Dur dur d’être un p’tit expat : chapitre 3

Il avait l’air maussade. 

Ça n’est pas dans ses habitudes.


Je le regardais du coin de la porte de sa chambre l’autre soir, jouer tout seul avec ses animaux en plastique. 
Mon fils affichait une moue triste sur les lèvres, ses gestes machinaux étaient lents et las. Comme si rien n’avait vraiment d’importance et qu’il faisait avancer ses petits zèbres et ses gnous le long de lignes imaginaires juste pour faire quelque chose… Juste pour passer le temps. 

Je suis donc entrée doucement dans la pièce en lui souriant le plus gentiment possible. 
Et je me suis assise en tailleur à côté de lui, silencieuse.

Il a continué à mimer le trot de son rhinocéros sans un bruit durant de longues minutes avant de prendre enfin la parole :

– “Maman ?”

– “Oui mon amour…”

– “C’est loin l’Sénégal d’ici ?”

– “?! Euh… Oui assez Trystan… Il faut prendre l’avion et traverser presque toute l’Afrique… Ça prend au moins sept bonnes heures, je pense…”

– “…”

– “T’as envie d’aller visiter ce pays ?”

– “Non… C’est juste que mes copines… Elles s’en vont à la fin d’l’année dans c’pays… J’vais m’retrouver tout seul…”

Le coeur soudainement enserré comme dans un étau, je regarde mon petit garçon,  assis sur sa moquette, infiniment malheureux ce soir… Que lui dire… Je me sens impuissance face à son chagrin, pour l’avoir vécu tant de fois moi-même… Je sais qu’il n’y a pas de solution. Juste du temps qui doit passer. 

– “Oh mon amour ! Je… Je ne sais pas quoi te dire… C’est… C’est la vie…”

– “Mais maman, pourquoi les amis ils partent tout le temps, chaque année ?!”


– ” … C’est parce que… Les familles qui vont dans ton école, souvent ce sont des gens qui viennent de la France ou d’autres pays, mais qui ne viennent pas ici à Cape Town pour rester toujours… Juste quelques années, tu comprends ? Après ils repartent. Ça s’appelle des expatriés… Nous aussi d’ailleurs on partira un jour.”


– “Ah… Et nous… On est désèspatriés aussi ?”


Je souris devant le jeu de mot involontaire de mon fiston chéri…

– “Oui mon coeur… Des EXpatriés… Mais la bonne nouvelle, c’est que de nouveaux amis vont arriver l’année prochaine. Il y en a qui partent, mais d’autres qui arrivent… Tu ne seras pas tout seul !”


– “Mhuum…”


Le voyant dubitatif, agitant son guépard frénétiquement, je me sens obligée d’en rajouter une couche :


– “Et puis… Et Puis… On pourra les appeler de temps en temps… Peut-être même les revoir en été, quand on va en France… On ne sait jamais quelles belles surprises la vie réserve, tu sais !”


– “Mhuum… Nan mais c’est pas pareil que d’jouer avec elles tous les jours m’an…”


Je le sais bien…

C’est la raison pour laquelle je décide de me taire. 

C’est alors que mon fils reprend la parole, d’un air décidé :


– “Non, maman. En fait, c’qui faudrait, c’est qu’papa y’ trouve un travail au Sénégal. Comme ça, on y va aussi. 


– “…”


– “C’est très bien le Sénégal maman : les filles elles m’ont dit ki’ fait chaud tout l’temps là bas. Chui sûre qu’ça t’plairait. J’VAIS EN PARLER A PAPA QUAND Y’ RENTRE VENDREDI : VOILÀ.


#LaVieDeNomade

#LeReversDeLaMédaille



A vot’ bon coeur !

L’autre jour, je suis revenue 

toute chamboulée.


J’étais allée chercher les Jujutrépides à l’école, et il “pleuvinait” ce jour là au Cap, selon l’expression préférée de mon fils. 

Situation exceptionnelle s’il en est, avec la sécheresse terrible qui fait rage dans cette region depuis plusieurs années. La température avait chuté et devait avoisiner, en cette fin d’après-midi, les 15 ou 16 degrés. 

Sur le chemin du retour, nous écoutions calmement un peu de musique, Trystan assis dans son re-hausseur, devant, à ma gauche, et Tancrède sur le sien à l’arrière. 
En regardant dans mon rétroviseur, je voyais ce dernier, le visage tourné vers l’extérieur, le nez sur la vitre à regarder le paysage. 

C’est alors que nous avons été pris dans un léger ralentissement. 

Et j’entends Tancrède qui me dit doucement : 

– “Maman ?”

– “Oui chéri.”

– “Tu as vu la dame sur’l’trottoir ? 

Je tourne la tête et découvre effectivement une femme, marchant rapidement sur le côté de la route, vraisemblablement surprise par la pluie, et qui semble essayer de se camoufler sous une sorte de plaid ou de paréo un peu épais, la seule chose qu’elle devait avoir sous la main.

– “Oui Tancrède, je la vois. Et bien, qu’est-ce qu’il y a ?”


– “Elle est… Pourquoi elle porte une couverture sur son dos ?”

– “Et bien… Pour se protéger du froid et de la pluie Tancrède, enfin !”


– “Nan mais pourquoi elle a PAS DE VESTE, j’veux dire ?”


C’est là que Trystan décide d’intervenir, le regard suivant la route devant lui, mais le visage légèrement penché vers l’arrière de l’habitacle, limite condescendant : 


– “Tancrèd’. Elle porte une couverture pass’qu’elle A PAS D’SOUS pour s’acht’er un manteau. Okay ? On est en Afrique du Sud ici, tu t’rappelles ?…”


Je reste interloquée devant sa réaction. 

