Même quand y’en a pu, y’en a encore

D’ici quelques semaines, cela fera trois années 

que nous sommes installés au Cap. 

Incroyable, comme le temps passe vite. 


Je n’ai rien vu passer. 

Ce que j’ai vu, en revanche, c’est l’habitude que mes mômes ont pris – toujours plus à l’aise dans leur jolie petite école – de considérer en fin d’année scolaire, qu’il était dans mes prérogatives de systématiquement nourrir ou approvisionner la totalité du staff en champagne ou en madeleines. 

Mais enfin… Soyons justes : on ne peut pas prôner la générosité à sa progéniture, et l’élever au statut de vertu cardinale, sans en subir les dommages collatéraux de temps à autre, pas vrai ?

La semaine passée, je récupérais Tancrède à la porte de sa classe, lorsque fonçant dans les jambes de sa maitresse préférée pour lui dire au-revoir, il s’est écrié bien fort au beau milieu du couloir : 

– “T’inquiète pas Olivia : la s’maine prochaine, pour le dernier jour de classe, j’vais dire à maman d’te faire un ‘ROOO paquet de madeleines, d’accord !?


Devant, au bas mot, la moitié des ATSEM de l’école, qui me regardent alors avec affection, ainsi qu’une pointe de gourmandise à peine déguisée sur les lèvres. 


Stoïque devant cette nouvelle mission qui venait de m’échoir, j’ai avancé, digne, jusqu’à la sortie. 
Je me doutais bien que cette année, pas plus que la précédente, ni celle d’avant, je n’allais pouvoir y couper. 

Mais connaissant le plaisir intense que mes fistons en retirent, je me suis donc exécutée dans la joie et la bonne humeur. 

J’en étais à ma troisième fournée, sur les coups de 19:00 à J-1, lorsque Trystan est entré dans la cuisine : 


– “Ehhh maman. Dis voir, tu crois qu’y’en aura assez pour tout le monde ?”


– “?!?!? Heu Trystan, là on doit déjà avoir atteint la petite centaine… Ça devrait aller tu ne crois pas ?”


– “Nan, c’est pô ça, mais y’en a beaucoup des maitresses.”


– “?!?”


– “J’veux dire, t’as bien pensé à tout l’monde ?”


Et ma main sur ta figure, tu y a bien pensé aussi ?

Me retiens-je de lancer, légèrement agacée par sa remarque. 

– “Trystan, je ne sais pas. Je crois que oui.”


– “Attends, j’vais chercher Tancrèd’. C’est lui qui connait tout l’monde à l’école 
!”


J’entends alors les petits pas feutrés de mon second fiston qui débarque dans la cuisine. 


– “Oui, m’an, t’as besoin d’moi ?”


Je rêve.


– “Hem. Moui. C’est… Pour les noms de toutes les ATSEM… Pour demain. Les boites.”


– “Ah oui. Dis moi les noms et moi j’te dirai si y’en manque.”


– “Bon… Gladys, Louise, Philomène, Marceline, Dada, Olga, Nathalie…”


– “Oui, c’est bon. T’as pas oublié nos maitresses ?”


– “M’enfin Tancrède ! Tout de même.”


Je prends mon air offusqué. 


– “Okay mama, mais bon… Trystan il en a deux, tu t’souviens hein ?”


Oh purée. 

Laëticia. Comment j’ai pu oublier !
Je me garde bien de reconnaitre cette impardonnable erreur devant mon garçon. 
J’ai ma fierté. 

– “Et t’as pensé aux profs d’anglais, Roxane et Azeema ? Cornelia c’est plus not’ maitresse cette année, mais on l’aime toujours, hein.”


– “Oui Tancrède.” 


– “A Philippe, le directeur !? Et Virginie ? C’est la maman d’EVA, elle nous soigne tout le temps quand on a mal…”


– “Oui… Tancrède…”


Je ne sais pas comment il peut penser que je ne connais pas la mère de l’adorable et espiègle petite fille qui a contribué à faire de mon existence un enfer maternel durant plus de deux ans.


