Les billets doux

Cela devait bien finir 

par arriver. 


Encore l’une de ces étapes essentielles dans la vie des enfants. 

Comme celle où ils expérimentent la marche pour la première fois, et le sentiment de liberté qui l’accompagne… 

Ce moment où ils se lancent dans la parole, et le monde infini de l’expression de soi qu’elle libère…

Voici donc venu le temps où nos Jujutrépides découvrent la communication écrite.

Pour nous les adultes, il s’agit surtout d’un exercice de devinette, de déchiffrage voire même de traduction, qui ne va pas sans dommages collatéraux psycho-physiologiques : après avoir saigné des oreilles durant toutes ces années, ce sont maintenant nos yeux qui souffrent de la créativité orthographique débutante de notre progéniture.  

Mais pour eux, c’est visiblement tout un nouveau monde des possibles qui s’ouvre; un boulevard qui leur permet désormais de : 

1. Se faire pardonner de leur maman, lorsqu’ils ont fait une énorme bêtise. 
(Traduction : Maman, tu sais, on t’a préparé un bon petit déjeuner)

2. Se faire pardonner de leurs amoureuses, lorsqu’ils ont fait une énorme bêtise. 
(Traduction : Je t’aime Maxine)

3. Se faire pardonner du Père Noël, lorsqu’ils ont fait une énorme bêtise. 


(Traduction : Père Noël, prends ce sapin..
Complément : que j’ai fait pour toi)

Pour une raison qui m’échappe encore, nos petits diables ont percuté que les mots doux et les lettres apaisaient l’âme et calmaient les p’tits nerfs de ceux – nombreux – qu’ils ont offensés.
Et puis, ils savent qu’en se donnant autant de mal pour s’exprimer, il attendrissent leurs interlocuteurs, malgré tout souvent acquis à leur cause. 

Malins, ces Jujus. 

Erreur 404

Plus le temps passe, 

plus je m’interroge. 


D’autant que, contre toute attente, les choses ne semblent pas s’arranger avec les années.

Impossible de citer tous les exemples, tellement ils sont nombreux.  
Les doutes qui m’assaillent sont basés sur une expérience empirique multiple et récurrente : 

Lorsque, assis au bar de la cuisine en train de former des animaux avec leur pâte à modeler, l’un des Jujutrépides décide subitement, sans aucun signe avant-coureur annonçant ses intentions maléfiques, d’écraser du poing la fragile petite créature de son frère. 

Quand tout d’un coup, pour une raison totalement inconnue, alors que nous mangeons dans le calme, chacun assis sur son siège dans la salle à manger, l’autre décide de lustrer les cheveux de son frangin avec… Son morceau de pastèque dégoulinant.
Le second le laissant faire, mystère qui m’échappe encore. 
(Pourquoi, oui… Pourquoi ?)

Toutes ces fois où ils visionnent tranquillement l’un de leurs dessins animés préférés, assis l’un contre l’autre, sous la couverture… Mais que l’un décoche brusquement une claque dans la figure de l’autre. Venue de nulle part. 
Et que le second, imperturbable, réagit à peine à la provocation. 

Dans ces moments un peu terrifiants, mes fistons donnent l’impression de ne plus être maitres de leurs mouvements et de leurs actes, comme si leur organe central était en surchauffe et qu’il avait décidé de se mettre en pause, laissant leur corps gesticuler en roue libre. 

J’ai eu beau chercher, questionner, demander autour de moi – visiblement c’est  assez similaire chez les copains – je ne comprends pas. 
Je ne comprends pas ce qui pousse les enfants à ces comportements erratiques, subits, irrationnels et incohérents (du point de vue adulte, naturellement.)

La seule explication plausible que j’ai fini par imaginer est la suivante : 
Leur cerveau n’est probablement pas terminé
Les connexions encore en cour de formation. 
Les liaisons en pleine construction. 

Et parfois, sans que l’on sache vraiment pourquoi, ça beugue. 

La Magie de Noël

Bon c’est décidé : 

Ça suffit. 

C’est NOUS qui allons leur dire !


La vérité. 
La terrible vérité. 