Je me dis que les violentes disparités sociales et les rudes contrastes économiques qui nous sautent aux yeux en permanence en vivant ici au Cap ont fini par taper sur le citron de mes fistons… Jusqu’à leur faire imaginer des démunis à tous les coins de rue. 

Je décide donc d’intervenir : 


– “Non mais Trystan, chéri, la dame elle porte cette couverture car visiblement, elle ne savait pas qu’il pleuvrait, et n’avait rien d’autre sur elle pour se protéger. C’est tout ! Ça ne fait pas d’elle une personne pauvre et dans le besoin !”


J’entends alors la voix de Tancrède à l’arrière qui me dit : 


– “Arrête-toi maman ! Qu’on lui donne des p’tites pièces quand même : on sait jamais, JUST’ POUR ÊTRE SÛRS !”


#AvotreBonCoeur

#RabouleTesPièces

Découvrir la pêche aux moules à Scarborough

“Et toi, tu fais quoi ce week-end ? 

Bin, je vais à la pêche aux moules, pourquoi ?” 


Je sais. 

Dit comme ça, cela fait moyennement rêver. 

Et pourtant, le bon plan que je m’apprête à partager avec vous, les copains du Cap, est une pure merveille : passer une heure sur une plage idyllique de sable blanc à ramasser les ingrédients du – pantagruélique et ultra original – déjeuner que vous cuisinerez ensuite dans une ambiance bucolique et conviviale. 

La satisfaction d’avoir soi-même “gagné sa pitance” et le sentiment d’avoir maitrisé la totalité du processus de création des recettes, assez inhabituels, sont particulièrement réjouissants ! Et puis comprendre que l’océan peut nous procurer de quoi préparer un déjeuner complet est une découverte assez passionnante. 

Rendez-vous en matinée sur la plage principale de Scarborough – Camel’s Rock – entre brume et crachin, soleil brulant, sable fin et air iodé, pourvu que la marée soit basse, seul impératif de l’aventure. 


En effet, deux fois par mois, à la nouvelle lune – sauf mois exceptionnels – la marée basse laisse ici apparaitre, durant deux ou trois jours, une bande de rochers normalement recouverts par l’océan, abandonnant derrière lui des trous d’eau cristalline dans lesquels foisonne une vie marine considérable : anémones, crabes, poissons, bigorneaux, moules, oursins – il en existe près de 60 espèces rien que sur cette côte ! – berniques, étoiles de mer et algues en tous genres, notamment. 

A ce sujet, il existe d’ailleurs 800 espèces d’algues le long des 3000 kilomètres de côtes sud africaines, dont seule une – bourrée d’acide sulfurique qui laisse des traces impressionnantes sur les rochers et ne se trouve qu’en haute mer  – n’est pas comestible. 

Pour ceux qui le connaissent, l’océan est un véritable potager marin totalement inexploité. Certaines algues, comme la nori par exemple, sont constituées de plus de 30% de protéines, faisant d’elle la championne toutes catégories des végétaux terrestres en la matière. Toutes sont bourrées d’iode, de calcium, de potassium, de multiples vitamines, et sont excellentes pour booster le fonctionnement de la thyroïde. 

Il arrive, une ou deux fois dans l’année, que les marées soient dites “rouges” : dans certaines conditions météorologiques, bactériennes et de températures, l’eau se gorge de micro-organismes écarlates toxiques qui, absorbés par les crustacés et les plantes, les rendent impropres à la consommation, sous peine d’en être pour une intoxication alimentaire massive. Durant ces périodes, la pêche est donc totalement interdite.  

Vous trouverez ici le calendrier des marrées du Cap. 

Culturellement, le ramassage d’algues et la pêche aux crustacés sont relativement peu développés ici au Cap. Mais la sensibilité écologique des habitants étant assez forte et les lois d’encadrement environnementales nombreuses, un permis “Mollusques” – un par personne – est donc indispensable et peut s’acquérir pour une somme assez modique dans certains bureaux de poste (Camps Bay et Seapoint notamment).

Après cela, quelques règles élémentaires sont à respecter : 

Le permis donne droit à 30 moules par jour et par personne pendant toute la durée de sa validité. Pour pouvoir être ramassées, celles-ci doivent faire au moins la taille d’une boite d’allumette. De plus, seules les moules de type méditerranéen – espèce aliène ayant récemment envahi la région, transportées  dans les ballastes des bateaux européens – sont autorisées à la pêche. 
Les deux autres espèces locales – la Ribbed Mussel ou Moule à Nervure, endémique du Cap et toute petite en taille, et la Moule Noire également indigène à l’Afrique du Sud, sont protégées et donc interdites de ramassage. 
Il est facile de faire la différence : celles que l’ont peut récolter sont grandes et ventrues, à la différences des deux autres, beaucoup plus petites et plates. 


Afin d’assurer une fraicheur impeccable aux moules, il est indispensable de ne collecter que celles qui sont encore attachées à leur rocher, jamais celles qui se baladent sur le rivage. Une fois décrochée, la moule commence à mourir, il est donc trop tard pour la rejeter à l’eau, attention donc à bien faire votre choix. 

De même, à moins de les cuisiner dans les deux heures qui suivent la pêche, il est recommandé de les stocker dans une glacière. 

Concernant les algues : en dehors de celle signalée plus haut, toutes sont comestibles, vous pouvez donc vous en donner à coeur joie ! 