– “Bon. Et ‘oublie-pas les chefs de la cantine aussi. Et bien sûr, Kachougui, le gardien. Il est tout l’temps gentil avec nous, tu sais.”


A ce stade, j’en suis à ma sixième fournée. 

Mes deux morveux partent se coucher. 
Je bouillonne presque aussi fort de l’intérieur que de l’extérieur. 

Lendemain matin, nous arrivons devant l’école. 

Mais à approximativement vingt-sept mètres de l’entrée, Tancrède se fige brusquement : 

– “MERDE MAMAN !”


– “?!?!?!? M’ENFIN TANCREDE QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE LANGAGE !?!?

(De la crédibilité, de l’importance de l’exemple et du modèle… Toussa toussa.)

– “MAMAN !”


– “QUOI !?


– “On a oublié Rosy, Marie-Louise et Nigel, le prof de sport !!!”


– “Mais… Mais Tancrède… Je t’avais demandé !…”


Je reste sans voix, réalisant la stérilité de ma remarque. 


Naturellement, la première personne que nous croisons en arrivant est … Marie-Louise. Ni une ni deux, mon fils s’avance vers elle : 


– “Hello Marie-Louise ! Chui désolé tu sais… Mais maman elle a pas fait des madeleines pour toi. Bonne zournée !”


Pour la troisième année consécutive, j’ai donc quitté la cour de récrée, le col relevé, le chapeau sur les yeux, et démarré la bagnole le plus vite possible. 


#MêmeQuandYenAplusYenAencore
#BoireLaLieDeLhumiliationJusquauBout
#DieuSoitLouéLaMaternelleCestFini




Lectures intempestives

C’est un peu comme tout, finalement. 

Trop de bonnes choses, 

ça finit par être fatiguant. 


En cette fin d’année scolaire, et après un travail remarquable et acharné des maitresses sur mes fistons chéris, leurs efforts commencent à porter leurs fruits : les Jujutrépides font leurs premiers pas dans le monde merveilleux de la lecture et de l’écriture. 

A la veille des grandes vacances et du passage en CP, les lettres de l’alphabet sont à peu près connues, en cursives et en scriptes. 
(C’est ça qui est cool avec les gosses et l’Education Nationale, on apprend plein de nouveau vocabulaire sympa.)

Et surtout, ces merveilleuses enseignantes ont réussi l’essentiel de leur mission: donner ENVIE aux lardons de savoir lire. 
Quand on y pense, c’est quand même la base de l’affaire. 

Du coup, depuis quelques semaines, nos Jujus déchiffrent. 

Ils déchiffrent tout, tout le temps.

Du carton de céréales, aux quatrièmes de couvertures des livres de la maison, aux panneaux publicitaires présents aux feux rouges, aux étiquettes, aux barquettes de yaourt… Tout y passe. 

Ça prend des plombes. 

Pendant ce temps là, le silence absolu doit régner autour d’eux, afin de faciliter leur concentration. 

Dans leurs petits yeux brille la flamme du besoin de reconnaissance, qui s’allume soudainement lorsqu’ils ont réussi à deviner le mot et que leurs parents se pâment de joie et de fierté. 

Nous marchions l’autre jour dans un parking, en direction de la voiture. 

Soudain, Trystan s’arrête devant un rutilant modèle, flambant neuf. 

– “ATTENDS ‘Man’ ! R’gard’ ! Y’A UN LOGO !”

– “Un logo !?”

– “Voui ! Sur l’devant d’la woiture, là.”

– “Ah oui. C’est une M…”

– “CHHHHHHHUUUUUUT maman ! Dis rien ! J’vais trouver tout seul !”

– “Super… Vas-y chéri.”

– “Mmmmmmmmm.”

-“Oui…”

-“Euuuuuuuuuuuuu.”

– “Oui…

-“Reuuuuuuuuuuuu.”

– “Oui…

– “Keeeeeuuuuuuu.”

– “Euh, oui, c’est à dire, ça peut se prononcer “Ceu” aussi…”

-“Euuuuuuuuuuuuu.”

– “Oui…

A ce stade, je suis au bord de la phlébite et de la crise d’asthme, à force de poireauter debout au milieu des pots d’échappements.

