Juju-gréviste

Vivre à l’étranger, 

on l’oublie souvent, 

mais c’est aussi savoir accepter 

les gros imprévus.


Je vous donne un exemple. 

En début d’année, nous avions organisé un voyage d’une semaine en France.
Notre “retour au bercail” annuel. 

Il y a un mois, nous découvrions que la SNCF n’assurerait plus les trajets qui nous permettaient de faire notre petit tour de Gaule habituel. 

Avant hier, Air Chance – la fameuse compagnie aérienne française à laquelle nous sommes tous tellement attachés – nous annonce que notre vol est annulé, là aussi pour raison de mouvement social. 

Pas de problème, le petit d’expat’ et sa famille ne se laissent pas démonter si facilement. 

Et hop : un passage par la magnifique Istanbul – on ne s’en lasse pas, même s’il est vrai que ce charmant détour double le temps de transport – et ce sera vite oublié. 

Il a en revanche fallu expliquer aux Jujutrépides ce changement d’itinéraire. 
Echange comme souvent assez cocasse, grâce à notre créative et finaude progéniture : 

– “Mais… Mais… Pourquoi maman ?!”

– “Et bien… Parce que les gens qui conduisent les trains et les avions, ils ont décidé de se mettre en grève.”

– “En grève ? C’est quoi l’engrève ?”

Je souris devant la situation.
Je me dis que si nous étions restés vivre en France, mes fils auraient connu il y a belle lurette les tenants et les aboutissants de ce concept social d’action collective très apprécié de la population française.

– “Et bien… La grève chéri, c’est quand les gens d’une entreprise décident d’arrêter de travailler pour protester et dire qu’ils ne sont pas contents de quelque chose.”

A cet instant précis, je suis hyper fière de moi. 
J’ai le sentiment d’avoir réussi à rester objective et de n’avoir laissé filtrer aucune de mes convictions politiques personnelles.

– “ARRÊTER DE TRAVAILLER !? C’est possib’ ça maman ?”

– “Et bien oui, en France, ça se fait beaucoup, en tous cas.”

Merde, je sens que je dérape. 

– “Ah. Mais j’comprends pas. Moi quand j’veux pas faire mes devoirs, tu  cries et tu m’obliges !!! Pourquoi, EUX, on les laisse tranquilles alors ?!”

Là, je sens que le débat part dans le mauvais sens. 

– “Non mais chéri, c’est différent.”

– “Pourquoi ? K’esk’est différent ?”

Rester calme. Surtout, rester BIEN calme. 

– “La grève c’est un droit bébé. Que tu as en échange de ton travail. Toi, tu ne travailles pas encore au sens où, tout ce que tu fais, tu le fais pour toi, pour apprendre et devenir un adulte avec plein d’outils pour réussir et aimer ta vie !”

Très entre-nous, pour une fois, je ne me suis pas trouvée trop mauvaise. D’ailleurs mon fiston me regarde, le sourcil levé, interrogateur, un peu sceptique, certes, mais silencieux. 
J’avais cru avoir clos le sujet. 

Evidemment, comme souvent, je m’étais fourvoyée. 

Le soir, en rentrant de l’école, bien calé sur son ré-hausseur automobile à ma gauche, dans le siège passager, Trystan est revenu à la charge :

– “Maman ?”

– “Oui Trystan ?”

– “J’ai bien bien réfléchi à c’qu’on a parlé ce matin.”

– “À ce dont ‘t’-on a parlé ce matin, tu veux dire mon amour ?”

– “Oui.”

– “Et donc ?”

– “Et bin même si l’travail que j’fais c’est pour moi k’j’le fais, c’est quand même dur. Et c’est quand même du travail. Et y’a des jours où chui trop fatigué pour le faire. Donc j’voulais te dire que parfois, et bin… je f’rai p’têtre l’engrève. Et k’t’auras pas l’droit de me crier dessus.”

#JujuCFDTFO
#IlEstBienFrançaisYaPasDeDoute
#EnVousRemerciantPourLexemple 



Les Jujucorruptibles

Bon, voilà, 

Ça y est. 


