LA Vérité

Okay, okay… 

Je vais vous le dire. 

Puisque vous insistez. 


Je prenais un café il y a quelques semaines chez une copine. 
Son gosse était malade. 

Je l’observais regarder son mouflet. 
Elle avait l’air inquiète pour lui. 

Mais quand elle a relevé la tête, j’ai VU. 

J’ai vu que ma présence l’avait poussée à adopter le masque :
Ce visage politiquement correct qui est attendu de la part des mères en de telles circonstances. 

Mais en vrai, au fond d’elle, je sais qu’elle ressentait autre chose. 

Ça n’est pas la première fois que cela arrive. 

Du coup, je me suis dit que, pour ceux qui n’ont pas encore le grand bonheur d’être devenus parents, ceux qui ont oublié, ou pour détendre les copines qui respectent encore l’omertà officielle, vous vous amuseriez peut-être du sujet du jour :  “ce qui se passe VRAIMENT dans la tete des mères.” 

Le mieux, c’est que je vous cite directement des cas concrets : 


Exemple 1
Le gosse est malade, une bronchite carabinée qui le cloue sur le canapé.
3 jours avant LA rentrée. (celle de septembre, oui.)

Réponse officielle : 
– “Oh mon pauvre coeur, tu souffres. T’inquiète pas, ça va aller.”

Ressenti réel : 
– “Okay. T’avais qu’à porter tes chaussons sur le carrelage, comme je te l’ai répété 100 fois hier. T’as intérêt à faire chauffer les globules blancs petite crevure sub-claquante, parce que, quoi qu’il arrive, ça fait deux mois que je te supporte à la maison, donc lundi tu retournes en classe, même avec 48° de fièvre.”


Exemple 2
Au restaurant, comme chaque fois depuis 6 ans, le môme a renversé son coca sur la nappe. Si l’on considère une moyenne lissée sur l’année de 1 restaurant toute les semaines sur 72 mois, ça fait 288 fois que c’est déjà arrivé. 
A multiplier par le nombre de gosses. 

Réponse officielle : 
– “Mince chéri. Tu pourrais faire attention s’il te plait ! C’est pénible, à la fin.” 

Ressenti réel : 
– “Si je pouvais lui balancer mon verre de vin rouge à la tronche, histoire qu’il voit ce que ça fait de se retrouver avec un liquide coloré qui dégouline dans les manches… ça me ferait TELLEMENT de bien. Mais tellement. Tellement. 
D’ailleurs, qu’est-ce qui me retient ? 
Si… Ça tâche sur les vêtements.
Boah. Tant pis. 
Je le fais ou pas ?”
Et là, le serveur arrive, fort heureusement, à pic. 
On ne remerciera jamais assez le personnel de la restauration. 
Il sauve des vies sans le savoir, en fait. 


Exemple 3
Pour la troisième nuit consécutive, le lardon s’est pointé dans le lit matrimonial cette nuit. Un cauchemar affreuaffreu.

Réponse officielle : 
– “Mon trésor, calme-toi, je t’aime, c’est juste un mauvais rêve, tu peux aller te recoucher maintenant. Ah tu veux rester là ? T’es sûr ? Tu serais bien mieux dans ton lit tu sais. Vas dans ton lit. Non, non n’hurle pas s’il te plait ! À 03:04 du matin, je supporte pas. Okay. Bon… D’accord, tu peux rester. “

Ressenti réel : 
– “Je sais. J’ai tout fait pour le maintenir en vie jusque là, et dieu sait que ça a été du boulot à temps plein… Ce serait probablement un mauvais retour sur investissement d’utiliser le coussin sur ses voies aériennes à ce stade. 
Je l’aime plus fort que tout au monde, en plus. 
Non, ce serait bête.”
Relax les filles.
En fait, toutes ces réactions, c’est normal. 

(Semble-t-il.)

COMMENT ETRE UNE BONNE MERE EN 2017
S’assurer que les besoins scolaires, émotionnels, psychologiques, 

mentaux, spirituels, physiques, nutritionnels et sociaux de l’enfant sont respectés, 
tout en faisant bien attention à ne pas trop le stimuler, ni pour autant le sous-estimer, 
l’auto-médicaliser ni le sur-couver, 
tout cela dans un environnement sans écran, sans nourriture industrielle, sans plastique, 
positif vis-à-vis de l’image qu’il a de son corps, 
égalitaire mais non dénué d’autorité, maternel et attentionné mais non castrateur, gentil mais pas permissif, 
sans pesticides, polyglotte, si possible dans un logement situé dans une impasse avec un porche.
Ne pas oublier l’huile de coco. 

Les Grands, ça pleure jamais

Je cherchais désespérément mes fistons 

dans la mega-grosse cour de récrée,
la semaine passée. 


Oui, parce que maintenant qu’ils sont devenus grands, des Grands-de-CP, mes fils, je les récupère dans un endroit différent d’avant : beaucoup plus grand, beaucoup plus bordélique, avec beaucoup plus de gamins mélangés, et beaucoup plus de difficultés pour retrouver à la fois ma progéniture et son matériel scolaire. 

J’ai toujours dis que sans les ATSEM, le monde arrêtait de tourner. 
Enfin bref. 
C’est pas l’propos.

