Découvrir Enmasse

Les amis ! 

Dans quelques secondes, 

vous allez décrocher votre téléphone. 


On parie ?  

Attention, je vous révèle LE bon-plan bien-être du Cap :

Un bâtiment blanc sans âme et sans intérêt. 
En plein centre ville. 
Entouré d’un parking asphalté. 

Yep. 

Rien, je vous dis bien RIEN, ne laisse présager de ce que vous découvrirez derrière ces murs dissuasifs.
Genre local de prohibition : le trésor bien planqué derrière une porte miteuse.
Le bel espace secret, réservé aux initiés. 

Car ici, au 123 Hope Street (entrée par le parking de Schoonder Street), se cache depuis sept ans maintenant, l’un des instituts de massage les plus pointus et intéressants de Cape Town : ENMASSE.
Tout est fait pour créer une rupture entre l’extérieur et l’intérieur. 
Pénétrer dans ce lieu, c’est décider de se mettre dans sa bulle, d’arrêter le temps. 
L’espace d’un instant, c’est prendre un moment pour soi, entre copines, entre amis ou en couple, pour se revitaliser, se faire vraiment du bien. 
C’est éteindre la lumière de dehors et aller se réfugier dans un endroit doux et zen, qui calme instantanément les nerfs. 
C’est disparaitre quelques heures sans que personne ne sache où vous êtes. 

En réalité le bâtiment est très ancien et tout l’intérieur a été conservé : la hauteur sous plafond impressionnante, le parquet en bois ciré d’origine et qui craque doucement sous les pas, les moulures, les cheminées… Encore un peu, on se croirait dans un appartement haussmannien de Paris. 

Totalement dans l’esprit japonais, tout n’est que portes coulissantes en papier, mur gris cérusés et lumières blanche et bleues tamisées. De petits box ont été installés, au ras du sol, protégeant l’intimité de chacun mais laissant l’oeil libre de prendre la dimension des immenses proportions de la salle de massage à l’étage. 

Des tapis moelleux, blanc immaculé, recouvrent le sol dans chacune des cabines. Les draps sentent le frais, la musique est douce. 


Tous les masseurs et les masseuses d’Enmasse sont diplômés et spécialement formés au massage thaï, qui n’a rien n’à voir avec les autres : oublié le bien-être cosmétique et huileux, troqué contre une vraie séance thérapeutique d’accupressure, proche de la kiné finalement. 
Je vous recommande vivement leur masseuse star : SIKI, intuitive, elle adapte immédiatement ses massages à ce qu’elle découvre de votre corps. Du coup, aucun d’eux n’est jamais le même. 

A la fin de la séance, le thé vous est offert : un choix magnifique et orienté en fonction de vos besoins (détox, détente, énergisant…), confortablement installés dans des canapés douillets. Tous sont récoltés localement en Afrique du sud, préparés et blendés par Enmasse, qui vend d’ailleurs ses thés sur place. 



Ils proposent des massages Thaï, de Shiatsu, de la réflexologie plantaire, et même des séances spécifiques pour les femmes enceintes. 

Les prix sont compris entre 395 et 425 Rand de l’heure. 
Parce que cette maison considère que le massage fait partie de l’hygiène et de la qualité de vie, qu’il ne devrait pas être limité à quelques occasions dans l’année mais intégré à nos rituels santé, elle propose aussi des abonnements dégressifs très intéressants. Valables à vie, sans expiration et modulables. 
Comme les maisons japonaises.  

Pour finir, ils sont ouverts de 08:00 du matin à 10:00 du soir, 7 jours sur 7. 

Alors ? 

Leur téléphone ? 
Voilà : 021 461 5650 

Je vous en prie. 


Un double Lait-Valium, SVP

Chérieeeee !

Viens viiiiiiite !!!!

T’as un blog !


Je sais à quel point m’aider à trouver des sources d’inspiration à nos aventures et autres péripéties tenues quotidiennement dans ces colonnes, lui tient à coeur.
Je joue donc le jeu avec plaisir :  

– “Ouiiiiiii, qu’est-ce qui y’a ?”

– “Ton fils à la langue bleue.”

Je me lève d’un bond de mon fauteuil et me dirige au son de sa voix. 

– “??????? Comment ça il a la langue bleue ????”

– “Bin oui !”, répond le père des Jujutrépides, en se marrant visiblement comme un bossu. 

– “Chéri. On ne lui a rien donné à manger de bleu. C’est pas normal. Rigole pas, il faut qu’on sache d’où ça vient.”

Subitement, je n’ai plus la tête à rire. 

– “Tancrède ! QU’EST-CE QUE TU AS MANGÉ !?”

– “Rien maman !! Z’ai zuste bu du coca.”

– “??????? Du coca bleu ? Depuis quand ?… Ou elle est la canette !?”

– “Bin dans la cuisine, là.”

Je la soulève. 
Effectivement, les bords sont bleu turquoise.

Je suis perplexe. 

Leur père a perdu son sourire. 

Tout à coup, ses yeux se posent sur la petite bouteille de liquide médical des poissons rouges : elle est rangée curieusement, à son emplacement habituel, mais de travers. 
On découvre rapidement qu’elle a mal été refermée. 
Un fluide bleu dégouline encore un peu autour du bouchon. 

BORDEL. 

Il a avalé le liquide antifongique destiné à éviter les petites taches blanches de décoloration qui pigmentent les poissons atteins de minuscules champignons parasites. 

– “TANCRÈDE !!!!!! Mais pourquoi tu as versé ça dans la canette de coca vide !?!?!? MAIS QU’EST-CE QUI T’A PRIS !?!?!?”

– “Mais… Mais… Maman c’est PÔ MOÂ !!!

Son père et moi nous retournons d’un seul bloc vers Trystan, les yeux froncés. 

Il nous regarde, l’ai ingénu.
Puis il baisse les yeux. 
En larme, Tancrède s’écrie alors : 

– “TRYSTAN !!!! t’as voulu m’tuer !?!?!?!?!?!?!?”

Intervention parentale immédiate : 

– “Evidemment que NON Tancrède, ne dis pas des choses pareilles. C’est un accident. Lave-toi la bouche tout de suite et enfile tes tongs : on va à l’hôpital.”

