Quand cela arrive,
je ne sais jamais trop comment réagir.
Les laisser croire, ou rétablir la vérité.
C’est un peu comme pour le Père Noël ou la Petite Souris.
C’est joli, c’est innocent, c’est pur… C’est un peu lâche aussi, mais c’est tellement rassurant. Alors on se tait et on laisse la magie durer encore un tout petit peu…
Nous roulions Tancrède et moi, tous les deux tôt ce samedi matin lorsque Cape Town s’éveille, sur les hauteurs du quartier où nous vivons.
Malgré un beau ciel bleu et un soleil déjà chaud, de minuscules gouttelettes tombaient sur le pare-brise de la voiture, donnant une touche très impressionniste au paysage.
Instinctivement, je dis alors à mon fiston :
– “Regarde bien autour de toi mon coeur, nous aurons peut-être la chance de voir un arc-en-ciel, ce matin.”
Et à l’instant même où je termine ma phrase, en dépassant un virage, le spectacle exceptionnel d’un arche multicolore apparait, entier, parfaitement dessiné et planté dans le sol.
Le visage de mon fils s’est alors décomposé : la bouche béante, la mâchoire pendante, les yeux exorbités, son petit index gauche écrasé contre la vitre de la voiture et la main droite tendue vers moi. Il se met à hurler :
– “MAMAN !?!?!?!?!? MAIS… !?!? C’EST PAS POSSIB’ !!! MAMAN !?!?! Comment !? C’est TOI KI’ L’A FAIT V’NIR L’ARC-EN-CIEL !?!?!?”
Dans les yeux de mon fils chéri, je lis l’émerveillement, l’étonnement et l’admiration.
Je me suis donc garée sur le bas-côté pour laisser mon petit garçon admirer ce moment si poétique – une bouffée de tendresse coincée dans la gorge – le regardant avec affection s’extasier devant la féerie presque surnaturelle de la scène.
J’ai décidé de tout lui avouer :
– “Mon amour, ça n’a rien à voir avec moi. Les arc-en-ciels apparaissent très souvent quand il pleut et qu’il fait soleil en même temps. C’est un phénomène naturel assez banal, en fait.”
Je vois alors le visage de mon fils s’affaisser légèrement, une ombre de déception passant dans ses yeux… Je regrette affreusement… Alors je lui dis, tout en clignant de l’oeil :
– “Mais… Un aussi beau, comme ça, avec toutes les couleurs, et dont on voit les deux extrémités… C’est très très très rare… Ça… C’est peut-être maman…”
#UnPeuDePoésieDansCeMondeDeBrutes
#LinstantDouceur