Je sais… C’est incohérent :

Après avoir passé tant d’années à essayer de préserver le secret, coûte que coûte, à grand renfort d’histoires impossibles, d’excuses alambiquées et d’idées farfelues… 
De courses dans les magasins à des heures improbables. 
De planques sans cesses réinventées. 
De surveillance langagière et de contrôle stricte de notre élocution.  
De morceaux de madeleine grignotés et de verres de lait à moitiés bus, posés négligemment sur la table basse du salon. 

Nous allons leur dire que le Père Noël n’existe pas. 

Voilà. 

Et ce sera bien fait. 

Pourquoi ?! 

Mais parce que c’est objectivement INSUPPORTABLE ! 
Voilà pourquoi. 

Cela doit cesser. 

L’un des seuls jours fériés où TOUT LE MONDE reste couché, et durant lesquels on peut véritablement espérer dormir et nous reposer… Et ces petits énergumènes se sentent obligés CHAQUE ANNÉE de venir nous secouer à 5:30 du matin ! Avec tout ce que l’on fait pour eux, ils choisissent précisément CE JOUR pour venir nous emmerder. 

En hurlant à tue-tête leur bonheur incommensurable d’avoir découvert la surprise et les trésors déposés au pied du sapin.

En criant leur joie immense d’avoir reçu des présents et de se sentir aimés. 

En exprimant leur émerveillement devant le petit miracle de poésie qui les submerge. 

Moui…Bon… 
Okay… 

Encore UNE année…


Découvrir Old mac Daddy

Bon, c’est sûr, 

il faut s’y prendre minimum six, voire huit mois

à l’avance. 


Mais l’endroit est follement sympathique. 

Old Mac Daddy, c’est un lieu entre le camping de luxe, le parc d’attraction et l’hôtel, situé à un peu moins d’une heure trente du Cap, en plein coeur de la Vallée d’Elgin, connue pour ses vergers à perte de vue. 

Réparties au milieu des pins et des eucalyptus, une dizaine de chambres sont en réalité des petits bungalows assez spacieux entièrement faits de baies vitrées, chacun accolé à l’une des fameuses caravanes en aluminium Airstream, de la mythiques marque américaine.

Toutes sont aménagées de façon thématique : un ring de box, un décor de forêt tropicale, une ancienne ferme typique du Karoo sud africain, l’intérieur d’un sous-marin, un boudoir kitchissime… Et portent un nom faisant souvent référence à un jeu de mot. 
C’est conceptuel et amusant. 

Des centaines de marches serpentent sur le versant de la colline où elles se situent et relient ces chambres-caravannes sur pilotis les unes aux autres, proposant une configuration idéale pour les weekends entre amis ou en famille. 
(Et permettant d’éliminer les excès du bar d’en bas.)

En contrebas, la piscine permet de se rafraichir. 

Un poulailler et plusieurs aires de jeux occupent les enfants, ainsi que des activités organisées par l’hôtel et des sorties en tracteurs ou à vélo.  

Une petite plage de sable blanc, insolite, a été aménagée à quelques dizaines de mètres de là, au bord d’un ravissant étang à l’eau transparente. 

Le restaurant propose un menu agréable, bien pensé pour les familles, et les personnes à la recherche de cocktails de qualité. 
(Mention spéciale à leur Strawberry Daiquiri, donc. Quelques allers-retours vers les chambres devraient rapidement vous permettre de compenser ces petits écarts.)

Le lieu est paisible, luxuriant et offre de jolies vues sur les vignobles, les fermes et les champs de fruitiers alentours :


Bon séjour !

The Devil’s Advocate

L’autre jour, 

c’était la soirée 

de réunions parents-profs. 


Cette journée de fin de trimestre où les parents sont invités à venir discuter un quart d’heure avec les maitresses des progrès de leur progéniture et de leur situation scolaire. 


J’attendais mon tour, un peu fébrile, devant la porte de la classe de Tancrède. 

(Ceux qui lisent régulièrement ce blog savent pourquoi.)

Les salles de classe, ça m’angoisse toujours un peu. 
Ça me rappelle mon enfance. La boule au ventre des évaluations. Toussa toussa. 
Bref, c’est pas le propos. 