Seule règle : comme pour les moules, ne collecter que celles qui sont encore amarrées, jamais celles qui flottent au gré des vagues et dont on ne connait pas la fraicheur et qui peuvent s’avérer être de l’espèce toxique, ramenée du grand large par le ressac. 
De même, ne les arrachez jamais ! Coupez les au ciseau pour laisser la racine, qui repoussera ainsi rapidement pour d’autres cueillettes. Et ne coupez qu’un tiers de la plante. 

Quelques exemples : 

Exemple d’une quantité d’algues autorisée par personne et par jour. 

1. La laitue de mer : 

Verte émeraude, elle ressemble à de la salade. 
Elle se mange crue, juste rincée – elle se conserve 5 jours au frigo –  à la place de la laitue en salade avec un sauce aux agrumes par exemple, cuite en remplacement des épinards, en soupe ou pour confectionner un beurre de la mer. (A gauche de la photo ci dessous)

2. La Nori sauvage (Porphyria) : 
Il en existe des centaines d’espèces. Toutes se mangent. Ce sont celles utilisées – séchées – dans les sushis par les japonais. 
Verte foncée, avec des reflets jaunes (pour la partie mâle) ou rosés (pour la partie femelle), 
elle se déguste idéalement en chips : enduite d’huile d’olive et bien réparties sur un plateau, 10 minutes au four à 150° suffisent pour obtenir un résultat succulent ! Un peu de sel à la sortie du four et le tour est joué. (A droite de la photo ci dessous)

3. Le Kelp
Extrêmement développé au Cap on en trouve partout. Elle grandit à une vitesse très rapide (jusqu’à 60 cm par… jour pour l’espèce géante !) et en fait donc l’une des algues les plus idéales à ramasser. Bourré d’acide glutamique, elle facilite la digestion des protéines, n’hésitez donc pas à en rajouter quelques morceaux dans vos plats. Sinon, ils font des merveilles en remplacement… Des pâtes ! A la place des feuilles de lasagnes dans le plat éponyme, ou lacérés en fines lanières, en guise de spaghettis cuits dans une petite sauce tomate par exemple. Un régal. (A gauche de la photo ci dessous)

4. Le Wrack ou Varech vésiculeux
Très gluante, cette algue n’est à première vue pas très ragoûtante. 
En réalité, bien rincée, son croquant donne une vraie valeur ajoutée à n’importe qu’elle salade à base de sauce soja, de citron et de gingembre par exemple. 
(Au premier plan de la photo ci dessous)

Après la récolte, vous suivrez Roushanna, la guide qui organise ces sorties et qui vous emmènera chez elle, dans son adorable pépinière, où vous cuisinerez avez elle vos trouvailles marines !

Quelques photos du résultat final : 

Chips de Nori
Salade de wrack
Ceviche de berniques aux petits légumes : citron vert, sel, huile d’olive, légumes de votre choix
Spaghettis arabiata à base de kelp: tomates, champignons, oignons rouges, ail, piment, huile d’olive, sel, poivre. 
Moules marinières version sud africaine : lait de coco, pate de curry, oignons, vin blanc. 


Pour finir, dernier conseil pratique : ne jamais tourner le dos à la marée, celle-ci peut vous surprendre et, sans parler de vous tremper, vous projeter violemment sur les rochers. 

Prévoir des chaussures plastiques ou de vieilles baskets qui ne glissent pas, un change, un Kway en cas de pluie, un sac qui laisse l’eau s’écouler, des ciseaux, une glacière. 


Pour planifier cette sortie prévoyez toute la matinée et un début d’après midi. 
Contactez Roushanna – roushanna@hotmail.com
Le site est , le blog , la page Facebook ici
Vous y trouverez toutes les données pour organiser votre sortie mais aussi des informations détaillées concernant les algues et les produits marins à récolter, et des dizaines de recettes délicieuses. 

Amusez-vous bien !

Petite soeur versus Pigeon

C’était juste avant

les vacances scolaires de février.


Un jeudi après-midi, plus exactement. 

Je courais, comme chaque quatrième jour de chaque semaine, pour récupérer les garçons à l’école, ainsi que leur attirail toujours dispersé aux quatre coins de l’école, spécialement éparpillés – semble-t-il – ce jour là. 

Je hurlait avec mon empressement habituel : “Allez les gaaars ! On va être en retaaaard à la piscine !”, tout en poussant ma progéniture sans ménagement vers la voiture, les bras chargés de tout un tas de boites de goûter, de gourdes, de sacs et autres chaussures dépareillées. 

Imperceptiblement, j’avais noté dans un coin de ma tête, sans vraiment y prêter attention, l’attitude étrangement silencieuse de Tancrède, curieusement accroché à son sac qu’il prend pourtant généralement un malin plaisir à me faire porter.  

L’après-midi a suivi son cours, et les garçons leur leçon de natation. 

Nous sommes remontés en voiture pour rentrer à la maison. 

Une fois arrivés, Tancrède toujours parfaitement muet et commençant à me mettre très sérieusement la puce à l’oreille, s’est glissé par la porte d’entrée, son sac à dos toujours plaqué sur son ventre et solidement tenu par l’anse sur son épaule. 

Intriguée, je l’ai discrètement suivi, planquée derrière les piliers et les murs opposés de la maison, jusque dans le recoin du salon où il s’est empressé d’aller se cacher. 

Je le découvre alors avec épouvante, en train d’ouvrir lentement la fermeture éclair de son sac, plonger les bras dedans, avant d’en sortir avec toute la délicatesse dont il est capable… Un énorme… Pigeon. 

Vivant. 

Qu’il s’est alors mis à serrer fort contre sa poitrine et a embrasser avec amour sur le dessus de la tête. 