J’aperçois alors l’amoureuse de Trystan qui s’élance vers moi. 

Bon signe, me dis-je : mon lardon ne doit pas se trouver trop loin. 

– “Salut Poooom. Eh t’sais kôâ ?! Trystan il a été TRÈS TRÈS courageux. Tancrède lui a donné un coup d’pied d’kungfu dans l’ventre, et lui, il a même pas pleuré tu sais ! TROP FORT”, dit elle tout en posant ses beaux yeux énamourés sur mon fils.

Je dirige un regard interrogateur assez sévère vers mon second fiston, qui fixe ses pieds. 

– “Ah oui ? C’est vrai ça Tancrède ?”


Hochant de la tête, les yeux fermés, les sourcils relevés et le front plissé, les commissures de la bouche serrées, comme pour donner un poids démesuré à ses paroles, Trystan décide alors de renchérir :

– “Oui maman. J’ai eu TERRIBLEMENT mal. Mais j’ai supporté. Parce que je suis grand maintenant, tu comprends. Et les GRANDS, ça pleure jamais.”


Sa main désormais sur l’épaule de son admiratrice, qui acquiesce alors avec dévotion.


Durant une fraction de seconde, avant qu’il ne retourne courir en riant vers la voiture, j’ai entrevu le futur adolescent. 

Le p’tit mec qui crâne. 

LE CP, c’est vraiment la révolution dans la tête des enfants.


Et celle des parents…

Les devoirs

Je pensais que c’était comme les régimes.

Que ça commençait forcément le lundi matin, voyez. 


Mais en fait, non. 
Ça m’est tombé dessus un vendredi aprem. 

Comme ça, pouf pouf, sans prévenir. 

Le père des Jujutrépides, façon inspecteur des travaux finis, s’était bien excité en milieu de semaine passée, hurlant tel un possédé qui vient de tomber sur un crucifix :

– “Mais c’est quoi ce bordeeeeel chérie !!! Déjà 3 jours qu’ils sont rentrés à l’école. Y SONT OÙ LES DEVOIRS !? Renseignes toi, enfin, ils sont en CP maintenant !!!”


Personnellement, j’ai préféré attendre que la sentence tombe, tranquillement, à son rythme, plutôt que d’aller chercher les problèmes moi-même. 

De fait, je n’ai pas eu à attendre bien longtemps pour qu’ils retrouvent ma trace : en vidant les sacs-à-dos, j’ai découvert un petit cahier. 

Le coeur battant, je l’ai ouvert, telle Pandore au dessus de sa boite maléfique. 

“Faire lire, le paragraphe “Je lis”, page 18.”

Ok. 

Faire lire. 
A priori, je devrais y arriver. 

Voyons. Page 18. 

Je tourne les pages du cahier de texte. 
Elles ne sont pas numérotées. 
Il n’y a que la première page qui a été remplie avec cette énigmatique consigne. 

Plongée dans mes pensées, je lâche involontairement à voix haute : 

– “Mais enfin, pourquoi ils me parlent de la page 18 ? Quelle page 18 ?” 

Je sens le lourd regard de Trystan, mi effrayé mi déconfit. 

– “Mais maman… La page 18… du LIVRE DE LECTURE !”

– “Du livre de lecture ? Mais quel livre de lecture chéri ?”

– “Bin celui k’est dans mon cartable, enfin !”

– “Ah oui ? Ils fournissent les livres ? Formidable. Mais c’est curieux, je ne l’ai pas vu.”

Pour ceux qui s’inquiètent de ma santé mentale : 
C’est normal, le fameux bouquin a atterri pour une raison indéterminée dans le sac de son frère. 

Je prends l’ouvrage et lis le titre : “Chut je lis.” 

Ça commence bien…

Je ne peux m’empêcher de m’interroger : 

– “Mais enfin pourquoi commence-t-on à la page 18, d’abord ? C’est pas très logique, si ? 

Mon fils me rappelle à l’ordre : 

– “Mamaaaaan…”

– “Okay okay.”

J’ouvre à la page 18. 
J’enregistre intérieurement la ligne :

“C’est la rentrée pour la poule, le lapin et le cochon”.

Je me dis, bon, génial.
11 mots, c’est pas la mèr(e) à boire. 
Je regarde mon fils chéri avec amour et encouragement, puis lance de mon ton le plus gai : 

– “Okay ! Vas y mon coeur, on essaye de déchiffr….”

Et là… Mon fils me coupe :

– “C’EST LA RENTRÉE POUR LA POULE LE COCHON ET LE LAPIN ! C’est bon maman, j’peux aller jouer dans l’jardin maint’nant ? 

Je tombe des nues. 

Oh mon dieu. 

Ces maitresses sont décidément des êtes bioniques sur-humains. 
Elles ont appris à lire couramment à mon fiston en moins de 5 jours. 
C’est du délire !!!

Et là, ça fait tilt. 

– “Heuuuu… Chéri ? Relis voir la phrase, un coup ?”

– “C’EST LA RENTRÉE DE LA POULE, DU COCHON ET DU LAPIN !”

Evidemment… C’était trop beau. 

Là, je me dis que j’ai deux possibilités. 