Nous arrivons aux urgences. 
Je croise les yeux de la dame de l’accueil. 
Je vois qu’elle cesse instantanément sa conversation avec le patient précédant. Son visage est soudainement mi inquiet, mi interrogateur. 
Elle a dû voir la panique sur le mien. 

– “Mon fils a avalé du liquide médical pour poisson rouge”. 

Décidément, heureusement que le ridicule ne tue pas…
Pass’qu’avec nos Jujus, ça ferait longtemps que j’aurais dû y passer…

– “Okay madame, ça peut être très grave. Rentrez immédiatement au bloc.”

Nous venons de doubler quatre ou cinq personnes qui attendaient avant nous. 
Mon fiston, qui percute maintenant tout ce qu’on dit en anglais, me regarde d’un drôle d’air. Je lis une inquiétude grandissante sur son visage. 

Un médecin se précipite vers nous. 
Tancrède le regarde et lui dit :

– “Hello Saaaaaam...Ta barbe a ‘rolement poussé depuis la dernière fois…”
De son air de chien battu. 

On le connait bien. 
C’est marrant, la plupart du temps, quand on débarque aux urgences, c’est lui qui est de garde. 

Il nous regarde, ne sachant s’il faut rire ou pleurer. 
J’ai le sentiment de lire dans ses yeux : Oh non… Vl’a encore la famille de boulets français…

Après cinq minutes de discussion il nous renvoie vers un spécialiste des empoisonnements. 

A ce stade, j’ai beau prendre sur moi pour ne pas effrayer Tancrède, j’ai le coeur qui bat la chamade. Comme à son habitude, mon cerveau se met à échafauder des scénarios, tous plus dramatiques et horrifiants les uns que les autres…
Je revois les épouvantables images de la formation aux premiers secours que j’avais suivie au Mexique. Ces enfants à l’oesophage brulé. Une ablation de l’estomac. Une vie brisée. 
J’ai les mains moites, le souffle court. 
Je me dis que garder en vie mes deux morveux est manifestement le sacerdoce de mon existence, eux qui se donnent tant de mal depuis des années pour venir à bout d’eux-mêmes. 
Une forme de désespoir m’envahit. 
J’ai soudain le sentiment que tout cela ne s’arrêtera jamais… 
Qu’un jour je ne serai pas là… Ou plus là pour les protéger…
Les larmes me montent aux yeux. 

Le médecin osculte mon fils. 

– “… Z’ai la langue bleue doc’…”

– “Je sais, fiston, j’ai vu. Est-ce que t’as envie de vomir ?”

– “Non.”

– “Est-ce que tu as mal au ventre ?”

– “Non.”

Un silence assourdissant s’abat sur le box. 
Il réfléchit. Puis reprend la parole : 
– “Bon. Madame, soyons clairs : votre fils a avalé une sorte de teinture. La mauvaise nouvelle c’est qu’elle est très toxique. La bonne nouvelle c’est qu’il semble que votre enfant n’ait ingurgité qu’une toute petite quantité de liquide, car si sa bouche est toute bleue, sa gorge ne l’est pas. Je pense d’ailleurs qu’il n’a pas vraiment avalé le poison.”

C’est flagrant : je sens mes épaules qui redescendent. 
Mes jambes flageolent. Je dois m’accroupir le long du petit lit d’hôpital pour ne pas m’effondrer au sol. 

– “Ne vous inquiétez pas, nous n’allons pas être obligés de le garder ni de lui faire un lavage d’estomac. Il faut juste lui faire boire beaucoup de lait. Pour ce produit, c’est très indiqué. Et le surveiller attentivement durant l’heure qui vient.”

Tancrède a essayé de suivre la conversation, son petit visage passant du médecin à moi en permanence. Mais étant donné le vocabulaire médical un peu précis, je vois qu’il n’a pas compris.

Il me regarde, les yeux pleins d’angoisse. 

– “Mamaaaan ?! J’vais devoir mourir !? Pass’que j’veux pas mourir, moi !!!!
Maintenant que je respire à nouveau, et le sais sorti d’affaire, j’hésite. 
J’ai bien envie de marquer le coup. 
Et de lui faire passer un mauvais quart d’heure, ainsi que l’envie d’avaler de l’antibio pour poisson.
A ce petit énergumène. 

– “Je sais pas mon fils. Pas sûr.”

Il me regarde en panique.
Je laisse passer deux secondes et trois dixièmes, qui ont dû lui paraitre comme l’éternité. Et je reprends :

– “Non chéri, bien évidemment que non. Je t’aime trop fort. Ne t’inquiète pas, on va te soigner. Tout ira bien, d’accord.”

L’infirmière arrive alors en trombes, bousculant les rideaux de la cabine sur son passage un verre de lait 300 ml à la main, rempli à ras bord, et la bouteille de lait dans l’autre. 

– “Avale ça, mon petiot. Vite.”

Tancrède s’exécute manu militari. 
Je note d’ailleurs ne jamais l’avoir vu obéir aussi rapidement de toute sa vie à un ordre.
Quelques minutes plus tard, il a tout avalé. 
Un petit rot s’échappe de sa bouche. 
Il a le ventre qui fait floc-floc quand il bouge. 

– “Mamaaaan… Z’ai envie de vomir…”

– “C’est normal chéri, tu viens de t’enfiler un litre et demi de lait en moins de trois minutes… Ça va passer. Ne bouge pas et reste bien calme.”

Il lève alors les yeux vers moi, implorants. 
Puis il tire la langue, bouche grande ouverte, avant de me demander : 

– “Et maint’nant c’est bon ? Ma langue, elle est blanche ?”
  

Mission : Possible !

Il s’agit d’être honnête : 

les gosses ont 

un potentiel destructeur 

probablement aussi élevé que le nucléaire.


Contexte :

Dimanche. 
Quatre heures de “playdate” organisées à la maison avec six enfants du même âge.
Leur mission, qu’ils ont accepté avec joie, visiblement : défoncer la baraque. 

Deux parents.
Leur job : contrecarrer le projet démoniaque des six Grimlins. 


Ils viennent d’arriver il y a moins de cinq minutes. 