Nos Jujutrépides ont réclamé de l’argent de poche. 

Tout a commencé lorsqu’en retirant des sous au distributeur, Trystan – alors qu’il venait de récupérer les billets de la machine – est parti dans un chagrin interminable et inextinguible, lorsque je lui ai demandé de me les rendre.

Croyant tout d’abord à un caprice, je l’ai fermement réprimandé, avant de réaliser avec l’aide de son père qu’un besoin inexprimé se cachait derrière l’incident. 

– “Chéri, en fait, pourquoi tu veux tellement des billets, on ne comprend pas.”

– ” Mais… Pour pouvoir acheter des choses tout seul ! Décider moi-même, comme un grand… Etre moins petit…”

Cet incident n’étant pas isolé, nous avons donc estimé qu’il était peut-être temps d’introduire le concept d’argent de poche. 

Depuis, nous tâchons régulièrement de leur trouver de lourdes corvées et autres missions à effectuer, en échange de quelques billets de dix rands.
L’équivalent de soixante dix centimes d’euros.

Oui je sais, c’est borderline de l’esclavage, à ce niveau. 
M’enfin bon. 
C’est pas l’propos. 

Bref. 

Depuis, nos Jujus s’acquittent de leur besogne avec un entrain inégalé.  
Seulement voilà, les choses ont pris un tour nouveau samedi dernier. 

Sachant que notre soirée bien arrosée allait probablement se terminer assez tardivement, j’entends, venu de l’autre bout de la maison, le timbre rauque de la voix du père de l’engeance jujutrépidesque, en pleine négociation avec ses fils : 

– “Les garçons. On est bien d’accord ?”

– “OUI papa.”

– “Vous avez bien compris ? Pas le moindre bruit. Pas de bagarre. Pas de télé trop forte, pas de voix de Batman derrière la porte de notre chambre. Pas de drame dans la cuisine ?”

– “OUI papa.”

Arrivant sur ces entrefaites, je croise les garçons qui disparaissent dans leur salle de jeu. Je ne peux m’empêcher de demander à ma tendre moitié :

– “Heuuu… Qu’est ce que tu leur a fait promettre, là, dis-moi ?”

– “Et bien… Que s’ils nous laissaient dormir peinards demain matin… Je leur donnerais cinquante rands chacun.”

– “QUÔÂ !?!?!? CINQUANTE RANDS !?!?!? CHACUN !?!?!? M’enfin chéri, t’es dingue !!!!!”

– “Quoi ?…”

– “M’enfin à ce stade autant payer une babysitter ! Tu rigoles !”

– “Non chérie. Notre sommeil est important. Je suis sûr que ça va marcher.”

De fait, le lendemain, pour la première fois en six – longues, très longues – années, nous nous sommes réveillés seuls. Un peu avant 10:00 du matin. 

Morale de l’histoire : les gosses, ça ne s’élève pas. Ça s’achète

Voilà, voilà. 

#LaHonte
#AvantlOntAvaitDesPrincipesMaintenantOnAdesEnfants
#LeChantageCePrincipeEducatifSousExploité

Découvrir Mussel Monger

Vous connaissez sûrement 

le Mojo Market, amis du Cap.


Ce food-court inauguré il y a un an, ouvert 7 jours sur 7, en plein coeur de Seapoint, au 30 Regent Road est un charmant centre aménagé, où l’on trouve des dizaines de petits stands de (presque) toutes les cuisines du monde, ainsi que quelques magasins de déco, de mode et même un fleuriste. 

L’ambiance y est bon enfant et la majorité des propositions de bonne qualité. 

Mais sachez que parmi toutes ces échoppes, au centre-droit du mall, se trouve le Mussel Monger – le trafiquant de moules ! – un bar à crustacés que j’ai très envie de vous recommander ce week-end : 

Fondée en 2015, l’objectif de cette petite chaine présente ailleurs dans la région, est de proposer un seul type de produits, mais de le faire bien. 
Ils se fournissent directement et exclusivement dans la Saldanha Bay, la région au dessus de Langebaan réputée pour ses huitres et ses moules d’une fraicheur et d’une qualité assez irréprochables. 