Faire celle qui n’a rien vu, bien remballer le matos, le laisser jouer dans le jardin et retrouver ma liberté (toute relative.)

Ou faire mon devoir de mère correctement. 

Franchement, je vous le dis, j’ai hésité. 
Super fort. 

Mais bon. 

Si ça s’appelle “les devoirs” c’est pour une bonne raison. 

Un peu comme l’accouchement qu’on appelle aussi “la délivrance.”

La langue française est d’une précision subtile et rare. 

Je décide donc d’agir en adulte responsable 

– “Chéri, qu’est-ce que tu me fais là ? Tu la connais par coeur la phrase, tu ne la lis pas pour de vrai. Viens, on recommence.”

Allez, faisons contre mauvaise fortune bon coeur. 

Dans 12 ans, c’est fini. 

Les barbarisme gémellaires

J’ai constaté avec le temps, que les longues (très longues) vacances d’été,
sont le moment charnière de l’année 
durant lequel les enfants grandissent. 


A tout point de vue : physique – ils prennent en général plusieurs bons centimètres en quelques semaines – mais aussi en maturité. 

Apparition des premiers pas, acquisition du langage, abandon des couches, de la tétine, des lits de bébé… Toutes ces étapes sont systématiquement passées durant la période de pause annuelle. 

Ces progrès ne sont pas sans conséquences et interviennent le plus souvent après une légère phase de régression de l’une des compétences sensée être déjà acquise. 

Cet été n’a pas échappé à la règle, le dommage collatéral s’étant situé cette fois au niveau de la parole :
Pour une raison inconnue, nos Jujutrépides se sont retrouvés à inventer de nouveaux substantifs en lieu et place de noms pourtant parfaitement connus. 
Les exemples sont innombrables mais il faut avouer que le contexte automobile nous a offert quelques perles d’innovations linguistiques assez surprenantes : 


Nous roulions sur les petites routes bucoliques du sud-ouest de la France, lorsque Trystan s’est écrié : 


– “Papa ! Fais attention à ta conduction ! Tu vas beaucoup trop vite !”


– “Trystan ! La conduction ? Vraiment ?!?”


– “Euh… Ah oui. Le conduisage.”


– “?!? Trystan, tu ne sais plus parler français ?!”


– “Naaan mais si. Conductage.”


– “TRYSTAN…! La CONDUITE, voyons !”


– “Ah oui… Non mais pass’que là dans le tournage, ça va pas du tout papa !”


– “?!? Le tournage ?!?”


– “Oui… Le Tournement, quoi.”


– “?!?!”


– “Bon… Alors… La Tournation ?”


– “MAIS ENFIN TRYSTAN !!! Chérie, tu vois de quoi il parle, ton fils ?!?”


Et là, gros blanc. 

Le mot n’arrivait plus à sortir de ma propre bouche. 
Le seul qui s’affichait dans mon esprit embrumé de milliers de tournesols visibles depuis ma fenêtre : la tournitude.

Façon Ségolène R. 


Perturbée, j’ai donc taché de reprendre mes esprits et de me concentrer.

Avec soulagement, j’ai fini par lui répondre :  

– “… Trystan, tu veux dire le VIRAGE, c’est ça ?”


– “Ah oui, voilà !”


En plus de nous faire saigner des oreilles durant toutes les vacances, cette nouvelle tendance – fort heureusement passagère – impacte sévèrement la santé mentale et grammaticale du parent : c’est qu’au bout d’un moment, à force de les entendre dégoiser leurs énormités, on finit par en perdre notre propre latin !



La femme des cavernes

Trystan sortait de son bain. 

Je m’appliquais à lui coiffer les cheveux. 


Les mauvaises langues diront qu’en ce moment, c’est sûr qu’il y a du boulot. 
(Il aime pas le coiffeur, on n’y peut rien !)

Il boudait, debout, bras croisé, sur son tabouret en plastique.
Rompant le silence, il me lance alors : 

– “Mamaaan ?! Pourquoi tu veux pas qu’je regarde la télé en attendant l’diner ?”

– “Parce que tu en as déjà regardé cet après midi et que ça suffit. Après ça fait trop. En plus comme ça, tu pourras m’aider à la cuisine.”

– “Pfffff… Chui’ sûr que quand t’étais p’tite, toi aussi tu r’gardais la télé.”

– “Non Trystan, je te promets, presque pas.”

– “C’est impossib’.”

– “Si c’est possible, chéri. C’est hyper vrai. A l’époque en plus, j’avais pas la télévision à la maison, donc tu vois…”

– “Ah ?! C’était où, l’époque ?”

– “??? C’est une expression chéri. “A l’époque”, ça veut dire à cette époque là, quand on parle du passé. Oui ?”

– “oui. AAAAAAHHHH mais j’ai compris maman ! Je sais pourquoi t’avais pas la télé !”

– “Ah ? Pourquoi donc chéri ?”

– “PASS’QU’À L’ÉPOQUE, TU VIVAIS DANS LES CAVERNES, COMME LES ZHOMMES PREHISTORIQUES QU’ON A VU PENDANT LES VACANCES À LASCAUX, Et donc, là d’dans, y’a pas l’électricité pour la télé !?

