Juju-Bashing

7:50, 

en ce samedi matin 
ensoleillé.


Nos Jujutrépides m’ont tiré de mon sommeil. 

Je ne me plains pas, 8:00 ça touche pratiquement à la grasse mat’.

Je me traine péniblement jusqu’à la cuisine où je les trouve en train de préparer leur petit-déjeuner. 

Des miettes de cheddar bien gras éparpillées partout au sol et sur le plan de travail, mélangées à celles du pain.  
De grosses gouttes de chocolat au lait disséminées sur le carrelage, entre le frigo et le bar, visiblement laissées lors du transport du bol. 

Rien que de très habituel. 

– “NON Tancrèd’ ! Pour k’le fromaze’ y’ fonde bien, y’ faut k’tu coupes des PETIITS morceaux, tu comprends !? TOUT FINS “

– “NAAN mais Trystan si j’fais ça, on sent pu l’goût du fromââge après !”

– “Mais Tancrèd’, c’est la massss’ine qui va l’faire fondre !”

– “La mââCHine elle faire fondre n’importe quelle taille de fromââge !”

– “NOON Tancrède, tous les fromazes’ sont pas les mêmes, tu comprends pas !!”
Engueulade sur la manière de cuire la tartine de fromage fondu, donc. 

C’est sur ces entrefaites que j’ai débarquée, les yeux encore gonflés de sommeil. 

Durant les quelques pas qui m’ont menés de ma chambre à la cuisine, j’ai pu percevoir l’escalade dans le ton et dans l’intensité de leur échange. 

Et aussi l’effort particulier de Tancrède pour prononcer correctement les “ch”, les “s” et les “g”, quand Trystan, se sachant seul avec son frère, c’était laissé aller sans vergogne à ses distorsions phonétiques habituelles.  

Au moment où mes fils me voient arriver, nous en sommes aux hurlements. 

– “MAMAAAN !!! TANCRED’ IL EST INSUPPORTABLE, IL ECOUTE Z’AMAIS QUAND ON LUI PARLE !!!!

Avant même que j’ai pu intervenir, la réponse cruelle, impitoyable et sans appel de son frangin : 

– “OUAIS ET BIN MOI AU MOINS JE ZOZOTE PAS !!!!

#JujuBashing
#MangeToiCaLeChien
#DieuQueLesEnfantsSontCruels
#DuCalmeMesChéris
#HierAmourAujourdhuiCastagne

L’Amour avec un A

Je faisais un peu de tri dans

les tiroirs de la salle de bain l’autre jour, 

quand mon fiston est discrètement venu me rejoindre.


– “Mamaaaan… ?”

– “Oui chéri ?”

– “J’voudrais te parler.”

– “Mais oui bien sûr mon coeur, qu’est-ce qui t’arrive ?”

– “Bin.. j’voulais t’dire… J’trouve que tu préfères trop Trystan en c’moment…”

– “?!?!?!?!?!?!?

Là, t’es au bord de l’arrêt cardiaque. 
De la crise de panique. 
Et de l’hyperventilation.
Réunis. 

Ça fait cinq ans que tu comptes le nombre d’amandes et de pistaches que tu mets dans leurs goûters tous les jours pour être sûre que tu ne lèses personne. 

Ça fait cinq ans que tes gosses, c’est comme le pain et le fromage : quand t’en bisoutes un, tu veilles à embrasser l’autre puis à re-caliner le premier histoire de finir le second. 

Au plus profond de ton coeur – même si tu sais qu’il est plus facile de raisonner et d’échanger avec l’un que l’autre – ton amour pour chacun est évidemment immense, infini et tout aussi puissant. 

Bref. 

En gros, tu tombes de la chaise sur laquelle tu n’étais même pas assise.

Le monde s’écroule. 

Tu te dis que, si le pauvre gamin a été amené à penser cela, c’est que tu es la pire mère du monde ENTIER… 

– “Mon amour….. Mon chéri… Mon trésor….”

Le môme a disparu dans mes bras, il étouffe littéralement sous la pression involontaire que j’exerce sur lui, comme si cela pouvait le faire changer d’avis et d’impression, comme si de sentir mon amour dans son corps pouvait lui faire oublier ce qu’il a ressenti dans le coeur… 

– “Mon adoration, je suis triste et vraiment désolée que tu ressentes ça. En vrai, je t’aime immensément, intensément, plus que l’océan et le ciel, et surtout autant que ton frère, tu entends !”

Il lève son petit visage vers moi et me regarde dans les yeux. 

– “Pas plus ?…”

Je sens tout son être qui se tasse. 
Ses épaules qui s’effondrent vers le sol. 
Un sourire triste sur sa bouche. 

Je suis désemparée. 
Je perds mes moyens. 
Je suis perdue, dans ma tête tout est blanc, je panique. 

Alors, comme souvent quand je perds le nord, je prononce les mots que l’on attend de moi, juste pour apaiser et cesser de voir l’autre souffrir :

– “… Mon amour… Je… Si… Tu es mon petit garçon préféré de toute la terre… Mais ne le dis pas à ton frère d’accord ? Ça… Ça pourrait lui faire du chagrin.”

A peine ai-je achevé ma phrase que je le sais : au fond de moi, je n’aurais pas dû. 

Je regarde mon fiston qui s’éloigne, revigoré, calmé, ragaillardi…

Je commence déjà à angoisser à l’idée des conséquences de mes paroles.

