Je vous en parlais hier,
les étapes chez les enfants,
c’est formidable.
Notamment celles qui concernent l’opposition.
Tout commence lors de leurs 24 mois révolus, lorsque débutent – comme par enchantement – les fameux caprices.
Tels l’obsolescence programmée des machines à laver – et à défaut de savoir parler – les gosses entrent pratiquement du jour au lendemain dans un nouveau modèle de communication avec nous : celui des têtes fracassées contre le mur lorsqu’on leur refuse la troisième glace, celui des crises de nerfs au milieu du salon parcequ’on a dit qu’il était l’heure de prendre le bain…
Et tellement d’autres moments formidables.
C’est en général un puissant choc pour le parent qui regardait jusque là son petit avec des yeux d’amour et un sentiment d’émerveillement quotidien.
Il découvre alors – souvent pour la première fois, sauf pour ceux dont les mômes ont fait des coliques carabinées et/ou leurs nuits à 18 mois – qu’il peut éprouver pour son enfants des sentiments ambivalents tel l’exaspération, la colère, voire même parfois l’envie de meurtre.
Ce qui semble à première vue relativement contre-productif, étant donné le temps qu’il a passé à le fabriquer, à l’attendre, à le maintenir en vie et à l’élever jusque là.
Mais c’est ainsi.
Il y a aussi la fameuse étape du NON, vers les 3 ans, consécutive à celle du caprice, quand l’enfant peut désormais dire des mots et comprend qu’il peut simplement exprimer par la parole le même refus qu’avant, sans pour autant devoir s’épuiser à ramper sur le plancher ou à se dessiner un oeuf de pigeon sur le front.
Le parent réalise alors que son bambin est un être doté de volonté, qui dispose de son propre tempérament.
Information réjouissante s’il en est.
Pour l’anniversaire des 5 ans de nos Jujutrépides, je découvre maintenant avec délectation, que nos morveux ont pris de la graine avec le temps, et que leur roublardise naturelle n’ayant cessé de croitre et de se perfectionner, ils en arrivent désormais à une nouvelle étape : celle de l’opposition diplomatique.
En gros, l’étape affinée, sophistiquée, supérieure et même ULTIME du NON.
Plusieurs techniques sont désormais privilégiées :
La négociation ou le “comment-reporter-à-plus-tard-la-corvée-qui-m’est-demandée”.
Dans l’espoir, naturellement, que maman s’en sera occupée entre-temps, ou – encore mieux – qu’elle l’aura oublié :
– “Chériiiii… Tu mets tes chaussures dans le placard, s’il te plait.”
– “Oui maman, promis, dès que j’ai fini de jouer.”
Le chantage affectif de grande envergure.
Celle-là est particulièrement retors, car elle fait appel aux instincts maternels les plus profonds, ceux qui ont la vilaine manie de jaillir naturellement de nos coeurs de parents naïfs et programmés pour se faire avoir par leur progéniture :
– “Chériiiiii… Tu ranges ta chambre, s’il te plait.”
– “D’accord maman ! Juste, tu veux bien v’nir m’aider, pass’que je suis tellement fatigué… Et c’est vraiment dur d’le faire tout seul…”
+ yeux de cocker dépressif.
L’esquive diplomatique.
La plus vicieuse, la plus fine, la plus brillante, finalement.
Celle que MÊME NOUS, adultes, ne pensons ou n’osons pas utiliser.
Celle où le môme réussit l’exploit impensable de te répondre poliment…
Que tu peux aller te brosser, Martine.
– “Chériiiiii… Tu viens te laver les dents, s’il te plait.
– “Merci mais, vraiment, je ‘préfère pas maman.”
Et apparemment, c’est universel.
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