Ou quand ta volonté de bien faire et d’inculquer un semblant de culture à tes enfants se retourne finalement violemment contre toi.

#AprèsLesNeuronnesFatiguésEtLesCheveuxBlancsLaFemmeDesCavernes
#MangeToiÇa
#JeSuisPasVieilleJeSuisVintage
#Re

Le Disque Rayé

Parfois, 
j’ai du mal à me comprendre
moi même. 


Je me demande encore pourquoi je le fais. 

Pourquoi j’espère encore.

Comment je crois toujours que cela puisse s’avérer jouable.

Alors qu’au fond de moi, je le sais pertinemment, il n’en n’est rien.

J’ai nommée le triangle racinien de l’été.
L’incompatibilité fondamentale enfant / piscine / lecture :

Tu es en vacances, au bord du bassin, concentrée dans le premier paragraphe de la première page de ton livre.
Celui-la même que tu t’es offert avec délectation l’autre jour, ivre de bonheur à l’idée de le dévorer en lisant au soleil. 

Tu n’es pas assise depuis cinquante secondes, que le gosse commence à t’emmerder : “Mamaaaaan ? Tu viens nager avec môâââââ !!??!!??”

A cet instant, tu te rappelles ta propre enfance. 
Tu te dis qu’ils sont importants, ces moments de qualité avec ta progéniture, en vacances, lorsque tout le monde est détendu.

Il arrive bien qu’au fond de toi-même, une petite voix te susurre perfidement qu’un moment de qualite avec toi-même serait tout aussi bienvenu. 
Après tout, c’est ça, au départ, la definition des vacances… 
#ÇaCétaitAvant

Mais lorsque tu regardes ton môme, que tu plonges tes yeux dans les siens – qui à cet instant te font penser à ceux un cocker très abattu – tu te souviens subitement que cet enfant est ce que tu as de plus précieux au monde.

Alors tu descends dans l’eau glacée – qui était soit-disant “krès krès krès super chaude” – et tu barbottes avec lui. 
Pendant des plombes.

Naturellement, tu apprécies ce joli moment suspendu.

Au sens propre et figuré étant donné que tu gardes les bras en l’air, tellement t’as froid.

Mais tu realises que ton esprit ne cesse de diverger vers le transat. 
Celui où tu as deposé ton pavé qui t’attend en silence, brûlant sous le cagnard, l’air de dire : “je t’en supplie ma chérie, viens me reprendre, on va passer un beau moment toi et moi, laisse donc tes lardons mijoter !”

N’y tenant plus, tu sors, subrepticement. 
Genre, les gosses ne t’ont pas vue t’échapper, tout occupés qu’ils sont à se disputer le gros homar en plastique qui flotte péniblement au centre de la piscine.

Seulement voila…

A peine as tu relu le premier paragraphe de la première page, que le môme revient.

– “Mamaaaaan ? Tu joues avec môâââââ !!??!!??”

Alors tu craques, et tu lui assènes la triste vérité : 


“Chéri. Je viens de passer une heure avec toi. Maintenant c’est du temps pour moi. Un peu. Vas jouer tout seul, ou avec ton frère. Je reviens plus tard.”

Silence. 

– “Okay, maman… Dans combien de temps c’est, plus tard !?”

– “…Dans un quart d’heure !”

Silence. 


– “Ça fait combien, un quart d’heure ?”
 

– “Pas longtemps !”


– “Okay.”


Le gosse est mutique, immobile.


Tu viens de finir les deux paragraphes suivants. 


A côté de ton transat, debout, il bouge à peine. 

Tu sens son lourd regard posé sur toi. 
Tu fais semblant de ne pas le voir. 

C’est stressant. 

T’es obligée de relire le dernier passage, car tu as oublié ce que tu viens de lire à l’instant. 

– “Et maintenant ca fait un quart d’heure, dis maman ?”

Là.. Là… Tu n’y peux rien, mais tu craques. 
(Surtout si ça fait plusieurs jours que ça dure.)

Tu te mets à réciter d’une voix monocorde : 

– “Le numéro que vous avez demandé n’est pas disponible actuellement, merci de rappeler ultérieurement… 
Le numéro que vous avez demandé n’est pas disponible actuellement, merci de rappeler ultérieurement… 
Le numéro que vous avez demandé n’est pas disponible actuellement, merci de rappeler ultérieurement… 
Le numéro que vous avez demandé n’est pas disponible actuellement, merci de rappeler ultérieurement…”

En boucle. 
Indéfiniment.

Un peu comme un mantra relaxant. 

D’ailleurs, effectivement, ça calme tout le monde. 

Toi, d’abord, un peu comme le Om̐ en yoga, genre vibration vitale. 
C’est libérateur.

Mais aussi le gosse : il se dit que sa mère a définitivement perdu la tête et qu’il serait plus prudent de la laisser seule. 

Pensez-y, hein, pour l’été prochain !

De rien. 


Les animaux de la ferme française

Comme vous tous, 

nous avons passé l’été 

avec notre progéniture. 


Version officielle
Et profité avec délectation et allégresse des vingt quatre heures de chaque journée de chacun de ces deux fabuleux mois, pour passer du temps de qualité avec eux. 