Je passe tout l’après-midi avec eux, collée à leurs tongs, pour éviter que le sujet ne revienne sur le tapis. 
Le temps – illusoire – que Tancrède oublie notre conversation. 

Arrivé le soir, après nos rituels habituels, je les mets au lit dans leur couchage superposé, puis éteins la lumière. 

Je ne peux alors m’empêcher de rester là, derrière l’encadrement de leur porte, assiste, immobile et parfaitement silencieuse, sur la marche qui mène à leur chambre. 

Comme toujours, se croyant seuls, ils entament l’échange nocturne de quelques minutes qui leur permet de s’endormir apaisés. 

J’écoute, le coeur battant, craignant l’évidence :
– “Trystan…”

– “Quoi Tancrède ? 

– “Tu sais z’ai parlé avec maman t’t’a l’heure…”

Je me relève d’un bond. Mais avant d’avoir pu intervenir :

– “Et elle m’a dit qu’elle nous zaimait très fort…Mais TOI encore plus fort que moi.”

Je n’en crois pas mes oreilles. 
J’avais si peur qu’il ne trahisse notre conversation… Et finalement… Mais pourquoi ?
Mon corps dégouline le long du mur jusque sur la marche. 
Son frère ajoute alors :

– “Tancrède… Tu sais… C’est sûr k’t’as mal compris : je SAIS qu’elle nous zaime PAREIL, maman. T’inquiète pas.”

– “…” 

– “Okay ?”

– “Okay Trystan, t’as raison.”

En quelque secondes, j’ai pu entendre le souffle calme et régulier de Tancrède, visiblement serein. 

Bientôt les ronflements discrets de son frère l’ont rejoint. 

Je suis restée assise un bon moment sur le carrelage glacé.  
Longtemps après qu’ils se soient endormis. 

L’infinie tendresse, l’amour incommensurable des jumeaux…
Sont des émotions qu’il est parfois difficile de comprendre. 

Découvrir La Ferme

Amis de Cape Town,

vous avez VRAIMENT envie de leur faire plaisir, 

à vos moutards ?

Mais VRAIMENT ? 

J’ai spoté pour vous LE lieu où vous les rendrez fous de joie. 

La Ferme, à tout juste une heure de route du Cap. 

Une impression de bout du monde, à quelques dizaines de kilomètres seulement de chez vous. 

Imaginez des cabanes toute en lambris et en bois, sur pilotis dont la terrasse et l’immense baignoire panoramique donnent sur les montagnes .. 

Votre dernière vision avant de vous endormir. 
Nota bébé
Juste, pour les frileux/frileuses : les cabanes sont adorables et bien conçues, mais y’a pas mal de courants d’air. Ils proposent des bouillottes et des couvertures en hiver, mais enfin pour ceux qui ont besoin de leur petit confort++, attention, c’est ultra convivial et sympathique, mais c’est rustique ! 
Imaginez une propriété magnifique, au milieu d’une forêt d’eucalyptus, entourée par les montagnes du Drakenstein dans lesquelles randonner, et où coule la Berg River. 

(quasi) Pleine lune en plein jour…
Un parc immense, entièrement clôturé – pour les gosses un peu trop entreprenants – planté d’arbres fruitiers de citronniers dans lequel les parents peuvent laisser gambader et explorer leur progéniture sans inquiétude :

Trois bassins poissonneux, remplis de bars, de carpes et de truites dans lesquels pêcher. 
Attention seules les truites – qui requièrent un matériel éventuellement prêté par la ferme dont les gérants sont charmants et très pédagogues, ainsi qu’une technique de pêche très spéciale – sont mangeables, les autres poissons doivent être remis à l’eau. 


Patience, calme, concentration, minutie, coordination… 
La pêche réunit à elle-seule un nombre impressionnant de qualités à développer et, lorsqu’elle est couronnée de succès, apporte une joie immense et une fierté indicible aux petits ! 

L’endroit est un véritable paradis pour les mômes avec sa jolie piscine bleue… 


… Ses balançoires. 

Des oies qui se baladent partout, barbotent et s’envolent au gré du vent (ou des gosses qui les terrorisent, c’est selon…) :

Les chiens des propriétaires adorent les enfants et apprécient qu’on leur jettent la baballe durant des heures sans se lasser…

Et les lapins supportent sans sourciller – ni faire d’attaque cardiaque – leurs câlins un peu trop entreprenants…

Et puis il y a le silence… Interrompu uniquement par le vent dans les arbres, qui fait claquer les branches les unes contre les autres, et les cris des babouins alentours qui communiquent entre eux. 


L’endroit fonctionne en self catering, et chaque maisonnette est équipée de sa cuisine ainsi que de tout le matériel pour braaier. Donc venez avec vos courses. 
En cas de pêche infructueuse et pour dénicher un plan B, rien de plus simple, puisque le lieu se trouve à moins d’un quart d’heure de Franschhoek qui regorge en délicieux restaurants. 

Le bon plan familial, les amis !

Quand les Jujus s’improvisent vétérinaires

Si on disait 

k’on jouait au docteur ? 


Bien évidemment, comme toujours, la version jujutrépidesques de ce simple et très classique jeu d’enfants ne manque pas de … piquant. 
(Pour comprendre la blague, lisez la suite.)