Horrifiée, je suis donc sortie en urgence de ma cachette pour faire cesser ce carnage sanitaire dans l’instant. 

– “TANCRÈÈÈÈÈÈÈDE !!!! MAIS TU ES FOU !!!! QUE FAIT CE PIGEON ICIIIII !?!? OÙ L’AS-TU TROUVÉ !? POURQUOI  ?! MAIS !? TANCRÈDE IL EST PEUT-ÊTRE MALADE !!!! RELÂCHE-LE TOUT DE SUITE !!

– “Crie pas, maman, tu vas lui faire peur.”

– “?!?!?”

Je tente de reprendre mon calme. 

– “Tancrède. Sors. Ce. Pigeon. De. La. Maison. NOW !”

– “Non.”


– “?!?! Pardon ?!”

– “C’est MON animal. Je l’aime. Il est rentré dans mon sac quand je jouais ce matin dans la cour de récrée. Il veut qu’je m’occup’ de lui… “

– “?!?!? Rentré dans le sac ?! Non mais tu plaisantes ? “

– “J’lai un peu poussé… Mais même. Main’tant, il est avec moi, POUR LA VIE.”

– “Tancrède, sois raisonnable. Rends sa liberté à cet animal, maintenant.”

– “Non.”

Je tente alors de lui prendre la bestiole des bras. 

Cris déchirants du fiston. 

Enorme chiure lâchée sur le sol en marbre du salon par le volatile que mon mouvement un peu brusque à visiblement effrayé. 

Entre inquiétude, dégoût, colère et lassitude, je regarde mon fils avec désespoir. 

C’est alors que, ses yeux droits dans les miens, il me hurle à la face, des larmes dans la voix : 

“PUISQUE TU VEUX PAS ME DONNER DE PETITE SOEUR – pour ceux qui auraient raté les différents épisodes de la nouvelle folie obsessionnelle de mon fiston, c’est ici NI DE CHIEN, NI DE CHAT, NI DE VACHE, ET BIN J’AI TROUVÉ MOI-MÊME UN ANIMAL POUR M’EN OCCUPER !!!!!”

Après force négociation, et au prix de deux bonnes heures de sanglots intarissables, Tancrède a finalement relâché la bestiole dans le jardin. 

#MaisQuandToutCelaVatIlSarrêter
#Lobsession 

La méningite – Partie 2

Je vous le disais hier

nous avons passé 

une semaine de “vacances” 

toutes relatives.


Comme souvent dans cette famille de dingues, vous le savez maintenant, nous faisons les choses en double : c’est donc très logiquement que Tancrède a été, à son tour, admis aux urgences quelques jours après son jumeau, présentant les mêmes symptômes que son frère. 

Rien que de très habituel, ni de particulièrement insurmontable, avec un bon entrainement. 
J’irais même jusqu’à dire qu’on le réalise lorsqu’elles surviennent : ces petites épreuves de la vie sont des occasions privilégiées – lorsque l’histoire finit bien, cela va de soi… – de découvrir des aspects cachés ou pour le moins peu connus de la personnalité de nos proches. 

Si l’attitude de Trystan a été étonnamment positive durant son hospitalisation, celle de son frère s’est avérée nettement moins fluide. Si je puis dire. 
A son réveil d’anesthésie, sur les coups de quatre heures du matin, le noir de la chambre d’hôpital uniquement troublé par les petites lumières et les bip-bips de la machine du goutte-à-goutte, mon fiston toujours très volubile a estimé que la situation qu’il découvrait ne lui convenait pas. 

– “Maman !?!?

– “Je suis là Tancrède… A côté de toi… C’est la nuit mon coeur… Recouche-toi mon amour.

– “NAN MAIS ON EST LÀ !?!?”

– “A l’hôpital chéri, on a dû te faire une piqure dans le dos hier soir, tu te souviens ? Demain matin on saura si on doit rester ou pas, comme Trystan. En attendant tu dois te reposer.”

– “NAN MAIS MAMAN ! Ça me GÊNE CE TRUC DANS MA MAIN !”

– “Tancrède, c’est le cathéter. C’est par là qu’on envoie les médicaments dans ton sang…”

– “JE DETESTE ÇA !!”

– “Je sais chéri, c’est pas agréable.”

– “NON MAMAN, C’est bien PIRE que pas agréable, c’est ATROOOOCE !”

J’ai hésité à lui rappeler les affres du même acabit par lesquels sa naissance et celle de son frangin m’ont faite passer… Mais y ai finalement renoncé, choisissant la voie de l’amour parental : 

– “Bon, mon trésor, il est quatre heures du matin, il nous reste quelques minutes avant que l’infirmière ne vienne shooter dans mon siège et prendre ta température pour la huitième fois cette nuit… Tu veux bien essayer de te rendormir ?”

– “NON. J’ai sommeil !”

Le gosse de six ans vient de se taper une ponction lombaire et une anesthésie, on est en plein milieu de la nuit… Et il n’a pas envie de dormir. 
J’hésite entre l’agacement profond et l’admiration sincère devant tant d’endurance.
Je me dis aussi que cela augure d’une belle résistance physique, toujours rassurante pour un parent dont l’avenir de sa progéniture est l’une des préoccupations majeures de l’existence. 

– “MAMAN !?”

– “Ouiii… Tancrède…

– “Trystan m’a dit hier ki’ y’avait un bouton kek’  part pour appeler l’hôtesse ! Il est où ?!”

– “… Tu veux dire l’infirmière ?”

– “Oui.”

