Reverso

Plus je prends de l’âge

– les mauvaises langues diraient des heures de vol – 

plus je trouve que tout est toujours question de perspective. 


Je veux dire par là qu’à chaque opinion ou avis partagés, chaque décision prise, chaque situation ou événement qui se présentent, il existe TOUJOURS plusieurs visions des choses, plusieurs interprétations possibles, plusieurs points de vue qui se valent, ou pour le moins, qui peuvent se défendre.

Une sorte de Yin-Yang version occidentale : de chaque échec, chaque difficulté, chaque erreur, découlent souvent et contre toute attente, des retours d’expérience intéressants. 
Comme une sorte de gymnastique mentale, issue d’obstacles qui se dressent perpétuellement devant soi, et qui finissent par vous faire voir systématiquement les aspects positifs d’une situation, même difficile. 

Je vais vous donner un exemple : 

La semaine passée, Trystan était en consultation avec son papa chez son pédiatre, à l’hôpital central de Cape Town, pour une infection respiratoire qui n’en finit pas

A force de faire le zouave sur sa chaise, il s’est éclaté le menton sur le sol. 


Bilan : quelques nouveaux points de suture, sur une cicatrice qu’il avait gagnée deux ans plus tôt en se jetant d’une mezzanine, et qui venait donc de se rouvrir.

Bien. 


Si naturellement, l’agacement et le désespoir prennent parfois encore le dessus, cela ne dure jamais longtemps. 


En effet, ma première réaction a littéralement été la suivante : 


– “OUF, cool. Ils sont déjà sur place. C’est top.”


J’avoue, en y repensant, cela m’a amenée à m’interroger. 


Instinctivement, mon tempérament personnel m’a plutôt toujours poussée à voir le verre à moitié vide. 

Mais depuis quelques années, grâce à l’entrainement intensif et sans pitié prodigué par mon engeance gémellaire jamais en manque d’inspiration lorsqu’il s’agit de mettre leurs existences en jeu, je crois pouvoir dire que j’ai changé. 

Oui, il est monté sur le toit et j’ai eu la peur de ma vie, mais bon… Maintenant que c’est fait, il ne le refera plus. Ça n’est d’ailleurs plus jamais arrivé. 


C’est vrai, il a faillit foutre le feu à la baraque, mais finalement ça lui a surtout servi de leçon, il est particulièrement prudent avec les chaufferettes maintenant. 


Certes, il a avalé le liquide pour poisson rouge, mais on a eu de la chance, cette marque était la moins toxique de toutes celles vendues dans les magasins d’animaux. 

D’accord, il lui a écrasé le doigt dans la porte, mais cela les a finalement rapprochés. 



Bref. 

Quelque soit le sens dans lequel nous lisons la situation, le résultat reste le même : il a failli sauter du toit, il a failli bruler vif, il a failli s’empoisonner, il a failli l’estropier, il s’est (r)ouvert le menton.

C’est la perspective avec laquelle nous l’abordons – semble-t-il – qui nous permet d’en tirer un enseignement utile pour l’avenir ou un réconfort apaisant en lieu et place d’une nouvelle dose d’angoisse inutile. 

RIONS NOIR.

Les amateurs de palindromes auront apprécié le clin d’oeil. 



#LeLâcherPrise

Témoin à charge

Ces derniers temps, 

une nouvelle dynamique juridique
s’est installée à la maison.


Depuis qu’il est tout petit, Tancrède à tendance à mentir. 

Pas seulement du mensonge assez classique de tous les enfants qui tentent de cacher l’une de leurs nombreuses bêtises, mais aussi de celui que j’appelle le “mensonge-mytho”.

Il aime profondément raconter des histoires, parfois même abracadabrantesques, selon la formule consacrée. 

Celles-ci commencent toujours le plus sérieusement du monde, et sont terriblement plausibles :
“Maman, tu sais aujourd’hui à l’école et bin machin y’ m’a tapé.”

Lorsqu’elles se terminent de manière très créatives, il nous est évidemment facile de faire la part des choses :
“Mais moi, j’me suis défendu et j’ai pris une ‘roooosse casserole pour l’assommer.” 