– “Deuuuuuuuuuuu.”

– “Ouiiiii…

-“Euuuuuuuuuuuuu.”

– “……

– “Seuuuuuuuuuuu !”

– “Bravoooo mon chéri. Et alors, Meureuceudeuseu, M-E-R-C-E-D-E-S, ça donne quoi, tu penses ?”

– “Et bin… Et bin… Et bin… Heu… BELLE VOITURE BLANCHE !”

#OnYestPresque


L’aiguille à Maurice

On dit toujours que les mamans

comprennent n’importe quel 

baragouinage de leurs enfants.


Franchement, y’a des jours où c’est quand même plus difficile que d’autres : 


– “Maman, j’ai b’soin d’un truc.”

– “Euh. Oui Trystan. Mais il va falloir être plus précis si tu veux que je comprenne.”

– “Bin. Le truc qui pique là.”

– “?? Une aiguille ?”

– “Oui. Enfin presque. Tu sais.”

– “Non… Je ne sais pas chéri. C’est une aiguille ou c’est pas une aiguille ?”

– “C’est une aiguille mais ça pique pas.”

– “?!?!?”

– “Mais maman, menfiiiin !!”

– “Mais quoi “menfin” Trystan ! Une aiguille qui ne pique pas, c’est bizarre quand même ton affaire. En plus, il est évidemment hors de question que je te donne une aiguille, c’est dangereux.”

– “Mais noooon ! A l’école mes maitresses, elles me laissent en utiliser !!”

– “QUOI !?”

– “Mais oui. Elles m’en donnent… Oui voilà, j’ai r’trouvé : DES AIGUILLES À MAURICE.”

Pour une raison bien indépendante de ma volonté, le roman d’Arsène Lupin, “l’Aiguille Creuse” de Maurice Leblanc, me revient en mémoire.  

Mon cerveau passe aussi par les Colonnes Morris de Paris.

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin, me dis-je intérieurement. 

Bref, plus je cherche, plus je m’éloigne de la question initiale, je le sens bien.

Et puis soudain, visiblement en désespoir de cause, mon fils mime un geste, celui de piquer et de remonter, puis de pincer avec le pouce et l’index. 

Tilt.

– “?!?!?…. Tu… Veux… Dire… Les EPINGLES À NOURRICE, Trystan, peut-être ?”

– “Bin oui. C’est c’que j’te dis !”

#MaisOui
#MaisCestBienSûr

Découvrir CityRock

En cette saison froide à Cape Town, 

bientôt couronnée par les vacances scolaires annuelles, 

il devient urgent de vous proposer des bons plans familiaux. 


Histoire d’occuper la marmaille durant ces longues journées d’hiver.

Voici donc l’idée du weekend : faites donc un tour au City Rock, le centre d’escalade couvert du Cap, situé dans le quartier d’Observatory. 

La salle est conviviale et joyeuse, avec toutes ces couleurs. 

Plusieurs murs permettent aux grands comme aux petits, débutants ou pros, de découvrir ou de s’entrainer aux techniques d’escalade libre selon des chemins colorés croissants en difficulté. 


Les instructeurs sont attentifs et très à cheval sur la sécurité. 

Vous pouvez amener votre propre matériel – chaussons, baudrier, “pof” ou poudre blanche de magnésie qui permet d’absorber la transpiration et de mieux adhérer aux prises, etc. – ou vous le faire prêter par le club qui est entièrement équipé. Les prix varient évidemment en fonction. 

Un second mur offre des prises plus “naturelles” et conformes à la réalité en extérieur :

D’autres façades, plus hautes et équipées de cordes, permettent de découvrir les méthodes d’assurage ainsi que la descente en rappel, mais surtout de véritablement comprendre à quel point ce sport pas comme les autres est avant tout basé sur la force des jambes.

Après quelques heures passées à grimper, les mômes sont en général suffisamment épuisés pour vous laisser en paix durant le reste de la journée ou de la soirée.
A prévoir, idéalement, en matinée ou en fin d’après-midi, donc.

Ouvert tous les jours, weekend compris, les prix sont raisonnables.

