Le beurre et l’argent du beurre

On ne peut pas vouloir 

tout et son contraire,

je le sais bien… 


J’écoutais l’autre jour des mamans de l’école, qui visiblement partageaient leurs déconvenues récentes avec leurs enfants : l‘un qui avait tracé un trait de 1,2 cm au feutre sur le canapé, et l’autre qui avait tiré les oreilles du chat un-peu-violemment-ce-weekend.  

Echange conclu, lorsqu’elles se sont aperçues que j’avais rejoins la conversation, par un équivalent du : “ah mais toi de toute façon ma pauvre chérie, t’es hors compétition avec tes mômes.”

Mon penchant naturel pour l’autodérision – entretenue et stimulée avec constance  par mes chers fistons – m’a poussée à sourire de la plaisanterie, du reste assénée avec tendresse. 

Mais au fond de moi, le sentiment de culpabilité et d’échec qui me tiraille avec régularité à chaque fois que mes Jujutrépides mettent en action leur démoniaque créativité, a refait surface. 

En roulant pour rentrer chez moi, mon esprit vagabondait le long de l’océan.

Et je me disais qu’en fait… Je devrais mieux assumer mes enfants. 

Je veux dire, au delà de l’amour absolu et inconditionnel que je leur voue, essayer de poser un autre regard sur leurs tempéraments parfois déroutants.  

On ne peut pas vouloir un enfant curieux, qui s’émerveille de ce qu’il ne connait ou ne comprend pas, qui est donc enclin à expérimenter la nouveauté et à tester les limites… Mais vouloir un enfant sage qui ne fait pas de trous dans le jardin, n’essaye pas un jour de mettre le feu (même si c’est aux rideaux…), de s’envoler du toit ou d’écraser un ver de terre pour voir ce que ça fait…

On ne peut pas vouloir un gamin joyeux, en contact avec ses émotions et capable de les exprimer… Et se plaindre de le voir sauter partout et hurler sa joie intérieure à tue-tête au milieu du salon. 

On ne peut pas souhaiter voir la personnalité de son petit s’ouvrir au monde, à l’altérité et la différence… Puis s’étonner qu’il soit indépendant ou croire qu’il ne décidera pas, lorsqu’il sera plus grand, de voyager et même vivre loin de soi. 

On ne peut pas espérer élever une âme généreuse… Mais s’offusquer qu’elle donne, se sépare et perde en permanence ses affaires. 

On ne peut pas travailler à développer l’esprit critique chez notre progéniture… Et s’étonner qu’elle nous contredise (même si c’est jour et nuit). 

On ne peut pas désirer un enfant qui réfléchit, questionne, interroge … Mais vouloir un fils ou une fille qui obéit aveuglement à toutes nos demandes et exigences, qui sont – disons-le avec honnêteté – souvent plus proche de nos besoins de gestion organisationnelle que des leurs. Il leur faut du temps et de la maturité pour comprendre la nécessité et la différence entre elles et les règles sociales indispensables à respecter. 

Ou alors c’est possible…

Mais c’est encore moi qui m’y prends comme un manche. 

De la persévérance d’un juju

Bon.

Grande nouvelle.

Je ne sais même pas 
comment vous l’annoncer.


Après trois ans d’espoirs déçus, de tentatives échouées, d’essais infructueux, de frustration abyssale, de tristesse infinie et de montagnes russes émotionnelles, mon fiston a fini par atteindre son objectif ultime : sortir avec Eva.

Pour ceux qui n’avaient pas suivi les épisodes précédents, c’est ici, ou là aussi.

En venant chercher les enfants à l’école lundi, je les ai trouvés en pleine discussion avec Tancrède, assis tous les deux sur des marches de la cour. 

C’est alors que la petite a bondi comme un clown de sa boite pour venir me voir, me prendre les mains et me dire en hurlant, comme le font tous les enfants – pensant qu’étant donné notre âge canonique – nous sommes déjà complètement sourds :

– “EH ! POM ! CA Y’EST TU VIENS DÉJÀ CHERCHER TANCRÈDE ?!”

– “Hello, oui ma chérie, c’est l’heure.”

– “Bon, mais… Tu m’ramènes mon amoureux demain, hein !”, dit sur un ton enjoué et l’air espiègle. 

(Certes, elle a fait souffrir le martyre à mon fils durant trois années. Mais elle a déjà de l’humour à 6 ans… C’est une vraie qualité, il faut le reconnaitre.)