Malheureusement, il lui arrive aussi de finir certaines de ses fables simplement, conférant une véracité impressionnante à ses récits :
“Alors j’suis allée voir la maitresse mais elle m’a dit que c’était pas grave. C’est pas gentil pass’que moi j’ai encore mal, tu sais.”

Il m’est alors très difficile de savoir s’il élucubre ou s’il me communique une information importante à laquelle il me faut réagir. 

Leur père et moi avons tenté beaucoup de méthodes différentes pour lui faire perdre cette vilaine habitude, en vain. 

Il y a de cela quelques semaines, un jour où je me trouvais à nouveau dans l’une de ces situations inconfortables sans savoir si son affaire relevait du lard ou du cochon, Trystan est intervenu.
Assis derrière son frère, secouant la tête d’un air las et faisant un geste négatif de l’index, l’air de dire : “lâche l’affaire, il te raconte encore des craques.” 

Etonnée, j’ai suivi le flot. 
Après de nombreuses vérifications, j’ai alors constaté que Trystan disait systématiquement la vérité, n’hésitant pas non plus à défendre son frère lorsque l’histoire était vraie. 
Le parfait tiers-témoin, objectif et impartial.
Depuis, j’ai donc pris l’habitude, dès que le cas se présente, de jeter un coup d’oeil discret et interrogatif au frangin. 

Nous dinions à la cuisine tous les trois l’autre soir, Tancrède bavassant interminablement au dessus de son plat refroidissant, pendant que son frère et moi mangions en silence, regardant chacun d’un oeil semi-désespéré cet intarissable petit moulin-à-paroles :

– “… Et c’est là que la mouette, elle m’est TOMBÉE DESSUS !!!”

– “Tancrède…. Chéri… Arrête avec tes histoires, tu veux bien ?”

– “Mais maman ! C’est VRAI !!!! J’te jure !”

– “Hum…”

Subitement hésitant, le visage interrogateur, comme pris d’une perplexité extrême et sincère, il s’est tourné vers son frère, qui mastiquait impassiblement son escalope à la crème :

– “Euuuuuuuuh…. ???…. En fait… Ch’sais plus… C’est vrai, déjà, ou pas Trystan ??”

#LheureEstGrave
#IlNeSaitMêmePlusLuiMême

La grande braderie dentaire

Ils se sont levés 

de très mauvaise humeur 

ce matin. 

En montant dans la voiture, je les entends rouspéter contre les ceintures de sécurité qui ne se bouclent pas assez vite. 


Dans le rétroviseur, je les vois froncer des sourcils et même du bout du nez.  

– “MAMAN !

– “Qu’est-ce que tu as Trystan ? Et d’abord, descends d’un ton, tu veux bien ?…”

– “MAMAN, pourquoi les z’aut’ z’enfants d’l’école ‘y zont tous perdu des dents, et pas nous !?!?”

Je le sens très agacé. 

– “Euh… Et bien… Parce qu’on est tous différents, chéri : certains ont les dents qui poussent tôt, d’autres tard. C’est comme apprendre à marcher ou à parler. Ça dépend des enfants.”

– “Mais pourquoi NOUS ON EST EN R’TARD !?”

– “Mais enfin, Trystan, vous n’êtes pas en retard ! Vous… Vous prenez votre temps, voilà tout. Et puis, franchement, tu es tellement impatient d’avoir ton sourire édenté !?”

– “Ça veut dire ‘koi édenté ?”

– “Avec des dents qui manquent. Des trous, quoi.”

– “OUAIIIIIS. On veut ça.”

– “Oooh Trystan… Tu as encore le temps de voir venir, voyons. En plus je suis sûre que t’exagères. Tous tes amis n’ont pas encore perdu de dent.”


– “PRESSSS’QUE TOUSSS’ !!! Eva, Maxine, Loup, MÊME LA MAITRESSE PERD SES DENTS !!!!”


Je ne peux retenir un sourire. 

– “Ah bon, laquelle ? La pauvre, il faut que je prenne de ses nouvelles car perdre ses dents à son âge, c’est bien embêtant.”

– “C’est Patricia. Mais lui dit pas, okay ? Ça… ÇaÇa lui f’rait d’la peine si elle sait qu’j’t’ai dit… 

– “Hum…”

– “ET DONC MAMAN ! QUAND ESKE’ NOUS ON VA PERDRE LES NÔTRES, À LA FIN !?!?”