Dans les brumes de mon sommeil largement altéré par cinq jours de veille nocturne, j’en oublie mes réflexes naturels et tombe dans le piège grossier tendu par mon engeance :

– “Hum, à gauche chéri devant ta table de nuit…”

En terminant ma phrase, je réalise mon erreur.

BIIIIP !! BIIIIP !! BIIIIP !! BIIIIP !! BIIIIP !! BIIIIP !!

Ni une ni deux, mon fiston chéri a écrasé le-dit bouton. 

La nurse débarque en trombes dans la chambre.
(‘Faut dire ce qui est : les infirmières sud-af, c’est d’la balle. Je n’avais jamais vu de personnes aussi dévouées de toute ma vie.)

L’heure entière suivante a consisté en une longue négociation entre lui et la pauvre femme, qui a dû amèrement regretter son geste bienveillant. 

A force de couinements et d’autres récriminations contre les nouveaux-nés qui pleurent et qu’il-faudrait-envoyer-de-l’aut’-côté-de-l’hôpital, le temps a fini par passer et le soleil du matin par pointer le bout de son nez à la fenêtre de la chambre. 

J’étais effondrée sur mon canapé, un mal de crâne épouvantable m’empêchant de trouver l’énergie pour me lever. 

C’est alors que le médecin traitant de mon fils est entré dans la pièce. 

– “Goooood morning*!” 
* “Bonjour !”

Visiblement, au moins une personne de cet hôpital a réussi à fermer l’oeil cette nuit et se présente dans de bonnes dispositions, me dis-je alors intérieurement. 

En se penchant sur mon lardon – allongé, le dossier de son lit relevé, les bras croisés sur sa petite poitrine en signe de contestation et la mine renfrognée – il dit alors : 

– “How are we feeling today my dear*!?”
* “Comment est-ce qu’on se sent ce matin mon chéri ?!”

C’est à cet instant que j’ai découvert avec stupéfaction l’ampleur effrayante du sale caractère de mon digne rejeton : 

– “Hello doctor ! BAD. I feel VERY BAD*.”
* “Bonjour Docteur. MAL, je me sens TRÈS MAL.”

– “Aouww, I’m so sorry to hear that *!” 
* “Oooh, je suis désolé d’entendre ça !”


– “LISTEN to me Doctor : first, you are going to take out this awful thing from my arm. Then I’m gonna have my breakfast ’cause I’m hungry, and THEN, I will LEAVE THIS PLACE !”

* “ECOUTE-moi bien doc’ : d’abord tu vas m’enlever ce truc horrible que j’ai dans le bras. Ensuite je vais prendre mon p’tit dej, pass’que j’ai faim. Et ensuite, JE ME TIRE D’ICI !”

Figée entre l’ahurissement, l’épuisement et la consternation, je n’ai pas réussi à réagir. 

Visiblement ébahi – pour ne pas dire offusqué – par autant d’autorité émanant d’un si petit corps, le médecin s’est empressé de nous signaler la bonne nouvelle : pas de méningite chez celui-là.
Le cathéter sera donc retiré et le tonton Daniel en puissance renvoyé manu militari dans ses pénates, à sa plus grande joie… Et celle de la pauvre équipe soignante qui a eu le malheur de tomber sur nous. 

#LaHonteMedicale
#AchevezMoiParPitié

La méningite – Partie 1

Ne nous plaignons pas. 

Cela faisait longtemps

que ça n’était pas arrivé. 


Je parle bien évidemment d’un nouveau séjour hospitalier de nos Jujutrépides. 

(A ce sujet, toutes mes excuses, amis lecteurs, pour la disparition prolongée du blog.)

Le dernier passage sérieux à notre clinique préférée, si ma mémoire est bonne, remonte au doigt cassé l’année dernière, écrabouillé par le frangin entre deux portes. 
A moins que ce ne soit le coup de l’intoxication au liquide pour poisson rouge

Je ne sais plus. 

Bref. 


C’est pas l’propos. 


Nos tendres Jujus nous avaient charitablement laissé un peu de répit, mais il faut les comprendre, ces pauvres petits : ils commençaient à s’ennuyer. 

C’est sans doute la raison pour laquelle Trystan est venu me voir dimanche dernier, ses petits yeux soudainement cernés de noir regardant dans le vague, sa petite bouche parvenant à peine à articuler : 


– “Mamaaaan… J’me sens pas bien du tout du tout. J’ai très très mal dans ma tête…Et j’ai envie de vomir !


Après vérification, la température avoisinant les 39°, je me mets à observer attentivement mon fils. 


Les maux de tête chez les enfants sont rarissimes… 


Je remarque alors une différence dans sa posture, par rapport à son maintien habituel. Comme une tension dans son corps. 


Au bout de quelques minutes, j’ai soudainement la sensation d’une intuition qui monte depuis le plus profond de mon ventre… Une impression effrayante, comme un vent de panique dans le creux de mon coeur de maman… la méningite.


– “Chéri, tu veux bien pencher ta tête en avant s’il te plait ?”


– “Aiiiiiiie maman, ça fait trop mal, j’peux paaaas !”


Comme à chaque fois dans ces moment là, une sorte de basculement se produit dans mon cerveau. 

Tel un interrupteur électrique qui allume ou éteint une partie de moi-même. 
Une sorte de switch en mode d’urgence, développé avec le temps et l’expérience. 
Les sentiments disparaissent. 
Seul reste l’objectif prioritaire : gérer la situation et soigner.  

Organiser. Prévoir. Anticiper. 


Faire un sac de changes pour Tancrède. 

Son nécessaire de natation pour demain. 
Appeler ma copine J. pour lui déposer le petit.
Se noter de réfléchir ultérieurement à quelle autre merveilleuse amie voudra bien prendre la relève demain.

