”


– “Est-ce que tu veux bien m’inscrire aux leçons de pianoooo ?”


Dans des moments comme celui-là, avouons-le, on manque de s’effondrer. 

Gonflé de fierté, d’affection et de bonheur, on pèche par un excès d’égo mal placé et on s’imagine être arrivé au summum de la réussite éducationnelle – ou de l’intériorisation de la domination parentale, tout dépend du point de vue – le gosse demandant DE LUI-MÊME à se coltiner des heures de solfège et de gammes cacophoniques. 

Les larmes aux yeux d’émotion, je lui réponds : 


– “Mais… Mais… Mais… Bien SÛR mon amour !! C’est merveilleux !”


Réponse du tac-au-tac : 


– “Ok m’an. Tu veux bien qu’on aille m’inscrire maint’nant, siteuplé ?”




Naturellement, ça m’a mis la puce à l’oreille.


Je tente donc subrepticement, d’un ton fourbe : 

– “Dis voir mon coeur, comment ça se fait que tu veuilles faire du piano tout à coup ? Tu as des amis qui en font  ?”


– “Oui… Et ils trouvent ça CHUPER !”


– “Chuper… Hum. Et pourquoi ça ?”


Et là, trahison en direct du frangin qui assiste à la scène depuis le début : 


– “Naaaan mais maman, moi j’sais pourquoi Trystan y’ veut faire l’activité : c’est pass’que la maitresse, quand tu fais bien, elle te donne des tubes de paillettes.”


Trystan se retourne vivement vers son frère :


– “Maiiiiiiis TANCRÈÈÈÈÈÈDE !!!! Pourquoi tu lui dis !!!!!


L’air narquois, je prends la parole à mon tour : 

– “Alors mon Titi, c’est pour ça que tu veux faire piano…Ça ne me semble pas être une bonne raison tu sais, si tu veux des paillettes, je peux t’en ramener du supermarché la semaine prochaine…”


Penaud, il place sa petite main dans la mienne, Tancrède se met de l’autre côté, et nous marchons ainsi tout les trois en silence vers la sortie. 


Au moment de passer le portail, je sens une pression dans ma main droite. 

Je regarde Tancrède qui m’attire à lui et me dit en chuchotant : 

– “En p’us, y’ s’est trompé Trystan, c’est en cours de Hip-Hop qu’y’ donnent les paillettes…


J’me trouve beau

Ça m’a paru tellement étrange

J’ai ressenti tant d’émotions contradictoires…

Comme chaque jour en rentrant à la maison, mon fiston s’est rué sur son déguisement de Superman taille 3 ans, qui lui arrive maintenant au milieu des mollets, lui donnant probablement plus l’allure d’un pêcheur de crevettes que d’un super héros. 

Il y tient néanmoins comme à la prunelle de ses yeux et s’obstine à le porter alors même que l’été est de retour à Cape Town, avec son cortège de chaleur et de soleil brûlant, supportant héroïquement – pour le coup – la touffeur insupportable de son plastron rembourré. 

A plusieurs reprises, j’ai insisté pour lui faire retirer son attirail molletonné, arguant de sa santé et de son bien-être. 

En vain. 

C’est au détour d’une conversation dans la salle de bain que j’ai compris l’origine de cette nouvelle toquade : 

Je rangeais silencieusement ma boite à maquillage et le savais à ma gauche près du miroir central. 
Au bout de quelques minutes, j’ai tourné la tête pour le regarder. 

Il s’observait dans la glace, lentement, sous toutes les coutures, des pieds à la tête. 
Voyant que je l’examinais moi aussi, il me dit : 

– “Maman, t’sais quoi ?”

– “Non chéri, dis-moi ?”

– “J’me trouve BEAU !”

Sur le moment, je suis restée silencieuse, ne sachant comment réagir. 

L’estime de soi est tellement importante, c’est un tel cadeau…
Elle donne accès à ces outils merveilleux que sont la confiance et l’assurance, toutes deux nécessaires pour affronter la Vie, elle qui se charge si régulièrement de nous rappeler à l’ordre. 
J‘ai donc envie de l’encourager et de lui dire que sa maman le trouve magnifique aussi. 

Mais une petite lumière rouge s’allume dans ma tête et me pousse à lui garder les pieds sur terre, à lui rappeler que l’apparence ne fait pas tout, que la modestie et l’humilité sont tout aussi indispensables pour faire face au monde. 

Que lui dire pour ne pas saper sa confiance, nourrir son amour propre sans pour autant faire de lui un petit prétentieux ?

Comme souvent dans mes moments de doutes parentaux – et ils sont nombreux – je décide donc de me raccrocher à une valeur sûre :

– “Oui mon amour tu es très beau. C’est très bien que tu t’aimes tu sais. Mais tu ne vas pas passer tes journées à t’admirer comme ça ! Tu connais l’histoire de Narcisse ?”

– “Non c’est qui Narciche ?”

– “Et bien c’est l’histoire d’un jeune garçon tout mignon tout beau comme toi, qui passait tellement de temps à regarder son reflet dans l’eau de la rivière qu’un jour il a fini par tomber dedans !”

– “Mouahahaha, c’est bête ça maman !”

– “Et bien oui, c’est justement ce que je voulais te dire : quand on passe trop de temps à regarder son nombril, on devient un peu bête.”

– “Mais tu sais maman, moi j’regardais pas mon nombril… J’regardais mon costume de supèréro !! Pass’que tu comprends… Y’ m fait sentir SUPER FORT et super beau c’déguisement.”

– “Aaaaah je vois mon coeur… C’est pour ça que tu le porte tous les jours ?”

– “Oui voilà.”

– “Tu as bien raison, si ça te fait plaisir, fais le.”

Le voyant s’éloigner, je l’ai discrètement suivi à quelques mètres de distance. 
Aplatie le long de la porte de sa chambre, dans un angle où il ne pouvait pas me voir, je l’ai observé se déshabiller et fourrer son costume dans le bac à déguisements.
D’un tout petit filet de voix presque inaudible, je l’ai alors entendu se parler à lui même : 

– “Nan pass’que… j’veux pas tomber dans la rivière quand mêm’…