– “Mais enfin Trystan, je ne sais pas !!! Vous avez eu vos premières dents tard, vous les perdrez sûrement aussi un peu tard ! Et d’abord pourquoi tu veux les perdre ?! C’est pas joli, c’est dur de manger, ça fait un peu mal, pourquoi donc es-tu si impatient d’en arriver là ?!”

– “Pfffff…. PASS’QUE J’VEUX DES SOUS À MOI !

Les gosses sont vraiment complètement vénaux. 


Les nuits jujutrépidesques

On a l’impression qu’après
ce qu’on a vécu lorsqu’ils étaient nourrissons,
on est blindé. 

Mais en fait non. 
Avec le temps, on perd la main.

C’est donc encore pire. 
Car on manque d’entrainement. 
Et l’on résiste moins bien. 
Beaucoup moins bien. 

À ce genre de nuits, par exemple :  

22:30
J’entends le pas feutré de Tancrède et de ses petits chaussons de laine dans le couloir. 

– “Mamaaaaan… J’ai maaaaal au ventre…”

– “Ok chéri, viens on va aux toilettes pour voir si on peut arranger ça.”

22:47

– “Tu vois maman… J’ai pas envie. J’ai juste mal au veeeeeentre.”
23:04

– “Maman, on peut retourner aux WC ?”

– “Chéri, t’as pas besoin de moi, si ?”

– “Mais j’ai maaaaal…”

– “Okay vas y tu m’appelles quand t’es prêt…”

23:14

– “MAMAAAAAAAN !? En fait j’ai toujours pas enviiiiiiie….”

Silence.

– “MAMAAAAAAAN !? En fait j’ai toujours pas enviiiiiiie j’te diiiiis….”

Intérieurement, je pense : “mais qu’il est crétin, ce môme !”
À la place, je dis :

– “Oui et bien REVIENS, enfin, Tancrède !”

00:25

Il est toujours dans mes pattes. Il tourne et se retourne dans le lit. 
Son père vient de se prendre un genou dans le nez. 
Moi je suis à la troisième claque dans la figure, assénée à chaque fois que son bras retombe derrière lui…
Il gémit et chouinasse. 
Il a mal le pauvre petit, j’ai bien compris. 

Pas de fièvre, pas de ventre induré, surtout à droite. Rien. Juste des spasmes. 

Comme nous avons déjà été deux trois aux urgences durant les dix derniers jours, je peine à me décider à convaincre ma chère moitié d’organiser une nouvelle expédition hospitalière. 

01:15

– “Maman… J’ai MAAAAAAAAAL !!!!”
Je décide de faire usage de ma première cartouche. 

– “Tiens, prends ça, c’est du spasfond, ça va te faire du bien. 

01:40

Ça y est, il dort. 
Mais il a le nez bouché. Il tousse. Il ronfle comme un possédé. 
Il siffle aussi. 
01:46

Puisqu’en plus du reste, il occupe les trois quarts du petit tiers que j’occupe habituellement dans le lit, je décide donc de migrer dans sa chambre à lui, là où dort son frère. 

01:48
Je suis allongée sur le matelas inférieur de leur lit gigogne. 
Je n’ai pas d’oreiller, puisque mon fils avait pris le sien avec lui en venant dans notre plumard. J’ai la flemme d’y retourner. 
Tant pis, y’ parait que c’est mieux pour le dos. 

03:20

J’entends Trystan qui glisse doucement du lit supérieur vers le sol et se dirige vers sa gourde d’eau pour boire. 
C’est curieux, il sent le Vicks Vaporub à plein nez. Pourquoi ?
Je l’entend qui va faire pipi. 

03:23

Il revient. 
Visiblement, il vient de me repérer. 

– “Maman, j’peux venir dormir avec toi ?”

Bah bien sûr. 
90 cm à partager à deux alors qu’il a un lit vide en haut, rien que pour lui. 
L’amour des enfants est évidemment le plus beau trésor sur terre… 
Mais pas à trois heures du mat’.

Je le borde en bas et décide d’aller me coucher dans le lit du dessus. 

