On a l’impression qu’après
ce qu’on a vécu lorsqu’ils étaient nourrissons,
on est blindé.
Mais en fait non.
Avec le temps, on perd la main.
C’est donc encore pire.
Car on manque d’entrainement.
Et l’on résiste moins bien.
Beaucoup moins bien.
À ce genre de nuits, par exemple :
22:30
J’entends le pas feutré de Tancrède et de ses petits chaussons de laine dans le couloir.
– “Mamaaaaan… J’ai maaaaal au ventre…”
– “Ok chéri, viens on va aux toilettes pour voir si on peut arranger ça.”
22:47
– “Tu vois maman… J’ai pas envie. J’ai juste mal au veeeeeentre.”
23:04
– “Maman, on peut retourner aux WC ?”
– “Chéri, t’as pas besoin de moi, si ?”
– “Mais j’ai maaaaal…”
– “Okay vas y tu m’appelles quand t’es prêt…”
23:14
– “MAMAAAAAAAN !? En fait j’ai toujours pas enviiiiiiie….”
Silence.
– “MAMAAAAAAAN !? En fait j’ai toujours pas enviiiiiiie j’te diiiiis….”
Intérieurement, je pense : “mais qu’il est crétin, ce môme !”
À la place, je dis :
– “Oui et bien REVIENS, enfin, Tancrède !”
00:25
Il est toujours dans mes pattes. Il tourne et se retourne dans le lit.
Son père vient de se prendre un genou dans le nez.
Moi je suis à la troisième claque dans la figure, assénée à chaque fois que son bras retombe derrière lui…
Il gémit et chouinasse.
Il a mal le pauvre petit, j’ai bien compris.
Pas de fièvre, pas de ventre induré, surtout à droite. Rien. Juste des spasmes.
Comme nous avons déjà été deux trois aux urgences durant les dix derniers jours, je peine à me décider à convaincre ma chère moitié d’organiser une nouvelle expédition hospitalière.
01:15
– “Maman… J’ai MAAAAAAAAAL !!!!”
Je décide de faire usage de ma première cartouche.
– “Tiens, prends ça, c’est du spasfond, ça va te faire du bien.
01:40
Ça y est, il dort.
Mais il a le nez bouché. Il tousse. Il ronfle comme un possédé.
Il siffle aussi.
01:46
Puisqu’en plus du reste, il occupe les trois quarts du petit tiers que j’occupe habituellement dans le lit, je décide donc de migrer dans sa chambre à lui, là où dort son frère.
01:48
Je suis allongée sur le matelas inférieur de leur lit gigogne.
Je n’ai pas d’oreiller, puisque mon fils avait pris le sien avec lui en venant dans notre plumard. J’ai la flemme d’y retourner.
Tant pis, y’ parait que c’est mieux pour le dos.
03:20
J’entends Trystan qui glisse doucement du lit supérieur vers le sol et se dirige vers sa gourde d’eau pour boire.
C’est curieux, il sent le Vicks Vaporub à plein nez. Pourquoi ?
Je l’entend qui va faire pipi.
03:23
Il revient.
Visiblement, il vient de me repérer.
– “Maman, j’peux venir dormir avec toi ?”
Bah bien sûr.
90 cm à partager à deux alors qu’il a un lit vide en haut, rien que pour lui.
L’amour des enfants est évidemment le plus beau trésor sur terre…
Mais pas à trois heures du mat’.
Je le borde en bas et décide d’aller me coucher dans le lit du dessus.
En haut de l’échelle, je m’aperçois que le lit est déjà occupé.
Ah !? Tancrède est de retour finalement ?!?
Okay. Donc je peux retourner dans mon lit.
03:31
Pfiou. J’ai un lit, un oreiller et de la place.
Le bonheur.
– “Chérie ? C’est toi ? T’es r’venue ?”
– “Bin oui. Dis donc, maintenant que tu es réveillé aussi : tu sais que Tancrède est reparti dans sa chambre ?”
– “?! Ah bon ?!”
– “Oui… Et dis voir, c’est toi qui a vaporisé Trystan ??”
– “Hein ?!?!?”
– “Trystan sent le menthol à deux kilomètres.”
– “Non, c’est Tancrède, il respirait super mal, je l’ai frictionné.”
– “Alors pourquoi c’est Trystan qui pue ?”
– “Non mais c’est Tancrède.”
– “Chéri. C’est Trystan. Tu t’es planté de gosse ?”
– “?!?!?!? Mais comment ?!?!?”
– “Je sais pas. Ou alors on en a peut-être un troisième, qui s’balade, et qu’on n’a jamais vu…”
– “?!?”
Silence.
– “Ah oui j’viens de comprendre ! Huhuhu… T’es con !
J’te jure, je suis sûr que c’était Tancrède pourtant…”
– “Mhmm.”
04:02
– “Mamaaaaan… Tu peux venir voir mon vomis siteuplé ?”
– “Mmmhhhhh ?!?… hein ? T’as vomi ??”
– “Oui….”
– “hum… Et tu t’sens mieux ?…”
– “Oui….”
– “Bon bin vas dormir dans ton lit alors…”
– “Non, j’préfèrerais être avec vous. Au cas où.”
– “Au cas où… Bien sûr…”
04:15
Je pense que TOUTE la maisonnée est enfin entièrement endormie au même moment.
06:50
Tidididit ! Tidididit ! Tidididit ! Tidididit ! Tidididit ! Tidididit !!!
Merde. Le réveil.
J’ai oublié mon téléphone au pied du lit dans leur chambre et j’entends le son étouffé de l’alarme.
Je saute du lit comme un clown sorti de sa boite : vite avant que ça ne réveille Tancrède !
Je stope la sirène… En réalisant que le gosse pour qui j’ai piqué ce sprint est dans MON pieu en train de roupiller tranquillement.
08:04
Je viens de déposer Trystan à l’école et retourne, tel le forçat, à la maison pour m’occuper du frangin, qui dort toujours du sommeil du juste dans ma chambre.
C’est là que je croise l’une des mamans de classe :
– “Alooooooors Pom !! Houlala !
On a trop fait la fête hier soir, huuum !?!?
Faudrait penser à dormir un peu, hein !”
Et franchement, je pense que c’est ÇA le plus dur.