De rien, les filles.

Smart Phone ou Dumb Tel ?

Les smartphones et les enfants. 

j’y reviens toujours, car ça me taraude.


Bien sûr, on nous dit que dans 10 ans, ils seront déjà dépassés. 

Que nous n’aurons plus besoin de support pour bénéficier des services de cet engin. Que tout se passera sur d’autres objets connectés, qui nous entourent, ou au travers d’un casque, voire même directement sur la peau…

Mais bon. 

Pour l’instant, je vois autour de moi de plus en plus de copains, parents d’adolescents ou de pré-ados, qui me parlent de l’addiction de leurs enfants au téléphone. 
Lorsque je les écoute, j’ai le sentiment qu’ils font référence à des drogués. 
Ils me parleraient de leur gosse accro’ à l’héro’, qu’ils useraient des mêmes termes.
Certains en viennent aux mains avec leurs parents. 

Inimaginable. 

Et pourtant. 

Toutes ces discussions m’ayant fortement interpelée, j‘ai décidé de prendre un petit pas de recul pour voir comment ça se passait chez nous… 

Et bin c’est pas joyeux. 

Le nombre de fois où nous leur disons : 

– “Attends chéri, je finis un mail”. 
– “Pas maintenant mon coeur, je travaille.”
– “Bouge-pas trésor, je termine juste de mettre en ligne un article.”

Le nez rivé sur l’appareil. 

Le nombre de fois où ils nous parlent, et nous leur répondons, tout en pianotant. 

Le nombre de fois où nous jetons un coup d’oeil à la notification qui vient de tomber, en plein milieu du diner. 

C’est dingue. 

Dingue comme cet outil, car c’est ce qu’il est au départ, est entré dans nos vies au point d’y occuper une place aussi importante. 

Comment s’étonner, devant l’exemple quotidien et permanent que nous offrons à nos enfants, qu’ils exigent un portable de plus en plus jeunes et qu’ils en deviennent – eux-aussi, disons-le – totalement dépendants ?

Quelle est la légitimité pour ces parents et quelle sera la mienne et celle de leur père dans quelques années lorsque nous exigerons qu’ils posent leur smartphone pour nous parler ou pour manger ? Ou pour ouvrir un livre au lieu de jouer sur leur téléphone ? 

Nulle. 

Absolument et entièrement nulle

L’Education est essentiellement le modèle que nous offrons à notre progéniture, et qu’ils copient. Nos gestes, plus que les mots que nous prononçons, sont les véritables exemples sur lesquels ils s’appuient pour grandir…

Tout d’un coup, j’ai eu peur. 
Et j’ai eu de la peine, aussi. 
En pensant au mur de distance, au visage absent que je leur présente si souvent. 

Alors, j’ai pris une (folle) décision.

C’est comme de limiter le sucre, à mon avis, ça ne va pas être de la tarte :

En semaine, un panier dans l’entrée. Dans lequel je pose le machin. Qui y reste, tant que les mômes sont réveillés.
(En attendant la phase 2, “le smartphone et le couple”…)

Durant le weekend, je m’octroie 1 droit de regard par heure. 
Au début. 
Le temps de supporter la désintoxication. 

#SmartphonistesAnonymes
#BalayerDevantSaPorteAvantDemmerderLesAutres
#AvantQuilNeSoitTropTard
#ToussaToussa



Pigeon crevé

Nous sortions du cours de tennis 

lundi dernier avec les Jujutrépides, 

lorsque Tancrède a 

pratiquement trébuché sur un pigeon. 


Pas en super forme, le volatile, manifestement. 

– “Oooooh maman, regaaarde, le p’tit pigeon… Y’ bouge pas, c’est bizarre !”

J’hésite à lui apprendre la triste nouvelle. 

– “Oh mais maman, regarde, il ouvre ses yeux !”

Au secours. Je le croyais déjà mort !
Un pigeon sub-claquant, en plein passage vers l’au-delà…
Et il faut qu’on tombe dessus, avec mon fils-chien-de-Berger qui se sent systématiquement obligé de sauver le monde et d’aider la planète entière, même quand on ne lui a rien demandé… (On se demande bien de qui il tient…)

Avant même que j’ai eu le temps de le mettre en garde, il s’est précipité sur le pauvre animal et le tient maintenant dans le creux de ses bras. 