En haut de l’échelle, je m’aperçois que le lit est déjà occupé. 
Ah !? Tancrède est de retour finalement ?!?
Okay. Donc je peux retourner dans mon lit.

03:31

Pfiou. J’ai un lit, un oreiller et de la place. 
Le bonheur. 

– “Chérie ? C’est toi ? T’es r’venue ?”

– “Bin oui. Dis donc, maintenant que tu es réveillé aussi : tu sais que Tancrède est reparti dans sa chambre ?”

– “?! Ah bon ?!”

– “Oui… Et dis voir, c’est toi qui a vaporisé Trystan ??”

– “Hein ?!?!?”

– “Trystan sent le menthol à deux kilomètres.”

– “Non, c’est Tancrède, il respirait super mal, je l’ai frictionné.”

– “Alors pourquoi c’est Trystan qui pue ?”
– “Non mais c’est Tancrède.”

– “Chéri. C’est Trystan. Tu t’es planté de gosse ?”

– “?!?!?!? Mais comment ?!?!?”

– “Je sais pas. Ou alors on en a peut-être un troisième, qui s’balade, et qu’on n’a jamais vu…”

– “?!?”

Silence. 

– “Ah oui j’viens de comprendre ! Huhuhu… T’es con !
J’te jure, je suis sûr que c’était Tancrède pourtant…”

– “Mhmm.”


04:02

– “Mamaaaaan… Tu peux venir voir mon vomis siteuplé ?”

– “Mmmhhhhh ?!?… hein ? T’as vomi ??”

– “Oui….”
– “hum… Et tu t’sens mieux ?…”

– “Oui….”

– “Bon bin vas dormir dans ton lit alors…”

– “Non, j’préfèrerais être avec vous. Au cas où.”

– “Au cas où… Bien sûr…”

04:15

Je pense que TOUTE la maisonnée est enfin entièrement endormie au même moment.

06:50
Tidididit ! Tidididit ! Tidididit ! Tidididit ! Tidididit ! Tidididit !!!

Merde. Le réveil. 
J’ai oublié mon téléphone au pied du lit dans leur chambre et j’entends le son étouffé de l’alarme. 
Je saute du lit comme un clown sorti de sa boite : vite avant que ça ne réveille Tancrède !

Je stope la sirène… En réalisant que le gosse pour qui j’ai piqué ce sprint est dans MON pieu en train de roupiller tranquillement.

08:04

Je viens de déposer Trystan à l’école et retourne, tel le forçat, à la maison pour m’occuper du frangin, qui dort toujours du sommeil du juste dans ma chambre. 

C’est là que je croise l’une des mamans de classe :

– “Alooooooors Pom !! Houlala ! 
On a trop fait la fête hier soir, huuum !?!?
Faudrait penser à dormir un peu, hein !”

Et franchement, je pense que c’est ÇA le plus dur. 






Chabrot du matin, journée pleine d’entrain

Il est vrai qu’avec nos Jujutrépides, 

l’inspiration se glane au quotidien.


C’est bien simple, même si je voulais me reposer et sauter un post, un matin de grosse flemme par exemple, ce serait impossible. 

Leur imagination est infinie. 
Leur énergie maléfique intarissable.
Leur capacité à mettre leur vie ou leur intégrité physique en danger démesurée.
Leur répartie sans limite.
Leurs bons mots sans cesse renouvelés. 

Diner au bar de la cuisine, l’autre soir. 
Comme toujours, bataille non négociable autour de la ration minimale de légumes acceptable. 

– “Chéri, si tu ne veux pas manger le potiron et les choux fleur, il faudra manger de la soupe.”

– “NON.”

– “Bin si.”

– “POURQUOI ?”

– “Tu sais bien pourquoi.”

– “Pass’que c’est-bon-pour-ma-santé… Je sais.”

– “Bah alors, pourquoi poses-tu la question ?!”

– “Pass’que moi c’que j’aime c’est les concombres et les brocolis verts.”

Habile tentative de déviation de sujet de la part de la mère : 

– “Mon amour, les brocolis sont toujours verts.” 

– “Nan, des fois, y’ sont bancs, comme ce soir.”

– “Trystan, ce sont des choux fleurs.”

– “Même. J’en veux pas.”