C’est alors que je vois trottiner Eva, l’amoureuse de mon fiston, venue du fond du couloir et qui avance dans ma direction : 

– “Salut Pom !”

– “Bonsoir ma chérie. Tu vas bien aujourd’hui ?”

– “Oui oui. Tu viens pour voir Mary’on, not’ maitresse, pour Tancrède ?”

– “Oui ma poussinette, t’as tout compris.”

– “Ah…”

Je vois alors son joli petit visage se décomposer. 
Elle a maintenant les mains derrière le dos, les yeux baissés au sol et se dandine d’un pied sur l’autre. 

– “Bah qu’est-ce qu’il y’a Eva ?”

– “Bin… C’est que… j’sais pas comment t’le dire. J’voudrais pas que tu sois triste, tu comprends, j’t’aime beaucoup.”

– “Oh merci ma chérie, c’est gentil ça.”

– “Oui mais je pense ki’ vaut mieux k’ce soit moi kit’le dis’ plutôt k’la maitresse…”

– “?!?!?”

– “En fait…Tancrède… Et bin… Et bin… Il est pas très sage en classe… en fait. Mais tu sais, c’est pas très important, pass’kil est TRÈS TRÈS gentil et c’est ÇA k’est important.”

– “…”

J’ai très sérieusement pensé à envoyer cette merveilleuse enfant à ma place à la réunion, Tancrède ne pouvant visiblement rêver meilleure avocate qu’elle…

Brave petite. 






Un peu de douceur dans ce monde de brutes

Quand cela arrive, 

je ne sais jamais trop comment réagir. 


Les laisser croire, ou rétablir la vérité. 

C’est un peu comme pour le Père Noël ou la Petite Souris. 

C’est joli, c’est innocent, c’est pur… C’est un peu lâche aussi, mais c’est tellement rassurant. Alors on se tait et on laisse la magie durer encore un tout petit peu…

Nous roulions Tancrède et moi, tous les deux tôt ce samedi matin lorsque Cape Town s’éveille, sur les hauteurs du quartier où nous vivons. 
Malgré un beau ciel bleu et un soleil déjà chaud, de minuscules gouttelettes tombaient sur le pare-brise de la voiture, donnant une touche très impressionniste au paysage. 


Instinctivement, je dis alors à mon fiston : 

– “Regarde bien autour de toi mon coeur, nous aurons peut-être la chance de voir un arc-en-ciel, ce matin.”

Et à l’instant même où je termine ma phrase, en dépassant un virage, le spectacle exceptionnel d’un arche multicolore apparait, entier, parfaitement dessiné et planté dans le sol. 

Le visage de mon fils s’est alors décomposé : la bouche béante, la mâchoire pendante, les yeux exorbités, son petit index gauche écrasé contre la vitre de la voiture et la main droite tendue vers moi. Il se met à hurler :

– “MAMAN !?!?!?!?!? MAIS… !?!? C’EST PAS POSSIB’ !!! MAMAN !?!?! Comment !? C’est TOI KI’ L’A FAIT V’NIR L’ARC-EN-CIEL !?!?!?”

Dans les yeux de mon fils chéri, je lis l’émerveillement, l’étonnement et l’admiration.  

Je me suis donc garée sur le bas-côté pour laisser mon petit garçon admirer ce moment si poétique – une bouffée de tendresse coincée dans la gorge –  le regardant avec affection s’extasier devant la féerie presque surnaturelle de la scène. 

J’ai décidé de tout lui avouer : 

– “Mon amour, ça n’a rien à voir avec moi. Les arc-en-ciels apparaissent très souvent quand il pleut et qu’il fait soleil en même temps. C’est un phénomène naturel assez banal, en fait.”

Je vois alors le visage de mon fils s’affaisser légèrement, une ombre de déception passant dans ses yeux… Je regrette affreusement… Alors je lui dis, tout en clignant de l’oeil : 

– “Mais… Un aussi beau, comme ça, avec toutes les couleurs, et dont on voit les deux extrémités… C’est très très très rare… Ça… C’est peut-être maman…”

#UnPeuDePoésieDansCeMondeDeBrutes
#LinstantDouceur

Une histoire d’anguille

J’étais l’autre jour dans la salle de bain 

avec les Jujutrépides occupés  

à leur toilette du soir, avant d’aller se coucher. 