‘Y en a un qui a déjà marché dans de la boue – mais où !? Comment !? Nul ne le sait – et retapissé le sol en marbre de la maison. 

L”autre fait popôôô : faut l’essuyer. 

Le troisième s’est jeté à la flotte dans la piscine, sans permission et sans ses brassards. 

Pendant que tu repêches l’inconscient suicidaire qui est déjà en train de boire la tasse, la quatrième pleure : elle a une poussière dans l’oeil droit, et-c’est-très-embêtant-pass’qu’elle-est-droitièèèèèèère. 

– “?!?!?!?!?!?!?!?!”

Le cinquième est calmement assis parterre en train d’arracher les ailes d’une mouche. L’idée te traverse l’esprit que tu as laissé rentrer chez toi un futur psychopathe-serial-killer. 

Mais une sensation étrange te sort déjà de tes pensées : quelque chose ne va pas. 

Mais quoi ?

Ah oui !!! Où est le sixième gosse !? 
Douze minutes plus tard (c’est bon, t’as retrouvé le gamin entre temps) : 

– “OOOoh, les enfants, regardez : un ibis à côté de vous !
Voyez la beauté de son plumage et l’élégance de son ramage, il est si proche que vous pourriez presque le toucher !

– “Mmmmmmmm, MOI LES IBIS, ÇA M’DONNE FAIM !”

Euuuh… Oups. 
Par précaution, tu bas des mains discrétos, pour que la pauvre bestiole s’échappe au plus vite. 

Tu te retournes, ils sont déjà tous en train de discuter sur la margelle. 

– “Et bin moi, je vais m’marier avec Emma !”
– “Non, moi !”
– “Non, moi !”
– “Non, moi !”

La petite : “‘Chui pas une princesse, c’est moi ‘ki décide qui j’marie, z’avez compris !?”

(Là, tu te retiens d’hurler “bravo, ma cherie ! Je suis tellement fière de ta génération !)

Tanrède : “Et bin alors, tant pis ! Moi j’épouse Ernest !”

– “?!?!?!?!?!?!?!?!”

Vingt minutes plus tard, les hamburgers sont prêts. 
Heureusement : ils sont déjà tous en train de frapper leurs couverts sur la table, en signe d’impatience. 

Disons-le, tout de go : c’est le carnage.
Ils sont couverts du champagne pour les petits – qu’ils se sont renversé sur la tête-pass’que-ça-fait-des-guilis-dans-les-ch’veux – et de ketchup. Ils ont des frites dans les oreilles, des carottes dans les narines et du fromage fondu entre les dents.

Emma, la seule petite fille de la troupe – me regarde. 
Tout doucement, je l’entends qui me dit : 

– “Poooooom ? Y’ sont un peu fous, les garçons, non ?

Intérieurement, je pense : Toi, décidément, j’vais d’mander à ta mère si je peux t’adopter. Voire, faire un échange.

Là j’entends un des p’tits mecs qui dit calmement, mais avec fermeté  :

– “Nan, merci beaucoup mais moi j’veux pas d’gâteau au chocolat : ça fait grossir.”

– “Euuuuuh ?!?! T’es sûr mon poussin ? T’es pas bien gras, hein, tu peux y aller franco, tu sais.”

– “Non, vraiment, merci m’sieur.”

Purée, le gosse parfait. 
J’en reste comme deux ronds de flans. 

– “AIIIIIIIIIIIEEEEEEEUUUUH !!!!!!!!! OUIIIIIIIN !!!!”

Que se passe-t-il !?
C’est la voix de celui qui avait disparu initialement !

Ma tendre moitié est déjà sur le coup, et accoure avec le mercurochrome et des plasters : 

– “J’me suis ouveeeeeeeert le piiiiieeeeed !!!!!”

(Où ?! Comment ?!)

– Oh mince, mon pauvre chéri, vient qu’on te soigne.”

– “Naaaaan !!! J’vais muuuriiiiiiiiir !!!!!”

– “Meuh non, tu vas voir, tout ira bien.
En revanche, mon p’tit chou, oui toi, là, descends de la table à manger s’il te plait, tu risques de te faire mal.”

Tu croises le regard de la gamine : elle est assise sur la chaise. 
Elle balance doucement ses p’tites jambes. 
Elle sourit.
C’est la seule qui a la bouche propre.
Elle te regarde, l’air de dire : bah c’est quand même un peu toi qui l’a voulu, non ?

Soudain, hurlement de Trystan : 

– “Allleeeeeeeeeeez !! Tout le monde dans la chambre SAUF LES FIIIIILLES !

– “Pourquoi moi j’ai pas le droiiiiiit !?!?!?”

Tu te retiens de lui dire : aller, ma poussinette, tu faisais un parcours féministe sans faute jusque là ! te laisse pas démonter, reprends toi !
En vrai, tu lui dis : 

– “M’enfin ma chérie, tu vas pas te laisser dicter la loi par des garçons ! Viens !” 

Tu l’imposes dans la chambre.
Personne ne s’en aperçoit. 
Moins de vingt secondes plus tard, tout le monde joue ensemble.
C’est là que tu réalises que la misogynie est semble-t-il intrinsèque à la masculinité. Et qu’elle se guérit très facilement. 
De la nécessité de lutter, dès le plus jeune age.
Toussa toussa. 

Tu vas faire la vaisselle dans la cuisine. 

BING !
BAAAAAAAM !
BOUUUUM.

– “Chéri, je crois que l’armoire de leur chambre est descendue, là.

Le père : ” CHERIE, je crois que je vais les SCALPER !!!! “

– “Non, mon amour, calme-toi, les parents t’en voudraient, je pense.”

Tu prends les devants :

– “Les enfaaaaaaants, c’est l’heure de la chasse au trésoooooor !!”

En trois secondes, ils sont tous devant toi. 
Ils trépignent. 
Ils hurlent. 
Ils se marchent dessus pour s’arracher les indices des mains.
Ils dégringolent dans l escalier.
Ils ont trouvé leur trésor : des boites de bonbons multicolores. 
Sans s’être concertés, ils foncent tous d’un seul homme dans la salle de télévision et demandent d’eux même à regarder une “séance de cinéma”.
Yep. 
‘Y’a décidément des mères qui réussissent mieux l’éducation de leurs enfants que d’autres… (Humphhh… ! Comment elles font, merde !)

