Donne dent de lait contre bouquet de fleurs

“Maman !!!

R’GAAAARDE !!!!”


En prononçant ces mots, mon fils Trystan s’avance vers moi d’un pas décidé, la bouche béante, l’index pointant vers le fond de sa gorge. 

Un peu décontenancée, je m’approche de lui et me penche avec précaution au dessus de sa mâchoire. 

– “Euuuuh… ? Bin quoi ?”

– “ZAI UNE’ DENT QUI POUFFFF DERRIÈÈÈRE !!!”

A y regarder avec plus d’attention, il semble qu’effectivement le fond de sa gencive gauche soit gonflée. 

– “Hum… Une molaire on dirait… T’as mal chéri ?”

– “OUAIIIIIIIS !!!!!” me répond-t-il de son ton le plus joyeux.

– “Et… Ça te fait plaisir parce que ?…”

– “Chui content !! La P’tite Souris va passer !”

Me revient en mémoire une conversation quelque peu lunaire du début d’année. 
Je me sens obligée de lui dire la vérité :

– “Mais mon amour, tu sais que la P’tite Souris, elle passe quand tu PERDS une dent. Pas quand une dent pousse. Oui ?”

– “Oui, je sais… Mais si y’en a une qui pousse, ça veut dire qu’au d’sus, à côté, les z’aut’ elles vont p’têt’ tomber ! Et comme ça j’aurai enfin DES SOUS À MOI !”


Etonnée de le voir me donner cette information pour la seconde fois à quelques mois d’intervalle, je décide de mettre les pieds dans le plat : 


– “Mais chéri, tu veux des sous à toi pour faire QUOI exactement ?”

Je le sens qui réfléchit. 
J’ajoute : 

– “Tu sais bien que si tu as besoin de quelque chose d’important, on te l’achète avec papa, pas vrai ?”

A peine ma phrase prononcée, je réalise ses limites.

Son manque de tact.

Son paternalisme.
Sa condescendance. 

Lui qui ne possède rien réellement, il a pourtant le droit de vouloir donner autre chose que des dessins et des baisers.
Peut-être a-t-il aussi envie de s’offrir quelque chose à lui-même, le premier pas vers la responsabilisation et l’indépendance ? 

Je la regrette immédiatement et profondément. 

Moi qui me bats si souvent contre ce type de réflexions incensées, je viens de faire subir la même contrariété ignoble à mon petit garçon…

– “Pardon chéri… Ma phrase n’est pas sortie comme je voulais. En fait, je voulais dire… T’as envie de me raconter ce que tu aimerais faire avec ses sous là ?!”

Silence.

– “Non, c’est secret.”

Devant ma mine déconcertée, il finit alors par chuchoter, avec son regard par en dessous et ses grands yeux purs :  

– “C’est… C’est pour t’acheter un bouquet d’fleurs.

Je ne m’en suis toujours pas remise. 



Nota Bébé : penser à lui mettre un billet de 100€ sous l’oreiller.

Too Much ?

Elever des garçons 

et être la seule nana de la famille, 

parfois, 

ça finit par taper sur le citron. 


Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir passé trois journées seule en long week-end avec mes Jujutrépides intrépides, leur papa très occupé ces dernières semaines par son travail. 

La fatigue ou la pluie. 

Ou l’habitude de devoir sans cesse rappeler à mes fistons que leur maman n’est pas qu’une mère et une cuisinière, que nous participons tous au bon fonctionnement de cette famille…

En colère d’avoir dû rester trois jours “enfermés” à la maison, les garçons venaient de me communiquer ostensiblement leur frustration en construisant à mes pieds un “camion de camping” en lego, sorte de caravane de luxe suréquipée, censée représenter nos prochaines vacances. 
(Au secours. Souvenons-nous.)



Message on ne peut plus explicite, s’il en est, étant donnée la situation. 

J’écoutais alors distraitement, depuis le bar de la cuisine ou je travaillais, leur conversation d’enfants, à quelques mètres de là. 
Lorsque soudain, je surprends mon fils Tancrède dire à son frère :

– “Bon ! Alors maman, on va la mett’ là, dans la cuisine pour nous faire à manger. Et le bonhomme là, c’est papa, on va le mettre dans le camion, c’est lui qui va conduire. 