J’étais exceptionnellement allongée l’autre fin d’après midi, terminant un article sur mon ordinateur, lorsque j’ai aperçu les Jujutrépides traverser subrepticement ma chambre à quatre pattes, une autruche en peluche à la main raclant le sol avec eux, le long de mon lit, croyant ainsi passer inaperçus. 


Naturellement, avec leurs petits popotins qui dépassaient au bout du matelas, et leurs chuchotements moyennement discrets, l’opération s’est avérée assez ratée.    

J’ai malgré tout joué le jeu et laissé faire mes deux petites énergumènes, pressentant là un sujet générateur de post potentiel pour le blog. 

J’avais vu juste :

Une fois qu’ils ont disparu dans ma salle de bain, je me suis levée sans bruit, puis placée juste derrière l’encoignure de la porte, afin d’être en mesure de les écouter sans être repérée. 

– “C’est bon : maman, elle travaille, là, Tancrèd’. On est tranquilles !

J’ai acquis avec certitude ce jour là que toutes les bêtises de mes fils relevaient définitivement de la préméditation la plus absolue. 

– “Tu crois ? Pass’qu’elle dormait pas du tout hein !.

– “Nan, c’est bon, vas y.

– “Okay, Wouala.

Bloquée derrière la porte, ne pouvant voir ce qui se tramait, j’ai vraiment hésité à rentrer. Finalement, j’ai décidé d’attendre encore un peu.
Ils ont alors débuté leur scénario médical, comme le font si bien les enfants de cet âge qui se racontent des histoires :

– “Ooooh la pauuuuuvre petite autruuuuche… Elle est malade… Keskon va faire Tancrèd’ ?

– “Bin on va lui donner du DOLIPRANE !

J’entends le bruit d’une boite en carton qu’on ouvre. Je suis au bord d’intervenir, visualisant déjà leur bestiole à poils synthétiques dégoulinante de sirop rose. 
Mais son frère enchaine : 

– “Ah NON, ça c’est quand on a la fièvre. Elle a pas la fièvre là l’autruche !”

– “Mais on en sait rien Trystan ! Viens, on va lui prendre sa température d’abord, pour êt’ sûrs !

– “Ok. Tiens, vl’à le termomèt’! Mais r’garde, elle a pas d’fesses, comment on va faire ? 

– “Mais non Trystan, c’termomèt’ là y’ va dans l’oreille, tu t’souviens ? 

– “Ah oui c’est vrai… 
Bip Bip Bip. 
La machine rend son verdict. 
Je me dis qu’on ne va pas être déçus du voyage. 

– “TRENTE DOUZE QUATRE VINGT ! Ou la la ! C’est chaud !! 

Effectivement. 

– “Bah on donne le Doliprane alors ?! 

Dernière ma porte, je m’émerveille silencieusement devant la justesse de leur analyse et de leurs réflexes médicaux. 
Il faut avouer qu’ils bénéficient d’une certaine expérience en la matière. 

– “Nan mais p’t’êt’ que c’est pas une infection qu’elle a, mais une patte cassée, en fait. P’têt’ ? 

Ah. Première erreur de diagnostique, mon fils, me dis-je tout bas.

– “Bon, pour êt’ sûrs, on va lui mettre un bandage. ‘Faut pas k’sa jambe bouge. 

J’entends qu’on s’active dans l’armoire à pharmacie. 

– “Voilà. Elle est toute bien bandée. Maintenant keskon fait ? 

– “Je pense que faut lui donner des antibiotik’, avec une piqure, ça marchera plus vite, tiens donne-la moi !  

Naturellement, c’est le moment que j’ai choisi pour m’interposer entre eux et la seringue sous vide dont ils s’apprêtaient à déchirer l’emballage… 

On ne s’ennuie jamais avec nos enfants. 

#SurtoutResterSerin(gue)

Les hommes et la douleur

Je m’apprête tout juste

à m’endormir. 


Ma tendre moitié est allongée, étalée en travers de notre lit, au dessus des draps. 

La bouche ouverte, les yeux dans le vague, les bras en croix.

Visiblement, il vient de subir le supplice du même nom, et agonise en produisant des bruits de gosier étranges. 

– “Chériiiiiiiie… Je souuuuuuffre…”

– “Hum ?”

– “… S’il te plait, tu veux bien aller me chercher un patch et me le mettre dans le dos… ?”

– “Qu’est-ce qui t’arrive ?”

– “J’ai maaaal à la goooorge…”

– “Okay.”

Je reviens et lui applique son cataplasme. 

– “Chériiiiiiiie… T’as du Doliprane siteuplé… ?”

– “Tiens.”

– “Baaah… Avec une bouteille d’eau…?”

Là, t’as quand même envie de lui rappeler que t’es sa femme, pas son infirmière.

– “Dis donc, mon amour, t’as une angine visiblement… Mais t’es pas amputé des deux jambes, si ?”

– “T’es pas très gentille…”

– “Hem…”

– “Juste… Tu peux… Un verre de jus de citron pressé frais avec du sel… Steuplé… Oui ? Merci ma chérie…”

Je reviens avec la mixture de désinfection demandée.

– “Voilà. Tu vas survivre, tu penses, mon amour ?”

Devant mon ironie éclatante, je m’attends à ce qu’il m’oppose des yeux noirs ou – avec un peu de chance – qu’il sourie. 