– “Trystan, tu ne peux pas manger tous les jours la même chose. Il faut que tu apprennes à goûter des aliments différents. Petit, tu mangeais d’ailleurs de tout. Pourquoi, subitement, as-tu changé d’avis ?”

– “Pass’que. Les légumes, en fait, c’est beurk.”

– “Pas de soucis. C’est pour ça que j’ai toujours une soupe d’hiver dans le frigo. Tiens, voilà.”

Moitié dégouté, moitié narquois, mon fiston a alors plongé sa cuiller dans le bol, avant d’avaler avec résignation sa première dose verte, un petit sourire aux lèvres me laissant penser qu’il l’avait appréciée, malgré la bouille contrariée, affichée pour l’honneur. 

– “Alors, tu vois bien chéri qu’elle est bonne cette soupe de petits pois, pas vrai Tancrède ?!”

C’est alors que son frère Tancrède a pris la parole :

– “Moui maman… M’enfin, moi, J’LA PRÉFÈRE AVEC DU PINARD, ta soupe.”

De fait, c’est bien connu, “faire chabrot garde le ventre au chaud”. 

Pas sûr que cela se marie très bien avec les Épinards, cependant. 



Les amours de Tancrède, chapitre 204.

En le récupérant l’autre jour de l’école, 

je l’avais trouvé anormalement joyeux. 


Dans le sens où il était pratiquement euphorique, faisant des petits bonds pour marcher vers la voiture, le sourire en travers du visage, chantonnant pour lui-même. 

Curieuse, je n’ai pu m’empêcher de demander : 

– “Bin alors mon amour, tu as l’air tellement content aujourd’hui ! Tu as une bonne nouvelle à nous raconter ?”

– “Naaaaaan maman !! Tout va très bien !!!”

– “Oui, je vois. C’est super.”

Silence. 

– “BON D’ACCOOOOORD, j’vais t’dire.”

Silence.
J’ai les yeux dans le rétro, les mains qui serrent le volant.
j’ai du mal à supporter ce suspens. 

– “Voilà : auzourd’hui, j’crois que… J’ai une nouvelle amoureuse…”

Au fond de mon coeur, c’est l’explosion nucléaire. 
ENFIN. 
ENFIN, mon fiston-chéri-d’amour a décidé de passer à autre chose
De s’intéresser à une autre petite fille. 
ENFIN…

Je tente de contrôler ma voix et de paraitre calme, de ne pas en faire trois tonnes, de lutter contre ma réaction naturelle. J’affecte un air détaché :

– “Hum, ah oui ? C’est super ça mon chéri. Je suis bien contente pour toi.”

– “Oui, moi aussi tu sais, maman … J’peux t’raconter comment ça s’est passé ?”

Subitement, je sens courir le long de ma colonne vertébrale, une sorte de courant bizarre, entre le frisson d’horreur et l’agacement. 

– “Heuuuu… Oui bien sûr mon coeur…”

– “Et bin voilà : quand ‘chui arrivé ce matin dans la cour de récréé, et bin, Gisèle, elle s’est jetée dans mes bras et elle m’ fait un roooo’ bisou sur la joue et après… Et bin… Un sur la bouche aussi.

A ce stade, je suis borderline de sonner la mère de cette petite trainée. 

– “mmmmmmeuhmmmmffff…. Ah. Okay. Et… t’étais d’accord ?”

– “Bin oui évidemment mama !”

– “…. Humpf. Super. Et… Est-ce que tu sais pourquoi elle t’aime, tout d’un coup, comme ça ? Quelque chose a changé, vous vous êtes rapprochés récemment !?”

– “Bin… C’est pass’que chui gentil, p’têt’ ?”

J’ai le coeur qui se serre. 
Je décide de mettre les choses au clair.

– “Non mais c’est sûrement parce que tu es TRÈS beau AUSSI mon chéri.”

– “Oui, sûrement…”

Je le sens dans le vague d’un coup. 

– “Et… Maman ? Tu penses que c’est ma nouvelle p’tite copine maint’nant ?”

– “Et bien… Tu lui a demandé mon amour, à ta Gisèle, ce qu’elle en pense ?”

– “Non… j’ai JUSTE PRIS LES BISOUS.”

Je jette un coup d’oeil au rétroviseur. 
Une bouffée d’amour pour mon fils me rechauffe les joues.