Mon sang n’a fait qu’un tour : 

– “Ah ? Et pourquoi ce serait pas papa qui cuisine et maman qui conduit les gars, hein !?”  

Mes fistons se sont alors retournés vers moi, visiblement sincèrement surpris de ma réaction :

– ” Euh… Bin… Oui maman, on pourrait…”

– “BIN OUI ON POURRAIT !” Me suis-je alors exclamée.

– “Maiiiiis… C’est juste que papa ‘y sait pas cuisiner, maman. Quand c’est lui qui fait à manger… Biiiiin… C’est pas très bon.
Donc c’est mieux de le mettre à conduire, tu comprends ?”

J’avoue : ça m’a cloué le bec. 

Et je n’arrive toujours pas à me décider : 

Mes petites crevures chéries m’ont-elles une nouvelle fois entourloupée à coup de flatterie indirecte ? 

Ou vois-je vraiment le mal partout ? 

File-moi ton 06

Soyons clairs, 

ça m’a fait un coup au coeur. 


Hier, c’était Heritage Day, la fête du Patrimoine, une journée fériée en Afrique du Sud, clôturant donc un long week-end de trois jours. 

Lorsque je leur ai communiqué la nouvelle vendredi, les Jujutrépides se sont effondrés sur le canapé, l’air subitement déprimé. 
Je leur aurais annoncé que la totalité de leur chambre, jouets compris, était partie en fumée, qu’ils n’auraient probablement pas semblé plus atteints. 

J’ai donc tenté de comprendre les raisons de ce brusque changement d’humeur. 

– “Bin les garçons, je comprends pas. C’est sympa d’avoir trois jours de repos, non ?”

Retour à l’envoyeur : 

– “Pffff… C’est long trois jours sans les amis.”

Comprenant de quoi il retournait, j’ai donc proposé à mon engeance d’inviter leurs compères à une matinée de jeu. 
Malheureusement, il s’est avéré que la totalité de leurs copains les plus proches étaient de sortie avec leurs parents en dehors du Cap. 

Hurlements entrecoupés de sanglots de Tancrède :

– “MAIS !?!?! VRAIMEEEEENT !?!? Mais pourquoi personne ne veut nous voir ce weekend ?!?!?”, la petite lèvre inférieure tremblotant de façon pathétique, les yeux mouillés de tristesse. 

– Chéri. Le monde ne tourne pas autour de toi. Tout le monde est en vacances, c’est tout. Ça n’a rien à voir avec toi et Trystan. C’est juste qu’ils ne sont pas là.”

Renchérissements de Trystan : 

– “Pffffff…. et pourquoi nous paaaaas ?! Hein ! Pourquoi nous on est coincés ICI !!!”

Manquant de m’étrangler devant la formule, je tente de rester calme : 

– “Hum… Parce que ce week-end ton papa travaille et parce que nous passons notre vie à bouger ! On peut aussi se reposer un peu trois jours à la maison quand même !”

– “Fffffffff…. Moi, j’aime pas être le DERNIER qui reste !”

– “… Bon. Je vous emmene au cinéma demain, okay ?”

– “Nan… Appelle plutôt la maman de Victoire et Maxine.”

– “Mais je t’ai dit que je l’avais déjà fait Trystan… Ils ne sont pas là…”

– “MAIS RAPPELLE ! P’tet” ki’ se sont trompés !!”

Soufflée devant tant d’insistance, je sens mes p’tits nerfs qui chauffent :

– “?!?!? Mais enfin Trystan, TU NE ME CROIS PAS ?!?”

– “C’est pas ça maman…”

Brusque descente en pression dans l’atmosphère…

– “… C’est quoi alors chéri… ?”

– J’en ai marre tu comprends… Je voudrais pouvoir parler à mes copains… Alors demain, quand on rentre à l’école, je vais demander son numero de téléphone à Maxine ! Comme ça j’pourrai l’appeler moi-même !!

A ce moment là, bien malgré moi, cette phrase m’est alors venue à l’esprit : 

“Même pas encore 6 ans. 
Mon fils commence à vouloir chopper le 06 des filles. 
On est mal.”

Leçon de tact

Je marchais l’autre jour dans la rue 

avec mes Jujutrépides,

de retour de la plage. 


