On pense souvent à tort
que les choses s’améliorent avec le temps.
En fait, ça dépend.
Mais au global, je ne pense pas.
Finalement.
En vrai, je n’ai pas encore d’avis clair sur la question…
7:11 mardi matin.
Je suis dans la cuisine en train de préparer leurs tartines et d’éplucher leurs pommes, en essayant de ne pas riper sur mes doigts, à cette heure indue de la journée.
Un hurlement plaintif se fait entendre depuis leur chambre, où les garçons sont sensés être en train de s’habiller.
Je pose le couteau. Rince mes doigts et accoure, comme il se doit, dans leur piaule.
Je découvre Tancrède, au milieu de la pièce, droit comme un i, la tête en arrière, le visage dirigé vers le plafond, les yeux fermés et les sourcils froncés, un rictus de colère sur sa bouche entre-ouverte dont sort un grincement hystérique.
Dans ses mains, le sweat-shirt bleu qui va avec son pantalon de la même couleur. Elles sont agrippées dessus, comme s’il voulait le déchirer.
– “Mouiiiii ? Tancrède ? Tu vas bien ?”
– “NOOOOOOOOOOOON !!!!! JE VAIS PAS BIEN DU TOUUUUUUUT !!!”
– “Okayyyy… Il est à peine 7:00 heure du matin chéri, on va peut-être essayer de rester calme encore un peu, oui ? Que se passe-t-il, pourquoi tu ne vas pas bien du tout ?”
– “CE PULL IL EST HOOOOOORIIIIIIIIIB !!!!! Et en p’us, y’ va pas DU TOUT avec mon jogging !!!!!”
Silence.
Je regarde mon fils.
Certains matins, j’ai le sentiment d’avoir raté quelque chose, échoué quelque part.
Je n’ai pas bu une goutte durant la grossesse, ni fumé.
Il n’a pas été secoué à la naissance…
Pourtant, les connexions ne semblent pas toujours se faire comme elles le devraient.
– “Tancrède. Ce pull est vendu AVEC ce pantalon. Ça ne peut pas aller plus ni mieux ensemble.”
– “ARGGGGGGGGHHHHHHHHHHH !!!!”
– “Tancrède. Respire. S’il n’y a que ça pour te faire plaisir, change-le, remets celui-là dans le tiroir et choisis-en un autre.”
– “ARGGGGGGGGHHHHHHHHHHH !!!!”
– “Tancrède. On ne va pas passer la matinée la dessus. Tu te calme, d’accord.”
Sur ce, je quitte la pièce et retourne à la cuisine.
Rapidement, les Jujutrépides débarquent et s’assoient sur les chaises du bar américain.
Trystan se jette sur ses bananes.
Tancrède pose ses coudes sur le rebord, les mains sur ses tempes.
Il est exaspéré.
Je pousse son plat vers lui, en lui tendant la fourchette.
-“J’EN-AI-MARRE-QU’TU-CHOISISSES–MES-VETEMENTS-A-MA-PLACE !!! Tu entends maman ?!“
A ce stade, je me dis qu’un bon coup de bol de Nesquik dans la tronche, ça lui remettrait les idées en place.
Mais ce serait encore toi qui devrait le changer et lui trouver d’autres vêtements. Ça ne ferait pas tellement avancer le Schminblik.
– “Tancrède, tu changes de ton IMMEDIATEMENT. Je t’ai laissé t’habiller tout seul plusieurs fois, mais quand je ne prépare pas tes affaires en avance, c’est le bazar et le matin on n’a pas le temps pour ça. Si tu veux on peut les choisir ensemble le soir ? “
– “ARGGGGGGGGHHHHHHHHHHH !!!!”
Fidèle à ma stratégie pacifiste, je quitte la pièce et me dirige vers ma chambre pour prendre ma douche et m’habiller, le laissant s’exciter seul au dessus de son assiette de fruits.
Vingt minutes plus tard, nous montons dans la voiture pour aller à l’école.
Mon charmant fiston a les bras croisés et la mine fermée.
Je comprends à cet instant que j’en aurai pour la journée.
Avec cette histoire de sweat-shirt bleu.
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| Et ça marche aussi avec la couleur des fringues, visiblement. |