Traduction politiquement incorrecte
On vient de se les farcir vingt quatre heures par jour durant deux mois. 
On est au BDR. (Bout Du Rouleau)
Les vacances avec les enfants c’est comme l’avion en long courrier avec des gosses en bas âge : à chaque fois, on croit qu’on va mourir, mais en fait, non. On survit. 

Bref. 

Parmi tous les merveilleux moments de bonheur traversés au cours de cette délicieuse période : le restaurant. 

Oui. En vacances, on est pas beaucoup chez soi.

Du coup, on déjeune ou on dine souvent dehors. 

Et au fil des semaines, de l’attente souvent longue en cette saison, les enfants deviennent intenables. Insupportables, disons-le. 

Les Jujutrépides n’échappent pas à la règle. 

Mais leur papa, toujours très ingénieux, a développé une parade assez efficace :
Il est certain qu’elle nécessite quelques connaissances personnelles littéraires et de culture générale.
Mais enfin, quand on veut la paix, il faut ce qu’il faut.  

J’ai nommé : le conte. 

Rien de nouveau vous me direz, mais selon l’adage, c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleurs cassoulets. 
(Rapport à la région où nous étions.)

Le père des Jujus à donc pris sur lui de leur raconter, dès que la tension montait à table, certains passages de la mythologie grecque. 

Nous terminions les Douze Travaux d’Hercule. 
Lorsqu’il leur demanda de récapituler le contenu de ses tâches. 

Très concentré, Tancrède s’est alors mis à plisser les yeux, le petit bout de langue à la commissure des lèvres, comptant sur ses doigts :

– “Le lion…”

– “Très bien mon amour ! Ensuite ?”

– “Euh… Le Cobra !”

– “Tu veux dire l’Hydre de Lerne ?”

– “Oui voilà… Et aussi… Euh… Le phacochère ?”

– “Le SANGLIER d’Erymanthe, Tancrède.”

– “Oui, c’est ça. Et euh… Euh… L’IMPALA k’a pas perdu son sang !”

– “TANCREDE !! C’est LA BICHE DE CERYNIE !!!”

#LesAnimauxDeLaFermeAfricaine
#LeGosseTraumatiséDeL’Afrique

Les dealers de l’expat’

Chaque année,

c’est pareil.


J’ai le sentiment de m’être glissée dans la peau d’un trafiquant d’héroïne ou de crack, qui tente de faire passer sa came en douce.

Toutes proportions gardées, naturellement. 

Je n’irais quand même pas jusqu’à faire avaler des boites de camembert ou des saucissons entiers sous vide aux Jujutrépides, transformés en mules pour l’occasion. 

Mais ce serait tentant, avouons-le. 

Je parle de ce moment suspendu où l’expat rentre dans sa patrie d’adoption en fin d’été, lorsqu’il passe la douane de l’aéroport, les valises remplies de produits de contrebande formellement, interdits dans cette partie de la planète. 

Car le sevrage est trop violent. 

Rare sont ceux qui réussissent brutalement à se passer de ces denrées typiquement gauloises et curieusement quasi-systématiquement introuvables dans le reste du monde. 
A croire que les Français vivent et s’alimentent dangereusement, quand on pense à tout ce qui vient de chez nous et qui est banni ailleurs.

Pour la majorité d’entre nous, il s’agit d’y aller progressivement. 
De se préparer psychologiquement, en voyant les stocks baisser lentement, histoire de s’habituer mentalement au manque à venir, aux prochains mois de disette qui assureront, comme chaque année, le retour à un IMC et un poids normal, avant le fatidique mois de juillet suivant. 
#LeCycle

Alors, chacun sa méthode de transport. 

Il y a les ingénus, les bleus de l’expat, qui sont mal informés et qui laissent tout tel quel dans leur valise, à la portée du premier snoopy renifleur qui passera par là. Mais la chance sourit souvent aux débutants et le système fonctionne en général assez bien, jusqu’à ce que les intéressés découvrent qu’ils s’adonnent à une activité illicite. Dès lors, cela a été statistiquement prouvé, ils se feront chopper. 

Il y a ceux qui aiment le challenge : ils connaissent la loi mais décident de jouer le jeu façon roulette russe. Système ça-passe-ou-ça-casse. 
M’enfin, voir finir à la poubelle, devant ses yeux, pour 200 balles de sauciflard et de comté 36 mois, ça touche au blasphème. 
En plus de nous ruiner. 

Il y a les créatifs. 
Ceux qui manquent encore un peu de bouteille en la matière, mais qui ont des idées : planquer la cancoillotte avec les sachets de lavandes ou des savons au menthol, le foie gras frais entre deux paquets de naphtaline. 
Malheureusement, c’est souvent beaucoup d’énergie dépensée pour un résultat plus qu’incertain. 

Il y a les arrogants, ceux qui pensent qu’ils pourront négocier, voire soudoyer les douaniers, en échange d’un prélèvement partiel du butin. 
C’est sûr, ça marche, parfois. 
M’enfin, niveau moral et éthique c’est affreusement contestable. 
Ça alourdit violemment votre karma, si je puis me permettre.
Et quand cela ne marche pas, parce que l’on est tombé sur un incorruptible du type Warren Beatty – mais en beaucoup moins séduisant – et bin ça fait mal. 
Rapport à l’amende. 