Je crois me souvenir être restée figée durant de longues secondes, le temps de traiter l’information dans mon cerveau, avant de glisser un oeil sur le visage de mon fils, dont la béatitude laissait peu de place au doute quant à son état émotionnel intérieur.

Son sac à dos sur l’épaule, le frangin ouvrant la marche, je vois alors Tancrède embrasser sur les lèvres la gamine, d’un petit smack furtif, avant de sautiller avec allégresse jusqu’à la voiture. 

Une fois démarré, j’ai jeté un nouveau coup d’oeil à mon fils, paisiblement et sereinement assis à l’avant sur son réhausseur – c’était son tour cet après-midi là – qui soutient alors mon regard, d’un air de fierté flamboyante :

– “Eh oui m’man. Eva C’est ENFIN mon amoureuse.”

– “… Oui, j’ai vu ça chéri… Tu… Tu dois être drôlement content ?”

– “Oh oui. Vraiment vraiment…”

– “… Je te comprends… Depuis le temps que tu l’aimes…”

– “Oui mais tu wois m’man, j’ai eu raison d’attendre et d’essayer plein de fois. A force, et bin Eva elle a compris qu’j’étais l’meilleur garçon pour elle. Elle a pris du temps, mais comme j’ai toujours été gentil avec elle, elle s’est rendue compte que c’était ça l’plus important.”

Les mains sur le volant, les yeux rivés sur la route, je sens mon coeur enfler d’affection pour mon petit bonhomme, lorsque de sa voix chuchotante, il se penche vers moi pour me dire : 

– “Eeet… Tu sais que hier, j’l’ai même embrassée avec le bout de la langue ?

J’ai failli rater le virage. 

Le sens de la négociation

L’Oedipe des Jujutrépides, chez nous, 

ça a longtemps été un peu spécial. 


Dans le sens où ils sont longtemps restés collés… A leur père. 

S’agaçant ostensiblement dès que je m’approchais trop de lui. 

Mais depuis septembre, il semblerait que nous soyons rentrés dans une nouvelle phase, tardive, plus orthodoxe, semble-t-il. 

Je ne sais pas encore s’il faut s’en réjouir. 
Ou pas. 

– “Maaaaan ? J’peux dormir avec toi ce soir ?”

– “Non Trystan, c’est mon lit. Toi tu as le tiens mon amour.”

– “Oui mais r’garde, y’a une place vide, là, papa il est pas là.”

– “Oui mais ça reste sa place. La tienne est dans ton lit, chéri.”

– “Nan mais j’demande juste pour quand papa il est pas là, tu wois ?!”

– “Je vois bien mon coeur. Je t’aime, mais c’est pas possible.”
Intervention musclée du frangin :

– “Bon. Maman. R’garde. T’as pas pensé à tout. Y’a des choses bien, si on dort avec toi.”

– “Ah parce que maintenant vous voulez venir tous les deux ?!”

– “Bin oui. R’garde. Si on dort avec toi, y’a pas besoin de faire not’ lit l’matin !”

– “Moui. M’enfin c’est pas très compliqué de faire un lit, quand-même, mon coeur.”

– “Oui MAIS ! Si tous les soirs c’est comme ça, et bin, t’auras même pu’ b’soin de LAVER nos draps ! Ça prend du temps ça, laver les draps…”

J’avoue n’avoir pas su réprimer un petit sourire. 

Erreur fatale de débutante, s’il en est. 

Sourire que mes fistons ont immédiatement interprété comme un signe de faiblesse. 

Reprise de volée de Trystan : 

– “Pass’que tu sais maman un jour, on aura des amoureuses et c’est avec elles qu’on fera dodo. Tu vois, c’est MAINT’NANT qu’tu peux profiter d’êt’ avec nous ! Après ce s’ra trop TARD !”

Le petit saloupiot. Il est malin, me dis-je en le regardant du coin de l’oeil. 

Tancrède enchaine alors : 

– “Nan et pi’ tu sais, c’est quand même mieux qu’on dorme ensemble quand papa y’l’est pas là… A cause des voleurs, tout ça… Comme ça, là au moins on est dans la mêm’ chambre, pour t’protéger, tu comprends ?”

– “?!?!”

Rien que pour l’effort remarquable d’argumentation, j’ai dit oui. 

#HalfBloodLebanese
#LeSensInnéDeLaNégo

On ne voit bien qu’avec le coeur

C’était 

l’autre soir. 