– “Sage décision, mon fils.”

Découvrir la Randonnée des Epaves

Ça n’est pas pour rien 

qu’avant de s’appeler Cap de Bonne Espérance,

celui-ci avait été baptisé Cap des Tempêtes !


Située à la jonction de deux courants maritimes opposés, sujette à des vents violents, et entourée de rochers tranchants, la péninsule du Cap réunit tous les critères nécessaires pour compliquer la navigation. De fait, elle est l’un des endroits les plus dangereux du globe pour les marins et leurs bateaux. 
Un nombre incalculable de naufrages ont eu lieu dans cette zone depuis le 16ème siècle et le début des grandes explorations, donnant lieu à la création de nombreuses légendes, dont le célèbre Flying Dutchman, le Hollandais Volant. 
Si vous aimez allier culture et randonnée, celle d’Olifantsbos – l’Olifantsbos Shipwreck Trail – est idéale : 

Une fois entrés dans le parc du Cap de Bonne Espérance, prenez le premier chemin à droite. Un parking vous attend en bout de piste.

Aucun dénivelé pour cette balade tranquille de trois heures, à respirer les embruns au bord de l’océan Atlantique, et dont le retour de boucle se fait dans les terres couvertes de fynbos, entre les autruches et les antilopes. 

Une dizaine d’épaves – plus ou moins bien conservées – ponctue le chemin, parmi les centaines de navires naufragés de la région. 
Quelques exemples : Holland et Lucia Emerentia (1786), Napoleon (1805), L’Alouette (1817), Anne (1859), Caterina Doge et Carlotta B (1886), Lusitania (1911), Bia (1917), Thomas Tucker (1942), dont on reconnait encore la cale, le Nolloth (1965), le Phyllisia (1968) et le Tania (1970), notamment


On peut aussi y observer les restes d’une baleine échouée là il y a des années :

Bien sûr, mieux vaut la faire sous le soleil…

… Mais par temps nuageux, battu par les vents, elle a quelque chose de très romantique.

Pour les passionnés, sachez que l’Olifantsbos cottage peut être loué pour le week-end par exemple, infos ici

Bonne balade !

Tagada Tagada

C’est tout nouveau,

ça vient de sortir.

Samedi midi, nous étions tous en voiture, en direction du restaurant. 

– “Mamaaaaan ?!”

– “Oui, Tancrèèèèède ?!”

– “T’as vu les ch’vals là, comme y’ sont beaux !?”

– “Les CHEVAUX Tancrède. Pluriel. Oui ils sont très beaux.”

– “‘Maaan’, j’ai bien réfléchi, j’veux apprendre à faire du ch’val.”

Intervention immédiate du frangin :

– “Moi aussi, moi aussi, moi aussi, moi aussi !”
Silence. 

Je vois déjà un nouvel après-midi libre de ma semaine partir en fumée. 
Les allers-retours.
L’équipement. 
Toussa. 
Du coup, je fais celle qui n’a pas entendu. 

Mais Tancrède revient à la charge, de sa petite voix très posée, celle des jours où il veut me faire comprendre que sa demande est sérieuse. 

– “Maman, j’voudrais vraiment apprendre à faire du cheval. On peut aller voir là, r’garde, c’est ici… Et d’mander. Si’teuplé ?”

A cet instant, malgré moi, j’ai la peau de mon dos qui se hérisse.
Ma colonne vertébrale qui me fait mal. 
Le coeur qui bat un peu plus vite. 
Je sens mon visage qui se ferme. 

J’ai peur.

Une sorte de panique-intérieure. Mais calme. 

Très difficile à décrire. 
Mon corps qui dit non, un non catégorique, mais mon coeur qui dit “oui ! Vas-y ! C’est fabuleux !”, et le cerveau qui garde son sang-froid, entre les deux.

Me reviennent en tête mon enfance et mon adolescence, pratiquement passées assise sur un canasson.

Le bonheur, l’excitation, le sentiment de dépassement de soi, la liberté, la fierté, la connivence et tout cet amour pour l’animal. Mon meilleur ami. Ce qui passait dans ses yeux. Dans les miens. La communication silencieuse. La confiance. En soi et en l’autre. 
Et puis l’accident. 