Enfin, il y a les pros. 
Ceux qui SAVENT. 
Ceux qui sont passé par toutes les étapes, les confiscations sauvages et autres insupportables déceptions de la vie. 
Ceux qui mettent tout sous vide, dans un faux plancher au fond de la valoche. C’est propre, c’est net. 
Rien à redire. 
Dans ce cas, tout dépend si l’on peut éviter le passage aux rayons X, si le Clébard est bien entrainé ou s’il a commodément chopé un bon rhume cette semaine là. 

Welcome back, les amis !

"Expat" : ce vilain gros mot

Bon. 

Est-ce qu’on peut en parler, 

ensemble,

calmement ? 


Parce que, franchement, y’a des jours, j’en ai un peu ras le passeport… 

Alors, j’ai fait quelques recherches. 

Parce que les chiffres, en général, ça met tout le monde d’accord. 

Est-ce que, aussi, on peut s’entendre sur la définition  ? 


Expatrié. 

Racine grecque : “Exo-patrida” 
= qui vit en dehors de sa patrie. 

Donc un expatrié, avant d’être un statut contractuel mirobolant – ou pas – c’est d’abord un mec, une nana et/ou un gosse, émigrés, qui ont leur résidence permanente en dehors de leur pays de nationalité. 


Il y a un peu plus de 2 millions de gaulois dans ce cas, inscrits ou non sur les listes consulaires, soit environ 4% de la population française. 


Le plus souvent, c’est pour un temps limité et c’est pour du boulot, ou pour se former. 

Mais ça peut durer plus longtemps. 

Ils partent parce qu’ils rêvaient d’aventure et l’ont souhaité – pour les plus chanceux – mais aussi parfois, rappelons-le, parce qu’ils n’ont pas le choix professionnellement. 

La très grande majorité du temps, pour les familles, c’est encore le mari qui trimbale son petit monde avec lui, même si les statistiques commencent à évoluer.

L’une des plus grandes difficultés pour ces gens, ne sont pas les déménagements intempestifs. 

Ni de quitter leur pays et leurs amis.
Ni de quitter les autres amis qu’ils se font à chaque fois.
Ni d’apprendre la mort d’un de ses parents ou de ses proches par téléphone. 
Ni de s’adapter à un monde totalement différent du sien. 
Ni de travailler ou d’évoluer dans des conditions parfois complexes. 
Ni de devoir apprendre en quelques mois une/des autre(s) langue(s) que la sienne pour réussir à communiquer. 
Ni rien de tout cela. 

Non, le plus compliqué, ce sont les réflexions, parfois dures, auxquelles il faut faire face, et toujours avec le sourire. 


Alors… Parce que je trouve qu’un peu d’information et d’équité ne font jamais de mal… On en parle, ce matin ? Gentiment ? Sans s’énerver ? Oui ?
  

1 – “Les expat’ sont tous des privilégiés qui vivent en tongues au soleil sur une plage.”

Une chose d’abord : vivre sur la plage ça n’existe pas. 
Au bord de la mer je veux bien. 
Ensuite les tongues, ça va deux minutes, mais ça donne une mauvaise forme au pied. Donc pas à longueur d’année. C’est pas bon d’un point de vue orthopédique. 
Tout le monde le sait. 

Sinon :


– 50% des expatriés français vivent en Europe. 

Je sais pas vous, mais l’été dans cette région, à part peut-être le sud de l’Italie et de l’Espagne, j’ai quand même le sentiment qu’il dure pas super longtemps, hein. Et les plages de cette région, c’est globalement pas mal au bord de l’Atlantique et de la Mer du Nord, dont la réputation en terme de températures polaires n’est plus à faire. 

– 14% vivent en Amérique du Nord. 

Alors là bas, y’a beaucoup de caribous et de neige, même qu’ils appellent ça la slosh, par là-bas. Vous le saviez ?

– 8% vivent en Asie.

Oui, cette région, en plein à l’est de la carte du monde traditionnelle – celle qui est autocentrée sur la France, oui celle-là – où on respire pas trop et où on ne voit pas souvent le ciel tellement c’est pollué. Quoi ? J’invente rien : 

Source OMS décembre 2016


Donc en gros, si on se résume : seulement 28% d’entre nous vivons potentiellement au soleil, autour de l’équateur, en Afrique ou au Moyen orient.

Là encore, je ne veux être désagréable avec personne, m’enfin lorsqu’on regarde la petite carte très bien faite ci-dessous, on s’aperçoit que les pays ce cette zone sont, certes, cléments météorologiquement, mais globalement dirigés par des gouvernements passablement instables et moyennement tolérants. 
Il y a toujours des exceptions qui confirment la règle, mais niveau eldorado (oui… Je sais. L’Afrique du Sud en fait partie…) on repassera. 
Chaleur et antidépresseurs, c’est pas forcement incompatible.

Et tout ça, c’est sans compter les moustiques.  
Bzzzzz.



2 – “Les expat’, ils gagnent des millions et font de l’évasion fiscale.”