Je venais de coucher les Jujutrépides après une longue journée qui n’en avait pas fini de s’achever. 
L’un de ces jours interminables où tout va de travers. 
Où l’on aurait mieux fait de rester couché, dès le matin. 

J’étais assise seule sur le bord de mon lit, dans la lumière tamisée du soir, je venais d’enfiler mon pyjama. Les cheveux un peu hirsutes et le maquillage de fin de parcours, pas forcément très frais sous les yeux. 
Je me disais que, finalement, aller me coucher à 20:00 serait probablement la meilleure décision prise aujourd’hui. 

Lorsque tout d’un coup, j’ai perçu dans mon dos le pas feutré de mon fiston qui descendait les quelques marches qui mènent à ma chambre.

S’approchant tout doucement de moi, Trystan me dit alors : 

– “C’est just’ pour un dernier ‘tit câlin maman…”

Machinalement, j’ai tendu les bras pour le laisser se blottir contre moi. 
Au bout de quelques minutes silencieuses, il s’est redressé, me regardant dans le fond des yeux avec intensité, avant de me dire très sérieusement : 

– “Tu sais maman, t’es vraiment très belle.” 

Et de retourner dans sa chambre, sans un mot de plus. 

En le regardant repartir, son doudou dans la main trainant sur le sol, je me suis alors demandé : mais comment est-ce possible ?

J’ai isolé plusieurs causes plausibles qui poussent les enfants à nous dire ce type de mots doux précisément les jours où nous ne sommes pas le moins du monde à notre avantage. Et j’ai décidé de les partager avec vous :

Soit ils sont aveugles. 
Ce serait étonnant car ils ont l’air de se débrouiller plutôt bien. 
Mais la dernière visite ophtalmo remontant à l’année passée, je devrais peut-être organiser un nouveau check-up. 

Soit leurs goûts esthétiques sont épouvantables. 
Franchement, c’est l’explication qui parait la plus logique. 
Et pourtant. Lorsqu’on sort le soir sur des talons de 12, maquillées et sapées comme des stars d’Hollywood, ils nous le disent aussi, parfois. 
Du coup, cela peut porter à confusion. 

Soit ils sentent
Ils sentent quand nous, les mamans, sommes tristes-grosses-mal-coiffées-seules-abandonnées-toussatoussa. Et comme ils ont bon fond, ils contre-attaquent en nous faisant un compliment. C’est leur manière de nous montrer de l’empathie. 
Ils sont charitables, en quelque sorte. 

Ou alors, ils nous regardent vraiment avec le coeur, au delà des traces de Rimmel, des cheveux en bataille et du reste.

Ça, ce serait bien… 

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Découvrir la randonnée des Lucioles !

Insolite. 

Poétique. 

Féérique. 


Entre mi octobre et mi novembre, lorsqu’une météo sans vent et plutôt chaude le permet – il s’agit donc finalement de quelques jours tout au plus durant l’année – une randonnée exceptionnelle est proposée par le jardin botanique du Kirstenbosch, à Cape Town : la “Fireflies Walk”, celle qui vous mènera à la rencontre des lucioles du Cap ! 

Crédits : Radim Schreiber
Systématiquement organisée en dernière minute, deux ou trois heures avant le départ, il faut impérativement une réservation pour espérer avoir le privilège d’assister à ce moment magique et rare, et il est donc nécessaire de se tenir prêt et disponible durant la période clef. 

La marche au coeur du jardin – inhabituellement vide et calme, magnifique à cette heure de la journée – dure un peu plus de soixante minutes, et commence dès 19:00, lorsque le soleil se couche, au départ de la porte 1. 


Les enfants sont absolument les bienvenus pour vivre cette expérience unique, qui les amène à suivre ces petits animaux scintillants dans la pénombre du parc. 

Les lucioles sont des sortes de coléoptères présentes partout sur la planète et jouent un rôle important dans le contrôle de la prolifération des escargots ou des limaces notamment. 

Elles sont célèbres pour leur merveilleuse capacité à briller dans le noir. 
La femelle ne vole généralement pas ou peu mais brille d’une lumière jaune-verte pour attirer les mâles – dont les grands yeux noirs sont très sensibles à la lumière – et assurer ainsi la reproduction. 
Celle-ci s’effectue uniquement durant quelques semaines dans l’année, c’est la raison pour laquelle assister à cet événement est particulièrement difficile. 

Durant ce ballet nuptial, tous les individus se mettent alors à clignoter, parfois de concert pour accentuer l’efficacité, afin de se trouver mutuellement et de se répondre. 
Leurs oeufs et larves – que l’on appelle communément les vers luisants – peuvent aussi émettre de la lumière, bien que plus faible. 