Tout à coup : le silence. 
Ils ont tous les yeux rivés sur l’écran. 

A ce stade, tu te dis : c‘est miraculeux. 


Tu t’autorises deux secondes pour aller faire pipi.

Tu finis la vaisselle.

Et là : DING DONG. 

Incroyable : c’est déjà l’heure de les rendre !

Tu fait bonne figure.
Parce que… Parce que… Parce que... 
Tu ne sais pas pourquoi, en fait.

Ils sont tous partis.

Tu regardes leur chambre à coucher :
C’est Nagasaki en août 1945…
Tu te dis que t’es vraiment maso et qu’on ne t’y reprendra plus.

Sur ces entrefaites, arrive ton fils, derrière toi.
Il te prend la main, lève sa petite tête vers toi et te dit :

– “C’était le MEILLEUR plèydaïtes de TOUTE ma vie maman !!!”

Alors tu prends ton éponge et le balai, tu ouvres la poubelle en grand, et tu réfléchis à la prochaine date…

#MaisCommentFontLesMaitresses?

Jujucondriaque

Devenir parent est 

quand même 

l’une des meilleures manières

de progresser dans la vie. 


Non que l’on ne puisse pas s’améliorer sans avoir d’enfant.

Bien évidemment. 


Mettre au monde des lardons n’est pas indispensable pour s’essayer au développement personnel. 

Mais j’ai noté, au fil des années, que les enfants sont finalement de merveilleux maîtres de vie. 


Leur arrivée chamboule nos existences de manière irréversibles. 

Cela fait presque quatre ans d’ailleurs, que je m’évertue à vous expliquer dans quelle mesure cette nouvelle est effrayante. 

Et pourtant, j’éprouve aujourd’hui l’envie de vous dire à quel point elle est aussi formidable. 
(Non, moi non plus, je ne sais pas d’où me vient ce subit accès de positivisme parental.)

Les enfants nous obligent à changer de point de vue sur tant de choses

Avec eux, on apprend tout, ou presque (j’ai pas dit qu’on n’y arrivait, hein) : l’empathie, l’altruisme, la patience, la maitrise de soi, l’exemplarité, la constance, le lâcher-prise, la confiance, l’art de la négociation… Et tellement d’autres encore.  

Leurs leçons sont de celles qui nous transforment. 

De celles que même les claques de la vie n’ont jamais réussi à nous faire comprendre aussi clairement. 

Laissez-moi vous donner un exemple : 
Nous connaissons tous le “Il faut savoir choisir ses batailles” ou le “Un mauvais arrangement vaut toujours mieux qu’un bon procès”. 

Blabla. Bla. 


Ce genre de phrases entendues tout au long de notre vie et qui ne nous ont jamais rien évoqué. Et bien, dès que vous avez des enfants : elles prennent tout leur sens !


Voyez plutôt. 


Laisser votre gosse déambuler dans les rues vêtu de son déguisement de spiderman par 32 degrés celsius et sous un soleil de plomb : 
Que ce soit pour l’aspect (in)esthétique de la chose ou l’aspect médical, il y a encore quelques années de cela, vous n’auriez JAMAIS cédé. 
Mais aujourd’hui, pour le savez, mieux vaut le laisser faire plutôt que d’endurer des hurlements à n’en plus finir et devoir le ceinturer pour réussir à emmener avec vous ce petit gnome récalcitrant qui n’hésitera pas à se cadenasser à la porte d’entrée ou à déchirer la p’tite chemise blanche, chic et immaculée que vous aviez initialement prévue pour lui. 
N’oubliez juste pas de le crémer à l’aller et de l’hydrater sur le retour.  

Supporter pendant des dizaines de minutes entières les jérémiades de votre morveux parce-qu’il-voulaiiiiiiiiit-le-yaourt-rose-mais-c’est-son-frèèèèèèère-ki-l’a-euuuuuuuu!!!!!

Alors qu’il ne s’agit que de packaging extérieur et que l’intérieur a exactement le même goût… Ou capituler avant même d’engager la bataille qui aurait visé à le convaincre, et lui filer son petit filou rose-de-dehors ? 
Hum ? 
Je sais bien… 
Y’a pas photo. 
Nous n’avons ni le temps ni l’énergie nécessaire pour ce genre de combats.  

Bref, vous avez compris le principe…


L’autre jour Tancrède – qui passe actuellement par une phase assez critique d’hypocondrie aigüe – se plaignait à force et à cris “d’horriiiiiiiiiiib'” douleurs intolérables à la jambe droite. 
Afin de de lui apporter la réponse la plus appropriée, j’ai comme à mon habitude usé de la méthode magique, maintes fois éprouvée : 

– “Okay mon chéri, on va s’en occuper tout de suite. Mais comme tu souffres terriblement, je te propose d’abord de manger un p’tit bonbon, d’accord ?”


A ce stade, deux possibilités : 


– Soit le gosse refuse, chouinasse, et reste globalement à sa place : il est atteint. 

– Soit il fonce ventre à terre vers la cuisine. Son boitement subitement et totalement oublié : signe qu’il (re)fait du cinéma. 


Une fois de plus, mon fiston est tombé dans le panneau. 


J’aurai pu confronter son mensonge. 
Négocier des heures entières pour lui faire admettre la réalité.

A la place, je lui ai bandé la jambe, l’esprit rassuré et en toute tranquillité. 

Et je ne l’ai plus entendu de la soirée. 

#LâchonsPrise
#Zen
#Stoicisme 



MERCI !

Une fois n’est pas coutume…

Mais j’avais vraiment envie de vous le dire…

MERCI !


Après cette semaine intense en émotions pour moi, je voudrais montrer ma reconnaissance et remercier  …

Mon maraaaaaaaiiiii, Patrick M., ma tendre moitié, qui a fait preuve d’un soutien exemplaire envers mon projet de reconversion professionnelle, et sans qui tous les emmerdements qui ont inspirés ce roman… ne seraient jamais arrivés. 

Ma psy, qui a eu le mérite et la patience infinie de m’écouter durant de longs mois et sans qui je n’aurais jamais réussi à passer le Cap (Mouhaha) de la maternité. 