Quand tout à coup, Trystan s’est immobilisé, les yeux à ma hauteur, puisque j’attendais qu’ils terminent leurs ablutions assise sur le bord de la baignoire :

– “Maman, moi j’te trouve belle. Et c’que j’préfère chez toi, c’est ton visage. Pass’qu’il a une bouche pour nous faire des bisous, un nez pour respirer et des yeux pour nous regarder avec plein d’amour dedans.”

Une élocution claire et limpide. 

Un enchainement dans les phrases sans précipitation, un débit calme et mesuré. 
Naturel, somme toute. 

Aussi tentant que cela puisse paraitre, j’ai maintenant trop d’expérience jujutrépidesque pour me laisser aller aux bons sentiments et fondre telle la motte de beurre sur le feu. 

– “Hum. Très joli mon poussin : c’est le nouveau poème que tu apprends à l’école en ce moment ?”

– “Mais !? Non pas du tout, maman. Ça vient zust’ de mon coeur !”

Curieux, tout de même, me dis-je. 
Je décide de creuser subtilement : 

– “Ah !? D’accord, merci c’est très beau mon trésor, ça fait toujours tellement plaisir quand ton enfant te dit quelque chose d’aussi gentil tu sais…”

Mais au lieu de mordre à l’hameçon et de me faire la demande pour laquelle il aurait ainsi habilement préparé le terrain, mon fils reste coi. 

Désespérément silencieux, un sourire d’amour affiché sur la face et ses bras autour de mon cou. 

Je tente alors le tout pour le tout : 

– “Mon amour, tu as besoin de quelque chose, je peux t’aider ?”

Petite réponse d’une voix calme et sereine : 

– “Non, maman, tout va bien, j’veux juste rester dans tes bras, un ‘tit peu.” 
Le môme s’est ensuite couché sans chichis. 


Il y a anguille sous roche, c’est sûr.
A ce stade, c’est même probablement un baleineau. 

Je vous dirais, quand j’aurai eu le fin mot de l’histoire. 

#T’esIgnoble
#OuiJeSais


Découvrir le Zeitz – MOCAA

Aujourd’hui,

je vous propose de découvrir 

le MOCAA, le tout nouveau 

musée d’art contemporain du Cap. 


En septembre dernier, s’est ouvert à Cape Town le plus grand musée d’art contemporain d’Afrique, le Zeitz MoCAA, pour “Zeitz Museum of Contemporary Art Africa”. 

Symboliquement très important pour la ville, il permet aux artistes africains de disposer d’un musée d’envergure où exposer “chez eux” et devrait, selon les spécialistes, dynamiser de façon intéressante le marché de l’art contemporain local et international. 

L’aventure a débuté en 2008 lorsque des promoteurs immobiliers du Cap se sont interrogés sur la meilleure manière d’utiliser et valoriser l’ancien silo à grains du port du Cap, labellisé monument historique – donc non destructible – abandonné depuis des décennies et devenu embarrassant au milieu des restaurants et des boutiques du très tendance Waterfront.

Construit en 1924 par la South African Railway, ce bâtiment fut pendant longtemps le plus élevé d’Afrique sud-saharienne avec ses 57 mètres de hauteur et ses 42 énormes silos, chacun mesurant 5 mètres de large pour 30 mètres de haut. Ils recevaient à l’époque, au bord du port, les grains de blé, de maïs ou de sorgo destinés à l’exportation vers le Royaume Uni et stockés ici en attendant d’être transférés sur les bateaux. 
La vocation internationale du lieu est donc ancienne. 

Il restait quelques grains au fond de ces silos : ce sont eux et leur analyse au scanner qui ont inspiré le cabinet d’architecture londonien – et son fondateur Thomas Heatherwick – retenu pour ce projet d’envergure : 35 millions d’euros investis par un consortium des propriétaires fonciers du Waterfront et le don d’une collection privée 100% africaine par le millionnaire allemand Jochen Zeitzpour repenser entièrement ce monument qui dispose maintenant d’une centaine de galeries réparties sur 9 étages et 6000 m2 de zone d’exposition. 