Ces petits animaux magnifiques ont donc besoin d’espaces sombres pour survivre : la pollution lumineuse due à l’extension toujours plus importante des villes, mais aussi l’utilisation de pesticides et insecticides qui rendent leur habitat toxique – les champs, au bord des ruisseaux, dans les forêts et les jardins – et explique pourquoi elles sont en voie de disparition. 
Le Japon, où elles ont été déclarées trésor national, est le pays qui s’active le plus à leur protection.

Pour briller, les lucioles utilisent la bioluminescence : la lumière provient d’une réaction chimique qui a lieu dans l’abdomen, lorsque l’oxygène présent dans leurs trachéoles entre en contact avec les substances bioluminescentes (luciférine et luciférase) qui s’y trouvent, émettant ainsi des photons et donc de la lumière. 




Intéressés ? 
Contactez Austin Gura au 021 799 8782 / 021 799 8674, le numéro le plus confidentiel du Cap !
50 rands pour les adultes, 20 rands pour les enfants de plus de 6 ans et gratuit pour les petits. 
Je vous en prie. 

Un souffle de mauvaise foi

L’été à Cape Town, 

en particulier sur sa façade Atlantique, 

c’est le paradis pour tous ceux dont le moral 

a tendance à remonter en flèche sous le soleil. 


Mais c’est aussi la saison du vent. 

Rien n’a voir avec le gentil mistral ou la charmante tramontane française, non. 

Le vent estival à Cape Town c’est minimum soixante kilomètres par heure, presque au quotidien, de novembre à février. 
Certains en perdent leurs p’tits nerfs. 
Mais la majorité des habitants du Cap a fait la paix avec cet élément météorologique local incontournable : refuser ou se plaindre de cet état de fait, ce serait comme de vouloir la neige au Sahara, du sable en Islande ou le soleil en Bretagne... Ça n’aurait pas de sens. 

Bref. Je vous dis cela car nos Jujutrépides, toujours très attentifs au monde qui les entoure, n’ont pas manqué de noter que les manifestations d’Eole étaient de retour en force depuis quelques jours. 
Nous roulions sur le chemin de la maison lorsque Tancrède s’est écrié, le regard tournée vers la fenêtre et plongé dans l’océan :

– “Eeeeeh, maman, r’garde : Y’A DES CHÈVRES DANS LA MER aujourd’hui.”

Quelque peu indécise, je tente de comprendre.

– “Hum… Tu veux dire des baleines ? J’en doute chéri, pas par ce temps, elle ne sortent pas quand l’eau est aussi agitée.”

– “Naaaaaan, des chèvres toutes blanches, là, r’gaaaaarde !”

J’ai beau regarder, je ne trouve évidemment aucune espèce caprine immaculée flottant à la surface de l’eau. 

– “Tancrède, ce que tu dis n’a pas de sens. Explique-moi autrement, là je ne te suis pas.”

– “Mais C’EST PAS POSSIB’ ÇA ! Y’en a partout, c’est tout blanc, comme d’la mousse sur l’eau !!! T’ES AVEUGL’ MAMAN OU QUOI !?”

Tout d’un coup ça fait tilt. 

Je réalise que la dernière fois que nous avons observé la mer dans cet état remonte à de longs mois. Visiblement l’expression ne s’était pas encore correctement imprimée dans son petit cerveau. 

– “Chéri, tu veux dire qu’il y a des moutons sur l’océan, c’est ça ?”

– “Mais !? M’enfin maman ! C’est c’kej’te dis depuis UNE HEURE !”

#MaisBienSûr
#YaPasDâgePourLaMauvaiseFoi

En retard En retard En Retard

C’est l’un des rares trucs 

qui me rend dingue

Absolument hystérique. 


Il parait que tout cela est partiellement génétique et que les gens qui en souffrent n’y peuvent pas grand chose. 

Tout dépendrait de la définition que chacun a du temps, qui découle elle-même de notre type de personnalité : si une minute perçue équivaut à 50 secondes pour les uns, mais 70 pour les autres, les conséquences sur la ponctualité sont évidentes. 

Il s’agirait aussi d’une attitude pathologique possiblement liée à la peur de la confrontation, au besoin de reconnaissance ou de contrôle, par exemple : faire attendre quelqu’un c’est l’obliger à penser à nous. C’est lui rappeler qu’il est en notre pouvoir. 