Faire le sac de Trystan. 

Enfiler mon jogging-spécial-nuits-à-l’hosto. 

Bouteilles d’eau. Gateaux. Lingettes. Trousses de toilette. 

Chargeur de telephone. 
Prise transformateur spécial-Afrique-du-Sud. 
Passeports.
Stylo (ceux de l’hôpital ne marchent jamais).  

Mettre l’alarme. 


Un texto à son père qui, naturellement – le pauvre, à ce stade, c’est devenu une plaisanterie – est quelque part sur la terre à 10 000 km d’ici. 


Et c’est parti. 


Je vous passerai les différentes étapes des urgences, l’atroce traumatisme des ponctions lombaires sur un tout petit de six ans, le sang, les cris, la douleur, les larmes, l’attente, la fatigue, le noir de la nuit, la peur des résultats d’analyse… Et le verdict. 


Ce moment, assise sur un tabouret dur comme la pierre – mais QUI sont les gens qui meublent les hôpitaux, QUI ? – une main sur celle de mon trésor inerte, encore endormi par l’anesthésie, l’autre sous le menton, pour retenir ce lourd cerveau qui pense… 

Et qui se dit qu’un siècle plus tôt, ce petit être qu’on a porté dans son corps, qu’on a fait naitre, dont on a pris tellement soin depuis des années, cette merveille qui illumine notre existence, aurait disparu de la surface de la planète…
Comme ça, pouf. 
Pouf…
En quelques heures. Juste à cause d’un rhume qui a mal tourné. 

On a froid, on se sent seule, dans le petit courant d’air qui fait frissonner les rideaux, dans le silence du box des urgences, seulement interrompu par les bips stridents de la machine qui surveille les données vitales… 

Ce taux d’oxygène qui ne doit pas descendre sous les 90.
Ce rythme cardiaque qui ne doit pas monter au dessus des 115… 
On a les yeux qui fixent l’écran. La moindre oscillation et c’est notre propre coeur qui s’emballe. 

Alors on se raisonne, on se dit que c’est ridicule. 

Qu’on est venue tout de suite. 
Qu’il ne risque plus rien maintenant que tous ces fils sont branchés partout sur lui. 

Et aux premières heures du jour, quand il émerge enfin de son sommeil artificiel, alors qu’on a encore les idées noires et la bouche asséchée par l’angoisse, la vie reprend ses droits, d’un seul coup : 


– “Mamaaaan ?!


– “Chéri, je suis là, à côté de toi. Mon amour ?!”


– “Ah oui… T’es là… Ça va maman ?”


Le môme sort d’une anesthésie et il me demande comment je vais. 


– “Oui mon amour… Merci. Comme te sens tu, toi ?”


– “Ça va, j’crois…”


Silence.


– “Oh t’as vu m’man, y z’ont déjà servi le p’tit déjeuner, c’est trop bien !”


Je me dis qu’il a raison… Et que nous avons de la chance d’être entourés d’un personnel hospitalier aussi gentil. 


– “Huuuuum, c’est TROP BOOOOON maman !!”


– “Heu… Trystan, là tu me fais peur chéri. Comment peux-tu dire un truc pareil… Tu ne vas pas comparer la bonne baguette au beurre salé de chez maman avec ce plateau… Quand même…!?”

– “Nan t’as raison m’an, c’est dégoutant, mais ici R’GARDE ! Y’a d’la JELLY !!! ET ÇA C’EST TOP !

L’art de voir la vie en rose…

Au sens propre et figuré. 

– ” Et pi maman, tu wois, moi j’aime bien l’hôpital, on peut jouer avec le lit ici !  Il monte, il descend, c’est comme une fusée en fait, r’garde ! Y’a plein de boutons partout c’est trop FUN !”

A ce stade, je me dis que le liquide d’anesthésie n’a probablement pas totalement terminé son effet et que mon fiston chéri plane encore un peu…


C’est alors qu’il en remet une couche : 


– “Et ça maman, k’ils m’ont mis dans ma main, c’est quoi ?”

– “Un cathéter, chéri… Pour qu’on puisse envoyer les médicaments directement dans ton corps, avec le fil, là, tu vois… On en met et on arrête comme on veut, c’est pratique et ça permet de ne te piquer qu’une seule fois… Tu comprends ?”


– “Oui m’an. En fait, c’est une sorte… De robinet ! C’est TRES intéressant.” 

Émue devant la capacité de résilience étonnante de mon petit garçon, je reste silencieuse, mes doigts jouant nerveusement avec ses mèches de cheveux rebelles, pas brossées depuis deux jours, et qui lui mangent le visage. 


C’est alors qu’il m’achève d’un : 

– “Nan mais j’te jure maman, c’est pas si mal d’être ici tu sais… 

Moi ça m’plait : je t’ai avec moi tout le temps, sans papa ni Tancrède. Et j’aime bien ça…”

– “…”

#NosEnfantsCesMaitresDeVie

Découvrir Streetwires

Si vous êtes déjà venus 
en Afrique du Sud, 

vous en avez sûrement déjà vu. 


Je parle de ses objets confectionnés en fil de fer et en perles. 
Ici, cela a un nom : le Wire & Beads Art. 

L’origine de cet art est assez incertain, mais il semblerait qu’il ait commencé dans les années 1950’s. Certains disent par de jeunes bergers du Kwazulu Natal, la région de l’extrême est du pays, qui récupéraient les bouts de fils de fer barbelés sur les immenses propriétés et fermes de la région. D’autres avancent que tout aurait commencé dans les townships du pays, avec des parents qui auraient utilisé les produits cassés de la vie courante pour fabriquer des jouets à leurs enfants. 