Chaque silo construit en béton a été scié à l’aide d’une machine à tailler le diamant : en effet, ce matériaux ayant pour spécificité d’atteindre sa dureté la plus forte une centaine d’années après avoir été coulé – précisément au moment où le projet de musée a vu le jour ! – il a donc fallu user des grands moyens pour parvenir à briser les tubes. 
Ceux-ci ont ensuite été renforcés au ciment et recouvert de verre, laissant entrer la lumière zénithale et donnant l’impression d’une gigantesque cathédrale de béton, à mi chemin entre le l’espace religieux et la ruche d’abeille, grouillante d’art et d’énergie créative. 

  
En plus des ascenseurs centraux qui montent et descendent le long des tubes, rappelant les pistons industriels, et par là même, la vocation ouvrière du lieu… 



… Un impressionnant escalier latéral en colimaçon permet d’accéder à tous les étages du bâtiment. Il a été façonné à la mesure d’un des silos puis inséré à l’intérieur, par le toit :

Le reste de la surface – 3500 m2 – est réservée aux espaces administratifs mais aussi à un restaurant panoramique et à un hôtel de luxe de 28 chambres pensé par l’architecte comme le nouveau phare du Cap : les 80 chandeliers de cristal  venu d’Egypte illuminant la partie supérieure du bâtiment dès la tombée de la nuit. 


Le musée accueille une collection permanente mais aussi des expositions temporaires, et il est ouvert tous les jours sauf le mardi. L’entrée est payante – 180 rands auxquels il faut rajouter 120 rands si vous choisissez de vous faire accompagner d’un guide –  sauf les mercredis matins et les jours fériés qui sont gratuits. 

Les tarifs d’entrée du musée et des boutiques et restaurant qui s’y trouvent, totalement en dehors des réalités économiques de la majorité de la population sud africaine, ont généré de nombreuses critiques envers le projet. 

De même, si le bâtiment fait l’unanimité, la collection, elle, interroge les spécialistes. 
Parmi la centaine d’oeuvres d’art présente dans le bâtiment, en voici quelqu’unes, qui devraient vous permettre de vous faire une idée. 

Bonne visite ! 

Nicholas Hlobo – Iimpundulu Zonke Ziyandilandela 
Artiste sud africain originaire de l’Eastern Cape, il a créé cette oeuvre pour la biennale de Venise en 2011. Son dragon, constitué de déchets urbains et de rubans, rappelle l’animal mythologique xhosa qui sort la nuit et dévaste les villages, symbolisant ses angoisses d’enfance, ressenties lorsqu’il dû quitter sa campagne natale pour rejoindre la ville. 
Installée dans le hall magistral d’entrée (la nef ?) du musée, cette sculpture est accompagnée d’une musique de voix a capella qui rappelle fortement les chants religieux, et renforce l’impression de sacré qui happe le visiteur dès son arrivée.  


Michele Mathison – Bushveld
Sculpteur sud africain élevé au Zimbabwe, cet artiste est très proche de la nature et apprécie particulièrement les métiers manuels comme la menuiserie et la précision que requièrent ce types de professions. Le thème de l’agriculture et de la terre est central chez lui. Ce triptyque a été réalisé sur bois, par simple système de brûlure. 

Etson Chagas – Found Not Taken
Artiste angolais, il place la question du consumérisme et du contexte socio-culturel contemporain au centre de son travail. Cette série de photos d’objets trouvés dans la rue et abandonnés, a été imprimée en posters, placés sur des palettes au sous-sol du musée, là où les grains finissaient leur course. Le visiteur peut emporter à sa guise chacune des affiches. On se laisse souvent tenter, avant de réaliser qu’elles nous encombrent. Ne sachant pas quoi en faire durant la visite, elles terminent régulièrement abandonnées sur une table à un autre étage, mettant ainsi en scène un comportement représentatif et symptomatique de notre époque, que l’artiste dénonce ainsi dans son oeuvre. 