Et pourtant.
Comment peuvent-il répéter sans cesse le même scénario sans éprouver de culpabilité, ou pour le moins, un peu de gêne ? Comment pensent-ils recevoir le respect des autres lorsqu’ils ne leur en montre aucun ? 

Les retardataires chroniques, tous des sadiques ? 

Je parle de ces personnes qui sont systématiquement en retard. 

Comme le lapin dans Alice au Pays des Merveilles. 

En retard, en retard, en retard. 

Et de son corollaire, qui me concerne directement : ceux qui sont toujours à l’heure – une horloge psychico-physiologique intégrée au cerveau, ceux qui arrivent systématiquement à la minute prêt aux rendez-vous – et passent leur temps à attendre les autres. 

Je ne mentionne pas les retards occasionnels, ceux qui nous arrivent à tous, un jour ou l’autre. 
Je parle de ceux, invariablement récurrents, qui surviennent avec une régularité défiant toute les foutues aiguilles des montres que ces individus ne jugent visiblement pas nécessaire de porter. 

C’est impoli. 
C’est irrespectueux. 
C’est humiliant. 
C’est inacceptable. 

Voilà. 

Quoi ? Oui, c’est vrai, je me suis fait poser un lapin cette semaine. 
Là. 

Les drogués des bacs à sable

Chaque âge,

ses problèmes.

Vraiment.


Je conduisais la marmaille à l’école l’autre jour, la voiture bourrée à craquer de lardons déjà bien volubiles à cette heure indue de la journée. 

J’écoutais d’une oreille discrète leurs babillages, concentrée sur la route encore un peu brumeuse du matin. 


Je reconnais la voix de Trystan, venue du fond de l’habitacle :


– “… Naaan mais moi Oscar, c’que j’aime bien, en fait, c’est d’grignoter les oreilles de mon doudou.”

– “Ouaaaaais c’est vrai, Trystan tu fais tout l’temps ça ! Même k’il a pu’ d’oreilles ton lapin !”

– “ARRÊT’ de t’moquer d’moi Tancrèd’ ! Toi ton hérisson, il a mêm’ pu’ d’queue, alors c’est pas plus mieux, hein !”

Les oreilles agressées de si bonne heure, je tente en vain de diriger mon attention sur le volant. Le petiot de la voisine enchaine. 

– “Bin moi, j’suce mon pouce mais tu sais, si je veux, j’arrête, hein, QUAND J’VEUX !”

Je souris intérieurement en négociant mon virage. 

Intervention de la frangine du gamin : 

– “En fait, moi mon problème c’est différent, c’est que j’mange mes ongles de doigts. Maman elle dit qu’c’est grave… mais j’peux pas m’en empêcher…” 


– “‘F’est à cause des deeeents Adéliiiie… Après t’es oblizée d’met’ un appareil.”

Je me retiens d’y mettre mon grain de sel. La petite renchérit : 


– “Nan, Oscar, ça c’est pour les bébés qui sucent leur pouce, comme toi.”

Sentant la situation dégénérer, c’est avec un soulagement certain que j’ai ralenti pour me garer devant l’école et déposer ma brochette, visiblement déjà bien chauffée en ce début de journée. 

En claquant le coffre et en retournant à mon siège pour redémarrer, je me suis alors fait la réflexion suivante : 

Finalement, les mômes, ils sont comme nous. 
Ou nous sommes comme eux, je ne sais pas. 

Alcool, cigarette, sucre, drogues diverses, serial shopping, smartphones… Nos addictions sont juste un peu plus spectaculaires. 

C’est tout. 


Trystan-les-pouces-verts

En fait, les plantes, 

c’est comme les enfants. 
C’est pas moi qui le dis, c’est Trystan.


Je ne sais pas si ce sont les plantations régulières menées à l’école, mais mon fils est très branché botanique depuis la rentrée. 

Il est revenu il y a de cela un gros mois avec une branche cassée de géranium, vraisemblablement arrachée à l’un de mes parterres de fleurs extérieurs. 

De guerre lasse – cela fait trois ans maintenant, depuis qu’ils ont découvert le concept du jardin, que je tente de leur inculquer le respect de la vie végétale – j’ai dû regarder mon fiston d’un air abattu et découragé, car il ne m’a pas laissé le temps de lui dire le fond de ma pensée : 

– “Nan, mais maman t’énerve pô, J’VAIS PAS LA LAISSER MOURIR J’TE JURE !”

– “Hum… Et que comptes-tu en faire, alors ?”