Tout avait commencé quelques heures plus tôt lorsque j’avais cédé, au supermarché, en leur achetant les épuisettes de leurs rêves, qu’ils me réclamaient depuis des mois. 

Naturellement, de retour vers la maison en passant devant l’océan et le sable blanc, les garçons m’ont suppliée de les y emmener toutes affaires cessantes, afin qu’ils essayent leur beau matériel flambant neuf.  

Le ciel étant plutôt bleu ce jour là, je n’ai évidemment pas su résister à l’appel de l’air de la mer dans mes p’tits poumons, et les ai donc accompagnés avec plaisir. 

Une heure plus tard, sans grande surprise, les bottes étaient remplies d’eau, les pantalons trempés, les pulls bons à essorer, les p’tits mains pleines d’algues-à-ramener-dans-l’jardin-pour-faire-d’l’engrais, les mèches de cheveux collées par le sel dans les yeux et – accessoirement – des sourires accrochés sur les deux petits visages. 

En avançant vers la voiture, nous croisons une femme bienveillante qui, semble-t-il amusée par l’apparence très iodée de mes deux garnements, se penche alors vers eux pour leur parler. 

Contrairement à son attitude habituelle, Trystan ne semblait pas rassuré. Accroché à ma robe, il s’est mis à hurler d’un air suspicieux : 

– “Mamaaaaan… Mais kesk’elle nous veut cette vieille daaaame ?!

Intérieurement, je retiens un glapissement.
Elle a 48 ans à tout casser, la vieille dame. 

Ne nous plaignons pas, malgré tout, car fort heureusement, elle ne parle pas un mot de français. 

Avant d’avoir pu réagir, son frère est immédiatement intervenu en chuchotant : 

– “Trystaaaaaan… On dit pas “la vieille dame”, okay
Ça fait du chagrin quand on leur dit k’y sont vieux ou gros ou moches, les gens. On dit pas ça, d’accord ?

La bonne nouvelle, c’est que, finalement, y’en a quand même l’un des deux qui écoute quand je parle et que j’essaye de les éduquer. 

La moins bonne, c’est qu’il reste encore du pain sur la planche. 

#DoubléGémellaire
#PileOuFace
#UneChanceSurDeux

Découvrir le Chef’s Table

Nouvelle idée de soirée gastronomique 

pour vous, les copains du Cap.


Cette semaine je vous propose de tester le Chef’s Table, du mythique et historique hôtel Mount Nelson, en plein coeur du Cap.

Je vous avais déjà parlé de la table classique de l’hôtel, le Planet Restaurant

Aujourd’hui, je vous propose de découvrir l’envers du décor, les coulisses

Car dans les cuisines de l’hôtel, se cache une petite alcove de 12 places maximum, la table du chef, où vous pouvez déjeuner ou diner au beau milieu du ballet de marmitons et de petites mains qui animent cet étonnant endroit. 


Une fois dans le grand hall de l’hôtel, on vous conduira le long de couloirs de service, jusque dans l’antre du chef !
Vous pourrez alors vous balader entre les fourneaux, les étagères de vaisselle, les frigos et les différents ateliers, avant d’aller vous assoir et de regarder toute cette équipe de magiciens, dévoués et décontractés, oeuvrer à votre repas. 

Un menu gastronomique du jour de cinq plats vous est proposé, avec un accord mets-vins si vous le souhaitez, ou non. C’est vous qui voyez. 
Celui-ci change tout le temps, avec une attention particulière accordée aux ingrédients, locaux pour la plupart, et aux cuissons. 

Voici de quoi vous donner une idée :
Bouchées dégustation de boeuf pâturage, sous toutes ses formes
Gelée truffée, bresaola infusée au vin rouge, effiloché de queue de boeuf aux épices…
Terrine de champignons au Kombucha acidulé, pomme crue, crème de yaourt et feuilleté de sarrasin
Aubergine au feu de bois, sashimi de thon, mayonnaise aöli
Ceviche de crevette au citron vert et au grains de maïs au vinaigre
Loup de mer poché et moules aux petits légumes
Pomme de terre noire, piment.
Ravioli de Morogo, sorte d’épinard sud africain,
purée de courgette, pois chiches, beignets de Kale
Sorbet digestif au kiwi
Filet d’agneau dans son jus, ricotta, petits pois et proscuitto croquant. 
Panna Cotta de cheescake à la fraise, sorbet mojito, 

Réservé aux grandes et belles occasions, bien sûr !
N’hésitez pas à réserver bien en amont, cette table étant prise d’assaut durant toute l’année. 