Je suis au bord de l’apoplexie. 

Les pigeons, c’est dégueulasse, plein de maladies horribles. 

– “Oh mon dieu maman ! IL VA MOURIR !!”

Bonne nouvelle, malgré tout : ça y est, l’info est arrivée au cerveau. 

– “Oui mon amour, je suis désolée, ce petit pigeon semble bien mal en point… Remets-le parterre s’il te plait. On ne sait pas où il a trainé. Il est peut-être malade et je ne tiens pas spécialement à ce que nous retournions pour la neuvième fois ce mois-ci aux urgences, avec une infection aviaire rarissime qui nous bousillerait encore les trois prochaines semaines. Vu ?”

Je regarde mon fils. 
Il se retourne vers moi, les yeux embués de larme, sans un mot. 
Il serre la bestiole contre son coeur, des dizaines de plumes tombant sur le sol…

Et tout à coup, je perçois un mouvement au niveau des lèvres de mon petit garçon.
Elles se mettent à trembler. 
Comme chez les bébés lorsqu’ils s’apprêtent à hurler.

Sans surprise, un cri terrible déchire le silence de la charmante impasse où nous sommes garés. 

Il est sincèrement inconsolable. 
Un peu comme l’affaire du Zerbe. 

Son pull est trempé de larmes. 
Il s’égosille à pleins poumons. 

En moins de trois minutes, tous les voisins de la rue sont sur leur terrasse ou sur le trottoir, et échangent entre eux en Afrikaans, un regard courroucé et plein de colère visiblement dirigé contre moi.

Mon fils est liquéfié. 

Trystan me regarde de ses grands yeux purs : 

– “Oooh maman… On peut pas l’laisser comme ça le pauv’ pigeon. Et arrête de faire pleurer mon frère !”

Pétrifiée par la situation – je vois bien que cette histoire est importante pour mon gosse, d’autant que son frangin en remet une couche.
Mais il est HORS DE QUESTION que l’on ramène le pigeon à la maison.  

De sa petite voix chevrotante, Tancrède m’achève alors d’un : 

– “Mais maman… Imagine… Imagine que t’es une maman pigeon et que ton p’tit garçon pigeon il est en train de mourir… TU VAS L’LAISSER, TOUT SEUL, ABANDONNÉ, FINIR SA VIE SUR LA ROUTE, écrasé par des voitures !!!”

Je crois toujours être immunisée, depuis le temps et l’entrainement intensif prodigué par mes jumeaux, à ce genre de chantage épouvantable. 

En vérité… Soyons lucide… Je ne le suis pas. 

J’ai donc, à 17:46 un lundi soir, pris sur moi pour dégoter un toubib pour oiseaux encore ouvert à cette heure là à Cape Town, où déposer le moribond. 

Lorsque la vétérinaire à vu la pauvre créature, elle n’a pu que constater l’évidence :

– “I’m so sorry sweety… She’s hardly breathing… She’s dying… We have to help her… To die… I’ll give her a sedative, do you understand* ?”
* Je suis désolée mon poussin, il respire à peine, il est en train de mourir… Il va falloir l’euthanasier, tu comprends ?”

Hurlements et redoublements de sanglots dans la salle d’attente.

Je vois la dame, accroupie à la hauteur de mon fils, le visage complètement perturbé affichant une impuissance pathétique : elle ne s’attendait visiblement pas à une réaction si démesurée.
Tancrède se jette alors dans ses bras, le pigeon crevé arrivant pile poile à la hauteur du nez de la nana, qui tente désespérément de se défaire de mon pot-de-colle de fils, recrachant en toussant les plumes du pauvre animal à bout de forces.

J’espère qu’elle est vaccinée.

Ou comment BIEN commencer la semaine. 

#GrosseFatigue
#AvoirUnGosseHypersensibleCestQueDuBonheur

Le couple et le sport

La compétition dans le couple, 

on en (re)parle ou pas ? 