Vous avez donc deux choix uniques, à déguster à leur petit bar ou sur les grandes tables en bois de la salle commune :

Leurs plats de moules, à tomber : énormes, elles sont accompagnées d’une délicieuse sauce composée d’une julienne de petits oignons caramélisés, de poireaux, de carottes, de crème fraiche et de vin blanc, ainsi que d’un incroyable beignet, léger et aérien, en lieu et place des habituelles frites. Une vraie tuerie. 
Ils les vendent au demi et au kilo à un prix tout doux.

Ou de jolis plateaux d’huitres ouvertes sous vos yeux, à des prix très raisonnables, accompagnés de vin pétillant ou de vin blanc local. 


Franchement, courrez-y.  
L’iode, c’est EXCELLENT pour la santé. 

Juste un chiot

Enfin !

Enfin. 


Il semblerait que le jour où mon fils accepte l’idée de ne pas avoir de petite soeur soit enfin arrivé. 

Pour ceux qui ont réussi à ne pas suivre le sujet, c’est , , ici et

Contre toute attente, et à ma plus grande surprise, Tancrède est venu me voir l’autre jour que je lisais dans mon canapé, s’asseyant doucement à côté de moi et me regardant intensément, comme il le fait lorsqu’il souhaite engager la conversation. 


– “Maman ?!”


– “Mon amour ?!”


– “Tu sais, j’ai bien compris qu’tu veux pas de p’tite soeur…”


A cet instant précis, j’envisage toute les possibilités. 

Me faire retirer les tympans.
L’internement psychiatrique. 
Le changement d’identité et la disparition impromptue. 

Malgré mes efforts pour rester calme, mon fiston à qui rien n’échappe, a visiblement lu l’épuisement exaspéré sur mon visage ulcéré :

– “Nan mais t’énerve pas m’nan. J’te dis qu’j’en veux pu’.”

– “?!?”

– “Enfin… Si… Mais j’veux dire, j’ai compris qu’j’en n’aurai pas…”

Je sens au fond de moi l’Alléluia qui vibre dans ma poitrine. 

– “… Mais du coup…”

Je le savais, me dis-je intérieurement… C’était trop beau.

– “Oui, Tancrède ?”

– “Du coup… tu veux bien qu’on prenne un chien ? Pour qu’je m’occupe de lui. Comme ça, j’l’emmenerai partout avec moi à l’école… Ce sera comme mon meilleur ami !”

– “Chéri… Nous avons déjà eu cette conversation mon amour…”

En désespoir de cause, je le vois alors qui me regarde avec supplication. 
Je sens qu’il va tenter le tout pour le tout : 

– “Bon… Alors… Et si… On prenait… juste… Un chiot ?”

#Mignonnitude
#LaBonneIdeeQuelleEstBonne
#PrendsMoiPourUnJambon
#IlmAuraPas
#EssayeEncore

JoggingJuju

Comme quoi, 

avoir des enfants,

ça change vraiment TOUT. 


L’autre jour, mon fils Tancrède est venu me voir dans mon bureau où je terminais d’écrire un article :

– “Maman ?!”

– “Chéri ?!”

– “Maman, j’ai bien réfléchi, j’veux courir…”

– “?!?!?!?”

– “…Avec toi !”

Silence. 
Je tente de processer l’information du mieux possible. 

Mon fils veut courir. 
Je m’interroge : mais Pourquoi donc ? Qui a bien pu lui mettre une idée pareille dans la tête ! Ni son père ni moi, en tous cas, ça c’est certain. 

– “Euh… Courir, mon amour… T’es sûr ?!”

– “OUI maman. En plus, j’ai vraiment envie qu’on fasse ça ensemble, tous les deux. Toi et moi.”

Ah. Okay.
Je vois. 
Mon fils chéri réclame un moment de qualité. 
Impossible, donc, de lui opposer les traditionnels arguments anti-running qui font ma réputation, le sujet se situant ailleurs. 

Je réfléchis. 

La dernière fois que j’ai couru, ça devait être en 2011. 
Quand j’ai découvert que j’étais enceinte, l’excuse parfaite pour arrêter ce supplice absurde. 

