Trystan Wintour

J’y croyais.
Tellement.


– “Mamaaaa ? C’est une nouvelle rob’ que tu mets là ?”

– “Euuuuuuuh… Oui mon chéri ! Quel sens de l’observation tu as, mon trésor.”

– “Elle me plait ‘c’te nouvelle robe. C’est une jolie couleur.”

Là, tu manques de t’effondrer au sol, victime d’une explosion de ton niveau d’amour dans le coeur. 
(Ça à l’air sympa comme sentiment, mais en fait, ça fait super peur.)

– “M… M… Mais… Merci mon adoration… C’est très gentil de me dire ça ?!?!?”

– “Oui, pass’que ça te fait très zolie.”

Là, ton cerveau reptilien de mère de jumeaux aguerrie s’allume subitement en mode “méfiance”.

C’est trop. 

Vraiment. 

Tu as appris avec le temps qu’il ne faut JAMAIS se fier à leurs compliments opportunistes, ceux-là mêmes qui font des ravages auprès des marshmallows

Tu te ravises. 
Ton coeur reprend un rythme normal :

– “Hum. Trystan, qu’est-ce que tu veux ?”

– “Oooh… Un câlin siteuplé maman !”, ses petits yeux pétillants et plein de lumière, grands ouverts sur le monde.

Bien sûr, tu as envie de t’écouter et de l’étouffer d’amour, sans autre forme de procès, dans tes bras avides d’affection. 
Mais tu hésites.
Tu hésites à répondre favorablement à la demande de ce petit esprit retors qui, tu le sais, tu le sens, prépare sans doute un mauvais coup.

– “Moui bon, voilà.”

Vite fait.

Et là, au moment où tu attends la réclamation qui expliquera ENFIN pourquoi ce petit saligaud se donne tant de mal à entrer dans tes bonnes grâces… 

Il se barre. 

Heureux. 
Joyeux. 
Sans rien demander en échange.

Franchement, autant le dire, la première fois que ça arrive, ça fait un choc.

Les fois suivantes, fidèle à ces années d’expérience extrême face à l’engeance gémellaire, tu continues à douter. 
Tu restes vigilante. 
Tu te dis même qu’ils ont encore amélioré et affiné leur stratégie, qu’ils jouent le long terme. 

Mais rien ne se passe. 

Tu finis même par y croire. 

Tu vis bien quelques soubresauts, te rappelant que c’est TOUJOURS QUAND ON BAISSE LA GARDE QUE LES TRAGEDIES SURVIENNENT. 

Mais rien. 
Tu ne trouves qu’amour et compliments. 

Tu t’autorises alors un “ENFIN !!!” de soulagement.
Ton acharnement éducatif commence à porter ces fruits : tes fils ont ENFIN appris à être bienveillants et indulgents envers les autres ! 
Tu te dis que c’est merveilleux !!!

Deux jours plus tard, tu vas te promener avec eux dans la rue.

Tu croises une dame dont le style vestimentaire est, disons, différent de celui auquel ils sont habitués. 

Et là, c’est le drame : 

Tu vois le p’tit doigt stigmatisateur pointé bien en évidence vers elle (dieu soit loué, elle est de dos), et tu entends la voix hurlante (dieu soit loué, elle ne parle pas français) de ton fiston qui dit :

– “Et bin tu vois ‘man, ELLE, CETTE DAME, LÀ, OUI CELLE-LÀ, sa robe et bin J’L’AIME PAAAAAAAS DU TOUT DU TOUT. C’EST TRES TRES MOOOOOOCHE avec tous ces ‘roos trous.”



Baaaaaam.
On reprend à zéro.

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