Celui qui a changé le cours de mon existence. 
Celui qui a failli me laisser en chaise roulante. 
La douleur. La tristesse, la frustration immense et insupportable de savoir qu’on ne pourra plus jamais remonter car le corps ne pourrait pas supporter.  

La coupure, nette, d’avec le monde équestre. Du jour au lendemain. 
Car la peine est trop grande, de retourner les voir, sans pouvoir remonter…

Je regarde mon petit garçon. 

Tout cela me revient en pleine face. 
Tout se mélange. 
Lui, moi. 
Le passé et le futur.

Pourquoi et comment lui refuser ce qui m’a rendue si heureuse et m’a tant apporté durant toutes ces années ? 

Mais l’angoisse est là. 
L’imaginer un jour le nez cassé, en sang, comme tous les cavaliers dignes de ce nom.
Se projeter avec son enfant, là, parterre, inconscient, immobile…
C’est impossible. 
C’est contraire à ma mission première, essentielle : celle qui dit que je dois le protéger. 

Alors, je fais ce que je sais faire en ce genre de circonstances :
Je gagne du temps, en freinant… Des quatre fers. 

– “Ok Tancrède… On va voir, d’accord ? On va… Faire une balade et si ça te plait… On en refera encore dans les semaines qui viennent. Et si vraiment tu veux, on… Réfléchira pour commencer… les leçons… S’ils acceptent les enfants de ton âge. Et si c’est pas trop cher. Et s’ils traitent bien leurs chevaux dans ce club. Sinon on en cherchera un autre. Et…”

Je vois le visage de leur père qui s’est tourné vers moi. 
Il fronce les sourcils d’un air interrogatif, un peu agacé. 

Je crois que je vais le laisser prendre la main. 

Et penser à autre chose. 

Bad Karma

Comme certains d’entre vous le savent, 

Tancrède c’est cassé le doigt la semaine passée


Enfin, “s’est cassé”…

Soyons honnêtes.

Son frère lui a explosé la main dans une embrasure de porte. 
Je n’ose pas dire “volontairement”, je préciserais donc : “accidentellement, durant une crise de colère.”

Trystan s’est excusé puis est devenu, durant les dix derniers jours, l’assistant personnel de son frangin pour les tâches domestiques et personnelles qu’il ne pouvait plus assurer lui-même, du fait de la fracture.
S’il a assumé sans rechigner sa punition d’intérêt publique, son attitude est demeurée assez désinvolte, et l’empathie qu’il a montré envers son frère relativement trop discrète à mon goût.

J’en étais donc restée à une impression d’agacement et – disons-le – une certaine tristesse enrobée de déception face à la réaction si légère de Trystan, qui contrastait d’autant plus fortement avec celle, très noble, de Tancrède : celui-ci lui ayant pardonné immédiatement, par téléphone, lorsqu’il était encore à l’hôpital en train d’attendre les résultats de sa radio. 

Seulement voilà : quelques jours après l’incident, l’école m’a appelé me demandant de venir rechercher Trystan, en proie à une très forte fièvre. 

J’ai naturellement pris soin de mon fiston qui avait visiblement attrapé un virus grippal quelconque, le laissant agonisant sur le canapé durant toute la journée du lendemain. 

De retour de l’école, Tancrède s’est enquis de la santé de son frérot en se précipitant dans le salon de télévision :

– “Hello Trystan. Ça va, alors !?”

– “Oui Tancrèd’, mais j’tousse beaucoup.”

– “Et ça t’fais mal ?”

– “Bin oui, j’ai krè krè mal, là, dans les poumons.”

Je vois alors Tancrède qui ressort de la pièce, tout sourire, virevoltant et très gai en direction de sa chambre.
Interpelée par cette démonstration de joie assez antithétique avec ce que son frère venait de lui dire, je décide de creuser la question : 

– “Bah Alors mon amour, ça fait plaisir de te voir aussi souriant : qu’est-ce qui te rend si joyeux ?”

– “C’est pass’que Trystan il est malade !”

– “?!?!?!?”

– “BIN OUIIIIIIIII, tu wois, ÇA LUI REVIENT !!!”