Mais il me répond le plus sérieusement du monde : 

– ” Je sais pas… J’ai tellement mal, TU N’IMAGINES PAS…”

Un peu interloquée, je décide prudemment de ne pas répondre à la provocation et d’aller m’allonger. 

Naturellement, sans revenir sur un chapitre précédant déjà abordé sur ce blog (ici), moins de quatre minutes ont suffi pour qu’il s’endorme et entame sa merveilleuse séance de ronflements-étouffements. 
Aucune raillerie de ma part dans ces lignes, le pauvre bénéficiant évidemment de lourdes circonstances atténuantes ce jour-là. 

Inutile toutefois de vous préciser que j’ai – de mon côté – assez peu fermé l’oeil, cette nuit-là. 


Au moment de la sonnerie à 6:45 du matin, j’ai donc péniblement sorti le bras du lit pour faire taire celui-ci… Le réveil, bien sûr, pas le mari, chez qui la peine s’est rapidement avérée totalement perdue. 



– “Hello chéri. Tu te sens mieux ce matin ?”

– “Bonjour mon coeur… Oui ça va mieux… C’est dingue hein… PASS’QUE HIER SOIR, J’ÉTAIS QUAND MÊME À L’ARTICLE DE LA MORT.”


Question

Si l’on considère que Dame Nature nous a tous biologiquement et historiquement conçus pour faire face à des situations de stress et de douleurs ancestrales – i.e. l’accouchement pour les femmes et les blessures par encornement de mammouth laineux chez les hommes – POURQUOI se fait-il que nos amoureux perdent toute dignité dès qu’ils ont le nez bouché ou mal au crâne ? 

Merci de vos retours. 


PS 1 : Je SAIS que c’est une question de nombre de récepteurs de la douleur présents dans le corps… M’enfin on peut en rire deux minutes, quand même. 

PS 2 : Franchement, entre nous, c’est encore une inégalité épouvantable. Surtout lorsqu’on pense que les médicaments et tout le système de prise en charge médical de la douleur sont basés sur des tests effectués sur des hommes…
M’enfin ça, c’est un autre débat. 

A la rencontre d’un des derniers Buschmen d’Afrique du Sud

Aujourd’hui, j’ai envie de vous parler 

d’une rencontre que j’ai faite cette semaine. 


Une rencontre exceptionnelle. 


Lorsqu’on découvre l’Afrique du Sud, l’histoire qui nous est contée commence souvent à l’arrivée des premiers Européens au Cap, les Portugais Bartolomeu Dias et Vasco de Gama notamment, à la toute fin du 15ème siècle. 


Si des échanges ont lieu avec les populations indigènes, longtemps appelées de façon réductrice et impropre les “Hottentots”, leur rôle n’est vraiment signalé qu’à partir de 1510, lorsque les tribus locales commencèrent à refuser les conditions inacceptables de troc qui leur sont imposées, et massacrent tour à tour les Portugais puis, dans la seconde partie du 16ème siècle, les Hollandais de passage dans la région. 

Pourtant, les San ou Bushmen, et les KhoiKhoi – qui signifie “homme des hommes” ou “tous premiers hommes” – sont parmi les plus anciens peuples d’Afrique australe, présents dans la zone depuis plus de 30 000 ans. 

Ces deux principaux groupes autochtones de chasseurs-cueilleurs semi-nomades sont très similaires de part leurs caractéristiques physiques (petits et fins, à la peau cuivrée et aux pommettes très saillantes), leur culture et leur spiritualité en osmose avec la nature, leurs langues (celles des clics et consonnes claquantes) ainsi que de leur style de vie. 
Ils se différencient surtout par la connaissance et la pratique de l’élevage chez les KhoiKhoi. 

Historiquement, leur présence s’est trouvée menacée une première fois durant les cinq premiers siècles après JC, lorsqu’une vague de populations de langues Bantoues, maitrisant la métallurgie du fer et venue du centre de l’Afrique, a progressivement assis sa domination au sud du continent. 

C’est ensuite l’installation définitive des colons hollandais au milieu du 17ème siècle qui a largement contribué à accentuer leur disparition – liée essentiellement au choc microbien et à l’esclavage mis en place par les Boers – ou à les repousser vers le désert du nord du pays : le Kalahari. 
C’est là que fut filmé le fameux long-métrage “Les dieux sont tombés sur la tête” qui connut son heure de gloire en France au début des années 1980… 

Objets de fascination de la part de nombreux anthropologues et scientifiques de l’époque, leur observation a conduit à la génération de nombreuses thèses racistes qui seront plus tard reprises lors de l’apartheid, et même à des errements d’une rare violence, tel celui de la fameuse Vénus Hottentote, célèbre pour sa stéatopygie – hypertrophie des hanches et des fesses – ramenée en Europe pour servir de bête de foire dans les zoos humains prisés de cette époque coloniale durant laquelle les peuples indigènes n’étaient pas considérés comme des humains à part entière. 

L’arrivée des Britanniques au début du 19ème siècle a encore accentué le déclin de leur style de vie, notamment du fait de l’industrialisation de la région, lentement grignotée par l’organisation urbaine, et des spoliations systématiques des terres, aggravées sous le régime d’apartheid en vigueur durant toute la seconde moitié du 20ème siècle. 

En 1994, à l’arrivée de Nelson Mandela au pouvoir, une courte politique de réappropriation territoriale, très limitée, fût mise en place jusqu’en 1998. 

