“SURTOUT PAS,
malheureux !”
…Ai-je failli lui répondre.
Je me suis finalement abstenue, après réflexion.
Sachant qu’à cet âge, leur humour n’est pas encore très développé, il faut tout de même faire attention à ce qu’on leur dit, ces pauvres petits.
Nous étions au moment du dodo du soir, les dents bien brossées, l’histoire lue en bonne et due forme, le huitième bisous-du-bonne-nuit déposé sur leur bout du nez, quand Tancrède s’est écrié :
– “Tu sais, maman, quand j’s’rai dev’nu un Grand, et bin je vais aller habiter dans ma maison à moi, avec ma voiture à moi et ma chambre à coté de celle de Trystan – faut pas pousser l’indépendance trop loin quand même – et alors JE VAIS BEAUCOUP TE MANQUER”.
Je souris à cette nouvelle saillie typique de ce moment clef de la journée, durant lequel nos Jujutrépides nous sortent souvent leurs meilleures perles.
Sa réflexion m’amuse parce que malgré tous nos efforts, nos Jujus s’évertuent encore et toujours à utiliser le verbe manquer à la manière anglo-saxonne, sans comprendre qu’en français, la signification est alors inversée.
Je souris aussi avec tristesse au double sens qu’a donc pris sa phrase, un lourd poids pesant soudain sur mon coeur, en pensant au jour où ils ne vivront plus avec nous…
Malgré tout, Fidèle à moi-même, j’entrevois immédiatement les (nombreux) avantages de ce jour béni où ma vie devrait retrouver un semblant de normalité et de calme.
Mais avant que j’ai pu ouvrir la bouche pour lui répondre, je l’entends qui me hurle au visage :
– ” MAIS T’INQUIETE PAS MAMAN !!! SI TOI AUSSI T’ES VRAIMENT ‘KRO TRISTE, J’VEUX BIEN RESTER AVEC TOI POUR TOUTE LA VIE !!!!
Je réalise alors que mon fiston de même pas 5 ans est en train de m’annoncer gaiement qu’il compte s’éterniser chez moi.
Je ne sais pas comment le prendre.