#PasSiNobleQueÇaFinalement
#JePardonneMaisJoubliePas
#Karma’sABitch






Les voyages forment le couple

Vous n’aurez pas été

sans remarquer 

que le voyage est l’un des meilleurs moyens

pour apprendre à connaitre quelqu’un. 


C’est notamment une excellente méthode à tester, pour savoir si l’on est fait l’un pour l’autre.

Naturellement, il y a les constantes. 
Désespérément sexistes et préconçues, mais malheureusement assez réalistes :
Non, madame, arrêtez d’insister.
Même si vous le sentez avec une certitude absolue à droite, en fait, c’est à gauche.
C’est ainsi. 
Le sens de l’orientation est généralement masculin. 
Probablement parce qu’au temps des mammouths, les mecs devaient marcher longtemps avant d’arriver à en choper un. Et savoir ensuite comment rentrer chez eux.
Alors que quand on reste chez soi à faire la tambouille et à tanner des peaux, bin on a moins l’habitude de chercher les directions. On connait donc moins bien son nord de son sud.  
Je sais. C’est rageant. Mais je ne vois pas d’autre explication possible. 
Donc c’est pas la peine de s’engueuler. 
Vaut mieux l’écouter. Surtout si le GPS dit comme lui.
Je sais, ça vous démange. Vous bouillonnez intérieurement. 
Il tourne en rond depuis 25 minutes. 
Visiblement, pour une fois, son sens inné des directions semble grippé. 
Alors vous hurlez “MAIS DEMANDE À QUELQU’UN, BORDEL (de merde)!”
Mais non. 
Pour eux, ce serait un échec. Personnel. 
Ils préfèrent chercher eux-mêmes. 
C’est probablement une question d’honneur. 
Je les soupçonne même de trouver le challenge amusant et stimulant. 
Sans doute aussi une (pré)histoire de chasse-au-bison inscrite dans leurs gènes.
Là encore, la meilleure solution est vraisemblablement de se taire et de plonger son esprit échauffé dans un bon bouquin – si vous n’êtes pas sujette au mal des transports – ou de mettre la musique à fond. En attendant qu’ils aient enfin trouvé.
Ça fait deux heures que vous couinez qu’à une vitesse pareille sur du gravier, “ON VA CREVER !!!! (merde.)”
Et quand arrive le moment de la-dite crevaison, vous entendez : 
“CHERIE TU ES INSUPPORTABLE. TU PORTES MALHEUR !!!”
Rien de sert de s’énerver.  
C’est une question de visions du monde différentes.
Irréconciliables.  
Ces constantes-là sont relativement universelles. 
Non, quand je dis “découvrir” la personne, j’entends prendre conscience de son individualité profonde : 
Sa gestion du stress et de l’inconnu…
Sa manière de s’organiser et de respecter – ou non – des horaires.
Sa conception des vacances : glandouille ou vadrouille, il faut choisir.
Ses goûts culturels et sportifs.
Sa débrouillardise.
Sa patience. 
Son esprit d’équipe.
Sa capacité d’émerveillement.
Etc. 
Je connais des couples qui sont toujours d’accord sur tout. 
Le programme – qu’ils ont potassé ensemble – l’organisation – ils se réveillent à la même heure, naturellement, sans sonnerie, le matin – les menus, la play-list musicale, le montage de l’album-photos du retour…
TOUT. 
Ils sont souriants, ils sont joyeux, ils sont sereins.
Leurs congés sont d’éternelles lunes-de-miel qui recommencent chaque année.
Même quand les moutards débarquent, d’ailleurs. 
Ça ne change rien. 
Ils adaptent avec bonheur et délectation leurs plans de vacances, passant sans broncher de trois semaines dans l’eau transparente de Polynésie sur un catamaran en amoureux, à 10 jours au Center Parc dans le Loire-et-Cher, à barboter dans la piscine pour bébé sous la pluie, refusant consciencieusement de coller leur rejeton au Club Mickey parce que c’est-tellement-important-de-passer-du-temps-de-qualité-avec-ses-enfants-nous-on-adore-ça-tu-comprends !
Je les trouve merveilleux. Vraiment. 
Ça doit être tellement plus reposant la vie dans ces conditions…
Chez nous, c’est différent. 
Ça l’a toujours été. 
Même avant d’avoir les gamins.  


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