Zanele Muholi 
Photographe sud africaine, activiste des droits des LGBTIQ (Lesbian, Gay, Bisexual, Transgender, Intersex and Queer), elle met en scène des centaines de personnes de cette communauté, issues des townships du pays, pour dénoncer les violences et le rejet dont ils sont aujourd’hui encore victimes, malgré les protections légales et constitutionnelles existantes. En leur demandant de travailler eux-mêmes leur présentation – vestimentaire, maquillage, coiffure, etc. – en fonction de ce qu’ils ont envie de montrer d’eux-même afin de permettre au visiteur de poser un autre regard sur eux. 

Athi Patra Ruga – Night of The Long Knives III
Rappelant un peu le kitch et les photos ultra colorées d’un David Lachapelle, Athi Patra Ruga met en scène un monde fantasmagorique de photo-montages où c’est le titre de l’oeuvre qui permet d’en imaginer le sens caché. Ici la Nuit des Longs Couteaux fait référence à la purge politique qui eut lieu en 1934 durant la prise de pouvoir des nazis en Allemagne : au moment de la mort de Nelson Mandela en 2013, le réconciliateur charismatique du pays, la peur d’une purge similaire, anti-blancs, a fait parler d’elle en Afrique du sud. La série de tableaux de Ruga semble afficher des scénarios utopiques où la purge n’a pas eu lieu et où la transition politique a pu se faire de manière quasiment idyllique. Les ballons multicolores font référence au surnom donné à l’Afrique du sud : la Nation Arc-En-Ciel. 


William Kentridge – More Sweetly Play The Dance
Artiste sud africain originaire de Johannesburg, reconnu pour ses installations vidéo, ses dessins et ses productions théâtrales met ici en scène la ruée vers l’or qui s’empara du pays à la fin du 19ème siècle et fut à la base de la création de cette ville. Images d’un défilé de travailleurs qui avancent en ombres chinoises de gauche à droite des écrans, en boucle, au son d’une musique de carnaval assourdissante – comme le bruits des machines aux fond des mines – rappelle l’aliénation dont ils furent victimes mais aussi toute l’énergie que chacun de nous déploie et dépense chaque jour, métaphore de notre tentative pathétique pour survivre. 


Cyrus Kabiru – Macho Nne (série)
Artiste kenyan, son art se situe à la croisée de la photographie, la sculpture, le design et de la mode. Les masques et les lunettes géants – qu’ils confectionne lui même à base de matériaux recyclés et qu’ils met en scène sur lui même sous forme d’autoportraits thématiques – occupent une place centrale dans son travail, prouvant que la force créatrice humaine est infinie et que chaque chose et chaque personne peut être/se réinventer. 


Leonce Raphael Agbodjélou – Egungun Masquerades VII
Artiste béninois célèbre sur le continent pour ses photographie d’habitants Yoruba de Puerto Nuevo au Benin, capturés dans leurs costumes ancestraux habituellement portés durant les processions funéraires, mais dans le contexte de la ville d’aujourd’hui, symbolisant ainsi une génération en pleine mutation et transition, prise entre tradition et modernité.  


Mary Sibande – In The Midst Of Chaos, There Is Opportunity
Jeune artiste sud africaine connue pour ses sculptures-avatar d’elle-même – appelées Sophie – elle met ici en scène la figure féminine, habillée de la robe victorienne traditionnellement portée par les domestiques Noires d’Afrique du Sud jusqu’à la fin de l’Apartheid. Hommage à sa mère et sa grand-mère qui réussirent malgré l’oppression à transmettre l’amour, l’espoir et l’imagination autour d’elles, sources intarissables pour reprendre son destin en main et sortir vainqueur – d’où l’allégorie des sculptures militaires à cheval, dont les deux jambes sont relevées indiquant traditionnellement la mort du personnage au combat – de sa vie. Le titre semble rappeler qu’au milieu de l’océan de violence, la vie reprend toujours le dessus. 

Glenn Ligon – Runaways 
Rare artiste de la collection qui ne soit pas né sur le continent africain mais aux Etats-Unis, Glenn Ligon est néanmoins très concerné par les questions d’identité noire africaine, qu’il met régulièrement en scène dans ses oeuvres. Celle-ci est une série de lithographies d’affichettes d’avis de recherche de l’époque de l’esclavage aux Etats-Unis, décrivant par le détail le fugitif qui risquait désormais sa vie pour avoir voulu fuir, mais qui donnait aussi de l’espoir à ceux qui étaient restés, leur donnant l’illusion d’une autre vie était possible. 