Réduits à quelques dizaines de milliers d’individus, les derniers Bushmen d’Afrique se trouvent maintenant au nord du pays, dans le désert du Kalahari qui s’étend aussi en Namibie et au Botswana. 

L’un des leurs, prénommé Xoma, “résiste encore et toujours à l’envahisseur” au coeur de Hout Bay, dans la partie sud du Cap. 


Né en 1965 en plein apartheid, il a comme tant d’autres aborigènes de sa génération, vécu une enfance conditionnée par les autorités de l’époque à parler en Afrikaans, battu lorsqu’il tentait de parler sa langue maternelle, le Korana. 
Lors de la chute du régime d’oppression il a souhaité retrouver ses racines ainsi qu’un terrain sur la montagne sacrée de sa tribu : Sentinel Peak ou Horry Quagga Mountain dont la valeur spirituelle est très importante pour les KhoiKhoi. 
Elle représente le visage allongé et endormi de leur aïeul, dont le corps (le bas de la montagne) plonge dans l’océan, créant ainsi le lien entre la nature et les hommes. 
Le lieu est également riche en poissons, otaries et autres ormeaux essentiels à son alimentation et à son style de vie, et dont l’interdiction de pêche lui est bien égale puisqu’il considère qu’il s’agit de ses biens, hérités de ses ancêtres. 

Il s’est aussi réapproprié le style vestimentaire traditionnel de sa tribu :
Corne d’Oryx pour sa canne, peau de Puff adder (l’un des serpents les plus venimeux du pays) et pics de porquepics pour son couvre-chef, peau de vache ou d’impala chassé lors de l’une de ses longues marches spirituelles dans le bush avoisinant…

Il a lutté avec quelques uns de ses compatriotes contre un projet de rachat privé américain (financé par… Donald Trump !) d’urbanisation de luxe de ce pic sacré en 2010, faisant courageusement face à l’armée sud africaine alors envoyée pour les déloger à coup de balles en caoutchouc. 
Sa ténacité et celle des siens à payé puisque le projet a été abandonné pour de bon.

Xoma est même parvenu, grâce à sa nouvelle notoriété, à se faire financer par l’état sud africain une maison “ecofrienly” (écologique et durable dans sa construction et ses matériaux), façonnée dans le respect de ses convictions traditionnelles (orientation, ouvertures, circulation de l’air, etc) au pied de la colline magique, entourée de ses animaux d’élevage.
La vue panoramique sur le port de Hout Bay en prime !

Sa collection de bonzaïs, plantés dans des coquilles d’ormeaux.
Rien ne se perd…

L’intérieur de sa maison est un étonnant mélange de traditions et de modernité. 
Sa force est d’assumer avec confiance et décontraction l’alliance entre ce qui peut paraitre comme deux notions opposées, mais qu’il parvient à réunir autour du concept d’utilité pratique. 
Quand la technologie lui facilite la vie, il prend : l‘électricité pour voir clair la nuit et lire, le téléphone pour appeler sa famille dans le Kalahari, les lunettes de soleil pour protéger ses extraordinaires yeux bleus ultra sensibles à la lumière, hérités de son arrière-grand-mère et de la tragique et violente histoire coloniale…
Lorsqu’elle risque de l’envahir et ne lui apporte pas assez de bénéfices immédiats, il la refuse. 

Il a également ouvert une clinique médicale, tenue par sa femme, pour les plus pauvres du quartier et essentiellement basée sur leurs connaissances des plantes médicinales.

La sauge pour la purification bactérienne et spirituelle de l’espace et pour confectionner des matelas plus doux et moelleux que le coton, qui éloigne tous les insectes et les parasites, tout en soignant les affections cutanées durant la nuit quand la peau est en contact avec la plante.  
L’ail sauvage pour éloigner les mauvais esprits et lutter contre les affections de l’hiver. 
Le Buschu, plante “miracle” typique et endémique de la région qui soigne aussi bien la pression artérielle, que le diabète et les infections respiratoires. 
La carotte jaune sauvage contre l’infertilité masculine… !
Et beaucoup d’autres encore. 
Tous ces végétaux sont récoltés dans les montagnes allentours. 

Son authenticité, sa vitalité, sa joie de vivre malgré les épreuves et sa sagesse, sont particulièrement émouvantes. 
Comme il le dit bien volontiers lui-même, il est un musée à lui tout seul, de légendes et d’événements du passé sur lesquels il pose un oeil différent de celui des livres d’histoire (de propagande ?) officielle. 

Ses paroles de bon sens et de respect de la nature et des hommes – prodiguées dans un anglais parfaitement clair – nous amènent à réfléchir sur notre mode de vie et à nos convictions personnelles.  

L’une de ces vraies et belles rencontres qui laissent des traces tout au fond du coeur. 

Nota Bene : il a besoin de fonds pour financer une installation de panneaux solaires qui annuleraient sa facture électrique, et des clôtures qui lui permettraient d’élever des springboks. 
Si certains d’entre vous souhaitent l’aider, contactez-moi !

Juju-insomniak

Quand on a des gosses, c’est simple :

On ne dort PLUS JAMAIS DE TOUTE NOT’ VIE. 


Voilà pourquoi : 

Au début, ils ne font pas leurs nuits. 
Ils ont la dalle. 
Ils sont mouillés. 
Ils ont des angoisses.
Ils ont froid ou chaud.
Toussa toussa. 