Alors, on ne parlera pas des étudiants qui galèrent avec des stages non rémunérés, qui payent même de leur poche leur séjour à l’étranger, et on se concentrera sur les individus, les couples ou les familles qui partent bosser avec un salaire. 


Les contrats des jeunes travailleurs de l’étranger n’ont plus rien à voir avec ceux de la fin du XXème siècle. Entre temps, 30 ans ont passés, plusieurs crises économiques aussi. 

Pour info, les + 60 ans, sous-entendu “aux-vieux-contracts-en-or-massif” ne représentent plus que 15% des expats actuels. 
67% des expatriés français dans le monde, soit plus des deux tiers, sont en réalité employés localement. Avec des droits sociaux et des salaires locaux

C’est le moment où l’on fait mention des 5 semaines de congés payés français ? Et des RTT ? Ou pas ? D’accoooord. J’arrête. 

Et, si mes calculs sont bons, pour les 18% d’ultra chanceux détenteurs d’un contrat d’expat’ version XXIème siècle : ils voyagent maintenant tous en éco, comme tout le monde, y’a plus de chauffeur ni de primes délirantes, et les salaires sont indexés en fonction d’un barème de coût de la vie locale que les entreprises – c’est de bonne guerre – veillent le plus souvent à tirer fortement vers le bas. 
Il a même un nom ce barème : l’indice Big Mac, instauré par l’institut Mercer. 
Parfois, donc, votre salaire à l’étranger est plus bas, en valeur faciale, que ce qu’il était à post équivalent dans votre pays d’origine. 
Marrant, hein ? 
Enfin, marrant… On s’comprend. 

Alors oui, les bas-de-plafond vous diront que la majorité des entreprises payent encore la scolarité et la couverture médicale. C’est vrai. Et c’est énorme. 
Mais en même temps, si on est un toupetipeu honnête, en France l’école publique est gratuite et la SECU aussi (si l’on considère l’impôt d’un point de vue global, cf. paragraphe ci-après).  
Donc c’est pas ultra choquant non plus, si on y pense bien.
Voilà voilà. 

Sachez également que de vivre à l’étranger ne vous exonère pas de payer des taxes, loin s’en faut. Et que contrairement aux idées reçues, la France est loin d’être le pire pays en terme d’imposition globale.
Je vous JURE.
Regardez la belle carte ci-dessous.  
Alors ? Ki c’est ki veut aller vivre en Inde ou au Brésil, hum ?!

Etude PWC & Banque Mondiale, décembre 2016

Enfin, petit rappel utile : lorsque l’un part, le conjoint doit – l’écrasante majorité du temps – démissionner de son travail pour suivre. Et toute la famille ne vit plus alors que sur un seul salaire, ou avec un second revenu anecdotique, les propositions en local étant quasi systématiquement bien moins intéressantes que dans le pays d’origine. 

Certes, on vit bien, on ne demande à personne de pleurer sur notre sort. 

M’enfin l’époque “NababExpatRoiDuPétrole”, c’est fini. 
Oui ?
On peut arrêter d’en parler maintenant ? 
S’il vous plait ? 
Nan, vraiment. 
Merci. 

3 – Les expat’s, ils restent tout le temps entre eux, c’est insupportable.


Oui. 

Alors, là encore, n’est-ce pas, le monde bouge, évolue.

Juste pour rire : z’avez déjà regardé à quoi ressemble le mur Facebook d’un expat’ ?

Les posts de son fil d’actu’ sont dans quatre ou cinq langues. 
Au bas mot.  

Sinon, plus sérieusement, vous avez déjà entendu parler de la courbe Mc Cormick & Chapman ?

Bon, okay, elle est pas super glamour.
En revanche elle est très claire : au début, quand on se déracine, c’est dur. 
Après les premiers temps d’excitation, on passe tous plus ou moins par une phase où on n’est pas bien.
Dans une moindre mesure, c’est comme le deuil ou le divorce : il y a des étapes à peu près classiques à passer avant de réussir à rebondir. 

Bon. 
C’est quand même pas super compliqué de comprendre que dans ces moments là, on a envie de voir des gens qui vivent le même truc que nous, ou qui parlent notre langue, histoire de se détendre un peu. 
Si ?

Comme en général, l’expat’ déménage tous les trois ans, ça explique pourquoi il côtoie souvent des gens qui lui ressemblent : ça le rassure. 
On aimerait bien vous y voir, hein… 

D’ailleurs, si vous regardez ceux qui s’installent plus longtemps ou qui passent en local et décident de rester : ils s’ouvrent systématiquement, mettent leurs enfants dans des écoles locales, etc. 

Ils suivent la couuuuurbe, on vous dit.



4 – Les femmes d’expat’ sont de grosses feignasses qui ont tellement d’aide à la maison et tellement plus rien à foutre qu’elles passent leur vie dans un monde parallèle entre salons capilo-manucuresques et concours de chauffage de cartes bleues.

Alors.
Bon. 
Par où commencer ? 

Oui, on a plus facilement de l’aide à la maison en expatriation que quand on vit à Paris.
C’est sûr. C’est évident. 
Surtout si l’on n’est plus contrainte par des horaires, comme chez nous quand on travaillait en entreprise.

M’enfin les dames de ménage ou les babysitters, ça existe aussi en France, non ?