Bien sûr, nous avons toutes et tous été pris un jour en flag’ de jalousie, le plus souvent non assumée :

Une feuille de paye qui commence à décoller quand l’autre plafonne, et le coeur se serre.

L’un des gamins qui se jette de façon un peu trop appuyée dans les bras de l’un plutôt que de l’autre, et nos yeux lancent des éclairs.

Un kilo durement perdu quand l’autre en gagne un, et il devient difficile de camoufler ce petit coin de sourire ironico-sarcastico-sardonique ignoble qui s’affiche malgré nous sur notre visage. 

Tout cela est bien vilain. 

On le sait, d’ailleurs, et c’est la raison pour laquelle on ne l’avoue pas. 

Mais j’ai remarqué que cela n’est RIEN, comparé à notre attitude durant le SPORT.

Si vous faites partie des couples qui pratiquent une activité sportive ensemble – quelle drôle d’idée, franchement – pensant ainsi profiter de ces instants en commun pour partager des moments sympathiques en dehors de la routine et renforcer encore votre amour… Oubliez.


Enfin, je dis ça… Si ça se trouve, c’est juste chez nous ?


D’abord parce qu’il n’est pas absolument certain que votre moitié ait véritablement envie de découvrir l’aspect écarlate et transpirant de votre personne. 


A bien y réfléchir, de votre côté, souhaitez-vous vraiment dévoiler à cette occasion – non pas votre épouvantable caractère qu’il a déjà remarqué depuis bien longtemps – mais votre propension à une certaine mauvaise foi, voire votre effroyable gestion comportementale de l’échec, hum ? 


Pensez aussi que si le prof de tennis vous plait, ramener le conjoint n’est probablement pas l’attitude la plus maline à adopter. 


D’autant qu’au bout d’un certain temps, y’a forcément l’un des deux qui réussira mieux que l’autre avec autant, voire moins, d’heures de cours.

C’est rageant. 
Très énervant. 
Vraiment. 

Parce que si par miracle l’un parvient à maigrir grâce à l’entrainement – et pas l’autre – et bin… Cf. paragraphes du dessus. 


Enfin, j’ajouterais que perdre contre une sombre connasse que vous ne connaissez ni d’Eve, ni d’Adam, c’est pas trop dramatique. 

Mais perdre contre votre partenaire de vie, qui va vous rabâcher les oreilles et vous reparler jusqu’à la fin de l’année du meeeeeerveilleux lob qui vous a coûté la partie… C’est tout de suite beaucoup plus pénible. 

Non, à bien y réfléchir, je ne suis pas sûre qu’il faille absolument s’adonner au sport à deux.


Vraiment.

https://www.facebook.com/MargauxMotinillustratrice

Time flies

Je sais. 

Vous allez me dire, 

que je ne sais décidément pas

ce que je veux. 


Mais c’est vrai :
Les enfants grandissent trop vite !

Lorsqu’ils naissent, on attend qu’une chose : qu’ils fassent enfin leurs nuits, histoire de nous permettre de retrouver une vie normale et un visage tant soi peu humain. 

Après cela, on rêve qu’ils fassent leurs dents. Vite. 
Histoire de passer à autre chose que les purées et de revenir à un seul menu par repas pour toute la famille. 

On désespère ensuite de les voir marcher, car on n’en peut plus de les porter et de la facture d’ostéopathie mensuelle, qui a maintenant pris la place de celle autrefois dédiée au shopping. 

On veut qu’ils soient propres. Parce que les couches, y’en a ras la grenouillère. 
Ensuite, on veut qu’ils se débrouillent tous seuls. 
Parce que les lingettes, y’en a ras la cuvette. 

Au bout de deux ans, serait-ce trop leur demander de parler ? D’exiger une construction de phrase sujet-verbe-complément, qui nous permettrait enfin de réutiliser notre cerveau d’adulte ? 

Vers les trois ans, on donnerait n’importe quoi, tout, même, pour les voir cesser ces insupportables et haïssables caprices.