Mes enfants, mon intarissable source d’inspiration, mes T’nT, plus explosifs que de la dynamite, mes Jujutrépides d’amour, mes merveilles terrestres, que j’ai parfois hésité à ramener au magasin, mais sans qui mon existence n’aurait plus aucun sens aujourd’hui. 

Les oranges et la vitamine C, sans qui ne n’aurais jamais tenu le coup. 

Martine D. qui par sa bienveillance et sa gentillesse m’a permis d’approcher la seule maison d’édition que j’ai réussi à convaincre de l’urgence absolue à faire paraitre mon manuscrit : Infolio. (Des visionnaires, cela va de soi.)

Et enfin… à vous toutes et tous. 
Mes lectrices et mes lecteurs : ma famille, mes amis, des inconnus… 
Parce que vos petits mots, vos commentaires, vos likes, m’ont donné le courage, ces quatre dernières années, d’écrire chaque jour pour essayer de vous amuser et de vous toucher au coeur… 
Ils m’ont donné la confiance nécessaire pour faire aboutir mon projet.

Affaire à suivre… 

Je vous souhaite un beau week-end. 
A lundi pour le tirage au sort du / de la gagant(e) !

8 clefs pour mieux comprendre les expats’

Je sais. 

Quand on galère toute l’année 

dans le métro 
ou sous le ciel gris parisien, 

c’est pénible. 


Je comprends. 

Nan, mais si, c’est vrai. 

Malgré tout, je voudrais aborder aujourd’hui un sujet qui revient très souvent autour de moi ces derniers temps : 
POURQUOI les expatriés ou les personnes ayant longtemps vécu loin de leur patrie sont parfois extrêmement agaçants dans leurs attitudes, aux yeux de ceux qui ont continué à vivre dans leur pays natal ? 

En préambule, et à de rares exceptions pathologiques près, je voudrais préciser que contrairement aux apparences, nous ne faisons pas exprès d’être énervants. 
C’est le décalage culturel qui s’est immiscé entre nous qui rend les choses compliquées. 
Il est vrai que les voyages ont le don de transformer les personnalités et les usages : vous nous retrouvez différents de ce que nous étions lorsque nous vous avons quittés… C’est perturbant. 

Voici donc, amis de part et d’autres de la frontière, une sorte de décodeur-traducteur entre les “Français de dedans” et les “Français de dehors”… Si je puis dire.

1- Le mélange de langues et autres anglicismes/espagnolismes/etc. ridicules : 
On n’y peut rien. 
Mais vraiment rien. 
Je vous explique : 
A force de parler, échanger, discuter dans une langue qui n’est pas la nôtre, on finit par prendre des plis linguistiques, par développer une gymnastique mentale où le français occupe de moins en moins de place. 
Et comme les seuls Gaulois qui nous entourent au quotidien sont dans le même cas, nous nous habituons, lorsqu’un mot ne sort plus naturellement, à le remplacer par celui qui au contraire, vient tout seul, sachant qu’il sera compris par la personne en face qui parle aussi la même langue étrangère. 
Cette attitude n’a VRAIMENT pas pour but de vous snober ni de vous prendre de haut : si je vous accorde qu’une certaine paresse intellectuelle sous-tend ce laxisme linguistique, il n’est en réalité qu’une forme de laisser-aller transformé en habitude inconsciente. 

Nota Bene pour l’Expat
Faire attention et prendre son temps quand il parle. Se reprendre s’il a dérapé.  

Nota Bene pour le Français de France :
Faire comme s’il n’avait pas entendu. Ne pas se moquer. 


2- La conduite automobile lunaire : 
Essayez de comprendre. 
Quand durant toute l’année vous roulez à gauche, ou dans des pays où les feux rouges et autres règles du code de la route n’existent pas, dans des endroits où les gens vous foncent dessus en permanence et où le jeu consiste – plus que d’aller d’un point A à un point B – à éviter d’emplafonner votre voiture sur le chemin… 
Le retour à la “rigidité giratoire occidentale” nous demande un petit temps d’adaptation. 
On ne cherche ABSOLUMENT pas à vous tuer. 
Et inutile de vous accrocher si fort à la poignée de la portière : l’envers positif du décor, est qu’en général, nous avons acquis de très bons réflexes. 

Nota Bene pour l’Expat 
Se forcer à rouler à 30 à 40 km/h moins vite que d’habitude. 

Nota Bene pour le Français de France :
Arrêter de hurler dans la bagnole. C’est pénible. 


3- La cuisine trop épicée :
Il faut le dire, c’est vrai. 
A force de manger des plats exotiques, on finit par avoir la main trop lourde en terme de piment des oiseaux, de poivre ou de curry par exemple. 
Une fois encore, notre palais à changé. 
On ne se rend plus compte, qu’en fait : ça pique. 
On ne souhaitait en AUCUN cas vous envoyer à l’hôpital avec une gastrite aigüe… Désolé…

Nota Bene pour l’Expat 
Revenir à la moutarde et au sel, uniquement. Au début, en tout cas. C’est plus safe. 
Pardon ! je veux dire, c’est moins risqué…

Nota Bene pour le Français de France :
Boire de l’eau. Ou du sucre en poudre, ça calme bien l’inflammation. 


4- L’obsession du pain, du fromage et du saucisson
Nous comprenons aisément qu’au bout de dix jours passés avec nous à avaler ce menu hyper diététique midi et soir sous prétexte “QU’ON-EN-TROUVE-PARTOUT-ICI” (asséné d’un air semi-hystérique), puisse vous sembler un tantinet lassant. 
Non, on ne cherche PAS à vous engraisser. 
Mais comprenez : on n’en n’a jamais de ces trucs-la, nous, là bas !

Nota Bene pour l’Expat 
Prendre sur soi et manger le saussiflard au petit dej. D’abord ça fait moins grossir. Et puis comme ça, pour les autres repas, on supporte plus facilement de s’en priver. 

Nota Bene pour le Français de France :
Offrir à l’expat’ un beau carton plein de ces machins, sous vide (pour éviter que le Snoopy de l’aéroport ne les reniflent illico à la douane). 
Ainsi, le voyageur anticipera moins la notion de manque à venir et sera plus à même d’accepter de manger autre chose. 