Depuis, et malgré la pression terrible qui existe au Cap où le jogging est un véritable sport national, je suis tranquillement mais sûrement parvenue à éviter de le pratiquer. 

Seulement voilà, impossible de refuser quoi que ce soit à mon fiston adoré, d’autant qu’une partie de mon cerveau de mère envisage déjà les bénéfices et possibles retours sur investissement qu’une telle dépense d’énergie pourrait engendrer chez lui. 

– “Et bien… D’accord Tancrède ! Allons-y mon amour !”

En deux temps trois mouvements, mon fils est parfaitement habillé, baskets aux pieds, caquette sur le chef, tout cela sans la moindre aide de ma part, et m’attend en se dandinant devant la porte d’entrée. 

Impressionnée, je prends quelques minutes pour lui rappeler les règles de la route et nous voilà partis autour du pâté de maison, sur le parcours de deux kilomètres que j’ai repéré. Descente sur la moitié, remontée – bien gratinée – au retour, histoire de finir en beauté.

– “Pfff Pfff Pfff…”

– “Maman ? Pourquoi tu souffles comme ça ?”

– “Tancrède. Si tu ne respires pas, tu ne peux pas courir.”

– “Ah oui ! Alors ‘Faut k’je souffle aussi moi ?”

– “Oui. Pfff Pfff Pfff…”

– “Comme ÇA !?!? PFFFFFFFFFFFF !!!!”

– “Oui. Pfff Pfff Pfff…”

– “Oh maman, t’as vu comme la montagne est jolie !”

– “Humff… Pfff Pfff Pfff…”

– Ooooh et les p’tits oiseaux, r’garde, maman !!”

– TANCRÈDE ! Arrête de parler, sinon tu ne vas jamais arriver à tenir le coup. Et ne cours pas si vite, ça va t’épuiser. Pfff Pfff Pfff…”

Au fur et à mesure des dizaines de mètres qui passent, je jette un coup d’oeil à mon fils : il n’est pas fatigué et tient la foulée, ne se plaint pas le moins du monde. 
Il me regarde avec amour, en mettant régulièrement sa petite main dans le creux de la mienne. 
Il est heureux. 

J’en tombe des nues. 

Les voitures ralentissent et les passagers se marrent sur notre passage. 
Je fais celle qui n’a rien vu. 
Mon garçon n’a même pas remarqué, tout à son bonheur. 

Dix minutes que nous sommes partis. 
Déjà un kilomètre de passé. 
Je sens la sueur dans mon cou, mais me surprends à supporter relativement facilement l’épreuve. Il semblerait que les entrainements de tennis servent à quelque chose ?
C’est là que nous atteignons le bas du parcours, et que la montée s’engage devant nous. 

– “Alleeeeez maman, plus vite !”

– “Vas y molo Tancrède, ça monte maintenant ! Pfff Pfff Pfff…

Au bout de ce qui me semble une éternité – trois ou quatre minutes en réalité – je sens la pression dans ma poitrine et le sang qui reflux dans mes tempes, derrière mes yeux, les jambes lourdes et les fourmis dans les doigts, tous les symptômes collatéraux habituels de la course à pieds sur mon corps. 

Rien n’a voir avec le tennis, donc. 
Tout à voir avec la pente. 
En descente c’est facile. 
En montée, c’est dur. 
Rien n’a changé, je ne suis décidément pas faite pour ça. 

– “Euuuh ! Tancrède, vient ICI Pfff Pfff Pfff…! Tu ne pars pas comme ça devant sans… môâââ… Pfff Pfff Pfff… Pfffffff !”

– “Mais mamaaaan ! T’es trop lente !”

Le morveux est frais comme un gardon. 
Il trottine sur place, en attendant que je le rejoigne. 

– “Ooooh maman ! T’as vu ?”

– “K…K…Quoi ?! Pfff Pfff Pfff…

– “T’es SUPER rouge, tu sais !”

Intérieurement je fulmine. 