Seule certitude : ces objets étaient au début exclusivement formés de fils de fer. C’est relativement récemment que des perles – historiquement utilisées dans de nombreux royaumes d’Afrique comme monnaie d’échange ou ornement de choix sur les vêtements par exemple – ont été rajoutées à ces oeuvres d’art. 
Du porte-clef ou magnet de frigo, en passant par les animaux miniatures ou à taille réelle, aux meubles, aux couverts, aux cadres, et à toutes sortes d’accessoires et autres objets de décoration, ces produits se vendent aussi bien dans le pays qu’à l’étranger, à des prix pouvant atteindre des montants très impressionnants. 

C’est en 2000, pour aider des petits vendeurs de rue qu’ils voyaient tous les jours aux carrefours de la ville tenter de vendre leurs productions pour survivre, que les fondateurs de Streetwires décidèrent de créer cette entreprise sociale. Celle-ci compte maintenant une cinquantaine d’employés : 3 membres gestionnaires, 3 créateurs de prototypes, 35 artistes et une petite dizaine de manutentionnaires, venus pour la plupart des townships du Cap avec leur talent et leur bonne humeur. 

De fait, l’ambiance de travail qui règne chez Streetwires est assez exceptionnelle : décontractés et solidaires, les employés sont payés en fonction du nombre de produits qu’ils créent, leur laissant ainsi organiser leur temps et leurs journées en fonction de leurs impératifs, parfois chaotiques. 


Ils exercent leur activité tous ensembles, répartis en plusieurs groupes :

Ceux qui créent et conçoivent les prototypes des pièces d’art, soit à partir de leur imagination, soit à la demande lorsqu’il s’agit d’une commande précise. 
A chaque création, ils mesurent le temps passé qui permettra ensuite de fixer un prix rentable à la création. 

Viennent ensuite ceux qui reproduisent ces prototypes, à la chaîne.
Ce sont généralement les hommes qui créent les structures des objets, dont l’architecture est composée de morceaux de fer souvent difficiles à tordre : 

Quant à l’assemblage des perles, ce sont majoritairement les femmes qui s’en chargent. 
Pour faciliter l’opération et améliorer leur rapidité d’exécution, elles ont mis au point un outil d’une simplicité déconcertante : un cul de bouteille fiché sur un socle qui permet de tourner, un bout de métal ou un stylo planté au centre pour lancer le mouvement… Et voilà : les perles “montent” toutes seules le long du fil de fer.


Il leur faut en moyenne 25 minutes pour façonner un porte clef, un peu moins d’une heure pour un petit animal ou un petit objet :

Et de 6 à 9 mois de travail quotidien pour donner vie à une oeuvre à taille humaine :

Les principaux matériaux utilisés sont le fil de fer – environ 3 tonnes par an – et les perles – 5 tonnes pour l’année – mais l’entreprise récupère aussi régulièrement de nombreux autres types de matières, sur les chantiers immobiliers ou dans les décharges : vieilles canettes, capsules, morceaux de bois, etc. N’hésitez d’ailleurs pas à passer leur déposer ces articles qu’ils acceptent avec plaisir. 

Rien ne se perd dans cet atelier non plus : toutes les perles tombées au sol durant la journée sont balayées chaque soir et utilisées pour un mélange de couleurs avec lequel sont fabriquées les porte-clefs. 
De même les chutes de fils de fer sont réutilisées pour les petits objets. 

Streetwires fournit tous les grands magasins d’artisanat du Cap – le fameux éléphant qui accueille les voyageurs à l’entrée de l’aéroport de Cape town vient par exemple de cet atelier – ou exporte à l’étranger, particulièrement aux Etats Unis, dans les pays nordiques et en Allemagne.  

Vous trouverez un grand choix de produits dans leur show room du 354 Albert Road à Woodstock. 

Vous pouvez également leur commander absolument n’importe quel objet, puis passer le chercher ou vous le faire expédier. Faites marcher votre imagination ! 

Contact : Catherine Ronaasen – cathy@streetwires.co.za

Petite soeur versus Poisson Rouge

Cela fait un petit moment que ça dure. 



Plus d’un an, pour ceux qui se souviennent, que Tancrède nous réclame une petite soeur. 


Sa toquade nous a fait sourire au début.
Mais avec le temps, la demande devenant de plus en plus pressante, les poissons rouges ne suffisant plus à son bonheur, il a récemment décidé de passer au chantage, pur et simple. 

Ayant remarqué que sa tendance à se battre avec son jumeau nous irritait au plus haut point avec son papa, il a pris sur lui pour nous expliquer que cet excédant d’énergie virile provenait de l’absence d’une présence fraternelle féminine. Logique implacable, s’il en est.

Pas plus tard que le weekend dernier, le sujet a été remis sur la table :


– “Mais qu’est-ce que tu racontes, chéri ?”

– “Bah si maman. Je t’assure. Je supporte pu’ mon frère. C’est un garçon, il est toujours d’accord pour s’battre. Si j’avais une soeur, toute-gentille-toute-mignonne, je m’occuperais d’elle et j’aurais plus l’temps de taper sur mon frère. Voilà.”

Dans ces moments – nombreux – de discussions ubuesques avec mon fiston, j’en viens toujours à me demander pourquoi et comment celles-ci ont pu émerger.

– “M’enfin Tancrède, tu ne te rends pas compte. Tu finirais par te battre avec elle aussi, voyons.”

– “Nan maman, moi j’aime les filles, elles sont gentilles.”