Ghada Amer 
Artiste égyptienne d’origine, installée en France puis aux Etats Unis. Elle lie dans ses oeuvres les thématiques du féminisme, de la féminité, du genre, de la sexualité, de l’identité post-coloniale avec son histoire culturelle et familiale liée à l’islam. Très tôt elle est choquée par l’omniprésente oppression masculine dans l’art et le peu de place laissée aux femmes en tant qu’artistes. Depuis plus de vingt ans, sa signature est celle de tableaux où se mêlent peinture et tissages, art féminin par excellence, et affirmations textuelles très politisées.  


Mouna Karray 
Photographe tunisienne et spécialiste d’installations audio, elle a pour habitude de placer dans ses clichés un personnage (elle-même ou un mannequin) enfermé dans un drap blanc et pur, qui semble se débattre au milieu de l’indifférence générale et qui tranche face à des scènes de violence apocalyptiques. Passionnée de psychologie et de questions socio-politiques, l’artiste aborde de façon récurrente les sujets de la construction de l’identité et de la mémoire. Les thèmes de la liberté, de l’espace mental et de l’enfermement intellectuel ressortent très fortement de ces mises en scènes photographiques prises peu après le Printemps Arabe.  

Yinka Shonibare – Addio del Passato 
Elevé au Nigéria cet artiste multidisciplinaire s’intéresse particulièrement aux thèmes du colonialisme, du racisme et de la beauté. 
Installation audio-vidéo placée tout en haut du conduit d’aération originel du bâtiment, celui-ci abrite maintenant l’ascenseur qui mène aux parkings. 
Le dernier étage a été laissé dans son état initial, tranchant avec l’écran plat accroché tout en haut d’où s’échappe l’Addio del Passato, aria de la Traviata, célèbrissime opéra de Verdi. Le film dure 17 minutes, la cantatrice africaine qui joue le rôle principal semblant désespérée dans cet environnement dévasté de béton qui fait résonner sa voix puissante 24/24 et accueille le visiteur dès sa remontée du garage. L’impression qui en ressort est toute en émotions, nous rappelant les liens entre le passé et le présent, l’histoire et la modernité.  
A noter sa robe en Batik africain, véritable signature visuelle de cet artiste qui en fait le fil conducteur symbolique de son travail. 



Nandipha Mntambo – Emabutfo
Artiste du Swaziland, royaume monarchique enclavé en Afrique du Sud resté un peu hors du temps, Nandipha Mntambo a choisi de mettre en scène une “armée” de robes moulées à partir de son propre corps sur des peaux animales recyclées, faisant référence à la danse rituelle qui a encore lieu chaque année dans son pays, pratiquée par des dizaines de femmes vierges parmi lesquelles le roi choisira une nouvelle épouse à ajouter à son gynécée, telle des morceaux de viande sur un étalage. L’artiste a souhaité dénoncer ainsi cette pratique en insinuant qu’il serait facile, pour cette armée, de décider enfin de s’unir et de se retourner contre l’ordre établi. 

Pensez à réserver une visite guidée, si possible avec Sakhi, dont les connaissances du bâtiment, des oeuvres exposées et de l’histoire de l’art sont absolument impressionnantes. 

La vie des mélancoliques

Mon mari 

me reproche souvent

(entre autres choses)

d’être lunatique. 


Je souhaite m’élever en faux contre ce qualificatif, comme celui de bipolaire d’ailleurs, dont on affuble souvent de façon abusive certaines femmes, sous prétexte d’un atavisme genré qui aurait tendance à nous prédisposer naturellement à une sorte de mélancolie hormonale alternative. 

Je ne nie pas que cela soit possible, certains jours. 

Mais je tiens aussi à rappeler que cet état n’est absolument pas propre aux femmes et touche tous les genres, ainsi que tous les âges. 

J’ajouterai qu’avoir la malchance d’être né(e) d’un naturel mélancolique… C’est pas facile à vivre tous les jours.