5- Les pulls en laines portés en été / les manches courtes en hiver :
Dépendament de l’endroit où vit l’expatrié sur le globe, il y a fort à parier qu’il a souvent très chaud ou très froid. Son corps s’adapte à ces extrêmes climatiques et ne supporte plus aussi facilement les températures opposées. 
On ne cherche en AUCUN cas à vous rappeler vicieusement que vous vivez 347 jours par an sous la flotte alors que nous passons notre vie en tongs ou juchés sur des caribous en bottes fourrées  : c‘est simplement qu’on a VRAIMENT froid / chaud. 

Nota Bene pour l’Expat 
Serrer les dents et rester en t-shirt, même si on se les gèle.  
Ou
Se forcer à garder sa parka, même si on crève de chaud. 
En signe de bonne volonté.

Nota Bene pour le Français de France :
Fournir le Doliprane qui sera très probablement nécessaire après cela. 
Ou
Ne pas faire mention du fait qu’on a les joues en feu. 


6- L’enthousiasme permanent du “tout est possible”
Bon. Là, soyons clair, c’est délicat à aborder si l’on ne veut froisser personne. 
Au contact de l’altérité culturelle, l’expatrié aura tendance à s’être libéré de certaines contraintes pratiques et autres limites psychologiques qui lui semblaient pourtant naturelles et évidentes lorsqu’il habitait encore chez lui. 
A l’étranger, les réseaux et la solidarité communautaire fonctionnent à fond. Les opportunités sont parfois plus nombreuses ou abordables. On finit par devenir optimiste de nature, par la force des choses, et à voir les occasions et la chance un peu partout.
A l’inverse, quand on reste longtemps dans une routine structurellement similaire, on a tendance à se focaliser plus facilement sur les difficultés. 
On ne cherche pas à transformer qui que ce soit ou à paraitre COMPLETEMENT perché avec nos rêves démesurés et irréalistes. On a juste pris un peu de recul. Et de confiance. 
C’est rafraichissant, non ?
Oui, bon…

Nota Bene pour l’Expat 
Réfléchir avant de parler et de trouver tout GENIAL. Modérer son enthousiasme sans l’étouffer. 
C’est chaud. 
Mais c’est pour le bien de tous. 

Nota Bene pour le Français de France :
Arrêter de grogner et de se plaindre en disant que rien n’est possible. 
C’est pas (tout à fait) vrai, en fait. 


7- La déconnexion par rapport à certaines réalités 
En général, l’expat’ ne comprend sincèrement pas pourquoi les serveurs du restaurant lui font la gueule et pour quelle raison ils mettent une heure avant de venir le voir. 
Il est hystérique quand un taxi lui claque la porte au nez “pass’qu’il va pas dans le 9ème.”
Il est abasourdit lorsqu’il lui faut attendre six heures avant d’être pris aux urgences.
Il s’étonne de devoir payer le kilo de tomates dix euros. Soit parce que là où il vit, elles valent un centime, soit parce qu’il habite à New York et qu’il trouve ça donné, en comparaison. 
C’est son petit côté Hibernatus. Il est parti depuis longtemps, il a vu d’autres façons de faire, d’autres types d’organisations. Il est complètement déphasé.

Nota Bene pour l’Expat 
Respirer à fond. Ça va aller. 

Nota Bene pour le Français de France :
Ne pas le regarder comme un extraterrestre. Un peu d’empathie, merde ! Il est “Lost In Translation” dans l’autre sens ! Zut. Pardon. rapport au point N°1. 

8- La relativité de la notion de “chez-soi”
Les expatriés, c’est un peu comme les salades hydroponiques : 
Ils ne développent pas leurs racines dans la terre comme les autres plantes, ils s’épanouissent dans le mouvement permanent et changeant de l’eau qui les mène sans cesse ailleurs. 
Donc quand ils disent “à la maison”, c’est partout. 
Ici et ailleurs. 
C’est là où ils vivent à l’étranger, c’est leur pied-à-terre français lorsqu’ils en ont un, c’est chez leurs parents, leur tante… Bref. C’est un peu le bordel, disons-le.
On ne cherche ABSOLUMENT pas à embrouiller qui que ce soit ou à se la jouer citoyen-du-monde-itinérant. C’est juste qu’on vit la valise à la main et le formulaire AGS greffé sous l’aisselle en permanence.  


Nota Bene pour l’Expat 
Préciser son propos. 

Nota Bene pour le Français de France :

Le regarder d’un air compatissant, même s’il ne sait plus bien de quoi l’autre parle. 


Vous voyez : c’est pas TRÈS compliqué…

Le secret des docteuses

” ‘Chuiiiii malâââââââde !!!

‘J’me sens pas bieeeeen dans mon cooooorps…

J’ai maaaaaaal partouuuuuuut…

Ça vaaa paaaaaas mamaaaaan !!!”


Tout a commencé il y a quelques semaines. 

Visiblement nos Jujutrépides subissent en ce moment de pénibles douleurs de croissance. 

Ils sont ronchons, fatigués, énervés, se plaignent à longueur de journée, trainent des pieds pour aller à l’école. 

C’est bien simple : on dirait des ados. 

Mais en p’tit. 
– “Mes chéris, vous avez mal parce que vous GRANDISSEZ beaucoup en ce moment. Okay ?! On a vérifié, tout va bien. Il faut que vous soyez patients. Et puis c’est une bonne nouvelle de grandir, non !?”

– “Naaaaaaaaan mamaaaaaaan, ze souuuuuuuuffre !!!!!”

– “Tancrède, c’est pas un peu fini, oui, ce cirque ?”

– “Mais ze veux aller à l’hôpitaaaaaaaaaal….”

– “On ne va pas à l’hôpital pour des douleurs de croissance. Je t’ai donné un anti-douleur, je ne peux rien faire d’autre okay ? Tu veux que je te masse un peu ?”

– “Naaaaaaaaan mamaaaaaaan, ze veut r’voir le docteuuuuuur !!!!!”

Un tantinet agacée, je prends sur moi pour rester calme. 

– “Mais enfin chéri, maman te soigne très bien. Aller, mange tes pâtes.”