Il peut également être intéressant de comparer les horaires auxquels se termine l’école et la garderie publique en France (18:00) et les Ecoles française de l’étranger, qui varient entre 13:00 et 17:00. 

Une autre évidence : papy, mamie, tata, tonton, toutes ces béquilles sur lesquelles ont a tendance à s’appuyer quand on vit chez soi pour faire garder gratuitement les mouflets ou nous dépanner en cas de problème… 
Et bin, à l’étranger… Y’a pas. 
Ça n’est pas parce qu’on ne paye pas un service, qu’il n’a pas de prix. 
Un peu comme les femmes au foyer. 
M’enfin c’est pas le sujet du jour, je sais. 

Sinon, non : on ne passe pas nos journées à se faire masser. 
Je me dis souvent que c’est d’ailleurs une erreur car, quitte a souffrir de cette réputation, autant en profiter. 
Certaines bossent. 
D’autres sont dans l’humanitaire. 
D’autres soutiennent au quotidien leur famille, qui aurait tôt fait d’imploser sans un pilier récupérateur central. 
Bref. 
Nul besoin de se justifier. 
Il suffit de penser aux conséquences de ce que j’ai développé dans les points précédents, aussi. 

Alors s’il vous plait, soyez gentil(le) : 

La prochaine fois que vous croisez un Xpat, restez poli et – dans la mesure du possible – aimable avec lui/elle.

Les Expat’s sont des êtres humains comme les autres, vous savez. 

Certes ils postent souvent des photos sublimes d’endroits paradisiaques qui finissent parfois par vous taper sur le système limbique.
(Le pire c’est qu’ils le font pour partager les expériences qu’ils ont la chance de vivre avec vous. Pas pour énerver qui que ce soit. M’enfin c’est pas l’propos.)


Ils vivent parfois des moments difficiles, comme vous.

Et ils profitent aussi de choses merveilleuses, comme vous.
(On sous-estime les petits bonheurs comme la baguette craquante, le St Marcelin coulant, le saucisson, les Roudor ou même les Craquinettes… La notion de privilège est vraiment question de perspective, pensez-y, les amis.)

Bisous. 


Source : pour ceux qui se demandent d’où viennent mes autres chiffres, c’est  et là. 

Le plus pire

Je ne pensais vraiment pas 

dire ça un jour. 

Et pourtant. 


Cela fait partie de ces innombrables trucs sur lesquels la vie se charge de nous faire changer d’avis. 

Au début, nos mômes, on les trouve merveilleux. 
C’est trop mignon, même si ça pue un peu et que ça couine trop. 
C’est la lune de miel. 
On est fasciné par la nouveauté et par leurs efforts et leurs progrès : premiers retournements, premiers sourires, premiers pas, premières cuillers de purée, premiers mots… Une forme de miracle au quotidien. 

Et puis vers leurs deux ans, arrivent les premiers “progrès négatifs” : les caprices et l’opposition, avec la fameuse découverte du “non”.
Débute ainsi la phase des “Terrible Twos” et des “Awful Threes”, comme l’ont si bien normalisé les psy américains : deux ans d’enfer, parfois un peu plus.
(C’est comme la durée des garanties des machines à laver, c’est assez précis malgré tout…)
Durant cette période, le parent perd ses nouveaux repères. 
Tout à coup, la vie reprend le dessus, et la bulle un peu irréelle qui l’entourait jusque là se fissure : le môme devient lui-même. 
Et c’est pas de la tarte à gérer. 

Nous sommes alors nombreuses – et nombreux – à nous retrouver régulièrement dans des situations effrayantes où notre statut de “bon parent” est violemment mis à mal :
Lorsque le lardon se roule par terre au supermarché…
Lorsqu’au bout de nous-même, nous lui avons collé une bonne torgnole au milieu de l’aéroport, dont la totalité des passagers nous a semblé se retourner sur notre personne d’un air scandalisé… 
Lorsqu’il nous a mis la honte internationale devant les maitresses ou les parents d’école… 
Bref toutes ces fois où nous nous sentons en échec dans notre job d’éducateur de progéniture. 

N’en parlons plus, c’est du passé. 

Disons simplement que durant ces longues minutes d’abime intérieur – non, non, ne niez pas… – vous vous êtes très probablement déjà dit :
“Mon gamin est mal élevé. C’est horrible. J’ai raté son éducation. Dans 15 ans, il finira en taule. C’est sûr. Tout cela est de ma faute.”

Ou équivalent, selon le degré de votre propension naturelle à angoisser. 

Je vais vous dire :
Dans ces moments là, rien de mieux que de partir en vacances quelques jours. 

Impérativement AVEC vos gamins. 

Nan, mais si :


Vous serez alors forcés d’adapter votre programme en fonction d’eux, et vous retrouverez assez fatalement – oh, bonheur – avec d’autres familles. 

Et là, , vous aurez l’occasion de vous sentir mieux. 

Je vais vous dire pourquoi : 


Non pas parce que vous passerez les meilleures vacances de votre existence, cela va de soi, mais parce que vous aurez l’occasion de vous apercevoir qu’il existe toujours des gosses bien PIRE que les vôtres. 

Voilà.