D’abord parce que je me permets de rappeler que le cyclothymique, avant d’infliger ses humeurs à sa famille et ses amis, c’est d’abord avec lui-même qu’il se lève chaque matin, vit sa journée et s’endort le soir. 
Et passer de la cave au grenier en l’espace de quelques heures, avant de redescendre à -3000 sous le niveau de la mer, c’est très fatiguant. 
Pensez à toute cette distance parcourue. 
Mais si. Faites pas semblant, vous m’avez très bien comprise.

Ensuite, parce qu’on le sait bien… Qu’on emmerde les autres. 
Avec nos hauts et nos bas. 
Avec notre tristesse subite, insondable, inexplicable, violente. Inexprimable. 
Avec nos éclats de rires excessifs, nos bonheurs minuscules, incompréhensibles, mais qui prennent une place immense dans nos vies. 
Et les ponts imperceptibles et mystérieux qui relient les deux, invisibles aux yeux des autres et qui nous semblent, à nous, pourtant larges comme des avenues. 
Alors on s’en veut d’être inégal, changeant… d’agir en intermittent des émotions. 

Aussi parce qu’avec le temps, on comprend qu’il est inutile de vivre de grandes joies, puisque d’immenses tristesses vont bientôt prendre leur place. 
Qu’il est insensé de se laisser entrainer dans des abimes de désespoir, puisque un rayon de soleil viendra tôt ou tard illuminer à nouveau notre existence : on le sait, c’est comme ça à chaque fois !

Alors on essaye d’éviter de s’emballer trop vite. 
On prend de la distance. 
A force, on finit par se figer un peu en soi. 
Et ça donne l’impression qu’on est dur. 
Alors qu’en fait, on est juste fatigué de ressentir les choses. 

Il suffit d’un baiser ou d’un mot gentil, d’un jeans taille 38 qui (re)ferme (enfin), d’une fleur d’orchidée qui éclos après des mois de soins, d’un message ou d’un coup de fil qui nous rappelle qu’on n’est pas tout seul face à l’adversité du quotidien, et la vie devient subitement magnifique. 

Un refus inattendu, un papillon mort sur le balcon, une réponse un peu sèche, une soeur qui a autre chose à faire qu’à nous parler cette semaine-là, et c’est la fin du monde. 


Alors on essaye de rester digne. 
On essaye de conserver le peu de grâce et d’élégance qu’il nous reste, entre deux vagues sinusoïdales. 

Mais c’est pas toujours de la tarte. 

Les bisous c’est beurk

Nous dinions au bar de la cuisine, 

les Jujutrépides et moi l’autre soir, 

lorsque Trystan décida d’entamer la discussion. 


– “Maman, tu sais, en ce moment c’est difficile, l’école.”

Inquiète, j’ai immédiatement interrogé mon fiston : 

– “Ah bon ?! Pourquoi ça chéri ?!”

– “Pass’que les filles, en ce moment, elles veulent toutes m’embrasser, tout le temps. C’est in-su-ppor-table !”

Soulagée, je souris devant le sérieux du garçon qui semble véritablement souffrir de la situation. Je décide de prendre l’affaire à la légère :

– “M’enfin mon amour, se faire trop embrasser, c’est pas si grave, si ? Y’a plein de gens à qui ça plairait tu sais…”

– ” Nan mais maman, moi j’supporte pas les bisous des filles.”

– “Ah ? Mais pourquoi donc ? C’est tout doux !”

– “Naaan, c’est pas tout doux du tout ! C’est BEURK !”

– “Oh mon amour, tu exagères.”

– “Non pas du tout. Moi j’aime QUE les bisous de ma maman !”

Naturellement, toute mère rêvant d’entendre sa progéniture prononcer ce genre de réflexions, j’arbore alors un petit sourire, à la fois touchée, émue, amusée, avec un poil d’orgueil mal placé au coin des lèvres. 
– “Oh mon amour, ne dis pas ça, un jour tu vas trouver ça formidable, les bisous des filles, et pas seulement les miens…”

Et là, mon fils s’est chargé de me ramener à la réalité : 

– “Naaan, maman ! C’est pas ça ! Je supporte que les bisous des gens k’ont LES MÊMES MICROBES QUE MOI. C’est tout.”

#AhDaccord…
#TuMenDirasTant