– “J’vais l’installer dans un pot. Je vais m’en occuper, et quand elle sera devenue forte, je la replanterai dehors, okay ? Tu m’aides ?”

J’ai eu envie de lui dire que le repiquage de branche n’était pas connu pour obtenir les meilleurs taux de succès. Mais je me suis abstenue et l’ai laissé rempoter son morceau de fleur sub-claquant dans l’un de ses petits bols en plastique, initialement destiné à sa soupe-de-légumes-du-soir…

J’avoue avoir été soufflée lorsqu’après l’avoir observé durant des semaines arroser chaque matin avec amour et dévouement son bidule, j’ai constaté que de nouvelles fleurs roses étaient apparues au bout du petit rejet, visiblement revigoré par ses soins. 

C’est donc avec un enthousiasme nettement plus prononcé, que j’ai réagi en le voyant rentrer la semaine dernière avec un pot informe dans lequel végétait ce qui semblait être une vieille orchidée à moitié crevée et asséchée. 

– “Heuuu, Trystan, c’est quoi ça ?”
– “J’lai trouvée dans une poubelle ! R’garde, elle vit encore maman, on va la sauver ! Elle a juste besoin qu’on s’occupe d’elle, c’est tout !”

De fait, depuis, mon fiston s’est évertué à lui parler chaque matin avant de partir pour l’école, et chaque soir avant d’aller ce coucher.

Découvrant hier deux nouveaux petits bourgeons, comme tombés du ciel, je n’ai pu cacher mon étonnement et ai donc appelé mon garçon pour lui montrer le résultat de ses efforts :

– “Trystan mon amour, tu as vu ton orchidée !? Elle a déjà des bourgeons, c’est incroyable, en seulement quelques jours ! Tu as des pouvoir magiques, c’est pas possible !”

Ce que mon fils m’a répondu m’a alors laissée perplexe : 

– “C’est pas ça maman. C’est juste que les plantes, c’est comme nous les p’tits : quand les parents y’ s’occupent bien de nous et ki’ nous parlent gentiment, et bin on est heureux.”

#MerciChéri
#Améditer

Découvrir la randonnée des Réservoirs

Il existe un très grand nombre 

de chemins à explorer 

sur la Montagne de la Table. 


Pour ceux qui ne le savent pas, la Montagne de la Table est le massif montagneux qui culmine à plus de 1000 mètres d’altitude, autour duquel est construite la ville du Cap en Afrique du Sud. 

De loin, celle-ci semble plate, c’est la raison du nom qui lui a été attribué. 

Sur cette sorte de plateau de 57 km2 – très irrégulier en réalité – des dizaines de randonnées sont possibles, explorant différents aspects de ce lieu d’exception classé parmi les Sept Nouvelles Merveilles de la Nature, et offrant des points de vue et des paysages divers, tous plus sublimes les uns que les autres. 


Parmi tous ces itinéraires, celui des réservoirs est à ne pas manquer : les férus de randonnée, d’histoire et d’écologie pourront grâce à cette étonnante balade mieux comprendre l’historique et les différentes problématiques de l’approvisionnement en eau de la ville du Cap.

Accessible depuis le rond-point de Constantia Nek, cette randonnée de 14 kilomètres pour 5 à 6 heures de marche traverse le versant est du massif de la Table, surplombant un autre itinéraire d’exception dont je vous parlais il y a quelques mois : Orange Kloof, ici.


La ville de Cape Town souffrant depuis plusieurs années maintenant d’une très grave pénurie d’eau qui ne cesse d’impacter ses habitants au quotidien, le sujet de l’eau est plus que jamais d’actualité. 

Le niveau 5 de restriction a d’ailleurs été déclaré début septembre : 87 litres d’eau par jour et par personne sous peine de fortes amendes, ce qui peut faire sourire dans certains pays du monde où la population vit avec quelques litres, mais qui représente une réduction drastique de la consommation du précieux liquide, divisée par deux en quelques mois passant ainsi de 1,2 milliard à 600 millions de litres par jour pour environ 4 millions d’habitants. (Le dernier recensement date de 2011.)

Une sécheresse forte et durable liée au réchauffement climatique, mais surtout une augmentation exponentielle de la population de la ville – qui s’est accrue de près de 50 % depuis 2001 – explique cette situation alarmante.  


Cape Town est essentiellement approvisionnée en eau par des barrages, 14 exactement. 