– “Nan mais… Ça va, maman ?!?!
Heureusement qu’il ne peut pas entendre ce que mon cerveau prononce en cet instant précis. 

– “Oui Tancrède, je commence juste à… fatiguer… Pfff Pfff Pfff… un peu.”

– “Ah oui maman, c’est normal. C’est dur de courir quand on est vieux.”

N’ayant visiblement plus beaucoup d’oxygène dans ma cage thoracique, je décide alors qu’il est plus prudent de ne pas rebondir sur le commentaire hautement désobligeant de mon fils.
Je me dis aussi qu’il ne perd rien pour attendre – ce petit merdeux ! – la route étant maintenant extrêmement raide. C’est une affaire de quelques secondes, avant qu’il ne s’avoue vaincu, c’est certain. 
Concentrée sur le chemin devant moi pour tenir le coup, je perçois son insupportable petite voix dans mon oreille gauche :

– “T’as vu maman !! C’est DINGUE ! J’arrive à courir aussi vite que toi sur un seul pied, tu vois ?!?!”

Le moral franchement atteint, c’est avec un soulagement indicible que je retrouve les dernières centaines de mètres de terrain plat qui doivent nous conduire à la maison. 
Mon fils hurle alors : 

– “Alleeeeeeez maman !!!! On fait la course !!!???”

Arrivée une bonne minute après lui, en nage, le visage oscillant entre le bleu nuit et le violet clair, après seulement deux kilomètres et vingt et une minutes de course, je manque m’effondrer sur les marches du perron où Tancrède m’attend, alerte et détendu : 

– ” Maman, tu sais, j’aime VRAIMENT ça, courir avec toi ! ‘Faut qu’on fasse ça TRÈS souvent, d‘accord ?!?! Tu PROMETS ?”

#LeGuetApens
#MayDayMayDay
#ChercheEntraineurSportifPourEnfantDuracel6ans

PS : j’ai jugé préférable, pour des questions de respect et d’estime de moi-même de n’illustrer ce post qu’avec la photo d’avant la course. 

#SelfRespect
#LhumiliationAsesLimites

Trystan 1 – Maman 0

J’en suis restée 

comme deux ronds de flan. 


Nous étions samedi dernier en train de faire quelques courses au Waterfront, le grand centre commercial du port aménagé du Cap. 


Comme à chaque fois, les Jujutrépides ont réclamé leurs cornets de crèmes glacées.  


Comme à chaque fois, il leur a fallu un bon quart d’heure pour décider du parfum qu’ils choisiraient. 

Comme à chaque fois, ils ont finalement opté pour le même. 

Je les avais assis au petit troquet attenant, afin d’éviter les drames et leur permettre de déguster calmement leur sucrerie. 

Ils s’appliquaient en silence à faire fondre leurs glaces et je regardais mon fils Tancrède du coin de l’oeil. 

Je l’avoue, son sorbet citron me faisait envie. Je lorgnais donc avec un certain agacement la lenteur effrayante avec laquelle il se contentait d’essuyer les coulures sur le côté du cône sans toucher à son contenu. 

Je n’ai pas résisté à lui dire :

– “Bah alors chéri, tu ne manges pas ta glace ?”

– “Siiii maman, juste, je savoure, tu comprends !”

N’y tenant plus, je lui réponds : 

– “Tu m’laisses goûter de ton sorbet ?”

Fidèle à sa gentillesse et sa générosité naturelle, mon fiston me tend son cornet. 

L’ayant trouvé délicieux, je me tourne alors vers son jumeau, assis de l’autre côté de la banquette en face de nous, dans l’idée relativement claire de réitérer l’opération avec le frangin.
(L’un de ses rares avantages à les avoir fait par deux.) 

Il est très concentré sur son affaire, visiblement indifférent au monde qui l’entoure, et à moi en particulier. 

– “Tu m’laisses goûter de ton sorbet, Trystan ?”

Mon fils relève son visage et, soudainement très alerte, me dit d’un ton placide : 

– “C’est bon, maman, ‘pas la peine, c’est la même chose que Tancrède.”

