On ne peut pas vouloir
J’écoutais l’autre jour des mamans de l’école, qui visiblement partageaient leurs déconvenues récentes avec leurs enfants : l‘un qui avait tracé un trait de 1,2 cm au feutre sur le canapé, et l’autre qui avait tiré les oreilles du chat un-peu-violemment-ce-weekend.
Echange conclu, lorsqu’elles se sont aperçues que j’avais rejoins la conversation, par un équivalent du : “ah mais toi de toute façon ma pauvre chérie, t’es hors compétition avec tes mômes.”
Mon penchant naturel pour l’autodérision – entretenue et stimulée avec constance par mes chers fistons – m’a poussée à sourire de la plaisanterie, du reste assénée avec tendresse.
Mais au fond de moi, le sentiment de culpabilité et d’échec qui me tiraille avec régularité à chaque fois que mes Jujutrépides mettent en action leur démoniaque créativité, a refait surface.
En roulant pour rentrer chez moi, mon esprit vagabondait le long de l’océan.
Et je me disais qu’en fait… Je devrais mieux assumer mes enfants.
Je veux dire, au delà de l’amour absolu et inconditionnel que je leur voue, essayer de poser un autre regard sur leurs tempéraments parfois déroutants.
On ne peut pas vouloir un gamin joyeux, en contact avec ses émotions et capable de les exprimer… Et se plaindre de le voir sauter partout et hurler sa joie intérieure à tue-tête au milieu du salon.
On ne peut pas souhaiter voir la personnalité de son petit s’ouvrir au monde, à l’altérité et la différence… Puis s’étonner qu’il soit indépendant ou croire qu’il ne décidera pas, lorsqu’il sera plus grand, de voyager et même vivre loin de soi.
On ne peut pas espérer élever une âme généreuse… Mais s’offusquer qu’elle donne, se sépare et perde en permanence ses affaires.
On ne peut pas travailler à développer l’esprit critique chez notre progéniture… Et s’étonner qu’elle nous contredise (même si c’est jour et nuit).
On ne peut pas désirer un enfant qui réfléchit, questionne, interroge … Mais vouloir un fils ou une fille qui obéit aveuglement à toutes nos demandes et exigences, qui sont – disons-le avec honnêteté – souvent plus proche de nos besoins de gestion organisationnelle que des leurs. Il leur faut du temps et de la maturité pour comprendre la nécessité et la différence entre elles et les règles sociales indispensables à respecter.

































