Historiquement, si les nombreux cours d’eau naturels qui jaillissent de la Montagne ont été récupérés grâce aux canaux ouverts construits par les Hollandais installés dès la fin du 17ème siècle au pied de la Table afin d’irriguer les Jardins de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales qui y avait installé un centre de ravitaillement stratégique, c’est à la fin du 19ème siècle que les premiers dispositifs de retenue d’eau ont été mis en place.


Un premier réservoir – Molteno Reservoir, en plein centre ville – fut construit en 1886 pour approvisionner les 50 000 habitants de l’époque grâce à la mise en place d’un réseau de tuyaux et de tunnels – notamment le Woodhead Tunnel et le Camp’s Bay Pipe Track – qui acheminait l’eau depuis le haut de la montagne jusqu’à cette retenue. 


5 barrages furent également construits entre 1892 et 1910 sur le plateau de la Table, lorsque plusieurs années de grande sécheresse s’abattirent sur le Cap : récupérant l’eau de la petite rivière Disa, ils cumulent un peu moins de 2,5 milliards de litres à eux cinq. 
Chaque jours, ce sont 21 millions de litres d’eau qui proviennent de ces réservoirs et qui servent toujours à alimenter la ville, même s’ils ne représentent qu’un très faible pourcentage (1%) de la consommation annuelle. 

Alexandra Dam


Bâti initialement en 1893 et rehaussé de 4 mètres supplémentaires 10 ans plus tard, il fut nommé en l’honneur d’Alexandra du Danemark, qui deviendra reine du Royaume Uni en épousant Edouard VII d’Angleterre, futur roi de la puissance coloniale de l’époque en Afrique du Sud. 

Ce petit barrage peut contenir 126 millions de litres d’eau. 

Victoria Dam

Bâti en 1896 et nommé en l’honneur de la reine Victoria d’Angleterre régnant à l’époque sur le Royaume Uni, il peut contenir 128 millions de litres d’eau et fut longtemps entouré d’une barrière haute, afin d’éviter le passage humain et la contamination. 

En effet, l’eau de ces deux barrages était alors acheminée directement, sans traitement, pour la consommation potable. Ça n’est qu’en 1934 qu’une première usine de traitement de l’eau fut construite au Cap. 



De Villiers Dam

15 m de long sur 2 m de large, il fut chronologiquement le dernier barrage érigé sur Table Mountain en 1907

Woodhead Dam
28m de largeur sur 44m de hauteur et 250m de longueur. 
Construit entre 1890 et 1897, il retient aujourd’hui 955 Millions de litres d’eau, avec environ 20 millions de litres utilisables par jour. Considéré aujourd’hui comme un monument d’ingénierie civile majeur dans le pays. 


Ces pins qui longent le barrage, plantés lors de la construction,
ont depuis été déclarés héritage national naturel et sont protégés. 

Hely-Hutchison Dam
930 millions de litres retenus, soit environ 20 millions de litres par jour disponibles. Comme tous les autres barrages de la Table, celui-ci fut construit en pierres directement prélevées sur place et dégagées à coup de dynamite dans le sol. 

Traces laissées par les grues chargées de transporter puis poser les pierres les unes sur les autres.

Durant les deux décennies de travaux, un village a été construit sur le dessus de la Montagne de la Table, afin d’héberger les travailleurs et leurs familles. Ce sont près de 500 personnes qui ont donc vécu en haut du massif. 
Un minuscule bâtiment transformé en musée insolite – le Waterworks Museum – trône au beau milieu de nulle part, et fait découvrir au visiteur les machines, instruments, cartes et autres outils qui ont servi à la construction des barrages. 
Quelques émouvantes photos en noir et blanc permettent aussi de mieux comprendre l’ampleur de l’entreprise. 

Le long du chemin, plus rien ne subsiste aujourd’hui du village en dehors du musée et de quelques bâtiments désormais utilisés par les employés forestiers de la municipalité. Les rails installés à l’époque pour le transport des matériaux ont tous été démontés et remplacés par un sentier balisé qui sillonne entre les barrages et la flore exceptionnelle du lieu, l’une des plus riches et denses du monde : 

Star-eyed Aristea ou Aristea spiralis, de la famille des iris.
Wachendorfia Thyrsiflora, de la famille des Sanguinaria. 
China Flower, de la famille des Agrumes,
qui laisse échapper un délicate senteur d’orange
Swamp Daisy – Wild Aster, de la famille des Marguerites
En tisane, elle lutte efficacement contre les refroidissements.
Le Restio, typique du Fynbos ou maquis sud africain. 
Buttonbush (buisson de boutons) ou Berzelia Abrotanoides, de la famille des Bruniaceae. 