– “Tu es amnésique chéri ! Tu te bats avec tes copines aussi…”

– “Je sais. Mais c’est pass’qu’elles z’ont l’même âge que moi. Les bébés, on tape pas dessus, ON S’EN OCCUPE. Et c’est ce que je ferai bien, si toi et papa vous étiez pas aussi PARESSEUX !”

Au bord de l’apoplexie, j’ai préféré quitter la pièce où nous nous trouvions et laisser retomber le soufflet, nous achetant ainsi deux jours de répit. 

Il se trouve, malencontreux et dramatique hasard, que Sushi 2, l’un des derniers survivants de l’aquarium de mon fils, a choisi de rendre l’âme hier matin.

Comme pour chacun des trépas piscicoles, mon fils a versé toutes les larmes de son petit corps…

L’ayant assis sur mes genoux, je faisais de mon mieux pour le consoler lorsqu’il a relevé son visage plein de larmes vers moi pour me dire, la voix chevrotante et remplie de colère : 

– “TU VOIS MAMAN POURQUOI C’EST UNE P’TITE SOEUR QUE J’VEUX !?”

Désarçonnée, je n’ai trouvé qu’à bafouiller, abasourdie par une réflexion avec laquelle je ne voyais aucun rapport direct… avec la poiscaille décédée.
Il a alors enchainé : 

– “LES SOEURS, ÇA DURE BEAUCOUP PLUS LONGTEMPS QU’LES POISSONS ROUGES !!!”

#LaPetiteSoeur
#MeilleurRapportQualitéPrix

https://www.facebook.com/EmmanuelleTabaretIllustrations 

Pas de pitié pour les carottes

Retour d’école,

l’autre après-midi. 


Une fois n’est pas coutume, aucun des Jujutrépides ne parlaient ce jour là, le calme de l’habitacle uniquement interrompu par le bruit lancinant de la voix préenregistrée de l’hélicoptère géant de Trystan. 

Echangé à Rocco contre 12 cartes-Pokemon-80-Eèx-DGA dans des conditions moyennement claires, cela fait plusieurs jours que je m’échine vainement à lui faire rendre l’objet du délit, mon fils refusant obstinément et arguant qu’ “une PINKY PROMISE, C’est totalement UNBREAKABLE*.”

* Genre : “croix de bois croix de fer, ça peut pas s’défaire”.

Ceinturé à l’avant sur son siège auto, Trystan est ultra concentré sur son jouet.

Tancrède, assis à l’arrière, couine à intervalles réguliers réclamant un tour d’élikoptèèèère. 

Trystan l’ignore superbement. 
Je décide donc d’intervenir : 

– “Dis donc mon Titi, tu veux pas être un peu gentil et le prêter à ton frère ?”

– “Nan.”

Hurlements stridents de Tancrède derrière nous. 

Je tente la voie de la conciliation :

– “Ah. Remarque, c’est le tiens, tu fais bien ce que tu veux… M’enfin lui prêter deux minutes, ça ne va rien changer pour toi, et ça ferait très plaisir à Tancrède…”

– “Nan.”

– “Okay… Tu as l’air bien décidé, dis moi… ?”

– “Oui. Très. C’est pour lui apprendre.”

– “?!?!?”

– “Oui. L’aut’ jour, il ‘a pas voulu partager ses billes avec moi alors que j’en n’avais pu’ et que j’en avais b’soin. Et bin voilà : j’lui fait pareil. Comme ça il va apprendre sa leçon et la prochaine fois, y’ s’ra plus gentil avec moi.”

Un peu estomaquée par l’absence absolue d’empathie et de mansuétude à l’égard de son jumeaux, je me permets d’ajouter : 

– “M’enfin Trystan… T’es super dur là… Tu imagines, si moi j’étais comme ça avec toi, à chaque fois que tu ne fais pas ce que je te demande ?”

Et là, réponse de mon fils, qui me laisse pantoise : 

-“Oui maman, c’est dur. Mais c’est COMME ÇA ki faut élever les zenfants, sinon y’ comprennent pas.”

– “?!?!?”

#PasDePitiéPourLesCarottes
#AlaDure
#LéducationVueParUnGaminDe6ans
#FuckLéducationPositive
#PrendsEnDeLaGraineMaman



Découvrir les 3 Wise Monkeys

Le bon plan resto du weekend,

pour vous les amis du Cap.


Une petite gargote toute simple, au 77 Regent road à Seapoint, qui pourrait bien devenir votre cantine de semaine : idéale pour les dej’ rapides entre copin(e)s, à deux pas de l’école française, pour ceux et celles qui ont leurs mouflets scolarisés là. 

Le menu, japonais, est sommaire : sushis, brochettes et ramen. 

En gros, la majorité des clients y viennent pour les bols de riz en été et les soupes de ramen en hiver. C’est simple, c’est facile, c’est pas cher, c’est rapide et le service est adorable. 
Difficile de faire mieux.

Le bol de riz est composé de sashimi de thon ou de saumon, de carottes, d’edamame, de poireaux, d’avocat, d’épinards et d’une petite sauce relevée. 

Le choix des ramen se fait entre le bol de poulet, celui au boeuf et le dernier végétariens aux petits légumes. 

Ça sent la viande grillée et les petits plats qui mitonnent dans d’immenses faitouts. La déco est toute simple elle aussi, l’ambiance très “DragonBall”, et le local propose à peine plus d’une vingtaine de places. 


Ils ne servent pas d’alcool. 
Ouvert que le soir le lundi, il sert tout le reste de la semaine de midi à 22:00 tous les jours, y compris les dimanches, ce qui est relativement rare au Cap. 
Et bien pratique. 

Bon appétit !