Après c’est nous qui avons pris le pli de nous réveiller à 3h du mat’, même quand ils ne nous sonnent pas. 
Tout finit par rentrer dans l’ordre au bout de quelques temps.
Mais bon… Ça compte. 

Après, ils ont mal aux dents. 

Après, ils ont les rhino-pharyngites et autres grippes intestinales (bonus). 

Après, ils ont besoin de se lever pour-faire-pipi-et-ils-trouvent-pô-la-lumière. 
Ou pire.

Après, ils ont les terreurs nocturnes et les cauchemars. 

Après, ils ont les douleurs articulaires de croissance. 

Quand j’y pense : ça fout les jetons. 

Car, comme vous le savez, je n’en suis qu’à 5 ans d’expérience de privation-de-sommeil-chronique. 
Si l’on considère qu’ils se barreront de chez moi vers 23 ans – de toute façon après, je les fous dehors – il me reste donc encore 18 ans à tirer…

Actuellement, avec mon fils Tancrède, j’en suis au stade “insomnies” :

Sur les coups de 22:48, PILE POIL au moment PRÉCIS où je viens de poser mon ordinateur. Quand j’éteins la lumière car mes yeux commencent à se fermer et mon cerveau glisser dans le doux cocon du sommeil. C’est LÀ que j’entends les p’tits pas de mon fiston dans l’escalier qui mène à ma chambre. 
– “Mamaaaaan ? Tu dooooors ???

Pour une raison assez irrationnelle qui m’échappe, je fais semblant de ne pas l’entendre. Comme si de l’ignorer allait le faire repartir dans son pieu. 
Evidemment, ça ne marche pas. 

– “Mamaaaaan ? Tu dooooors ???

Silence. 
Je persiste, pensant curieusement qu’avec la même méthode, je finirai par obtenir un résultat différent. 

– “Mamaaaaan ? Tu dooooors ???

– “Non, mon amour. Je ne dors pas. Tu as vu l’heure !? – question stupide, s’il en est – Qu’est-ce qui t’arrive ?”

– “J’me suis réveillé. J’arrive plus à dormir même si j’sais ki fait tout noir et k’c’est la nuit encore. J’pense à pleiiiins d’trucs dans ma tête et ça m’fait peur. “

Son père est en déplacement professionnel. 
je sens que dans trois ou quatre secondes, mon train d’endormissement aura pris la tangente. 
Alors je choisis la solution de facilité : 

– “Bon, viens dormir avec moi, comme ça, t’auras plus peur.”

Le gosse ne se le fait pas dire deux fois. 
En moins d’un dixième de seconde il est dans mon plumard, collé à moi, la tête sur MON oreiller qu’il a tiré sous SA tête, et il chauffe. 
Tel une centrale thermique. 

J’agonise de chaleur, mais au moins il se tait. 

Je me dis que ça va aller. 

Je me détends, la tête à même le drap, les fesses sur le rebord du lit, mon fils occupant les 1.57 mètres restants de la largeur du matelas. 

Quand tout à coup : 

– “Maman ? Pourquoi Trystan quand il ferme ses yeux le soir, il s’endort tout de suite sans les rouvrir, même que des fois j’lui parle et lui y’ dort déjà. Alors que moi, je garde les yeux ouverts ?”

Il est 23:20. 
Là, très entre nous, t’as juste envie de lui filer un valium, qu’on n’en parle plus. 
Mais non. Tu es une mère responsable, tu ne fais pas ça. 

– “Je ne sais pas Tancrède… Vous êtes différents. Ton papa aussi il a du mal à dormir le soir. Alors que moi, par exemple je dors dès que je décide. C’est comme ça.”
(Sauf quand un gnome vient m’emmerder, naturellement, mais c’est pas l’propos.)

– “Mais alors, moi ça va être comme ça toute ma vie ? Mon cerveau qui pense qui pense qui pense pendant la nuit ?”

– “… Chéri, je ne sais pas mon amour. Tout peut toujours changer. Ce qui est sûr c’est que plus tu y penses, plus ton cerveau va faire des loopings. Ce serait bien que tu le laisses se reposer, tu comprends ?”

– “Oui… Mais comment j’fais ?”

– “Et bin… Et bin…”

Comment lui répondre ? 
Je n’ai pratiquement jamais eu d’insomnie de ma vie…
Je repense à mes cours de yoga…

– “Et bien tu inspires, comme ça. Un souffle long tu comptes jusqu’à cinq, lentement. Après tu retiens ta respiration en comptant de nouveau jusqu’à cinq. Après tu souffles, encore cinq et tu retiens de nouveau cinq. Et tu recommences.” 

J’observe mon petit garçon qui se donne beaucoup de mal pour appliquer la consigne. 
Je réalise à cet instant que ça ne doit pas être la première fois que cela lui arrive. 
Et que ces insomnies lui pèsent…

– “Bravo mon amour, continue.”
Je sens sa respiration qui se calme. 
J’ai même l’impression qu’il chauffe moins, subitement…

– “Mamaaan… J’sens k’mon cerveau… y… y… y…💤💤

Après, je ne saurais plus trop bien vous dire ce qui s’est passé…. Non plus.
💤💤








Formation, Instruction ou Education ?

Encore un truc

sur lequel je n’aurais JAMAIS 

imaginé m’interroger

avant d’avoir des mômes. 


