D’ici quelques semaines, cela fera trois années
– “T’inquiète pas Olivia : la s’maine prochaine, pour le dernier jour de classe, j’vais dire à maman d’te faire un ‘ROOO paquet de madeleines, d’accord !?“
Devant, au bas mot, la moitié des ATSEM de l’école, qui me regardent alors avec affection, ainsi qu’une pointe de gourmandise à peine déguisée sur les lèvres.
Stoïque devant cette nouvelle mission qui venait de m’échoir, j’ai avancé, digne, jusqu’à la sortie. Je me doutais bien que cette année, pas plus que la précédente, ni celle d’avant, je n’allais pouvoir y couper.
Mais connaissant le plaisir intense que mes fistons en retirent, je me suis donc exécutée dans la joie et la bonne humeur.
J’en étais à ma troisième fournée, sur les coups de 19:00 à J-1, lorsque Trystan est entré dans la cuisine :
– “Ehhh maman. Dis voir, tu crois qu’y’en aura assez pour tout le monde ?”
– “?!?!? Heu Trystan, là on doit déjà avoir atteint la petite centaine… Ça devrait aller tu ne crois pas ?”
– “Nan, c’est pô ça, mais y’en a beaucoup des maitresses.”
– “?!?”
– “J’veux dire, t’as bien pensé à tout l’monde ?”
Et ma main sur ta figure, tu y a bien pensé aussi ?
Me retiens-je de lancer, légèrement agacée par sa remarque.
– “Trystan, je ne sais pas. Je crois que oui.”
– “Attends, j’vais chercher Tancrèd’. C’est lui qui connait tout l’monde à l’école !”
J’entends alors les petits pas feutrés de mon second fiston qui débarque dans la cuisine.
– “Oui, m’an, t’as besoin d’moi ?”
Je rêve.
– “Hem. Moui. C’est… Pour les noms de toutes les ATSEM… Pour demain. Les boites.”
– “Ah oui. Dis moi les noms et moi j’te dirai si y’en manque.”
– “Bon… Gladys, Louise, Philomène, Marceline, Dada, Olga, Nathalie…”
– “Oui, c’est bon. T’as pas oublié nos maitresses ?”
– “M’enfin Tancrède ! Tout de même.”
Je prends mon air offusqué.
– “Okay mama, mais bon… Trystan il en a deux, tu t’souviens hein ?”
Oh purée.
Laëticia. Comment j’ai pu oublier !
Je me garde bien de reconnaitre cette impardonnable erreur devant mon garçon.
J’ai ma fierté.
– “Et t’as pensé aux profs d’anglais, Roxane et Azeema ? Cornelia c’est plus not’ maitresse cette année, mais on l’aime toujours, hein.”
– “Oui Tancrède.”
– “A Philippe, le directeur !? Et Virginie ? C’est la maman d’EVA, elle nous soigne tout le temps quand on a mal…”
– “Oui… Tancrède…”
Je ne sais pas comment il peut penser que je ne connais pas la mère de l’adorable et espiègle petite fille qui a contribué à faire de mon existence un enfer maternel durant plus de deux ans.
– “Bon. Et ‘oublie-pas les chefs de la cantine aussi. Et bien sûr, Kachougui, le gardien. Il est tout l’temps gentil avec nous, tu sais.”
A ce stade, j’en suis à ma sixième fournée.
Mes deux morveux partent se coucher.
Je bouillonne presque aussi fort de l’intérieur que de l’extérieur.
Lendemain matin, nous arrivons devant l’école.
Mais à approximativement vingt-sept mètres de l’entrée, Tancrède se fige brusquement :
– “MERDE MAMAN !”
– “?!?!?!? M’ENFIN TANCREDE QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE LANGAGE !?!?“
(De la crédibilité, de l’importance de l’exemple et du modèle… Toussa toussa.)
– “MAMAN !”
– “QUOI !?“
– “On a oublié Rosy, Marie-Louise et Nigel, le prof de sport !!!”
– “Mais… Mais Tancrède… Je t’avais demandé !…”
Je reste sans voix, réalisant la stérilité de ma remarque.
Naturellement, la première personne que nous croisons en arrivant est … Marie-Louise. Ni une ni deux, mon fils s’avance vers elle :
– “Hello Marie-Louise ! Chui désolé tu sais… Mais maman elle a pas fait des madeleines pour toi. Bonne zournée !”
Pour la troisième année consécutive, j’ai donc quitté la cour de récrée, le col relevé, le chapeau sur les yeux, et démarré la bagnole le plus vite possible.
#MêmeQuandYenAplusYenAencore
#BoireLaLieDeLhumiliationJusquauBout
#DieuSoitLouéLaMaternelleCestFini












