#MalinLeFiston
#OnNeLaLuiFaitPasALui
#Trystan1Maman0



Découvrir Fairview

Certains week-ends, 

c’est vraiment la seule solution. 


Soyez lucide deux secondes : il est 8:40, on est samedi matin, les mômes sont insupportables depuis déjà une heure et demie, vous êtes crevée, vous n’avez prévu d’activités ni pour aujourd’hui, ni pour demain.
Et vous le regrettez déjà.

Pour couronner le tout, vous n’avez aucune, mais alors AUCUNE idée de ce que vous allez leur filer à becqueter pour le déjeuner. 

D’ailleurs, vous ne voyez pas pourquoi, le samedi et le dimanche, c’est vous qui devriez encore vous coller à la popote. 

Pas de panique : appelez et réservez une table chez Fairview… et détendez-vous. 


A moins d’une heure du Cap, sur la route de Paarl, se trouve un joli domaine viticole, installé là depuis bientôt quarante ans.


Comme souvent en Afrique du Sud, le concept a été bien pensé et le résultat est idéal pour les familles : 

D’adorables petites chèvres blanches se baladent sur la propriété, dans la grande tour – emblème de la ferme, où elles logent la nuit – mais aussi le long d’un parcours prévu pour elles : une attraction toujours très appréciée des enfants. 

Accrochez-vous bien : des séances de yoga, au milieu des chevreaux sont même régulièrement organisées. La salutation au soleil avec un bébé brebis dans le dos, y’a que ça de vrai.

Ces chèvres produisent les fromages qui font la réputation de l’endroit.


Vous pouvez les apprécier en salles de dégustation, sur de grands plateaux très généreux au restaurant, ou simplement les acheter et en ramener chez vous à l’épicerie qui vend tous les produits de la ferme : pain, yaourts et même cheesecakes maison. 

Brie, camembert, cheddar, gouda, gorgonzola, crottins, chèvre frais et aromatisé… Le panel est large et, s’il sont évidement très différents des originaux européens, ces fromages sont de bonne qualité. 

Tôt le matin, sachez que des ateliers boulangerie sont proposés aux petits afin de leur apprendre à faire du pain. 


Le domaine produit aussi un vin agréable que vous pouvez goûter dans des espaces prévus à cet effet… Evidemment souvent accompagnés d’un petit morceau de fromage. 


Le restaurant – le GoastShed, l’abris aux chèvres – est une immense terrasse ultra lumineuse, au coeur d’un joli jardin, qui propose plein de quiches, de salades sympas et de plats roboratifs délicieux du type gigot de sept heures ou currys d’agneau (on ne veut pas savoir d’où viennent les bestioles). 
Summum de la félicité : des cours de peinture et d’art sont proposés aux petits dont les parents mangent là (si,si). 


Sinon, il y a toujours les poissons rouge du bassin, qui peuvent les occuper quelques longues minutes. 

Dans tous les cas, la propriété est grande et permet aux enfants turbulents d’aller se défouler en extérieur.  

Déjeuner en paix dans cet endroit est donc une option réaliste, même en famille


Vous pouvez d’ailleurs décider de passer le weekend dans la région, histoire de vous changer les idées : louez donc cette magnifique maison de charme située à quelques kilomètres de la ferme, et venez profiter du lieu pour le déjeuner.
Sur le chemin du retour au Cap, rien ne vous empêche d’aller découvrir l’étonnant Taal Monument, moment culturel très intéressant pour mieux comprendre l’histoire de la langue afrikaans. 

Bon week-end !

La couleur des sentiments

J’imagine 

qu’il fallait s’y attendre ?


En vivant en Afrique du Sud depuis bientôt quatre années, et au Cap en particulier, les violents contrastes économiques et ethnico-sociaux étant ce qu’ils sont, je m’étonnais presque que nos chers Jujutrépides n’aient pas encore mis la question sur le tapis. 

C’est chose faite depuis le mois dernier : un nouveau sujet semble tarauder nos Jujus. 


Nous étions dans un joli restaurant les pieds dans le sable l’autre jour, lorsque Trystan qui dévisageait depuis de longues minutes les serveuses qui s’affairaient autour de nous, a fini par se pencher vers moi pour hurler bien haut et bien fort : 


– “MAMAN ?!”