La scolarité des enfants… 
On en parle ? 

Autour de moi, j’ai de tout. 
Vraiment tous les types de parents possibles et imaginables. 

J’ai les angoissés ultra stressés-du-futur – aucun jugement là dedans – qui passent leur temps à pousser leurs gosses à fond
Qui leurs font réviser les tables de multiplication dans la bagnole avant d’aller à l’école le matin, qui leur rajoutent des devoirs le soir et qui les inscrivent au piano, au tennis, à la danse, au théâtre et aux cours d’anglais renforcé. 
Ça peut paraitre délirant. 
Ultra anxiogène et pressurisant pour des petits à qui on confisque leur “enfance” en vue d’un bénéfice ultérieur incertain. 
Mais comment en vouloir  à leurs parents ? 
Ils espèrent, comme nous tous, assurer ainsi une belle et brillante vie à leur progéniture. 

J’ai aussi ceux qui sont totalement et complètement coooool.
Leur gosse il a 8 ans, ils ne sait toujours pas lire et il place Paris en Russie : C’est pas grave. Un jour il y arrivera. 
La vie est belle, et il existe plein d’autres moyens de s’épanouir et de se cultiver que l’école. L’important ce sont les langues, le sport, le voyage et les rencontres avec l’altérité. Toussa. 
Chez eux, j’admire sincèrement et profondément leur flegme, leur confiance en l’existence et en la trajectoire individuelle unique de leurs enfants.  

Et puis au milieu, entre ces deux extrêmes, il y a plein de gens. 

Dont moi. 

Pas stressée outre mesure, confiante dans la compétence de leurs enseignants, mais tout de même préoccupée de leur avenir, notamment aux vues de l’actualité politico-économique mondiale toujours plus folle.  

Pourtant, je n’aurais jamais cru être de ces mères qui cogitent et s’inquiètent à l’idée de voir un jour ses enfants devenir des adultes, en quête du bon chemin sur lequel orienter et développer leurs vies. 

Peut-être parce que j’ai moi-même eu tant de difficultés et mis tant de temps à trouver ma voie…
Cela devrait me rassurer, me prouver que tout reste toujours possible…
Et pourtant. 

Pourtant, devant des enfants qui n’entrent pas forcément dans le cadre spécifique de l’Education Nationale Française, on s’interroge. 

Ecole anglophone ou francophone ?
Ecole classique, sportive, ou même Montessori?
Quel est le bon choix – différent – pour chaque enfant ? 
Comment savoir ce qui leur convient vraiment ? 
Une fois la formation commencée dans un système, est-ce vraiment une bonne chose de changer de fonctionnement et perturber leurs repères ? 
Et si on se trompait ? Si on étouffait un de leurs talents à force de vouloir les faire rentrer dans des cases scolaires prédéfinies ? 
Et si, au contraire, on les condamnait à errer, inaptes au monde réel, à force de leur autoriser trop de créativité ? 

J’y pense quand mon fils Tancrède, qui a toujours du mal à trouver sa place en classe et qui depuis quelques temps use de sa pâte-à-fixe-ki-calme pour l’aider à se concentrer quand on lui parle…



Faut-il les former, les façonner… les formater ? 
Faut-il les instruire, les outiller en leur faisant entasser et bâtir des tas de connaissances ? 
Faut-il les éduquer, les guider hors des sentiers battus et des cadres ?
Un peu tout ça à la fois ?


Comment savoir ?…

Casser ou cacher les oeufs de Pâques, là est la question

On n’échappe que difficilement à la tradition.  

Comme à son environnement culturel. 


Jeudi de la semaine passée, nos Jujutrépides sont rentrés en fin d’après-midi, pour le long week-end de Pâques qui commençait, ivres de bonheur à l’idée d’utiliser les ravissants petits paniers en papier mâché, décorés de poussins en coton et confectionnés à l’école avec leurs maitresses. 

J’ai donc rempli ma part du contrat en achetant quelques sachets d’oeufs, lapins et autres cocottes en chocolat. 


Durant toute la journée du vendredi et celle du samedi, je les ai observés me suivre pas à pas, dans l’attente – ai-je finalement compris – de voir où j’aurais caché les douceurs chocolatées.


Comme si de rien n’était, j’ai donc réalisé par la même occasion qu’ils ne croyaient plus aux cloches de Pâques – sans doute l’information a-t-elle fini par circuler en classe – ce qui m’a d’une certaine manière relevée d’une forme  d’angoisse. 

Je sais bien qu’il reste encore le Père Noël, auquel devrait bientôt se rajouter la Petite Souris des Dents, mais un suivi de mensonges en moins à gérer, c’est toujours ça de pris. 

Le jour J, dimanche, les yeux à peine ouverts à 7:04 du matin, Trystan s’est précipité en hurlant sur son père et moi qui croyions naïvement pouvoir profiter de notre matinée :



– “PAPAAAAA !!! MAMAAAAN ! ALORS QUAND ÈSK’ON CASSSS’ LES OEUFS !?!?”


Pour ceux qui nous lisent régulièrement, vous savez que mes fils ont récemment fait des progrès de prononciation et d’énonciation orthophoniques considérables.


Malgré tout, il leur reste parfois, surtout tôt le matin et tard le soir, quelques reliquats de chochotements. 