On perd notre santé mentale à exiger d’eux qu’ils rangent leur chambre. 
Qu’ils mangent sans que la venue d’un service de désinfection et de nettoyage spécialisé ne soit nécessaire chaque soir.
Qu’ils jouent enfin un peu seuls, histoire que nous puissions retrouver quelques minutes d’intimité pour nous-même. 

On demande, on prie, on supplie, on implore, on les conjure de nous laisser dormir le weekend, de nous foutre la paix, de nous lâcher la grappe, d’oublier que nous existons. 

Et puis un jour, ça s’arrête. 

Un jour, comme ça, pouf-pouf, sans prévenir, sans que l’on sache vraiment pourquoi, ou ce qui a changé, ça se tarit. 
Et bientôt, c’est terminé. 

Le point de non retour.

A partir de ce jour, tout s’inverse. 
C’est nous qui leur courons après. 
Le jour où enfin, ils se font le petit déjeuner tous seuls devant la télévision le dimanche. 

Le jour où ils cessent de venir intempestivement dans notre lit, se coller à nous et nous bisouter, de leurs petites joues chaudes du matin. 

Le jour où ils n’ont plus vraiment besoin de nous pour se rassurer ou se consoler. 

Ce jour où quand on leur propose de jouer avec nous, et qu’ils disent : “non merci”. 

Ce jour où le monde nous parait si cruel et si dur, et qu’on a désespérément besoin et envie d’une bouffée d’amour… 
Et qu’ils nous répondent : “nan, pas maintenant, ‘man”. 

Cette même phrase que nous leur avons répétée tant de fois, durant toutes ces années…  

C’est mal fichu, quand même, l’enfance des mômes. 

C’est moche, l’ironie de la vie. 

https://www.facebook.com/EmmanuelleTabaretIllustrations

Découvrir le Taal Monument

L’autre jour, 

j’ai eu l’occasion 

de découvrir un site étonnant.


Celui du Taal Monument, érigé en 1975 sur l’une des nombreuses collines de Paarl, une ville située à une cinquantaine de kilomètres au nord du Cap et dont le nom qui signifie “perle” lui a été donné en référence aux nombreux rochers ronds qui décorent la région. 

Cette oeuvre architecturale symbolique a été conçue par Jan Van Wijk, pour célébrer le centième anniversaire de la langue afrikaans déclarée langue séparée du hollandais en 1875.
Seul monument au monde consacré à une langue – “Taal”, signifie “langue” en afrikaans – il est intéressant à plus d’un titre :

De fait, la langue afrikaans – maternelle pour plus de 6 millions de personnes en Afrique du Sud et en Namibie, et parlée par une dizaine de millions d’autres personnes en tant que seconde ou troisième langue – est l’un des seuls idioms construits – comme l’espéranto – sur la base de plusieurs autres, dans le but de permettre et faciliter la communication d’une société très multiculturelle.  

Bâti en pleine période d’apartheid, il se compose de plusieurs structures verticales, convexes ou concaves qui symbolisent les différentes influences linguistiques mais aussi culturelles et politiques qui ont contribué à façonner l’afrikaans.

Les trois colonnes de gauche représentent les langues européennes (hollandais, français, allemand, portugais…), leur hauteur diminuant progressivement au fur et à mesure qu’elles se rapprochent du centre du monument, afin de signifier la décroissance de leur influence sur la langue afrikaans au travers du temps. 


A droite se trouvent trois sortes de boules, celles-ci symbolisant les dialectes africains dont cette langue s’est aussi inspirée (le Khoi, le Nguni et le Sotho), leur taille augmentant pour symboliser l’importance croissante de l’influence africaine sur l’afrikaans.

La rencontre de ces deux arcs linguistiques forme, au centre du monument, un pont métaphorique de la fusion des langues et des cultures. 

La langue malaise – importée dès le 17ème siècle avec les dizaines de milliers d’esclaves arrachés à leur Malaisie, Indonésie ou Inde natales pour venir grossir les rangs des travailleurs qui ont construit la ville du Cap et sa région – est représentée par un mur de pierres placé entre les deux arcs précédents : séparé mais aussi uni aux deux autres, formant ainsi la base de cette langue si particulière. 