Cliffhanger

Je pense franchement, 

que c’est la dernière année. 


L’Afrique du Sud étant ce qu’elle est, nous sommes actuellement en train de rénover le système de sécurité de la maison où nous habitons. 


Naturellement, la conduite de ces travaux n’a pas échappé aux Jujutrépides qui ont immédiatement réagi comme à l’accoutumé : une petite centaine de questions posées dans les dix minutes suivant la découverte du sujet d’intérêt concerné.  


Je vous épargne la liste de ces interrogations diverses et variées.

L’une d’elles a toutefois débouché sur l’une de ces conversations dont mes fistons ont le secret : 

– “Mamaaaan ? Pourquoi les monssieurs ils mettent des fils au dessus du portail et de la grille ?”


– “Ce sont des fils électriques chéri.”


– “Ça sert à quoi ?”


– “A protéger mieux la maison.”


– “De qui ? Des vilains voleurs ?”


– “Oui, si jamais un jour quelqu’un à l’idée de venir, mais rassure toi, c’est vraiment très rare – Il est souvent pénible, ce moment où l’on sent confusément qu’on traumatise son mouflet en toute connaissance de cause… – et bien, ce fil va lui donner envie d’y réfléchir à deux fois.”


– “Réfléchir deux fois ?”


– “C’est une expression Tancrède, ça veut dire qu’il ne va pas le faire.”

– “Pourquoi ?”

– “Parce que s’il le touche, il se prend un coup de jus. Je veux dire de l’électricité dans les doigts.”


– “Wouaaah ! J’peux essayer ?!”


– “?!?!? Tancrède… Je viens de dire quoi ?”


– “Nan mais j’veux dire ÇA VA LES TUER !?!?”


– “Tancrède, on ne veut tuer personne, nous, on veut juste les prévenir de pas venir. Okay ?”


– “Okay maman… Mais du coup, les gens s’ils veulent venir chez nous, ils passeront par la cheminée ?”


#LaLogiqueImparableDesGosses

#LeRapportQualitéChoucroute?

– “Euh… Je ne vois pas bien le lien Tancrède… Et puis pour accéder au toit, il faut d’abord passer le portail, donc…”


C’est là que le frangin a choisi d’intervenir, impassible et impavide,  l’air vaguement blasé, comme à son habitude : 


– “Tancrède. T’as jamais r’marqué qu’le tuyau d’la ch’minée il est tout p’tit ? Comment tu veux que quelqu’un passe dedans ?”


Tous les sens en alerte, je veux prendre la parole, mais Tancrède enchaine:


– “Ah bah oui… T’as raison Trystan… Et donc… OH ! MAIS ! COMMENT VA FAIRE LE PÈRE NOËL !?!?”

Mes yeux croisent alors ceux de Trystan dans le rétroviseur. 


Je n’en n’ai pas la certitude absolue.
Mais je pense que le gosse a de sérieux doutes quant à l’existence du vieux babu préféré des enfants. 

Je lis dans son regard un mélange d’ironie et d’hésitation. 

Par réflexe, j’ai senti mon visage se figer, mes yeux s’élargir en grand, un léger et discret mouvement de la tête de droite à gauche comme pour dire “Non… Ne fais pas ça !”, qui m’ont semblé durer une éternité. 

Le coeur battant à l’idée que cette petite crapule évente le secret et ne peine ainsi inutilement son frère, j’ai failli me ranger sur le bas côté. 

Mais c’était sans compter sur le lien si spécial qui les unit : 

– “Naaaan… Mais Tancrède… Tu sais bien qu’le Père Noël… y’ trouve toujours des moyens pour passer…”

Il s’en est fallu de peu.


L’excellente Emmanuelle Tabaret :  https://www.facebook.com/EmmanuelleTabaretIllustrations/


Juju sauce soja

Je vous racontais hier 

les dernières mésaventures 

de l’un de mes fistons.


Installés dans la voiture, nous rentrions de l’école vers la maison. 