– “Oui chéri, ne crie pas.”


– “POURQUOI A CAPE TOWN LES SERVITEURS Y’ SONT TOUS TOUT L’TEMPS MARRON ALORS QUE LES GENS QUI MANGENT, COMME NOUS, Y’ SONT PÊCHE ?!”


Ma première pensée à été de remercier notre vie d’expatriation : les francophones étant largement minoritaires dans notre lieu de résidence, cela rend notre calvaire parental parfois plus supportable. 

La seconde fût d’établir la connexion entre les mots utilisés par mon fils et le sens global de sa question. Du terme choisi particulièrement intéressant – ou malheureux, c’est selon – à l’étrange pantonier de couleurs décrit pour définir celle des gens qui nous entouraient.   


Le plus difficile est souvent de décider par où commencer :


– “Hem… Alors chéri, d’abord, on dit “serveurs”, pas “serviteurs”, ça n’a pas du tout le même sens, surtout quand dans la même phrase tu parles ensuite de la couleur de la peau des gens…”


Je réalise à quel point ma réponse est lourde de sous-entendus historico-sociaux bien incompréhensibles pour un enfant de six ans. 

A côté de la plaque donc. 
On recommence. 

– “… Je veux dire chéri, que serviteur c’est un mot qu’on utilisait avant, il y a longtemps, à l’époque où il y avait des maitres et des esclaves, des temps difficiles qui n’existent plus aujourd’hui. Alors que serveur ou serveuse, c’est un métier comme un autre, il n’y a pas de différence entre nous : ce sont les gens qui t’apportent ta nourriture dans un restaurant, c’est tout. C’est pas pareil, tu comprends ?”


Un ange passe, dans les yeux dubitatifs de mon fis, toujours braqués sur ma personne. 

Clairement, je n’ai pas répondu à sa demande. 
Donc il attend. 
Sa technique habituelle. 

– “Oui… Bon. Et donc, la couleur de la peau… Tu te souviens de Madiba, que tu as appris à l’école ? Nelson Mandela ? Et bien tu te rappelles qu’il s’est battu parce que ici en Afrique du Sud, pendant longtemps on a séparé les gens blancs des autres gens, qui sont marron ou noirs ? Et bien, même s’ils ne sont plus séparés comme avant, ils ont toujours du mal à payer l’école et à trouver du travail. Donc ils n’ont pas assez de sous pour venir manger au restaurant. Mais ils peuvent venir y travailler, parce que serveur c’est un métier pour lequel tu n’as pas besoin d’être beaucoup aller à l’école… C’est pour ça Trystan.”


Réponse laconique du fiston, typique de sa façon de processer l’information complexe :


– “Ah. Ok.”


Le sujet, à la fois simple et délicat, avait visiblement été clos rapidement. 


C’était naturellement sans compter sur la ténacité jujutrépidesque et la suite dans les idées souvent étonnante qui caractérise nos chers bambins.  


Nous déjeunions la semaine suivante dans un autre restaurant, lorsque Trystan s’est rapproché de moi sur la banquette pour me dire, presque à l’oreille : 

– “T’as vu maman ?! Derrière nous, Y’a un monsieur et une dame qui se tiennent la main !


– “Heu… Oui chéri, ce sont des amoureux !”


– “Oui… Mais… Lui il est marron et elle, elle est pêche. C’est pas grave, ils peuvent quand même manger ensemble au restaurant ???”


– “…”


#OnReprend

#VisiblementOnNaPasEtéAssezClairs
#SorsLesRames
#LhistoireHumaineNestPasDeToutRepos

JujuVEGAN

Non mais, vraiment…

C’est à se demander, 
tout de même. 


Parfois, nos enfants nous sortent de telles énormités…
J’en arrive à m’interroger sur la finition et l’état de fonctionnement de leur outil cérébral. 