Au centre du monument, une immense tour – 57 mètres de haut – symbolisant la croissance accélérée de la langue, est plantée dans un bassin d’eau, telle un être vivant, un embryon, en développement.  

La seconde tour – 28 mètres – creuse et donc ouverte au monde, représente la République d’Afrique du Sud. 

Le jardin dans lequel est construit le monument est beau et les paysages magnifiques avec des vues à couper le souffle sur Paarl et les montagnes du Drakenstein. 

Un petit café et un parc pour enfants idéalement situé vous permettent de visiter le lieu en toute tranquillité et en famille. 

A l’occasion, faites-y donc un tour !

Twins for Ever

Les gens qui n’en n’ont pas, 

même ceux qui ont plein d’enfants,

peinent souvent à comprendre. 


Mais les jumeaux, c’est quand même un truc à part :

Comme souvent, nous étions dans leur chambre, au moment du coucher. 

Trystan mâchouillait tranquillement l’oreille de son lapin en peluche. 

J’étais sur le point d’éteindre la lumière.

Lorsque Tancrède a brusquement pris la parole : 

– “Ah maman ! J’ai oublié de t’dire un truc incroyable ki’ faut k’ch’te t’raconte !”

– “Ah oui ! Quoi donc mon amour ?”

– “Ça Y’est, J’VAIS M’MARIER !”

Comme à chaque fois qu’il me parle de ses petites affaires amoureuses, mon coeur tressaille, un courant désagréable remonte le long de mon dos et mes sourcils se froncent contre ma volonté.

– “Hum… Ah oui ! Déjà ! Mais c’est si récent avec Gisèle…”

– “Ah mais NON maman ! C’est pu’ Gisèle ! Main’nant, c’est MANON !”

-” ?!?!?!?!?!? Ah bon ? Mais… Mais… Tu m’avais rien dit !”

– “Nan pass’qu’en fait, c’est nouveau.”

– “Ah d’accord. Et du coup, c’est fini avec Gisèle ?”

– “Oui oui, en fait, on est juste amis finalement, c’est pas vraiment d’l’amour ki’ y’a entre nous. Donc on a dit qu’on était d’accord pour rester que amis. Tu wois c’que j’veux dire ?

– “?!?!?!?!?!? Heuuu… Oui. Oui je vois, chéri. Et… Donc… Manon ?”

– “Oui, avec MANON, c’est génial !”

Je manque de m’étrangler. 

– “Hum. Et pourquoi donc ?”

– “Passqu’on s’aime VRAIMENT, tu wois ?”

– “Non, j’avoue que je ne te suis plus très bien mon coeur, là. Tu veux dire que vous vous entendez mieux ?”

– “Oui voilà, c’est ça. J’ai ENFIN trouvé l’amoureuse KI’ ME FAUT !

– “?!?!?!?!?!? Oui… Bon… T’as le temps de voir venir, encore, Tancrède, hein !”

– “Nan mais maman, MANON, c’est pour la VIE !”

– “Bon… Et du coup, comment tu sais que c’est celle qui te faut ?”

– “J’sais pas maman, c’est dur de dire… C’est… C’est… ELLE ME COMPREND TELLEMENT BIEN.”

Assise sur le rebord du lit, je reste silencieuse, étonnée devant les mots si sérieux employés par mon fiston. 

C’est là que Trystan, son traducteur assermenté habituel, décide d’intervenir :

– “C’est facile ‘man. J’t’ess’plik : c’est comme moi et Victoire.”

– “?!?!?!?!? Je ne comprends pas chéri… ?”

– “Bin, Manon et Lara, c’est comme Victoire et Maxine, c’est des ZUMELLES, elles aussi. Comme nous.”

Je réalise subitement qu’effectivement, leurs amoureuses ont toutes deux des soeurs jumelles. Les trois paires de juju de Grande Section…

– “Mais… C’est tellement important que vos copines soient jumelles aussi ? C’est pour ça que vous les avez choisies ?!?”

– “Nan, maman, pas vraiment. C’est juste qu’avec elles, c’est plus facile, la vie, pour nous.

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