– “Noooooon je veux le Docteur !!!”

– “Mais enfin, pourquoi !?”

– “PASS’QUE LUI IL EST PROFECHIONNEL ET IL EST MIEUX QUE TOI POUR M’SOIGNER ! 

Intérieurement, je bous : d’où at-il encore appris un mot pareil, ce petit énergumène ? 
Je réponds à la place : 

– “?!?!?!?! Mais ! Mon amour ! En cinq ans, on a visité pratiquement tous les hôpitaux et les cliniques du monde ! Alors pour les petits bobos, je sais ce que je fais maintenant, tout de même !”

Limite (très) vexée la mum, à ce stade. 

Mais le misérable ne comprend visiblement pas le sous-entendu. 
Il en rajoute : 

– Oui mais TOI, t’es pas une VRAIE DOCTEUSE !!!!

– “?!?!?!?!”

” Bin koâ !? : 
Est ce que t’as été à l’école des docteurs ? Non !
Est ce que tu sais recoudre les ventres et tout ça ? Non ! 
Est ce que tu sais faire les piqures ? Non !
ALORS T’ES PAS DOCTEUSE.”

CQFD.

#IlsM’EnerventMaisQu’estCeQu’IlsM’Enervent

#BientôtIlsVontMeDemanderMonDiplômeDeMère

#IlsFerontMoinsLesMalinsPourLesRappelsEnOctobre


Stupeur et ronflements

Disons-le franchement :
J’ai eu la PEUR DE MA VIE.



Sur le moment ET à posteriori.

La semaine dernière, le père des Jujutrépides est parti en voyage professionnel durant trois jours. 

Comme à chacune de ses absences, j’ai taché de me concentrer sur la seule bonne nouvelle de cet état de fait : j’allais pouvoir roupiller tranquillement et récupérer un peu. 
Peinarde, sans ronflements dans les oreilles pour me maintenir éveillée des heures durant, jusqu’au coeur de la nuit. 
(Désolée chéri, mais cette information a son importance pour la suite de l’histoire.)
C’est donc avec plaisir que j’ai couché les Jujutrépides, terminé de taper mes articles et éteint la maison, avant de sombrer avec délices dans les bras de Morphée.
(Chéri, c’est une métaphore.)
Sur les coups de 4 ou 5 heures du matin, j’ouvre subitement les yeux, comme si mon cerveau m’avertissait d’un danger.

Il fait encore nuit noire dans la pièce. 

Silence dehors.

Je ne bouge pas. 

En revanche je perçois, tout proche de moi, le bruit d’un souffle rauque et irrégulier. 

Encore à moitié ensuquée dans le sommeil, je comprends au bout de quelques secondes que je suis sensée être seule dans le lit, cette nuit-là !

Un scénario de cauchemar envahit immédiatement mon esprit. 

C’est l’Afrique du Sud… Avec tout ce qu’on entend, il est difficile de garder les idées claires.
Je cherche à visualiser où j’ai posé le panic button. 

Sur la table de nuit. 

Vite. 

Non, tout doucement. 

Je tends imperceptiblement la main hors du lit.

Je me souviens alors que j’ai posé la canne de fenêtres derrière la tête de lit, il y a de cela quelques jours, après avoir ouvert les louvres de la chambre qui se trouvent en hauteur, inaccessibles, au dessus de la baie vitrée. 

Ça ferait du bon boulot, me dis-je.  

Je décide de m’en emparer. 

Je m’apprête à bondir hors du lit, conditionnée mentalement à écraser simultanément du pied l’interrupteur de la lampe, du doigt le boitier d’appel au service de sécurité et de l’autre main, saisir ma batte de fortune, réfléchissant déjà à la manière dont je pourrais atteindre la chambre des enfants. 

Mais je réalise soudainement que ce que j’entends ressemble à s’y méprendre au ronronnement d’un chaton, plus qu’à la respiration stressée d’un braqueur. 

L’un des chats du voisin se serait-il faufilé dans la maison, avant de venir s’endormir dans mon pieu ????
Un guépard du bush environnant se serait-il aventuré dans le jardin avant de prendre ses aises dans la baraque ?
Mais comment ?!?!?
(Je sais. À une heure pareille, on n’a pas les idées très claires.)

Je décide d’allumer doucement la lumière, le panic button en main :

Je découvre mon fils Trystan, endormi du sommeil du juste, la bouche ouverte et le nez visiblement pris, un filet de bave le long du menton, ronflant paisiblement. 

Pour la première fois depuis sa naissance, je ne l’ai pas senti ni entendu se glisser dans mon lit. 

Je m’aperçois qu’il s’en est fallu de peu pour que j’ameute tout le quartier avec ma sirène. 
Et, accessoirement, pour que j’estourbisse mon fiston chéri. 

Vivement que leur père rentre, ça me rend un peu dingue cette affaire. 

Trop de gens qui t’aiment

MAIS MAMAN !

Tu m’le dis BEAUCOUP TROOOOOOOP !!



– “M’enfin, Trystan, ça ne fait pas partie des choses que l’on dit assez, voyons. 
D’ailleurs : ON NE LE DIT JAMAIS ASSEZ, tu comprends !

– “okay, okay, okay, maman !”

– “Pourtant, c’est simple.”

– “Oh lala, mais maman, c’est bon, main’nant, z’ai compris, j’te dis !”

Je sens mon coeur qui se serre.

– “Vraiment ?…”

– “Bah oui, VRAIMENT VRAIMENT. Z’ai bien compris, c’est bon, tu peux arrêter.”



Mon fils me reproche de TROP LUI DIRE QUE JE L’AIME. 

Oui, oui, z’avez bien lu. 

Vraiment, les gosses, c’est ingérable. 

Mais l’autre jour, j’ai refusé de m’avouer vaincue. 
J’ai embrayé, borderline mère culpabilisatrice-qu’a-pas-bien-intégré-la-leçon-de-sa-dernière-séance  : 

– ” Tu sais, IL Y A DES MILLIONS D’ENFANTS à qui personne ne le dit jamais, et qui seraient heureux d’entendre ça, eux !!!!!”

Evidemment, je regrette immédiatement ma saillie de psychopathe. 
J’enchaine : 

“… M’enfin bon… Si tu as confiance et que tu l’as bien compris, c’est … C’est super.”