Je terminais de cuire des cuisses de poulet l’autre soir, à la cuisine. 
Les Jujus étaient assis au bar, me regardant faire en silence, une fois n’est pas coutume. 
J’avais noté l’aspect insolite du visage de Trystan : les yeux rivés sur la poêle grésillante, les sourcils relevés par l’étonnement, une espèce de demi-sourire figé aux lèvres, à mi chemin entre l’horreur et la fascination sadique, mais néanmoins parfaitement immobile. 

Comme si son petit cerveau était en train de vivre une dissonance cognitive d’ampleur majeure.

Je l’observais ainsi depuis quelques dizaines de secondes lorsqu’il a fini par relever la tête et me regarder droit dans les yeux :

– ” Mais maman… ?!”

– “Oui Trystan ?”

– “Tu sais qu’en fait…”

– “Oui ?…”

– “…La viande qu’on mange…”

– “Oui Trystan, quoi !?”

– “…Et bin… EN FAIT… C’EST UN BOUT D’ANIMAL !?!?!?!?!?!?!?

Je cherche à reprendre mes esprits. 
A trouver les bons mots.

– “Hem… Oui… Trystan… La viande, c’est… le muscle de l’animal…”

Silence dans la cuisine. 

– “Mais… Maman ?!”

– “?!?…”

– “On ne peut pas continuer comme ça ! J’VEUX PU’ JAMAIS MANGER DE LA VIANDE !!!!!”

– “M’enfin Trystan ! Ça fait des années que tu en avales des quantités industrielles, ça n’a jamais été un problème. Pourquoi cela en deviendrait-il un, subitement ?!?!?”

Intervention placide de son frangin qui a jugé bon de m’éclairer de son infinie lumière gémellaire :   

– “NAN MAIS MAMAN ! C’EST PASS’QUE… TU LUI A JAMAIS DIT QU’IL ETAIT MORT !”

#TruismeJujutrépidesque
#JujuVegan
#RetardàLallumage


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Jamais sans mon passeport

Nous étions, 
mes fils et moi, 

dans la voiture. 


A 09:10 du matin un lundi, pour être précis. 

Ce qui, disons-le, arrive relativement rarement, nos Jujutrépides étant d’habitude déjà à l’école depuis belle lurette. 

Ce jour là, nous étions partis récupérer leurs nouveaux passeports au consulat de France, démarche qui nécessite la présence des propriétaires du précieux sésame. 

Naturellement, avec mes chers fiston, ce type de formalité somme toute ultra élémentaire, se transforme souvent en une épreuve pédagogique pour leur mère: 

– “Mamaaan ?”

– “Oui Tancrède.”

– “A quoi ça sert un passeport ?”

Ma ligne de défense étant rodée depuis plusieurs années, j’enchaine donc calmement : 

– “Je crois que tu sais déjà répondre à cette question mon chéri.”

– “Heuuu… Pour prend’ l’avion ?”

– “Bravo Tancrède ! Pour prendre l’avion et voyager. Entre autres.”

L’erreur de débutante
Parfois, je me demande encore comment je peux les commettre. 

Sans attendre, retour à l’envoyeur :

– ” Comme QUEEEELS z’autres, maman ?”

– “… Comme… Comme tout, en fait chéri. Tu en as besoin pour avoir un visa et pouvoir travailler, pour ouvrir un compte en banque pour mettre tes sous dessus, pour t’inscrire à l’école ou pour avoir un téléphone….”

– “Ohlala oui… C’est ‘rôl’ment important alors !”

– “Hyper, Tancrède.”

Intervention de Trystan, qui n’a pas perdu une miette de la conversation :

– “Et m’an, pour acheter une voiture aussi, y’ faut l’passeport ?”

– “Et bien… Oui chéri. Il faut ta pièce d’identité…”

– Pfiouuu… Et ça veut dire que pour acheter des jouets AUSSI y’ faut un passeport !?”

Je souris devant son inquiétude toute légitime, sans toutefois lui répondre. 
Il clôt alors la conversation d’un très sérieux : 

– “DONC, en fait, maman… SANS TON PASS’PORT, T’ES MORT.”

#Voilà
#EnPlusÇaRime
#VivreLoinDeChezSoi
#LeMondeDeLexpat’
#JamaisSansMonPasseport