– “Bon Trystan, s’il te plait, je compte sur toi pour rester très calme. En arrivant, on va soigner ta blessure, okay ?”

– “Okay maman…”

– “Je vais devoir désinfecter bien bien bien. Il ne faudra pas hurler, d’accord.”

– “Mais maman… Ça fait tellement maaal le désinfectage ! 

– “La désinfection chéri… Désinfection…”

A ce stade, mon fils saigne du front et moi des oreilles. 
Visiblement, leur récente étape de régression linguistique n’est pas encore terminée. 

Intervention du frangin qui n’a pas perdu une miette de la discussion :

– “Mais ça va Trystan… C’est pas si dur. Tu te souviens, moi aussi j’ai dû faire ça, l’aut’ fois quand tu m’as cassé l’doigt. Tu t’souviens ?”

No comment. 

– “Tu… Tu parles de la SAUCE PIQUANTE où t’as dû laisser ta main pendant longtemps, c’est ça ?”

Je souris malgré moi. 

– “Titi, c’est de Betadine. Pas de la sauce soja…”

-” Oui maman… Et alors comment tu vas faire pour ma blessure… ? Tu vas r’coudre ? Avec des baguettes ?”

– “???? Des baguettes ? Mais enfin Trystan pourquoi tu me parles de baguettes ? Tu t’es tapé ta tête un peu trop fort on dirait. On n’est pas au restaurant de Dim Sum là…

– “J’veux dire, des aiguilles…”

Tancrède enchaine alors : 

– “Nan mais maman, moi maint’nant, j’ai très envie de manger chez l’chinois ce soir, j’sais pas pourquoi. On peut y’aller, c’est vendredi, y’a pas école demain. oui ? 


Information majeure :
Quand un Juju s’ouvre le crâne, ça donne des envies de bouffe asiatique à l’autre.
Les #MystèresGémellaires…

Ubuntu kids

J’ai assisté vendredi à une scène étonnante

qui m’a beaucoup émue 
et fait profondément réfléchir. 


L’école m’avait appelée sur les coups de 13:00, me signalant que l’un de mes fistons chéris venait de s’ouvrir le crâne contre un tas de briques sur lequel il avait terminé sa course.


Un début de weekend assez classique, s’il en est. 

Arrivée sur les lieux du drame, j’ai donc entrepris de chercher Trystan à l’infirmerie. 
Apparemment son état étant moins dramatique que ce que j’avais envisagé initialement, il était parti vaquer à ses occupations habituelles. 
C’est dans la bibliothèque de l’école que je l’ai finalement retrouvé, les vêtements couverts de sang séché, tranquillement vautré sur un pouf, occupé à feuilleter des livres.   

Très fier de sa nouvelle blessure de guerre, il a donc immédiatement soulevé sa frange pour me montrer le magnifique sparadrap protecteur que l’équipe soignante avait pris soin de poser en attendant mon arrivée. 

– “AÏE !!!!!!! NON MAMAN, ça fait TROP maaaaal !!!!!”

– “Chéri, je suis désolée, mais il faut que je soulève le plaster pour savoir si l’on doit aller te recoudre à l’hôpital, ou si du Steri-Strip suffit.”

– “NON MAMAN, ça fait trop mal !!!” a alors répété mon fils en hurlant dans la pièce silencieuse, créant ainsi un petit attroupement autour de nous.

De fait, la blessure étant placée exactement à la racine du scalp. L’opération qui consistait à retirer le pansement contribuait donc malheureusement à lui arracher quelques cheveux. 
Malgré tous mes efforts pour limiter le carnage, mon fils pleurait toutes les larmes de son corps. J’ai donc suspendu mon geste. 

C’est à ce moment là que ses amis se sont approchés de nous en me regardant avec douceur. 

L’un d’eux m’a délicatement poussée sur le côté, sans un mot, passant devant moi pour prendre Trystan dans ses bras en lui disant : 

– “Ça va aller, mon copain, pleure pô ! ‘Faut qu’on t’soigne tu sais !”

Son amoureuse a pris sa tête dans ses mains en lui embrassant les cheveux tout en lui disant :
– “Pleure pas Trystan, ta maman elle doit r’garder ta blessure. Tu dois la laisser voir.”