Mon fiston presse sur son canard en plastique. 
Il est dans le bain.

– “Oui maman, t’inquiète pas, je le sais et ça va très bien.”

– “Ok. Parfait.”

– “Parfait.”



Plic. Ploc. Plic. Ploc. Plic.

Des gouttes coulent encore du robinet dans l’eau de la baignoire, brisant ainsi à intervalles réguliers, le silence qui a subitement empli la salle de bain.

Soudain, mon fils tourne son visage vers moi. 
Il a le sourcil droit relevé et le sourire en coin, l’air goguenard.

J’ai conscience que, de mon côté, j’arbore probablement malgré moi des yeux de chien battu, le gant de toilette plein d’eau, dégoulinant pathétiquement le long de mon bras.

Il me regarde avec affection et me lâche alors, tout doucement : 

– “Boooooon… D’accooooord. Tu peux continuer à m’le dire…
Si ça t’fait du bien…”

Il a 5 ans et il a tout compris…
Pardon mon fils… Ta maman est un boulet émotionnel.



La mort du poisson rouge – Chapitre 2 (l’enterrement)

Je vous le disais hier, 

le poisson rouge de mon fils 

s’est éteint. 


Une fois passés les premiers moments d’horreur et de peine, j’ai malgré tout réussi à trainer mes fils et à les déposer à l’école A l’HEURE, ce qui – vous pouvez me croire – n’était initialement pas parti pour être une mince affaire.
Surtout lorsque Tancrède a découvert la scène de crime dans l’aquarium. 

Le frangin ayant fort subtilement placé sur mes frêles épaules le fardeau et la responsabilité colossale des funérailles, j’ai donc commencé par le commencement : placer le décédé au frigo, dans un tupperware. 

La morgue, version mère de famille. 

Bah oui, pour la conservation. 

Il fait chaud en ce moment au Cap…

Enfin, bref.

J’ai ensuite demandé conseil à des spécialistes : 
Les mères d’enfants de 8-10 ans, expertes dans ce genre de situations halieutiques extrêmes.

Solidaires, celles-ci ont accepté – pour me venir en aide – de former un groupe de réflexion et de brain-storming ponctuel, au milieu de la cour de récrée. 

– Copine 1 : “Ah zut. Le poisson est mort !?”

– Moi : “Bin oui.”

– Copine 1 : “Et c’est bon, t’as parlé du Paradis-des-poisson-rouges, toussa ?”

– Moi : “Euhhhh ? Ah d’accord. Je note.”

– Copine 2 : “Hum. Tu les as trop nourris, c’est ça ?”

– Moi : “Hein ?!”

– Copine 2 : “Bah oui, ces machins là ça donne tout le temps l’impression d’être affamé, mais en fait, c’est le piège : trop de bouffe et COUIC. sur le dos.”

– Moi : “Ahh… Ah bon. Couic sur le dos ? Je savais pas.”

– Copine 3 : “Et du coup, tu optes pour quoi ?”

– Moi : “J’opte pour quoi ???? Quoi, quoi ?”

– Copine 3 : “Bin l’enterrement, voyons ! Chiottes ? Poubelle ? Incinération ? Mise en terre ? Mise en mer : genre l’EN-MER-EMENT ? T’as plein de choix possibles, tu vois ce que je veux dire !?”

Là, je me fais la réflexion intérieure suivante : ah oui, quand même. Les nanas, à ce stade, elles ont de la bouteille… Sans mauvais jeu de mot…
Ça sent le vécu, tu vois tout de suite qu’elles maitrisent la situation. 

Je me dit surtout que je m’engage dans la voie de l’EN-MER(D)EMENT maximal…
Entre temps, une autre prend la parole : 

– Copine 4 : “Nous, on les avait mis dans des boites d’allumettes, sur lesquelles on avait collé une petite fleur du jardin et on les a ensuite envoyées voguer dans les flots, c’était beau.”

– Copine 2 : “C’est vrai que c’est poétique, du coup.”

– Copine 1 : “Oui, comme ça ils en garderont un bon souvenir !”

– Moi (submergée par la vague, si je puis dire !) : “Euhhhh… Bon d’accord… Merci les filles.”

Après-midi. 
Récupération des Jujutrépides à l’école. 

Tancrède ouvre la porte de sa classe. 
Il me découvre sur le perron. 

Effondrement en pleurs. 

– “Mamaaaaaaa !!! Alors main’n’ant ON VA LUI FAIRE SA FÊTE A SUSHIIIIIII ?!?!?”

Restons sérieux. 
J’ai envie de lui dire “Bin, c’est déjà fait mon pauvre chéri…”
Mais je me retiens. 
Ne SURTOUT pas sourire. 

– “… Tu veux dire sa cérémonie, mon amour ?”

– “Vouiiiii ?!?!?”

Intervention de Trystan, clairement inquiet : 

– “Maman ! Et comment va Orangina ? T’as vérifié ki’ flottait pas ??…”

Devant le terrible sérieux de sa mine, je n’hésite pas une seconde et joue le jeu intensément : 

– “Ecoute, il tient le coup mon coeur. Ça va.”

Soulagement des garçons, visiblement angoissés à l’idée d’un second décès. 
J’enchaine : 

– “Bon alors voilà ce que je vous propose mes trésors : nous allons aller à la plage. Nous allons regarder Sushi et lui dire que nous l’aimions bien fort, qu’il nous a donné beaucoup de bonheur pendant qu’il était avec nous, et qu’on lui souhaite plein de bonnes choses pour la suite, au Paradis des poissons rouges. Okay ?”

Réponse collégiale : 

– “Okay, maman… Super idée.”

Là tu te dis “les copines, y’a que ça de vrai, quand même.”


Voici donc la dernière demeure de Sushi, chers amis :
L’Océan Atlantique, dans la baie de Camps Bay, au pied des 12 Apôtres. 

Crédits : Baptiste Herbert
Y’a pire. 

Prévoyante, j’ai d’ailleurs officiellement baptisé cet endroit “le cimetière des poissons”.

Au cas où. 

Pour la suite. 

Les enfants, ça a besoin de routines auxquelles se raccrocher…