Après quelques longues minutes passées à faire comme s’il n’existait pas et si nous n’avions rien entendu, nous avons donc décidé de nous trainer hors du lit pour accomplir notre devoir parental. 

Ce que je vais vous raconter dans les lignes qui suivent relèvent d’un des plus purs et des plus magnifiques quiproquos inter-culturels qu’il nous a été donné de vivre, avec leur père. 
Pour ceux qui ne le savent pas, celui-ci est libanais d’origine, et je suis française. 

Nous nous levons, chacun d’un côté du lit, un peu hagards, nous dirigeant vers la cuisine tels les zombies que nous sommes. 

J’ouvre le frigo pour récupérer les chocolats. 

C’est là que ma tendre moitié passe le bras devant moi pour accéder à la porte… Avant d’en sortir 8 oeufs… De poule. 

– “Heuuuu.. Tu fais quoi là chéri ? C’est des vrais oeufs ça…”

– “Bin oui mon coeur. Il a bien dit qu’il voulait casser les oeufs non ?”

– “????”

A ce stade, je regarde mon mari en me disant qu’il n’est vraiment pas très réveillé. 

– “Chéri… CACHER les oeufs. Pas CASSER les oeufs.”

– “????”

Et là, ça fait !TILT!

Au Liban, pour Pâques, la tradition veut que chacun fasse bouillir son oeuf, avant d’entamer avec les autres membres de la famille des “duels d’oeufs” : un coup sec de haut en bas puis inversement. L’oeuf dur – c’est le cas de le dire – dont la coquille ne s’est pas rompue a gagné et passe au duel suivant. 

C’est pas toujours de tout repos la mixité culturelle en famille. 
Mais c’est marrant. 

Arnaque, Crime et Botanique

Tout est dans la manière

avec laquelle vous gérerez le problème.  


– “Allo, chéri ?”

– “Oui chérie.”

– “J’ai une question pour toi.”

– “Mon amour ! ‘Faut que je te raconte…”

– “Dis voir, tu peux aller chercher les kids ce soir ou pas ?”

– “…”

– “Allo ?”

– “Ouiii….

-“Quoi ?”

– “C’est pour ça que tu m’appelles ? Me demander si je peux passer prendre les enfants”

– “????”

Là, vous le savez, vous le sentez – c’est palpable – vous avez merdé quelque part. 
Mais où ?
Une chose est sûre : n’acquiescez pas, ni ne niez. 
Attentez.  

Silence.

– “Chérie, c’était mon entretien d’évaluation annuel ce matin.
J’ai cru que c’était pour ça que tu m’appelais…”
Il est déçu. 
Pire : il est triste. 

A ce stade, plusieurs options s’offrent à vous :

1. Minimiser subtilement le problème
– “Evidemment chéri, je sais bien, mais je pensais qu’on en parlerait ce soir, autour d’un bon verre de Chenin Blanc. Au calme. Je t’ai d’ailleurs préparé du boeuf Stroganov pour te faire plaisir…”
Là, vos ennuis ne font que commencer car il vous reste exactement une heure et vingt trois minutes pour trouver 1 kg de viande de veau et des champignons de Paris frais, pour donner vie et cohérence à votre histoire.
Mais souvent, il faut le dire, ça passe comme une lettre à la poste.
En réalité, tout repose sur votre capacité d’improvisation et sur la distance réelle entre chez vous et le supermarché.

2. Mentir éhontément 
– “Mais ENFIN mon amour, tu ne me l’avais JAMAIS dit !!!”
Sur un ton outré. 
Ça doit sonner juste. 
Il soit sentir que vous êtes absolument convaincue d’être dans votre bon droit. 
Faites-en des tonnes. 
Evitez en revanche de tomber dans la surenchère, du type : 
– “Ah pass’que toi tu te souviens quand je vais faire ma mamo’ annuelle peut-être, hein !?!?”
C’est là que vous risquez de lui mettre la puce à l’oreille. 

3. Vous excuser platement et sobrement, avant de contourner habilement le problème
L’objectif, c’est de lui faire oublier sa déception.
– “Oh mon amour, je suis tellement désolée, bien sûr ! Vas-y raconte-moi TOUT.”
Il est certain que cette technique est probablement celle qui vous prendra le plus de temps et vous demandera le plus de patience. 
Mais elle vaut le coup. 
Après tout, vous avez vraiment merdé.

4. Lui raccrocher au nez. 
La méthode peut sembler étrange voire contre-productive à première vue. 
En réalité, elle peut présenter quelques avantages. 
Disons qu’elle vous ouvre plusieurs pistes de résolution du problème :

– Si vous réussissez à mettre votre téléphone en mode “avion” assez rapidement, vous pouvez simuler, une fois que vous le rappelez, la coupure de réseau. Vous gagnez du temps pour inventer un nouveau mensonge ou pour trouver une bonne excuse. Voire même, pour lui faire croire qu’il avait mal compris vos premières phrases et que NATURELLEMENT vous appeliez pour prendre de ses nouvelles. 
Il n’existe aucune raison valable pour qu’il ait le monopole de la mauvaise foi.

– Vous pouvez même l’utiliser pour retourner la situation à votre avantage : 
Préparez dar-dar une soirée en amoureux pour son retour. Là encore, c’est un challenge. Mais la surprise devrait lui faire oublier sa contrariété. 

Dans tous les cas, ne vous excusez pas outre mesure. 
C’est mauvais pour votre crédibilité.