Un troisième s’est placé derrière lui, une main sur l’épaule
J’ai alors vu mon fils reniflant, remettre sa main sous sa mèche et me tendre son front.

– “Okay maman… Vas-y… On va y arriver.”

Un ou deux petits cheveux ont encore dû être sacrifiés sur l’autel de la vérification diagnostique.
(Pour ceux que cela inquiète, le verdict : Steri-Strip.)

Mais Trystan n’a plus dit un mot. 

Je n’ai pu m’empêcher de constater l’étonnante et profonde compassion de ses copains, agrippés à lui tels une équipe de supporters particulièrement impliqués. 

Naturellement, j’ai repensé à ce concept typiquement sud africain d'”UBUNTU”, sans traduction exacte en français, et qui réunit plusieurs notions différentes allant de la solidarité, l’humanité, la fraternité, la disponibilité et dévouement aux autres, la confiance, à la conscience d’appartenir à quelque chose de plus grand, de faire partie d’un tout. 

Je me suis dit que l’existence serait tellement plus facile si l’on était soutenu ainsi à chaque épreuve de la vie. 

Et je me suis aussi demandé pour quelle obscure raison nous perdions cet élan naturel empathique en grandissant…

Je n’ai pas de réponse à vous proposer. 

Le Recadrage Parental

Ça fera bientôt trois semaines

que les vacances sont terminées 

et que nous sommes rentrés au Cap. 


Comprendre : trois semaines que nous avons repris notre petite vie rythmée et bien organisée, certes moins ensoleillée, trépidante, imprévisible, amusante et folichonne que celle des derniers mois – en fait, je dis ça essentiellement par esprit de contradiction, la vie à Cape Town étant tout cela à la fois – mais qui présente néanmoins de nombreux avantages. 

Parmi les bienfaits de cette reprise de la routine, figure en bonne position celle du nécessaire principe de Retour-A-la-Réalité-Educative. (Le R.A.R.E.)

Mais si. 

Vous savez très bien de quoi je parle.


Vous posez le pied sur le tarmac afin de prendre l’avion et vous farcir les douze heures de vol nécessaires pour rentrer à la maison. 
Le gosse n’a pas encore assis ses fesses sur son siège 42G qu’il lance déjà un :
– “Mamaaaaan, tu m’donnes un pain au chocolat ? Heu non, en fait, j’veux plutôt une brioche sans rien dedans. Nan, en fait, une barre de gateau qui croque, tu sais, celui avec le Nutella ?”

Le s’il te plait, on oublie. 
Quant au délire gastronomique, on réalise à cet instant qu’il n’a pas fallu très longtemps à nos moutards pour changer d’habitudes alimentaire. 
Et pas forcement dans l’bon sens. 


Arrivé chez vous, les mômes font le tour de la maison, qu’ils ont quitté depuis plus d’un mois. L’air dubitatif. Ils tournent en rond. 
Quelques heures suffisent pour leur faire lâcher un :

– “Pffff… Maman, moi j’préfère vivre chez Papylo. Sa maison elle est bien mieux. Au moins, ELLE, elle a un VRAI jardin! Et pi’ ici, y’a même pas d’TRACTEUR. C’est nul, tu comprends !?

Oui, le parent comprend bien que ses 45 m2 de gazon négociés à prix d’or ne suffiront plus, dorénavant, à ses enfants pourris gâtés. 
N’ayant pas encore eu le temps de remplir le frigo et de revenir aux petits plats  faits-maison, vous leur servez le coquillette-jambon traditionnel, sur les coups de 19:30, entre deux devoirs à faire, cartables à remplir, valises à déballer. 
Et là, vous vous prenez un : 

– “MAIS ?! MAMAN ? C’EST KÔÂÂÂÂ ce jambon !?!? Il est beuuuuurk !! Nous on veut celui de Mamija, c’lui k’est TELLEMENT BOOOOON ! ET VITE siteuplé, PASS’QU’ON A LA DALLE !

Non seulement vos lardons refusent désormais d’ingurgiter un jambon qui ne soit pas directement issu de la découpe chez un charcutier-bio-traditionnel-des-Alpes-Maritimes, mais en plus ils ont développé un vocabulaire de charretier. 
(Non pas que celui de leurs parents ait été irréprochable, loin s’en faut. Mais quand les mômes nous sortent des gros mots qu’on n’a pas l’habitude d’utiliser, on les reconnait tout de suite.)