Fountain Bush, de la famille des pois de senteur. 

A l’exception du Steenbras Dam construit en 1921, les autres barrages majeurs du Cap – Theewaterskloof Dam (480 Millions de litres par jour, le barrage principal de la région du Cap avec 80% des besoins en eau actuels couverts à lui tout seul), Voelvlei Dam, Wemmershoek Dam et Berg River Dam – datent pour la plupart des années 1970’s et du début du 21ème siècle. 

La ville du Cap, s’inspirant d’autres pays du monde en proie aux mêmes difficultés, comme l’Australie ou la Namibie, a réfléchi et tente d’apporter des solutions à l’impasse hydrique dans laquelle se trouve la péninsule actuellement. 


1. Il reste des cours d’eau et des ruisseaux, des mini-stream, non exploités sur la Montagne de la Table, mais les récupérer reviendrait à assécher le plateau et serait donc une aberration écologique. 

De même, plusieurs centaines de milliers de litres d’eau se déversent aujourd’hui encore dans les anciens canaux hollandais qui grouillent sous la ville du Cap, et finissent leur course dans l’océan. 
Des projets de récupération de ces petits filets ont permis notamment de servir à l’arrosage du parc et du stadium de Greenpoint. Mais beaucoup d’eau continue de se déverser dans la mer, ce qui révolte la population locale. La municipalité argue avec une certaine logique que la quantité d’eau charriée dans ces sous-terrains étant inférieure au million de litre par jour, les investissements nécessaires pour la récupérer ne “valent pas le coup.”

3. La création de nouveaux barrages dans le Western Cape a été évoquée. Des études montrent qu’il n’est pas possible de rediriger de nouveaux cours d’eau sans porter atteinte à l’équilibre écologique. Des rivières d’autres provinces du pays pourraient être détournées mais des rivalités politiques de partis semblent empêcher la validation de ces projets. Une première démarche peut être d’augmenter les rendements des barrages existants grâce à un meilleur entretien du matériel (fuites, évaporation…)

4. Des projets de mise en place de puits forés dans les nappes phréatiques sont en cours de réflexion. Le personnel politique semble malheureusement intéressé par cette solution court-termiste qui inquiète très sérieusement les spécialistes. Ceux-ci craignent un assèchement profond et des conséquences dramatiques sur la ville et l’environnement. 

5. Des coupures d’eau organisées et volontaires ont été envisagées, mais le risque d’explosion des tuyauteries – lors du retour de l’eau – a fait pencher la balance vers une baisse drastique de la pression au robinet, qui contribue à faire diminuer la consommation. 

6. L’investissement de long terme dans la création d’usines de désalinisation de l’eau en provenance de l’océan, semble de loin la meilleure des solutions même si elle représente un coût certain pour la ville et ses administrés. Une première centrale au sud de la péninsule du Cap devrait commencer à fournir de l’eau en début d’année prochaine. 

7. Sur le très long terme, la mise en place de procédés de gestion et recyclage des eaux usées semble devoir devenir nécessaire. Elle demanderait d’imposer de nouvelles réglementations notamment pour les nouveaux bâtiments, ou des remises d’impôts sur les usagers privés qui investiraient chez eux dans des équipements de récupération des eaux grises par exemple. 

8. Le concept des “Soft Cities” fait son chemin partout dans le monde et Cape Town serait bien inspirée de l’appliquer : la frénésie de développement urbain des dernières décennies, on le comprend aujourd’hui, est responsable de l’assèchement des nappes phréatiques. Béton, asphaltes, trottoirs et chaussées omniprésentes empêchent l’eau de pluie de descendre dans le sol pour les ravitailler, tout en créant des situations d’inondation dramatiques. L’enjeu est donc de repenser l’urbanisme afin de créer des villes plus perméables. 

9. Enfin, des campagnes de sensibilisation et d’éducation à la gestion intelligente de l’eau afin de faire évoluer les habitudes de consommation et les comportements semble indispensable.   


Pour ceux que la question intéresse, je vous propose un article (vraiment) informé sur la crise de l’eau à Cape Town à lire ici, et cette brillante vidéo récapitulative de la situation de l’eau dans le monde 

Si vous souhaitez vous aussi découvrir cette randonnée, contactez Justin, ingénieur et passionné de botanique, reconverti dans les randonnées, dont le profil atypique est idéal pour cette visite originale. 

Justin Hawthorne – info@tablemountaintrekstours.com