Les amis !
Yep.
Genre local de prohibition : le trésor bien planqué derrière une porte miteuse.
Les Folles Aventures d'une Mère de Jumeaux
Mais une sensation étrange te sort déjà de tes pensées : quelque chose ne va pas.
Mais quoi ?
– “OOOoh, les enfants, regardez : un ibis à côté de vous !
Voyez la beauté de son plumage et l’élégance de son ramage, il est si proche que vous pourriez presque le toucher !
– “Mmmmmmmm, MOI LES IBIS, ÇA M’DONNE FAIM !”
La petite : “‘Chui pas une princesse, c’est moi ‘ki décide qui j’marie, z’avez compris !?”
– “Poooooom ? Y’ sont un peu fous, les garçons, non ?“
A ce stade, tu te dis : c‘est miraculeux.
Il a 5 ans et il a tout compris…
Pardon mon fils… Ta maman est un boulet émotionnel.
Une fois passés les premiers moments d’horreur et de peine, j’ai malgré tout réussi à trainer mes fils et à les déposer à l’école A l’HEURE, ce qui – vous pouvez me croire – n’était initialement pas parti pour être une mince affaire.
Surtout lorsque Tancrède a découvert la scène de crime dans l’aquarium.
Le frangin ayant fort subtilement placé sur mes frêles épaules le fardeau et la responsabilité colossale des funérailles, j’ai donc commencé par le commencement : placer le décédé au frigo, dans un tupperware.
La morgue, version mère de famille.
Bah oui, pour la conservation.
Il fait chaud en ce moment au Cap…
Enfin, bref.
J’ai ensuite demandé conseil à des spécialistes :
Les mères d’enfants de 8-10 ans, expertes dans ce genre de situations halieutiques extrêmes.
Solidaires, celles-ci ont accepté – pour me venir en aide – de former un groupe de réflexion et de brain-storming ponctuel, au milieu de la cour de récrée.
– Copine 1 : “Ah zut. Le poisson est mort !?”
– Moi : “Bin oui.”
– Copine 1 : “Et c’est bon, t’as parlé du Paradis-des-poisson-rouges, toussa ?”
– Moi : “Euhhhh ? Ah d’accord. Je note.”
– Copine 2 : “Hum. Tu les as trop nourris, c’est ça ?”
– Moi : “Hein ?!”
– Copine 2 : “Bah oui, ces machins là ça donne tout le temps l’impression d’être affamé, mais en fait, c’est le piège : trop de bouffe et COUIC. sur le dos.”
– Moi : “Ahh… Ah bon. Couic sur le dos ? Je savais pas.”
– Copine 3 : “Et du coup, tu optes pour quoi ?”
– Moi : “J’opte pour quoi ???? Quoi, quoi ?”
– Copine 3 : “Bin l’enterrement, voyons ! Chiottes ? Poubelle ? Incinération ? Mise en terre ? Mise en mer : genre l’EN-MER-EMENT ? T’as plein de choix possibles, tu vois ce que je veux dire !?”
Là, je me fais la réflexion intérieure suivante : ah oui, quand même. Les nanas, à ce stade, elles ont de la bouteille… Sans mauvais jeu de mot…
Ça sent le vécu, tu vois tout de suite qu’elles maitrisent la situation.
Je me dit surtout que je m’engage dans la voie de l’EN-MER(D)EMENT maximal…
Entre temps, une autre prend la parole :
– Copine 4 : “Nous, on les avait mis dans des boites d’allumettes, sur lesquelles on avait collé une petite fleur du jardin et on les a ensuite envoyées voguer dans les flots, c’était beau.”
– Copine 2 : “C’est vrai que c’est poétique, du coup.”
– Copine 1 : “Oui, comme ça ils en garderont un bon souvenir !”
– Moi (submergée par la vague, si je puis dire !) : “Euhhhh… Bon d’accord… Merci les filles.”
Après-midi.
Récupération des Jujutrépides à l’école.
Tancrède ouvre la porte de sa classe.
Il me découvre sur le perron.
Effondrement en pleurs.
– “Mamaaaaaaa !!! Alors main’n’ant ON VA LUI FAIRE SA FÊTE A SUSHIIIIIII ?!?!?”
Restons sérieux.
J’ai envie de lui dire “Bin, c’est déjà fait mon pauvre chéri…”
Mais je me retiens.
Ne SURTOUT pas sourire.
– “… Tu veux dire sa cérémonie, mon amour ?”
– “Vouiiiii ?!?!?”
Intervention de Trystan, clairement inquiet :
– “Maman ! Et comment va Orangina ? T’as vérifié ki’ flottait pas ??…”
Devant le terrible sérieux de sa mine, je n’hésite pas une seconde et joue le jeu intensément :
– “Ecoute, il tient le coup mon coeur. Ça va.”
Soulagement des garçons, visiblement angoissés à l’idée d’un second décès.
J’enchaine :
– “Bon alors voilà ce que je vous propose mes trésors : nous allons aller à la plage. Nous allons regarder Sushi et lui dire que nous l’aimions bien fort, qu’il nous a donné beaucoup de bonheur pendant qu’il était avec nous, et qu’on lui souhaite plein de bonnes choses pour la suite, au Paradis des poissons rouges. Okay ?”
Réponse collégiale :
– “Okay, maman… Super idée.”
Là tu te dis “les copines, y’a que ça de vrai, quand même.”
Voici donc la dernière demeure de Sushi, chers amis :
L’Océan Atlantique, dans la baie de Camps Bay, au pied des 12 Apôtres.
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| Crédits : Baptiste Herbert |