S’en suivent plusieurs rudes journées de “recadrage” parental, régulièrement ponctuées, des semaines durant, du désormais cultissime :

– “C’EST HORRIIIIIBLE DE VIVRE AVEC TOI, ON EST BEAUCOUP MIEUX CHEZ Papi/Mamie”.

BREF. 
On comprend dès lors qu’il est bon que les vacances aient une fin.
Sinon, on n’arriverait jamais à rattraper les dégâts.

Allez, bisou, maman et papa, hein ! ☺️

https://www.facebook.com/Mathou.illustrations

L’humour gémellaire

C’est de bonne guerre. 

J’avoue.

Je dirais même que malgré sa noirceur, j’ai apprécié à sa juste valeur le trait d’humour de mon impitoyable fiston :

Ce soir là, Tancrède a ronchonné lorsque je l’ai poussé fermement dans la salle de bain pour lui faire prendre sa douche.
Il arguait qu’il avait mieux à faire avec ses lego que de se laver.

Rien que de très habituel. 

Une fois dans le bac à eau, il s’est donc empressé de partager avec moi le fond de sa pensée : 

– “MAMAN… C’est VRAIMENT VRAIMENT TROP DUR D’ÊTRE UN ENFANT !…”

– “M’enfin Tancrède, pourquoi tu dis ça mon coeur ?”, lui ai-je répondu tout en lui shampouinant la tête. 

– “Bin… Tu comprends, il faut obéir tout le temps. A maman, à papa, aux maitresses… A tout le monde !”

– “Et bien… Oui… J’imagine que oui… Quand on est petit, on doit écouter les grands… C’est comme ça qu’on apprend et qu’on grandit chéri.”

– “P’têt’. Mais, du coup, on choisit jamais rien. On fait tout le temps c’qu’on DOIT faire, mais on fait jamais c’qu’on VEUT faire. C’est tellement pas drôle…”

Interpelée par sa réflexion, je suis plongée dans mes pensées, récurant machinalement les p’tits petons et le derrière des oreilles. 

– “Aouw ! Maman, tu frotte trop fort !”

– “Pardon bébé, c’est parce que je réfléchis à ce que tu m’as dit.”

– “‘Chui pas un bébé. Ah. Bon. Et alors, t’en penses quoi de c’que j’te dis ?”

– “Je ne sais pas Tancrède… Tu as raison, c’est pas drôle mais en même temps, on n’a pas beaucoup d’autres possibilités… Vous n’êtes pas assez grands pour décider des choses… Il faut encore un peu de temps et de patience. Bientôt vous pourrez. Tu comprends ? Tu sais, si tu y penses bien, les grands aussi il passent leur temps à accomplir des taches qu’ils n’ont pas forcément envie de faire. Et puis, il y a quand même plein de trucs que tu décides !”

– “Pffff ! Ah bon ! Comme QUOI !?”

– “Et bien… Et bien… Euh… Tu choisis comment tu t’habilles le matin !”

– “C’est PAS VRAI, c’est toi qui prépares le soir, et en plus, c’est toi qu’achètes nos habits.”

– “Bon. Alors… Tu choisis ce que tu veux au petit déjeuner !”

– “Moui… Mais moi, c’que j’voudrais vraiment c’est de la crème chantilly tous les matins. Et tu veux pas.”

– “Oh, écoute Tancrède, franchement tu fais ton difficile là !”

C’est alors que j’entends la voix discrète et posée de son frangin qui tenait stoïquement le pommeau de la douche depuis le début de la conversation, qui murmure à l’oreille de son frère, tout en pointant son petit index sur moi : 

– “Naaan, mais Tancrèd’, c’qui est VRAIMENT dur, tu sais, en fait, c’est d’être SON enfant !
Tout en entendant Tancrède hurler derrière moi “Mais noooooon maman on t’aiiiiiime !”, j‘ai décidé de quitter la pièce dignement, les laissant seuls, bidonnés de rire dans leur douche.

Y’a pas à dire, ils montent le niveau depuis la rentrée…

#JeSaisPasCommentLePrendre
#PasDePitiéPourLesCroissants
#PrendreDeLaHauteur